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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La psychanalyse aujourd’hui (I)

Publié le 4 Décembre 2011 par Jean Mirguet in Psychanalyse et psychanalystes

La psychanalyse et les psychanalystes sont, aujourd’hui, la cible de critiques périodiques concernant sa validité, son efficacité, sa place dans le domaine de la santé mentale. Plus particulièrement, c’est l’autisme qui devient le champ de bataille privilégié des opposants à la psychanalyse.

Les psychanalystes ripostent à ces attaques, mais à quelques exceptions près, leurs réactions sont dogmatiques, rigides, corporatistes voire obscurantistes.  D’où des échanges stériles qui sont la conséquence d’effets d’identification imaginaire que produit leur appartenance à un groupe. Ceux-ci sont nuisibles au débat scientifique.

Plus pitoyables encore sont les disputes, les polémiques, les conflits à l’intérieur même du mouvement psychanalytique orienté par l’enseignement de Jacques Lacan. Les derniers événements de l’automne, à l’occasion de trentième anniversaire de la mort de ce-dernier en témoignent. L’empoignade et les calomnies entre Jacques-Alain Miller, Judith Miller son épouse et Elisabeth Roudinesco ont fait les délices de la presse qui n’a pas manqué de railler et se moquer : « Les détracteurs de la psychanalyse l’accusent d’être élitaire, sectaire et verbeuse. Où diable vont-ils chercher ça ? Où donc, je vous le demande », concluait une chroniqueuse suisse dont le commentaire était rapporté par Courrier International, à propos du procès ayant opposé récemment J. Miller à E. Roudinesco.

ConformismeMes collègues semblent avoir oublié ce qu’écrivait Lacan[1], il y a plus d’un demi-siècle : « L’identification à l’image qui donne au groupement son idéal fonde certes la communion du groupe, mais c’est précisément aux dépens de toute communication articulée. La tension hostile y est même constituante de la relation d’individu à individu ». Dans ce climat, s’installe la « terreur conformiste » d’analystes qui font preuve d’une extraordinaire intolérance à l’égard de ce qui n’est pas la conduite commune...et certains de se conduire alors en courtisans sectaires et flagorneurs.

En règle générale, le groupe uniformise le sujet ; le groupe psychanalytique, bien qu’averti, n’y échappe pas, bien au contraire. Heureusement, il peut arriver qu’un sujet, révolté, ne détourne plus le regard, décide de quitter l’uniforme et fasse front.

Dans un article écrit il y a une dizaine d’années dans la Revue de l’Ecole de la Cause freudienne, Lilia Mahjoub-Trobas observait que le groupe analytique est secoué par les phénomènes d’amour et de haine - dans lesquels nous devons reconnaître le transfert - quand le bien-dire y est en souffrance. À méditer...

Que résulte-t-il de ce conformisme? Le repli sur l’entre-soi et le risque de la nécrose. Mais également des bénéfices puisque le fait de trouver un ennemi commun permet de resserrer les rangs. Les psychanalystes ne peuvent-il faire corps qu’en s’opposant à un adversaire extérieur ?

Ces joutes contreproductives affaiblissent la psychanalyse, faisant perdre un peu plus, chaque fois aux psychanalystes, de leur crédibilité aux yeux de l’opinion publique.

Si, en son temps, Freud fit face aux réfutations en déclarant résistance inconsciente les détractions qu’on lui adressait, cette posture défensive n’est plus de mise aujourd’hui. 

Alors quoi ? La psychanalyse est-elle mourante ? Au moins peut-on considérer l’hypothèse d’une perte d’influence grandissante. Les psychanalystes n’ont-ils pas à se demander quelle part ils y prennent ?

Il serait alors profitable d’aller voir du côté de ceux qui, depuis longtemps, s’interrogent sur ce déclin, ce à quoi je vais essayer de m’atteler dans des articles à venir.

 

 



[1] J. Lacan, Ecrits, « Situation de la psychanalyse en 1956 », Seuil.

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olivier 05/12/2011 02:11

Voilà un angle passionnant que même les journalistes pourraient reprendre à leur compte. Les journalistes servent ils encore à quelque chose ?
J'attends la suite...