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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Des messieurs trop pressés..., par Michel Brun

Publié le 18 Mars 2012 par Michel Brun in Psychanalyse et psychanalystes

La médiatisation des controverses portant sur la pertinence de l’usage de la psychanalyse rate manifestement son objectif. Au lieu d’informer le public elle le laisse s’enliser dans une somme de préjugés sommaires qui nourrit les passions au lieu d’élever le débat au niveau scientifique qui devrait être le sien.

Il n’échappe à personne qu’aujourd’hui le journalisme d’opinion est commandité par les grands groupes de presse, valets de l’économie capitaliste,  pour laquelle seul compte le maximum de profit. Mais il est moins évident  de repérer que pour doper le marché de la presse tous les moyens sont bons, y compris le fait de mobiliser chez le lecteur ce qu’il y a de plus trouble dans son rapport à la jouissance, plutôt que sa capacité de réflexion.

C’est ainsi que la plupart des quotidiens et hebdomadaires  français, toutes tendances idéologiques confondues, ont progressivement réduit le volume de leurs colonnes et simplifié leurs débats de fond pour prendre comme cible le lecteur pressé, supposé de moins en moins capable de soutenir son attention.  Ce qui donne lieu à la production d‘énoncés à l’emporte-pièce, séducteurs et racoleurs, conformes à ce qu’attend notre société du spectacle généralisé.

Si les journalistes ne sont pas dupes, en revanche qu’en est-il des interviewés lorsqu’ils se prêtent au jeu consistant à résumer leur pensée sous la forme de slogans ou de formules simplistes propres à frapper les imaginations ? Comment un chercheur comme le docteur Mottron peut-il soutenir dans les pages du journal “Le Monde” que la psychanalyse “est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants” ?  Même Boris Cyrulnik, qui est pourtant un esprit éclairé,  s’est laissé aller à affirmer récemment dans le “Nouvel Observateur” que la psychanalyse était devenue dogmatique et que c’’était son erreur. N’est-ce pas confondre la psychanalyse et les excès de certains psychanalystes ?

Quoi qu’il en soit la psychanalyse n’a rien à redouter du débat scientifique, dès lors que l’on aborde un peu sérieusement ses énoncés. D’autant moins que la question de sa falsifiabilité, mise en cause par Karl Popper dans sa “Logique de la découverte scientifique” n’est plus du tout d’actualité. Quiconque étudie vraiment et se donne la peine de réfléchir peut, entre autres, prendre la mesure de l’évolution d’une pensée comme celle de Lacan. Par exemple depuis sa formulation de l’inconscient comme “Discours de l’Autre”, jusqu’aux élaborations les plus récentes sur la topologie du nœud borroméen et ses incidences cliniques. N’est-ce pas là de nouvelles perspectives ouvertes à l’épistémologie et à son progrès ?

Bien des chauffards qui roulent à tombeau ouvert sont des éjaculateurs précoces. Métaphore pour signifier que les penseurs pressés sont finalement voués au ratage. A moins qu’il ne faille promouvoir le fait de tirer à côté comme la forme de jouissance la plus accessible.

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coralie 19/03/2012 20:24

Bon article mais je me demande si il s'agit ici bien d'un problème de vitesse? lecteur pressé d'accord (et saturé), mais l'interviewé se fait complice de la vulgarisation voulue par le journaliste
(lequel connait 10% du sujet le plus souvent).
De leur côté les "experts" dont les medias se gavent, semblent bien se satisfaire de la situation, et ne rien faire pour que leur pensée ne soit pas simplifiée à l'extrême et caricaturée.. ces
chercheurs / penseurs / analystes etc.. sont une manne facile pour les journalistes, ils fournissent une source inépuisable d'interviews sur tous les sujets, gratuitement, et sont toujours prêts à
promouvoir leur dernière parution. Il suffit de se servir, il y aura toujours quelqu'un pour abonder dans un sens ou l'autre.. Mais au bout du compte, cela n'a plus aucun sens.