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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Là-bas

Publié le 10 Novembre 2014 par Jean Mirguet

« Là-bas » est le titre donné par Roland Barthes à son premier chapitre de L’Empire des signes.

Là-bas, où est-ce ? Quelque part dans le monde, répond-il, un lieu duquel il va extraire un certain nombre de traits qui formeront un système qu’il nommera Japon.

Le système Japon ne représente ni analyse la moindre réalité, ce que ferait un énoncé occidental. Il se constitue à partir du prélèvement d’éléments qui, combinés, forment un système symbolique « inouï, entièrement dépris du nôtre ». Système symbolique foncièrement séparé, dégagé de l’emprise du système symbolique qui règle et organise notre existence d’Occidental.

Ce que vise la construction de cet autre système, « c’est la possibilité d’une différence, d’une mutation, d’une révolution dans la propriété des systèmes symboliques ». L’important n’est pas qu’il y ait d’autres symboles ou une autre sagesse, l’important est « la fissure même du symbolique ». Le geste de Roland Barthes consiste à trouer le symbolique, à en disjoindre les éléments.

Se produit alors en lui un réel séisme du sens, un renversement des modes habituels de lecture. Cet événement est un satori, un ébranlement qui conduit au vacillement du sujet, place les productions symboliques dans un autre espace et «opère un vide de parole », d’où se produit l’écriture quand "écrire c’est permettre au mystère de jaillir dans une apothéose » (Hélène Pommarel, Jours de grande parole, éd. La Dragonne, 2014)

Ce système n’est pas fait de représentations : en somme, il n’y a rien à dire. Comme l’écrit François Jullien, « les saisons suivent leur cours, tous les existants prospèrent : quel besoin le ciel aurait-il de parler ? ».

A la différence de nombres de poètes occidentaux qui font porter l’accent sur la profondeur et les métaphores, le vide occupe, au Japon, la plus grande part. « Sur la page, écrit Paul Claudel (A travers la littérature japonaise), la part la plus importante est toujours laissée vide. Cet oiseau, cette branche d’arbre, ce poisson ne servent qu’à historier, qu’à localiser une absence où se complaît l’imagination ».

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