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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

L'approche éducative dans l'autisme

Publié le 15 Mars 2012 par Jean Mirguet in Autisme

Dans son édition du 15 mars, Le Monde publie une mise en garde doublée d’une mise au point  de Laurent Mottron contre la méthode ABA.

Le Dr Mottron est psychiatre et chercheur en neurosciences cognitives résidant au Québec, directeur scientifique du Centre d'excellence en troubles envahissants du développement de l'Université de Montréal (Cetedum). Les recherches de son équipe, qui a publié plusieurs dizaines d'articles dans les meilleures revues scientifiques, permettent d'affirmer que les autistes pensent, retiennent, s'émeuvent, et surtout perçoivent différemment des non-autistes. Ce groupe défend l'idée que la science, en considérant l'autisme comme une maladie à guérir, passe à côté de sa contribution intellectuelle et sociale.

 

Je rappelle que Jean-Claude Maleval, psychanalyste, considère pour sa part que, parmi les méthodes d'apprentissage, la méthode TEACCH est à mettre à part, car elle s'appuie sur une connaissance du fonctionnement cognitif de l'autisme souvent intéressante. Cependant elle ne prend pas en compte l'angoisse. Il souligne que toutes les méthodes qui privilégient le un par un, et donc une implication forte du soignant, obtiennent des résultats (améliorations du comportement) parce que les autistes se dynamisent en se branchant sur un bord et affirment eux-mêmes être en attente d'une stimulation externe.

JC Maleval partage l'approche de  L. Mottron qui donne à l'autisme un statut de "variant" humain plutôt que de trouble, traduction du terme anglais consacré autistic disorder. Appréhendé sous cet angle, l’autisme serait une structure subjective spécifique n’évoluant pas vers la psychose sauf dans de rares passages (qui ne seraient qu’apparents) vers la schizophrénie quand les défenses ont été trop dérangées. JC Maleval ajoute qu’il n’y a dans l’autisme ni hallucinations verbales authentiques ni délire et que les écrits des sujets autistes sont nettement différenciables de ceux des psychotiques.

 

À propos des recommandations récemment publiées par la Haute Autorité de Santé (HAS) en matière de prise en charge de l'autisme, notamment celles qui concernent l'approche comportementaliste ABA (Applied Behavioral Analysis ou Analyse appliquée du comportement), le docteur Mottron a adressé la réaction suivante au Monde :

Le rapport argumentaire de la HAS et ses recommandations sont dans leur quasi totalité un travail remarquable. Je soutiens sans réserve l'approche éducative, –  tous les autistes doivent aller à l'école régulière par défaut, avec accompagnent si nécessaire – comme je soutiens les thérapies cognitivo-comportementales pour les autistes verbaux. Ces dernières n'ont rien à voir avec les interventions comportementales précoces ou ABA, qui s'adressent aux enfants d'âge préscolaire, et que je désapprouve – mais les Français mélangent tout dans le domaine, ils n'y connaissent rien faute d'y avoir été exposé à cause de la psychanalyse, et ne font aucune nuance entre des techniques qui n'ont à peu près rien à voir entre elles.

Quand je vois "techniques éducatives et comportementales", dans la même phrase, je mesure à quel point en France actuellement on pense que les ennemis de mes ennemis sont forcément mes amis. J'ai même ma photo chez les lacaniens, avec cette logique! Alors que pour moi la psychanalyse n'a rien à dire ni à faire avec l'autisme. La psychanalyse est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants. On doit la sortir du soin, des enfants en particulier (et pas seulement de l'autisme). Je suis parti au Canada pour fuir cela il y a vingt ans.

La seule chose que je critique dans le rapport de la HAS, comme scientifique et clinicien de l'autisme  et j'ai le droit de le faire, parce que cette technique a été rendue obligatoire au Québec en 2003, avec pour effet de monopoliser tous les budgets, avec des résultats non démontrés, et la conséquence de laisser les adultes autistes sans ressource, c'est la place qu'il fait à l'ABA. Le rapport évalue mal les données sur lesquelles il se base pour lui donner la cote B. Les résultats de l'ABA sont gonflés, cette technique pose de gros problèmes éthiques, elle se fonde sur une science périmée. L'HAS a pris sur ce point une position plus généreuse que le rapport Warren (2011) de l'académie de pédiatrie américaine, qui lui donne une cote moins bonne de C, selon une échelle comparable. Mais qu'on ne me fasse pas dire que je soutiens la psychanalyse parce que je critique l'ABA. 

 

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