Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Cet obscur objet du mépris

Publié le 11 Mars 2015 par Jean Mirguet

Dans L’identité malheureuse, Finkielkraut demande si la violence dans les quartiers dits « sensibles » ne serait pas liée à l’exclusion de la féminité, et si elle n’est pas une conséquence du déni de sensibilité et de l’interdiction d’être galant que ces quartiers imposent.

Il cite l’exemple du film de Jean-Paul Lelienfeld, La journée de la jupe. Une prof de français, exaspérée par la violence verbale et les ricanements de certains de ses élèves car elle porte une jupe, réclame l’instauration d’une journée spéciale où l’Etat affirmerait solennellement qu’on peut porter une jupe au collège sans être une « pute ».

Autre exemple : dans Tableau noir. La défaite de l’école, Iannis Roder, un enseignant d’histoire-géo en ZEP, rapporte que celle qui se risque à féminiser sa tenue est considérée comme « une tepu, une tassepé, une lopesa qui mérite de se faire tourner ». Des élèves mêmes confient à leur professeur que s’habiller comme une femme, c’est chercher les problèmes.

La jupe fait de la femme un objet de désir et donc de mépris, écrit Finkielkraut. C’est cette logique épouvantable qui rapproche deux vêtements qu’apparemment tout sépare : le pantalon et le voile. Celles qui ne portent pas le voile doivent porter un pantalon pour cacher leur féminité . Camouflées sous le déguisement masculin d’un survêtement informe, elles échappent aux insultes, on les laisse tranquilles. Certaines ont tôt fait d’intérioriser ces nouvelles normes ; leur langage en atteste, constitué de termes grossiers, vulgaires, troupiers tels qu’on peut les entendre chez les gros bras s’imaginant en avoir. L’unisexualisation (identique à la désexualisation) ou le harcèlement : tel est le choix qui gouverne leur vie.

On nous raconte à longueur de journaux, de radio et de télévision que la violence dans les quartiers est une conséquence de l’exclusion sociale. C’est en partie vrai, mais en partie seulement, du moins du point de vue sociologique. Sous un autre angle, celui de la logique à l’œuvre dans ces fonctionnements, ces événements constituent un effet d’une haine du féminin ou d’un féminin haï car inaccessible qui conduit un jeune de Vitry à railler les « bouffons qui tiennent la main d’une meuf », alors que quelques jours plus tôt, Sohane, une adolescente, a été aspergée d’essence et brûlée vive par celui qu’elle avait éconduit.

C’est ainsi que des petits mâles (beurs salafistes ou nervis bleu-blanc-rouge de la Manif pour tous tabassant les Femen) imbus de leur prétendue supériorité phallique voient leur intégrité masculine menacée et asservissent les femmes.

Commenter cet article