Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Facebook, fossoyeur de l’intimité

Publié le 5 Juin 2012 par Jean Mirguet in Le malaise

Alors que la psychanalyse doit faire face, à l’époque actuelle, à une hostilité croissante de la part de ceux qui réduisent l’être humain à la somme de ses comportements, on peut supposer que cette animosité n’est pas sans lien avec un aspect dominant de l’époque contemporaine : l’effacement de la frontière entre intime et social.

 

Si la psychanalyse fait les frais du gommage de la séparation intime et social, privé et public, c’est peut-être parce que, incarnant au mieux une pratique soucieuse et respectueuse du privé et de l’intime, son discours se développe à l’envers de celui des réseaux sociaux.

En effet, ceux-ci sont très attachés à accomplir ce qu’ils estiment être leur mission sociale, celle consistant à « rendre le monde toujours plus ouvert et connecté », comme le proclamait récemment Mark Zuckerberg, lors de l’entrée en bourse de Facebook.

Social networkAvec les social networks, nous sommes entrés dans de nouvelles pratiques de la communication qui produisent de nouvelles formes du lien social qui, du coup, s’en trouve métamorphosé. C’est ainsi que le jeune patron de Facebook annonce sans détour son intention de transformer la société – il en parle comme d’une « mission » - grâce aux progrès de la technologie puisqu’il estime avoir  déjà aidé plus de 800 millions de personnes à établir plus de 100 milliards de connexions et que son objectif est d’amplifier ce « recablâge » dont l’ambition est d’apporter du bonheur aux gens.

 

À quoi peut bien aboutir cette « mission » sinon à réduire le territoire de l’intimité à une peau de chagrin ? Grâce à Facebook, Twitter et aux mobiles, ce territoire fond toujours plus et se réduit aussi vite que les glaciers soumis aux effets du réchauffement climatique.

Les délimitations entre l’intime et le social s’évaporent, au profit d’une sorte de transparence forcée, dont Facebook envisage de se faire l’interprète et le pionnier.

 

Il n’est pas certain que cette évolution soit du goût de tout le monde, d’autant qu’il existe plus d’un paradoxe à voir les geeks, réputés timides et peu sociables, militer en faveur de cette ouverture. Mais, inutile de se voiler la face et foin des protestations qui s’élèvent, ce phénomène ne s’arrêtera pas de sitôt, d’autant que de grands intérêts financiers l’accompagnent.

 

Faire peu de cas de l’intime revient à faire du secret, avec lequel l’intime fait couple, quelque chose de périmé, de désuet. Le secret est ce que nous isolons, ce que nous mettons à part puisque son sens premier est séparer (secernere en latin). Par définition, un secret s’enferme dans l’intimité. Or, avec son projet de « partage sans friction », Mark Zuckerberg envisage de porter à la connaissance de tous nos amis facebookiens la plupart de nos activités en ligne. Si l’utilisateur ne veut pas de ces publications, il lui reviendra de se débrouiller pour bricoler les réglages de son profil.

 

En somme, si son projet aboutit, la perspective d’une communication sans heurts, sans conflits, sans confrontation, sans accroc ni distorsion va contribuer à rendre toujours plus obsolètes les vertus du malentendu, de l’ambigu, du quiproquo, de tout ce qui fait le sel d’une relation. Grâce à la communication zéro défaut et politiquement correcte, finis les brouillages dans l’échange ! S’ouvrira alors l’ère de la transparence obligatoire et de la tyrannie du tout savoir.

Affublés de ce fantasme de maîtrise, vous pourrez toujours croire que, désormais, plus rien ne vous échappera ! Gare, alors, aux retours de manivelle ... comme dit l’autre, ça va vous rattraper !

 

 

Commenter cet article

Olivier 08/06/2012 02:59

Il existe trop peu d'analyse de Facebook alors bravo M. Mirguet. Et comment aborder cette perte de l'intimité avec des adolescents persuadés qu'ils construisent un réseau social...?