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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » (Albert Camus)

Publié le 21 Janvier 2015 par Jean Mirguet in Charlie

Pendant combien de temps encore va-t-on entendre cette affirmation, faute contre la pensée, erreur de jugement consistant à affirmer que l’Islam n’a rien à voir dans le déferlement de barbarie et de mort qui, chaque jour, nous pète à la gueule, ici et ailleurs.

Il se trouve que, par profession, j’invite souvent, ceux qui viennent me parler de leur malaise, à s’interroger sur la part qu’ils prennent dans ce dont ils se plaignent. C’est un questionnement qui s’impose à quiconque se veut sujet donc responsable du bon comme du mauvais qui animent son existence.

S’il est vrai que cette interrogation est salubre voire salvatrice pour ceux que leurs choix de vie tourmentent, pourquoi ne la serait-elle pas pour ceux dont les choix philosophiques, religieux ou politiques sèment la haine et la mort de par le monde?

Pourquoi une religion s’exonérerait-elle de cette démarche critique?

Pourquoi ne faudrait-il pas (se) demander quelle part prend l’Islam (pour autant que cette dénomination unifiante soit justifiée) dans le retour à l’obscurantisme et à la barbarie caractérisant ce début de XXIe siècle ?

Qu’est-ce qui dans l’essence même de cette religion provoque de tels effets conduisant à une dictature des pulsions de mort sur les pulsions de vie ?

Pourquoi cette question est-elle refoulée voire forclose et génère-t-elle autant d’oukases, d’insultes en direction de ceux qui la posent et qui tentent d’y répondre ?

Pourquoi, les Musulmans - en tous cas une majorité d’entre eux - l’évitent-ils malgré les appels ou les témoignages de personnalités comme le réalisateur marocain Abdellah Taïa, le philosophe Abdennour Bidar, le président de l’Egypte Abdel Fattah al-Sissi, le blogueur palestinien Waleed Al-Husseini ou encore l’anthropologue Malek Chebel ?

Pourquoi la foi religieuse radicale devient-elle une prison pour ceux qui, cédant à la passion de l’ignorance, se mettent à l’abri d’un « n’en rien vouloir savoir » ?

L’écrivain et poète allemand Zafer Senocak, d’origine turque, avait publié dans Die Welt, en 2007, une tribune intitulée « La terreur vient du cœur même de l’Islam ». A nouveau, il exhorte les élites musulmanes à « créer une alternative libérale crédible » (Le Monde du 20 janvier), leur reprochant de ne pas être parvenues à concilier les sources traditionnelles de la foi islamique et le monde contemporain et à les engager dans un face-à-face qui aurait entraîné un débat fécond.

Il rappelle que le gouvernement turc, d’inspiration islamique, a récemment supprimé l’enseignement de la philosophie dans les écoles destinées aux futurs imams et que, ce faisant, les responsables de cet amaigrissement de la culture islamique ne sont pas moins dangereux que ceux qui transforment leur foi en arme à feu. Tirant leur supériorité de l’ignorance et de la paresse intellectuelle des musulmans paisibles et modérés, ils participent activement à l’étiolement de la doctrine islamique.

Il ne suffit plus aux musulmans de condamner la terreur exercée en leur nom, écrit-il. Il est temps que les questions portant sur les valeurs de la civilisation, sur l’avenir de la coexistence dans un monde globalisé entrent dans leurs univers existentiels.

A nous, non-musulmans, croyants d’autres religions, athées, agnostiques de les y aider et de nous trouver à leur côté dans cette immense tâche.

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Jacques Rimbert 26/01/2015 17:18

Ca y est, j'ai lu ton article. Je souscris des deux mains...et d'abord à la phrase de Camus "Mal nommer les choses etc...". Oui, l'Islam doit s'interroger et se réformer. Il n'y a rien de plus agaçant que cette bien-pensance de gauche qui les exonère par avance en en faisant des victimes. J'ai suivi un débat sur l'A2 avec Pujadas où se jouait à travers les discours de deux femmes profs, l'éternel dialogue de sourds de nos débats parisiens, front contre front. D'un côté, le discours généralisant d'un islamisme se répandant comme la peste et de l'autre la négation du problème au motif que l'énoncer serait stigmatisant. J'ai connu ça autrefois avec la délinquance dans les cités. "Le Monde " lui-même s'interdisait de nommer la délinquance d'origine immigrée quand les habitants des cités y avaient affaire tous les jours. Plus tard est venu le déni des problèmes d'autorité dans les classes soit par idéologie ( c'était facho de parler d'autorité) soit par angélisme. Aujourd'hui la même gauche est à nouveau en retard d'un train. Il faut effectivement nommer le problème, l'évaluer, le circonscrire sans angélisme ni mauvaise conscience.
Ceci dit, la réalité du vivre ensemble et les principes de la liberté d'expression se frottent. Il faut bien le constater. Le débat doit avoir lieu et rester ouvert. Voir certains musulmans (et pas toujours les plus radicaux) se fermer comme des huitres, là où il faudrait pouvoir parler...Brandir, bravache le drapeau de la provocation comme le fait par exemple Nicolas Bedos sans se poser le problème du contact et de la parole nécessaires à ce vivre ensemble, c'est se parler à soi, en vase clos.
Encore un mot. En 2001, Colombani et "Le Monde" avaient titré "Nous sommes tous américains" au grand scandale d'une partie de cette même gauche qui proteste aujourd'hui que tout le monde ne soit pas Charlie. Se sentir américain ou se sentir Charlie, dans ces circonstances particulières et à ce moment là, c'est d'abord se sentir humain tout simplement. Si on ne veut pas, dans le moment où c'est l'humanité qu'on frappe à travers eux, se sentir américain, qu'on ne s'étonne pas que d'autres ne veuillent pas se sentir Charlie...Personnellement, je mes sens juif quand on tue des juifs, palestinien quand on les massacre ou les spolie...

Bertrand 21/01/2015 19:25

Un des problèmes, c'est que nous autres non-musulmans ne sommes pas des interlocuteurs légitimes aux yeux des musulmans. Tout se passe comme si l'Islam était étanche aux influences extérieures, seuls des islamistes pouvant parler aux islamistes... C'est donc aux plus éclairés d'entre eux de se mettre à la tâche , s'il est vrai qu'ils adhèrent à nos valeurs républicaines de laïcité, de liberté pensée et d'expression, de démocratie, d'égalité des femmes etc...

Jean Mirguet 21/01/2015 20:37

Merci de ce commentaire avec lequel je suis pleinement d'accord