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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Éducateur quelconque

Publié le 16 Juin 2011 par Jean Mirguet in Clinique et pratique en institution

Pls

Dans une allocution consacrée aux psychoses de l’enfant[1], Lacan termine son intervention par cette question : « Quelle joie trouvons-nous dans ce qui fait notre travail ? ». Autant dire que, pour lui, une pratique en institution avec les enfants psychotiques vaut son poids d’or dans la mesure où elle interroge le rapport de chacun à la liberté, à la ségrégation et à la jouissance. De plus, la clinique des psychoses chez l’enfant donne accès à une éthique, celle de la psychanalyse.

 

« Éducateur quelconque » : cette expression, forgée par Virginio Baio, désigne, non une identité professionnelle ou un statut, mais une position qu’il s’agit d’occuper auprès des enfants. Pour que ceux-ci puissent élaborer les solutions qu’ils inventent, il nous faut être là, présents, mais pas de n’importe quelle façon.

Être dans la position de l’éducateur quelconque, c’est pouvoir ne pas être préoccupé par le souhait d’être quelqu’un, par des idéaux éducatifs, pédagogiques ou thérapeutiques. C’est une manière de se distraire de soi-même en laissant tomber les insignes que nous nous attribuons pour être reconnus.

Autrement dit, la position de l’éducateur quelconque implique une mise entre parenthèses de notre position subjective et de notre fantasme qui, souvent, consiste en un vouloir s’occuper des enfants, ce contre quoi les enfants psychotiques se défendent avec force.

Donc, fonctionner dans la position de l’éducateur quelconque constitue la condition (c’est du moins la solution trouvée par les collègues engagés dans la pratique à plusieurs) nécessaire pour laisser une place au travail de l’enfant.

Cela n’est pas facile car ça implique une destitution, celle de la position de savoir dans laquelle on croit se trouver. Se situer dans une position de non-savoir n’est pas se situer dans une position d’ignorance : ce serait même plutôt l’inverse car le non-savoir est aussi bien un savoir, celui par exemple de savoir faire une offre vide, savoir créer du manque, savoir se taire, savoir jouer de l’équivoque, savoir ne pas s’occuper des enfants.



[1] J. Lacan, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres écrits, Seuil, 2001.

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