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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Un hymne à la dialectique

Publié le 5 Avril 2014 par Jean Mirguet in Politique

Un véritable régal que l’éditorial d’Elisabeth Lévy dans le numéro de Causeur de mars.

A ceux qui tiennent son mensuel pour un repaire de collabos voire de nazis, elle interprète ces hommages de la vertu au vice comme la preuve éclatante de l’utilité de sa publication.

A ceux qui aimeraient ne plus voir Frédéric Taddei aux commandes de Ce soir (ou jamais) ou qui voudraient priver de parole les contradicteurs comme Eric Zemmour, aux pauvrets bien-pensants auteurs de ces oukases, elle rétorque qu’on ne leur a sans doute jamais dit qu’on pouvait être en désaccord avec quelqu’un sans forcément souhaiter le réduire au silence.

Dire son désaccord suppose l’argumentation mais pour argumenter, encore faut-il lire ou écouter, tâches moins jouissives que dénoncer ou insulter, ce dont ne se privent pas ceux qui accusent Causeur d’être une revue d’extrême droite ou un journal facho. La vertu de la raison critique ne produit pas de l’harmonie et de l’accord mais au contraire des différences de points de vue, des désaccords raisonnables ; elle ne produit pas du même mais de l’Autre.

Elisabeth Lévy le clame haut et fort : Causeur est un journal d’opinions (au pluriel), et de ce fait un aimable foutoir, écrit-elle, où se côtoient monarchistes, communistes, athées et cathos, européens et souverainistes, libéraux et étatistes.

La diversité y règne, ce qui ne signifie pas que toutes les opinions se valent. Mais, pas question de refuser la publication d’idées qui invitent à la controverse puisque, on le sait bien, ce ne sont pas les idées convenues qui stimulent l’esprit. Pour autant, note la directrice du mensuel, tout changement n’est pas jugé comme un progrès. En témoigne la volonté de donner force et tenue au langage qui, comme l’affirmait Francis Ponge, constitue la meilleure façon de servir la République.

A la morale de pacotille qui alimente une vision simplifiée du monde, la polémiste oppose le souci de la complexité qui devrait rendre possible de penser le caractère inopérant de la diabolisation de Marine Le Pen et le combat contre ses idées, l’antisémitisme de Dieudonné et le doute quant à l’efficacité de l’interdiction de ses spectacles, l’égale légitimité de ceux favorables au mariage pour tous et des contre, que les musulmans français sont Français et que certaines expressions de l’Islam posent problème à la République, que le politiquement correct étouffe et que le politiquement incorrect aveugle, etc …

Dans son éditorial, véritable hymne à la dialectique, elle se fait l’héritière de Voltaire qui ne craignait pas de dénoncer et railler le monde tel qu’il va.

 

Un hymne à la dialectique
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