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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Crise de la dette et évaluation

Publié le 9 Février 2012 par Jean Mirguet in Politique

Le supplément Economie  du Monde (7 février 2012) publie une interview de Christian Walter, professeur associé à l’IAE (Université Paris I) et directeur de la chaire Ethique et Finance de l’Institut Catholique de Paris.

Il est interrogé sur la façon dont la BCE (Banque Centrale Européenne) tente de calmer la crise de la dette : des prêts à bas coût qu’elle octroie aux banques pour leur permettre d’absorber les titres d’Etat, alors que, dans le même moment, de fortes inquiétudes pèsent sur les bilans bancaires.

Christian Walter met en garde contre la surenchère des normes de prudence visant à limiter les risques. « Il faut sortir de l’illusion prudentielle selon laquelle, par le calcul, on peut tout contrôler et prévoir ». L’idée que le risque est maîtrisable grâce au calcul repose sur des modèles mathématiques et techniques jugés éthiquement et idéologiquement neutres.

Ce fantasme obsessionnel de maîtrise, entretenant l’illusion qu’on peut tout calculer, contrôler et prévoir, ne tient pas compte du facteur d’incertitude c’est-à-dire de la part de nous-même et du monde qui nous échappent. Il ne s’agit pas de subir ce qui se dérobe à nous mais d’inventer un savoir-y-faire avec.

La neutralité éthique est un oxymore et la technique – y compris financière - n’est jamais neutre ni éthiquement ni idéologiquement.

 

Cette question éthique dans la technique est au cœur des pratiques d’évaluation, fondées sur la mesure et le calculable.

Dans un petit ouvrage publié chez Grasset en 2004, Voulez-vous être évalué ?, Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Milner expliquent que les évaluateurs se présentent au nom de la science. Or, l’évaluation n’est pas une science : ce n’est pas parce qu’on chiffre, mesure, calcule ou prévoit que c’est scientifique. L’évaluation s’apparente plutôt à un art du management.

Mais, plus que tout, le problème éthique posé par l’évaluation est celui du consentement de l’évalué à l’évaluation puisque l’évaluation est une chose qui se demande (cf. les demandes faites aux agences de notation d’être noté). En compromettant l’évalué dans le processus de sa propre exclusion, l’évaluation devient une méthode d’élimination. En consentant à être noté, évalué, vous vous condamnez vous-même, spécialement si les évaluateurs misent sur votre couardise et votre docilité.

En établissant un système normatif qui exclut l’incertitude, les évaluateurs construisent des instruments de mesure aboutissant à une autocondamnation  des évalués qui, dès lors, voient leur capacité à se révolter amputée.

Que dire de ce système sinon qu’il est cynique, abject, pervers ?

 

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