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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Tout est-il possible ?

Publié le 29 Septembre 2014 par Jean Mirguet

« Non seulement j’ai envie, mais je n’ai pas le choix », déclare Sarkozy dimanche dernier, pour justifier son retour en politique face au PS et au FN. Non pas empêché de devenir lui-même mais obligé de le devenir, voilà son choix impossible.

Aujourd’hui, nombreux sont les psychanalystes qui considèrent que la clinique à laquelle ils ont affaire est de moins en moins celle de la répression et de l’interdit (comme au temps de Freud) mais de plus en plus celle de l’idéal.

Dans La Société du malaise, paru il y a quatre ans, le sociologue Alain Ehrenberg interprète cette nouveauté comme la conséquence d’un changement social qu’il formule ainsi : « Il ne s’agit plus de libérer l’individu des contraintes qui l’empêchaient de devenir lui-même, mais de le soustraire aux séductions morbides des idéaux qui le contraignent à devenir lui-même ».

Cette nouvelle libération entraîne de nouvelles souffrances rangées dans la catégorie des « pathologies de l’idéal » qui condensent les malaises générés par les normes de l’autonomie. Ces normes exaltent l’importance de la responsabilité individuelle et ce, d’autant plus que fléchissent les contraintes sociales encadrant les comportements.

C’est ainsi que l’on assiste à une désinstitutionalisation des rapports sociaux qui se psychologisent. Le discours de Sarkozy comme celui de Hollande lors de sa conférence de presse quand il confie qu’il a été dur avec lui-même en témoignent amplement.

Certes, être Président de la République n’est pas une sinécure, mais ils ne sont pas les seuls aujourd’hui à être confrontés à un surcroît de responsabilités et d’épreuves que les individus ne connaissaient pas auparavant, en tous cas pas dans les proportions atteintes aujourd’hui.

Cette situation ne manque pas d’être en rapport avec le constat d’un affaiblissement du lien social, chacun devant s’appuyer toujours plus sur lui-même, sur sa subjectivité, sur son intériorité, perspective à laquelle le discours de la psychanalyse tel qu’il se répand dans le grand public a pris et prend une large part.

Puisque l’idée ou le fantasme que chacun peut devenir quelqu’un par lui-même est devenue un idéal, Alain Ehrenberg indique que la question n’est plus « que m’est-il permis d’espérer ? » mais « suis-je capable de le faire ? ».

Il y a un déplacement du monde du permis à celui où tout serait possible …en somme, un monde sans limites, autrement dit sans réel.

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