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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

La psychanalyse aujourd'hui (VII) : l'autisme, encore

Publié le 29 Février 2012 par Jean Mirguet in Autisme

AutismeDe la même façon qu’il n’est pas acceptable que l’autisme devienne l’arme favorite des comportementalistes livrant bataille à la psychanalyse et aux psychanalystes, il n’est pas davantage soutenable que des psychanalystes réduisent l’autisme au statut de symptôme du malaise actuel dans notre société, faisant de l’autisme la cause d’un combat politique d’affrontement à l’ordre social normatif. .

On ne devrait pas prendre prétexte de la manière très particulière dont fonctionnent les sujets autistes pour alimenter l’opposition sommaire du soin et de l’éducatif « pur et simple » (sic).

Dans les institutions accueillant des autistes, y compris dans celles tenant compte de leur fonctionnement subjectif et organisées en fonction de celui-ci, les choses ne sont pas si simples et les frontières entre soin et éducation ne sont pas délimitées de manière aussi grossière.

Dénoncer et caricaturer le comportementalisme ou la psychanalyse comme l’incarnation de l’Autre méchant est vain et infructueux.

Avertis des écueils auxquels expose le caractère imaginaire des relations en miroir, les psychanalystes devraient s’abstenir d’employer les procédés des comportementalistes et y réfléchir à deux fois avant de lancer leurs oukases.

 

Je reviens à ce qui est souvent présenté comme une incompatibilité entre méthodes éducatives et traitement psychanalytique de l’autisme, les premières étant identifiées par les psychanalystes comme n’admettant pas la subjectivité des autistes.

Si la première tâche d’une méthode éducative (et dans le traitement comportementaliste de l’autisme, il s’agit de méthodes d’apprentissage) consiste à aider un enfant à être peu ou prou comme les autres, si, de ce fait même, elle ne prend pas en compte la manière singulière qui affecte sa subjectivité, la boussole éducative n’indique pas, en effet, la même direction que celle de la psychanalyse.

Mais, il n’y a pas qu’une seule façon d’éduquer et d’apprendre ; toutes les méthodes d’apprentissage n’écartent pas, par principe, la prise en compte de la subjectivité, elles ne font pas toutes appel aux sanctions récompense-punition. Donc, l’incompatibilité supposée n’implique pas, ipso facto, l’impossibilité de coexistence.

 

J’ai déjà indiqué, dans ce blog, comment, dans l’accueil d’autres sujets, les ITEP (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) s’efforçaient justement de conjuguer thérapeutique, éducatif et pédagogique. Pourquoi ce nouage entre des champs d’intervention différents, s’il est au principe des ITEP, ne pourrait-il pas l’être dans le traitement institutionnel de l’autisme ? Nombreux sont les ITEP qui, tout en étant orientés par les hypothèses de la psychanalyse, réussissent cette synergie entre les trois champs.

 

Dans son remarquable livre consacré aux autistes (L’autiste et sa voix, Seuil, 2009) et souvent cité dans ce blog, Jean-Claude Maleval indique que la pente de l’éducateur ne le conduit pas à s’effacer et qu’elle peut l’amener, avec les meilleures intentions du monde, à trop vouloir s’occuper d’eux, en commettant, en particulier, la pire des erreurs qu’un thérapeute d’autiste devrait éviter, à savoir lui demander avec insistance de prendre une position d’énonciation et d’animer sa parole. Puisque, dans l’hypothèse de Maleval, rien ne saurait être plus angoissant pour un autiste que l’expression du vivant.

Il faut donc s’interroger sur ce que recouvre, sur ce que signifie le fait de s’employer à traiter un autiste, psychanalytiquement ou pas. L’indication donnée par Lacan est à cet égard particulièrement précieuse quand il indique que c’est en tant que nous nous occupons d’eux qu’ils n’arrivent pas à entendre ce que nous avons à leur dire.

Autrement dit, le traitement de l’autiste en passe par le traitement de celui qui s’occupe de lui, ce qui constitue un renversement de l’opinion courante en matière de traitement où le soignant est celui qui traite et le malade celui qui est traité.

Ce traitement singulier est celui que propose la pratique à plusieurs. Il s’agit d’un traitement en institution dans lequel la méthode éducative n’est pas exclue mais est qualifiée de « quelconque », selon le terme inventé par Virginio Baio.  Un éducateur quelconque est quelqu’un qui est moins occupé par des idéaux éducatifs, pédagogiques ou thérapeutiques que par le souci de faire place aux trouvailles et aux inventions de l’enfant.

À trop vouloir s’occuper des enfants autistes, le risque est en effet réel d’acculer certains d’entre eux  à devoir se défendre contre ce qui, pour eux, constitue un danger réel : « On s’est défendu parce qu’on avait tellement si peur, Madame », dit Orion, L’enfant bleu de Henri Bauchau.

Il s’agit donc d’incarner la fonction d’un partenaire qui laisse une place au travail de l’enfant, ce travail consistant à trouver des moyens de se protéger contre l’angoisse.

Le positionnement éthique de l’éducation consiste ici à accompagner l’enfant dans un processus de changement dont il est le sujet singulier et non l’objet à normaliser.

 

C’est une pratique de psychanalyse appliquée c’est-à-dire une pratique de psychanalyse ouverte, métissée, mêlant, pourquoi pas, l’or pur au plomb...

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