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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

En attendant Houellebecq

Publié le 30 Décembre 2014 par Jean Mirguet

Dans une récente interview au JDD, Alain Finkielkraut présente Soumission, le prochain roman de Michel Houellebecq, dont la sortie est prévue le 7 janvier prochain.

Le sujet du livre campe une France dirigée par un nouveau parti, « La Fraternité musulmane ». L'histoire débute à la fin du second mandat de François Hollande, en 2022, dans une France fracturée où le FN est aux portes du pouvoir et la rue en ébullition. « La Fraternité musulmane » bat Marine le Pen et le Front national au second tour de la présidentielle grâce à une alliance avec le PS, l'UMP et l'UDI … Le nouveau chef de l'Etat, Mohammed Ben Abbes, nomme alors François Bayrou Premier ministre …

Dans ce roman comme dans ses précédents, Houellebecq poursuit son questionnement insistant: une fois notre civilisation définitivement éteinte, de quoi demain sera-t-il fait ?

Alain Finkielkraut, régulièrement assimilé à un Cassandre, estime que ce parallèle se retourne en définitive contre ceux qui le font car, comme l’écrit Michel Houellebecq dans Soumission, Cassandre, dans la mythologie grecque, offre l'exemple de "prédictions pessimistes constamment réalisées" et que les Troyens refusent de prendre en compte. Les journalistes de centre gauche, c'est-à-dire comme Houellebecq le dit aussi, tous les journalistes, ne font que répéter l'aveuglement des Troyens. Ils ne veulent pas voir ce qui arrive.

Michel Houellebecq a le génie du détail signifiant, dit AF, ajoutant que l’écrivain mêle avec un art consommé le concret et l'abstrait, le narratif et le philosophique. Sa force comique vient du fait qu'au lieu d'être prisonnier de l'esprit du temps ou de le combattre, il le regarde de l'extérieur. Aussi, son impassibilité est-elle absolument irrésistible et l’on rit beaucoup à la lecture de Soumission.

Mais, précise AF, le rire que suscite Houellebecq n'est pas celui des humoristes modernes, dont Raymond Queneau disait déjà qu'ils tendent "à tout déprécier, à tout abaisser, car ils ne peuvent tolérer qu'il puisse exister parfois quelque grandeur".

Si dans son roman, l’écrivain J.K. Huysmans tient une si grande place, c’est parce qu’il "sort du tunnel", dit AF, en se convertissant au catholicisme mais c’est aussi parce qu'il est "grisé par son atmosphère d'encens et de cire" et non parce qu'il a rencontré Dieu. De même, selon Michel Houellebecq, l'Occidental du début du nouveau millénaire, désabusé du mariage d'amour, et infiniment las des sites de rencontres pour célibataires exigeants, cédera en choisissant l'Islam pour l'attrait érotique de la polygamie.

C'est pourquoi il y a une grande ironie dans ce livre à fonder la victoire d'une civilisation de l'exclusion des femmes sur son potentiel érotique. Philippe Sollers ne disait pas autre chose quand, dans sa Guerre du goût, il écrivait : « Le tchador trouble la laïcité parce qu’il est une promesse intense de lascivité » … Mais pourrons-nous, comme l’imagine Houellebecq, nous accommoder de la disparition des femmes de l’espace public ?

Pour Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq n’est pas un provocateur. C'est plutôt une sorte d'étranger qui révélerait, non l'absurdité du monde, mais sa signification oubliée par ceux qui sont immergés en lui.

Avec ce roman, Michel Houellebecq fait une nouvelle fois la démonstration que la littérature est l’héritière favorite du réel où se mêlent nos peurs irrationnelles et notre fantasme de l’immigration de peuplement.

Sans doute pourrait-il reprendre à son compte ce qu’affirmait Nietzsche : « Nous ne savons rien du réel si ce n’est à travers les constructions fictives qui sont celles que le langage permet ».

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