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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La Vénus à la fourrure

Publié le 17 Novembre 2013 par Jean Mirguet in Cinéma

Après la polémique suscitée par le projet de pénalisation des clients de prostituées et les échanges ubuesques auxquels elle a donné lieu concernant les rapports hommes–femmes, il convient d’applaudir la sortie de La Vénus à la fourrure, dernier film de Roman Polanski dont le titre reprend celui du roman de Léopold von Sacher-Masoch.

Thomas, metteur en scène auteur, rencontre Vanda son actrice devenue fétiche. Le grand scénario masochiste se déploie, qui va conduire Thomas vers le brasier de l’humiliation consentie. Comme le Séverin du roman de Sacher-Masoch, la crainte de Thomas à l’égard des femmes est à la mesure de l’inquiétant intérêt qu’il leur porte. L’intrusion de Vanda dans son monde va lui permettre d’explorer le champ troublant de ses désirs et de s’abandonner au vertige de sa tortionnaire.

Mais où est la victime, où est le bourreau quand le masochiste entraîne sa partenaire dans un scénario où la femme se retrouve sous la domination insidieuse (et illusoire ?) de l’homme qui la provoque à le battre ? Il se crée alors une troublante complicité entre l’une et l’autre, tour à tour maître et esclave.

Quant au metteur en scène, n’est-il pas une sorte de démiurge, capable comme Jupiter, de faire naître de sa cuisse où il l’a enfermé son enfant Dyonisos-Vanda ? De Vanda, femme fatale, il en fait sa déesse, mi-divine mi-humaine comme l’était Dyonisos, à la fois dieu et homme. Une des dernières scènes du film nous la montrera d’ailleurs, dansant autour de son créateur dans la tenue dyonisiaque d’une Ménade célébrant rituellement son dieu et faisant retentir l’air de ses hurlements barbares.

Parmi les multiples modalités de rencontres (qu’elles soient homos ou hétéros), celle qui nous est contée dans ce film démontre, si besoin était, que le rapport entre celui qui est dit homme et celle qui est dite femme n’est décidément jamais simple, n’en déplaise à la pudibonderie ambiante qui rêve de civiliser la sexualité humaine, autrement dit la normaliser.

La femme, peut-on lire dans le roman, « telle que la nature l'a faite, et telle qu'elle attire l'homme de nos jours, est son ennemie et ne saurait être que son esclave ou bien son tyran, mais jamais sa compagne ».

N’y-a-t-il pas lieu de reconnaître dans cette affirmation radicale une version de l’aphorisme lacanien du non-rapport sexuel : dans l’inconscient, il n’y a pas de rapport entre les sexes qui soit programmé et la croyance dévote à des temps harmonieux dans les rapports hommes-femmes, bien que largement partagée, est assurément illusoire.

La Vénus à la fourrure
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