Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La psychanalyse aujourd’hui (II). Le traitement psychanalytique de l'autisme

Publié le 6 Décembre 2011 par Jean Mirguet in Autisme

Dans son commentaire de « La psychanalyse aujourd’hui (I) » posté hier sur ce blog, Olivier demande si les journalistes servent encore à quelque chose. Une réponse lui est donnée avec le film de Sophie Robert, intitulé Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme, à propos duquel une vive polémique s’est développée.

Jugeant que le montage des extraits d’interviews procédait d’une manipulation de leurs propos, qu’il en dénaturait le sens voire qu’il leur faisait dire le contraire de ce qu’ils avaient exprimé, Éric Laurent, Esthela Solano-Suarez et Alexandre Stevens, trois des psychanalystes interrogés dans ce documentaire, ont porté plainte. Le procès qui aura lieu le 8 décembre 2011 à Lille a pour objet d’obtenir la cessation d’exploitation en l’état du film, aussi longtemps que n’auront pas été retirés les extraits de leurs interviews.

Ce film est diffusé sur http://www.dailymotion.com/video/xkxxjv_1ere-partie-le-mur-la-psychanalyse-a-l-epreuve-de-l-autisme_news . Il dure environ 52 minutes dont 49 consacrés aux interviews des psychanalystes. Ce documentaire ne vise pas à informer mais s’applique à convaincre insidieusement le spectateur de l’inanité du traitement psychanalytique de l’autisme et du discours des psychanalystes.

C’est à n’en pas douter efficace puisqu’une voix off affirme vers la fin « ...et pourtant des solutions existent... ». Ce « et pourtant » assassin est un véritable coup de grâce, une objection qui met en doute la vérité de ce qui a été dit précédemment et en implique la fausseté. Il inaugure les trois dernières minutes consacrées à la promotion des méthodes éducatives cognitivo-comportementalistes. 

Sous prétexte d’informer le public sur le traitement psychanalytique de l’autisme, la réalisatrice se livre donc à un réquisitoire contre la psychanalyse en manipulant habilement images et propos. Le traitement psychanalytique de l’autisme est subtilement présenté comme un danger pour les enfants autistes et les psychanalystes sont ridiculisés, assimilés à des imposteurs et à des bonimenteurs, plus soucieux de défendre leur pré carré que de traiter l’autisme des enfants qui leur sont adressés à leur cabinet ou en institution.

Ce film est révoltant, c’est entendu. Les psychanalystes se sont fait piégés, soit. Mais une question se pose, à laquelle ils ne devraient pas se dérober : ne sont-ils pas les artisans de cette farce, à l’insu de leur plein gré ? Pourquoi énoncer des paroles absconses, inintelligibles (voire fumeuses) qui seront prises à la lettre ? Si l’usage de l’équivoque est admis dans la communauté psychanalytique, il est loin d’en aller de même à la télé. Des termes comme inceste, séparation, phallus (paternel !), abdiquer l’idée d’une progression, la mère crocodile, etc, etc... sont des bombes à retardement qu’il vaudrait mieux manier avec la plus grande des prudences quand on ne sait pas bien à qui ils s’adressent.

Enfin, il y a cet argument contreproductif qui consiste à présenter le traitement psychanalytique de l’autisme comme un combat pour maintenir vivante la dimension de la subjectivité. Nous devrions savoir que plus nous continuerons à enfourcher ce cheval de bataille qui ne convient plus au monde d’aujourd’hui, plus nous attiserons les haines et participerons activement à notre déconsidération voire à ce que certains appellent déjà « l’autodestruction du mouvement psychanalytique ». Nous n’avons rien à gagner en alimentant l’opposition frontale et manichéiste au comportementalisme et je crains qu’un procès, même gagné, ne change pas grand chose à l’espèce de nasse dans laquelle les psychanalystes sont pris et se prennent.

S’il est vrai que la psychanalyse est menacée, n’est-ce pas par le retour de ce que les psychanalystes refoulent, à savoir leur phénoménale prétention à vouloir assurer le leadership dans les pratiques cliniques comme dans la vie culturelle et politique ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article

Jean Mirguet 09/12/2011 19:10

Rue89 donne la parole à à des psychanalystes membres de la Coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes s'occupant de personnes avec autisme (CIPPA). L'un des signataires,
Bernard Golse, est interviewé dans le film, mais ne le poursuit pas devant la justice.
A lire sur http://www.rue89.com/2011/12/08/autisme-des-psys-alertent-sur-les-meconnaissances-227345