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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Frèrocité

Publié le 18 Octobre 2013 par Jean Mirguet in Le malaise

A l'appui de mon précédent article qui implique que, dans un Etat laïque, respectueux des règles de droit, il n'y a pas de définition de la vie bonne qui ait droit de cité, pas de vérité qui doit gouverner et qu'il revient à chacun, en lien avec les autres, de conduire son existence à la lumière de ses propres choix de conscience, je propose à votre lecture ce passage du livre d'Alain Finkielkraut, L'identité malheureuse (Stock, octobre 2013).

" Dans nos sociétés, le vivre-ensemble est le contraire d'un vivre ensemble. Ce n'est pas un vivre à l'unisson mais un vivre à distance, chacun selon ses convictions (...) Telle est la liberté des Modernes, cette "jouissance paisible de l'indépendance privée", comme dit encore Benjamin Constant. Un telle jouissance, il est vrai, ne va pas sans frustration ni amertume. La dispersion des individus est bien loin, en effet, de satisfaire toutes les aspirations individuelles. Elle nourrit même la nostalgie d'une modalité de vie à plusieurs plus riche, plus intense, plus conviviale. Plongé dans l'anomie, on rêve d'harmonie et de chaleur enveloppante. Mais nous le savons (ou nous devrions le savoir), en voulant abolir la distance entre les êtres et remédier à la solitude du quant-à-soi par l'institutionnalisation de la fraternité et de la transparence, le communisme n'a pas ouvert aux hommes le chemin du paradis, il a construit méthodiquement l'enfer sur terre : s'il est sûr qu'une société d'où serait banni l'esprit de fraternité tomberait dans la férocité sans phrase du struggle for life, il n'est pas moins avéré que les utopies fusionnelles sont vouées, aussitôt entrées dans l'histoire, à devenir totalitaires (...) Le règne de Big Brother peut commencer. "

Frèrocité
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