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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La psychanalyse aujourd’hui (IV) : interdire la psychanalyse ?

Publié le 20 Janvier 2012 par Jean Mirguet in Psychanalyse et psychanalystes

Après le film de Sophie Robert, voici un nouvel épisode dans la guerre menée contre le travail psychanalytique avec les autistes : un post du Point du vendredi 21 janvier 2012 nous apprend que le député UMP Daniel Fasquelle a déposé, aujourd'hui, sur le bureau de l'Assemblée Nationale, une proposition de loi visant à interdire les pratiques psychanalytiques dans l'accompagnement des personnes autistes au profit de la généralisation des méthodes éducatives et comportementales, et la réaffectation des financements existants à ces méthodes.

"Pour aider ces personnes à s'en sortir, la France ne peut plus continuer à cautionner et financer les pratiques de type psychanalytique dans le traitement de l'autisme", affirme le député qui s’indigne « en constatant qu'en France ce sont les pratiques psychanalytiques généralisées dans nos établissements hospitaliers et médico-sociaux qui sont financées par l'Assurance Maladie".

Il ajoute que "l'approche psychanalytique a été abandonnée depuis au moins 20 ans dans la plupart des pays occidentaux au profit de méthodes éducatives et comportementales". La psychanalyse "ne figure dans aucune recommandation nationale ou internationale en matière d'autisme", écrit-il, alors que l'apport de "certaines techniques de rééducation spécifiques (outils de communication, méthodes éducatives, méthodes comportementales) a été démontré dans plusieurs études".

Selon ce député, une étude est en cours au Conseil économique social et environnemental sur "le coût économique et social de l'autisme en France" et qui "devrait permettre de pointer le coût induit par la mauvaise prise en charge et démontrer la nécessité d'un accompagnement éducatif et comportemental, le plus précocement possible".

Si certains, comme ce député, jugent que la psychanalyse ne constitue pas un remède contre l’autisme, on pourrait leur rétorquer avec Jacques Lacan que, si elle est un remède contre l’ignorance, elle est sans effet sur la connerie, sur ce trop-plein de préjugés résolument hostile et hermétique à toute nouveauté, au radicalement Autre.

Ce qui n’empêche pas des psychanalystes conservateurs, transis et rivés au dogme de demeurer des abonnés fidèles à cette connerie, puisque croyant dialoguer avec les autres, ils ne font, malheureusement, que monologuer dans la galerie des glaces de leur communauté.

Alors, quoi, faut-il interdire aux psychanalystes de travailler avec les autistes ? Faut-il interdire aux autistes de rencontrer des psychanalystes ? Faut-il interdire la psychanalyse et encourager la chasse aux sorcières ? Ou encore : ne faudrait-il pas interdire l’autisme ?

L’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis, créée en 1960) vient de publier un communiqué de presse par lequel elle s’oppose à la proposition de loi de M. Daniel Fasquelle. Christel Prado, sa présidente s’insurge : « Interdire une forme d’accompagnement ne sert à rien et est clivant. Concentrons nos énergies à développer de façon urgente les méthodes qui ont prouvé leur efficacité. Si l’autisme est la grande cause 2012, c’est pour développer la recherche et permettre de répondre au mieux aux besoins des personnes autistes le plus précocement possible. Les personnes autistes et leurs familles ont besoin de compétences multiples pour répondre à leur problématique. Par ailleurs, en tant que Rapporteur au Conseil économique social et environnemental du projet d’avis sur « le coût économique et social de l’autisme en France », il est tout à fait prématuré d’en tirer de quelconques conclusions.»

 

 

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Jean Mirguet 30/01/2012 11:30

Le Dr Edwige Antier, pédiatre et députée UMP que j'avais invitée l'année dernière à participer à la Journée doctorale du département de Psychanalyse de l'université Paris 8 sur "Le désordre
familial et les symptômes de l'enfant" m'adresse le texte ci-dessous avec ce petit mot : "Bonjour Gérard, ce mail pour vous tenir au courant d'une offensive des comportementalistes contre la
psychanalyse, et de ma montée au créneau pour contrer cette attaque. Fidèle amitié, Edwige". Avec son accord, je le porte à la connaissance des lecteurs de Lacan Quotidien.
Gérard Miller

Madame Edwige Antier, députée de Paris et pédiatre, ne s'associe pas à la proposition de loi de son collègue Daniel Fasquelle visant à «l'arrêt des pratiques psychanalytiques dans l'accompagnement
des personnes autistes et la généralisation des méthodes éducatives et comportementales.» Les personnes dites « autistes » doivent avoir le droit de bénéficier de toutes les ressources de la
médecine, de la psychiatrie et de la psychologie. Il y a aujourd'hui une nouvelle classification des troubles du développement, l'autisme entrant dans plusieurs syndromes d'origine et de
traitements très différents, le plus fréquent se classant dans les « troubles envahissants du développement ». Les équipes médicales de pédo-psychiatrie manquent cruellement de moyens, mais sont
parfaitement ouvertes actuellement à toutes les méthodes d'accompagnement, et doivent pouvoir mettre au service de la personne autiste et de sa famille toutes les compétences. Le débat sur le rôle
de la psychanalyse dans le suivi des enfants autistes est un débat du passé. Bruno Bettelheim, qui a été accusé de culpabiliser les mères des enfants autistes, a disparu depuis 22 ans... et aucun
pédopsychiatre, fut-il psychanalyste, ne se prive aujourd'hui de mettre toute une palette de traitements dans laquelle est inclue la méthode comportementaliste au service de ces familles. La
souffrance des parents, le drame qu'ils vivent devant une société trop passive quant à la prise en charge de ces enfants, ne doivent pas être attisés par des querelles d'école. Edwige Antier
déplore cette proposition de loi qui prétend dicter leurs choix thérapeutiques à des médecins psychiatres et pédopsychiatres. Elle pense que ce n'est pas le rôle des parlementaires.
Paris, le 26 Janvier 201

Jean Mirguet 29/01/2012 19:14

Communiqué de Presse 26 janvier 2012 POSITION de la CIPPA VIS-A-VIS de la PROPOSITION de LOI de Monsieur DANIEL FASQUELLE VISANT à "INTERDIRE L'ACCOMPAGNEMENT PSYCHANALYTIQUE DES PERSONNES
AUTISTES"

1. Un tel projet soulève une question préalable : est-il de la compétence de l'Assemblée nationale de se prononcer sur une technique de soins ? 2. Une telle loi ne pourrait qu'augmenter les
clivages entourant l'autisme, alors qu'il faudrait les réduire. 3. Elle diminuerait la liberté des familles de choisir les modalités d'aides à leur enfant. 4. Elle tiendrait pour démontrée
l'inefficacité de la psychanalyse dans le champ de l'autisme alors que nous constatons sur de nombreux cas suivis au long cours que, pratiquée de la façon récemment réexposée par la CIPPA (cf. son
dossier "Alerte aux méconnaissances concernant l'autisme et la psychanalyse" accessible sur www.cippautisme.org) et nécessairement associée aux autres aides individualisées dont chaque personne
autiste a besoin (aide éducative, aide à la communication, à la socialisation, scolarisation), elle est bénéfique, comme une étude en cours dans le cadre d'un réseau INSERM sur les psychothérapies
commence à le valider statistiquement. 5. Pour autant, la CIPPA ne cautionne pas, concernant l’autisme, les diverses conceptions et pratiques de tous ceux qui s'intitulent psychanalystes. Nous
sommes, notamment, en opposition radicale avec les pratiques thérapeutiques et d'accompagnement familial qui culpabilisent indûment les parents. Nous nous opposons également aux attitudes
"d'attente de la demande et de l'émergence du désir" alors que, bien évidemment, il faut "aller chercher" les personnes autistes afin de les aider à dépasser leurs difficultés sensorielles,
émotionnelles et relationnelles. Pour toutes ces raisons, la CIPPA s'associe à la demande qu'a adressée l'UNAPEI à Monsieur D. Fasquelle de retirer sa proposition de loi.

Dominique AMY, Présidente Geneviève HAAG, Secrétaire générale

Michel BRUN 21/01/2012 11:11

L'idée que l'on puisse d'une manière ou d'une autre interdire la pratique de la psychanalyse dépasse largement le cadre du traitement de l'autisme. Si un parlement se faisait le complice de ce
genre d'injonction, sans en mesurer les conséquences, cela serait gravissime. Et il ne s'agit pas seulement de la conspiration contre le sujet dénoncée en son temps par Jean-Claude Maleval. Il y va
de l'avenir de la démocratie. Tous les Etats qui ont interdit ou restreint l'exercice de la psychanalyse sur leur territoire étaient sans exception des régimes totalitaires. Dans ces conditions il
n'est pas utopique de redouter une montée insidieuse du fascisme en France. Les attaques irréfléchies contre la psychanalyse en sont probablement l'un des symptômes. Mais au bénéfice de quoi ,
sinon l'imposition d'un certain type de discours ? Laissons pour conclure la parole à Roland Barthes : " Le fascisme, ce n'est pas empêcher c'est obliger à dire".