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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La psychanalyse aujourd'hui (VI) : bousculer les conservatismes

Publié le 21 Février 2012 par Jean Mirguet in Psychanalyse et psychanalystes

Alors que pleuvent, plus que les critiques, les propos hostiles voire haineux contre la psychanalyse et ses praticiens, rappelons quelques vérités.

La première d’entre elles est la survenue d’un événement à l’aube du XXe siècle : l’événement Freud.

Un événement, pour reprendre la définition qu’en donne Alain Badiou, est quelque chose qui fait apparaître une possibilité qui était invisible ou même impensable. L’événement propose quelque chose, il crée une possibilité. C’est une procédure de vérité qui transforme l’impossible en possible (cf. le slogan de 68 :  demandez l’impossible !). Tout dépend ensuite de la façon dont chacun s’emparera de cette possibilité.

A la suite de Freud, les psychanalystes se sont appropriés ce qui était arrivé pour en faire quelque chose. Avec son enseignement, Lacan est l’un de ceux qui se sont mis au service de soutenir et exploiter ce qui s’était produit à Vienne. Et aujourd’hui, l’on voudrait que cela n’ait pas existé ou, comme l’indique Michel Brun dans un précédent post, que ce ne soit qu’un détail de l’Histoire. Fadaises !

La psychanalyse implique l’exercice de la parole – et elle n’est pas la seule pratique de parole – mais une parole toujours sous la menace, comme le dit Pascal Quignard, d’une défaillance du langage jamais tout à fait acquis. Ce qui fait de la langue installée dans la bouche, une langue qui trébuche, qui  cherche sur les lèvres à jamais ce qui ne s’y trouve pas c’est-à-dire les mots qui font défaut. On n’en finit jamais de dire car les mots ne peuvent dire directement.

Qu’adviendra-t-il si cette pratique est écartée des recherches, des modalités d’intervention cliniques, des expériences institutionnelles ? Qu’adviendra-t-il de la clinique du psychisme si les hypothèses de la psychanalyse sont invalidées et déclarées inopérantes ?

Les institutions hospitalières ou médico-sociales françaises accueillant des autistes, si elles sont actuellement les premières concernées par cette campagne antipsychanalytique, ne sont pas les seules à y être intéressées. D’autres institutions qui accueillent des enfants, adolescents ou adultes aux prises avec ce qu’on appelle aujourd’hui un processus handicapant pourraient se voir être également confrontées à une interdiction de traitements se référant à la psychanalyse.

Pourtant, le travail effectué dans la plupart de ces institutions repose sur une approche pluridisciplinaire, associant le soin, l’accompagnement éducatif et l’accès aux apprentissages scolaires et préprofessionnels. De plus en plus, le temps deviendra révolu qui fut celui d’une opposition entre une prise en charge individuelle et une prise en charge institutionnelle, entre l’accent porté sur les difficultés psychologiques plutôt que sur les problèmes liés à l’éducation et/ou aux conditions sociales.

Aujourd’hui, l’heure est à une conjonction d’approches conjuguant le soin, l’éducation et la scolarité, ce que démontre, par exemple, la nature de l’accueil réalisé dans les ITEP (Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique) où des enfants, adolescents et jeunes adultes sont admis car présentant des difficultés psychologiques dont l’expression, notamment l’intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l’accès aux apprentissages. Ce travail, pour rester efficient, ne peut se réaliser qu’avec l’accord et la collaboration des parents.

L’expérience des ITEP prouve que, en l’état actuel de nos connaissances, aucune méthode de traitement ne peut revendiquer de monopole, être instituée comme la seule qualifiée ou promue contre une autre.

Certes, des parents d’enfants autistes, regroupés ou non en associations, témoignent à charge contre la psychanalyse (ou la psychiatrie, les deux étant fréquemment confondues).  On ne reprochera pas aux psychanalystes de s’en émouvoir et de réfuter ce dont ils sont accusés et relève parfois d’une diffamation de leur pratique. Mais il n’est pas davantage acceptable que certains psys, entortillés dans leur dogmatisme ou pétris de suffisance s’adressent avec condescendance aux parents, avec pour résultat de gommer ce que ces derniers évoquent de leur expérience.

Il est évidemment contreproductif pour tout le monde et pour la psychanalyse de mettre de l’huile sur le feu ou d’agir comme des pompiers pyromanes, sauf à faire passer à la trappe le désarroi des parents et la singularité de leurs enfants.

Dans l’abord des questions que nous pose l’autisme et dans la nécessité dans laquelle se trouvent les psychanalystes d’y répondre de manière nouvelle, on ne peut que se féliciter de voir certains psychanalystes comme Jean-Claude Maleval (son livre L’autiste et sa voix, Seuil, 2009 offre, à cet égard, des pistes de travail inédites) souhaiter une facilitation des échanges avec les cognitivistes.

Cela suppose de la part des uns et des autres un exercice de la pensée critique susceptible de bousculer les conservatismes. À suivre...

 

 

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