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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La poésie entre sens et trou

Publié le 17 Juin 2011 par Jean Mirguet in Poésie

La structure de l'être parlant est trouée. Qu'est-ce à dire ?

Le trou veut dire que, dans la structure, il y a toujours quelque chose qui ne peut s'expliquer et qui nous échappe (cela peut s'appeler castration, refoulement originaire, objet perdu, impossible à dire, réel, non-rapport sexuel...art). Ce trou, nous le bouchons par des effets de sens, jusqu'à le supprimer.

Or, avancer avec Lacan que la poésie est "effet de sens, mais aussi bien effet de trou", c'est dire qu'il y a deux sortes de poésie :

- la ratée qui produit un effet de sens sans effet de trou

- la réussie qui, quand elle produit un sens, ne renvoie pas à un autre sens mais à une place vide.

Le mot choisi laisse un vide à la place de l'autre mot qui manque. Paul Claudel le confirme (A travers la littérature japonaise) :  "Sur la page, la part la plus importante est toujours laissée au vide. Cet oiseau, cette branche d'arbre, ce poisson ne servent qu'à historier, qu'à localiser une absence où se complaît l'imagination."

 

Devant l'éclair -

sublime est celui

qui ne sait rien !

                                       Bashô

 

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gloser 24/07/2012 12:50

Bonjour je lis dans François Cheng "l'écriture poétique chinoise":
"Le poème achevé, dieux et démons sont stupéfaits"

La formule est jolie je trouve qu'elle prolonge les aphorismes liés au haiku japonais et elle me touche surtout parce que je suis occidentale. Mais en retour un oriental qui découvrirait notre
culture pourrait s'émerveiller de la formule de Malherbe:
"Au poète ayant achevé un bon sonnet, 10 années de repos."
Question d'habitude et de décontextualisation je pense. On ne peut pas comprendre Malherbe sans connaissance des difficultés de la maîtrise d'écriture de quelques classiques français!

Meme chose pour la danse, sur l'esplanade du Trocadéro à Paris je vois toujours des danseurs de hip-hop vraiment bons mais depuis 10 ans au moins je les vois. Résultat ce qui serait vraiment
stupéfiant en 2012 sur l'esplanade du Trocadéro, ce serait la prestation d'un danseur étoile de l'opéra!^^ j'y pense souvent je l'imagine.

Mais sur l'esplanade poétique contemporaine! existent quelques trous! "L'alexandrin haiku prolongé" si l'on peut se permettre l'oxymore! pour moi c'est cette découverte:
http://theatreartproject.com/langage.html

connaissez-vous Louis Latourre? J'ai été scotchée car le lien renvoie au "jeu" du langage!et à l'étonnement de l'alexandrin.

le trou léclair et le sens;dans le milieu poétique que je fréquente cette performance fait tâche! ou problème!

michel BRUN 12/11/2011 23:46


A propos de la poésie entre sens et trou.

Devant l'éclair
sublime est celui
qui ne sait rien

Ce Haiku de Bashô est manifestement un petit bijou dans la mesure où il a l'élégance de combiner avec une remarquable économie de moyens l'effet de sens propre à l'art poétique et la sidération
devant le trou, là où défaille le savoir.
Un style s'y démontre, soit une manière d'oxymore où l'absence apparaît en quelque sorte positivée : du côté de ce qui n'est pas tout à fait un sujet, le trou et le sublime s'ordonnent selon le
dispositif d'une structure moebienne,soit une surface unilatère.

Le sujet freudien, quant à lui, est l'effet d'une coupure, qui n'est autre que l'expression de sa condition de sujet divisé. Confronté à l'intolérable du trou il ne peut que se rabattre sur le
petit a du fantasme, faisant ainsi du savoir l'équivalent d'un symptôme .

Ta vie, mon ami, est cet improbable éclair qui t'enlève à toi-même avant d'y avoir compris quoi que ce soit. Si tu veux pouvoir vivre, oublie que tu as une tête et substitue l'ineffable de
l'intuition à la vanité du savoir !

Méditons cette sentence de Hsu, maître zen, sur son lit de mort en 1959 :

" Faites le voeu de réaliser la parfaite compréhension que le corps illusoire est semblable à la rosée et à l'éclair ."

Il serait toutefois malséant de croire que nous pourrions aisément nous débarrasser de notre tropisme logomachique d'occidental en nous appropriant le "Vide" des orientaux. On ne possède pas le
Vide car c'est lui qui nous absorbe... en un éclair !

Michel BRUN


Marie-Ange 20/06/2011 18:41


Quelques précisions.
Bashô (17ième siècle) l’une des figures majeures de la poésie classique japonaise a imposé dans sa forme l’art du haïku, mais il en a surtout défini la manière, l’esprit : légèreté, recherche de la
simplicité et du détachement.
Source : Bashô – Cent onze Haïku - Traduction de Joan Titus-Carmel-Verdier
inazuma ni
satoranu hito no
tôtosa yo
Devant un éclair
l’homme qui ne comprend pas
est bien admirable !

La traduction que tu énonces est de Corinne Atlan et Zéno Bianu :
« Bashô, adepte du zen, joue sur le double sens du verbe satoru : « comprendre » et « réaliser » au sens du plus haut achèvement (éveil, satori). Selon un de ces paradoxes chers au zen, celui qui
ne sait rien possède la vraie connaissance ». -Source : Haïku-Anthologie du poème court japonais -Gallimard -2002

Le haïku touche l’intime, c’est pour ça que j’aime le lire et l’écrire.

Marie-Ange