Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

"Il y a des fleurs partout" (4), une nouvelle de H. Illégent

Publié le 29 Mars 2013 par H. Hillégent in Nouvelles

Alors que son agitation intérieure était à son comble, elle se souvint subitement. Elle avait déjà vu cet homme dans un rêve. Les images du rêve lui revenaient maintenant en cascade. Un rêve terrifiant, qui ouvrait sur un abîme. Elle se regardait dans la glace d’une armoire et le reflet de ses yeux en sortait. Un homme, celui-là même qu’elle venait de servir, s’en emparait et disparaissait. Elle se regardait de nouveau dans la glace et ne voyait plus le reflet des yeux qui avait disparu. Son reflet ne la regardait plus. Là où se trouvaient ses yeux, deux cavités sans vie étaient devenues deux nids où grouillaient de minuscules serpents. Prise de terreur à la vue de cette tête de Gorgone, elle s’était réveillée trempée de sueur, en proie à une angoisse indescriptible.

 

Debout à côté de l’homme, ne sachant où diriger son regard et incapable d’articuler le moindre mot, elle était pétrifiée. Son malaise était grandissant. Elle était au bord de l’évanouissement. Un voile passa devant ses yeux.

 

L’homme se leva, lui commanda de la suivre. Elle obéit comme un automate.

Ils montèrent dans sa voiture, une vieille Buick Super Eight bleu foncé de 1941,Buick garée le long d’Alameda Street. Il démarra et se mêla au flot des automobilistes qui remontaient vers le Nord-Est, en direction de Pasadena.

Assise sur la banquette arrière beige, Chizu reprenait petit à petit ses esprits. Elle essaya d’articuler quelques mots, mais ne put bafouiller qu’un inaudible « où m’emmenez-vous? ». 

L’homme y prêta à peine attention. Un sourire énigmatique barrait son visage soigneusement rasé.

 

Chizu regarda sa montre. Il était 13h30. Elle se dit que la patronne du Tokyo Kaikan, occupée derrière son comptoir et qui n’avait rien vu de l’enlèvement compte-tenu de la foule qui déambulait ce jour-là sur la Japanese Village Plaza, avait sans doute remarqué sa disparition et avait alerté la police.

Après avoir roulé environ une demi-heure, la voiture pénétra dans le parking situé dans le sous-sol d’un immeuble. L’homme coupa le contact, descendit calmement de la voiture, ouvrit la portière arrière et demanda à Chizu de le suivre. Elle s’exécuta docilement.

Ils empruntèrent l’ascenseur qui les déposa au 19ème étage.Gratte-ciel L’homme sortit un trousseau de clés de sa poche et ouvrit la porte d’un appartement qui portait le numéro 1914.

Ils pénétrèrent dans une grande pièce, faiblement éclairée par un rai de lumière filtrant au travers de persiennes fermées. Nous étions début juillet et, comme toujours à Los Angeles, le soleil était éclatant.

L’homme alluma l’abat-jour qui se trouvait derrière deux fauteuils rouge. Il invita poliment la jeune femme à s’asseoir puis se cala dans son fauteuil. Un long silence s’ensuivit. 

 

(A suivre ...)

Commenter cet article