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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Le 3e plan autisme

Publié le 7 Mai 2013 par Jean Mirguet in Autisme

Le libérateurLors de la présentation du 3e Plan autisme, jeudi 2 mai, la ministre déléguée aux Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, a fait montre d’un manichéisme confondant, en opposant le traitement de ceux dont le travail clinique s’appuie sur les hypothèses de la psychanalyse à celui qui «utilise d’autres méthodes». Madame Carlotti affirme que ces dernières sont «celles qui marchent», laissant sous-entendre que celles de la psychanalyse sont nulles et non avenues.

Le même jour, la ministre a déclaré que depuis quarante ans l’approche psychanalytique est partout» et «concentre tous les moyens». Des commentaires qui laissent un goût particulièrement amer pour les soignants qui, quotidiennement, accompagnent les autistes et leurs familles.

Désormais, seules les institutions utilisant «les méthodes qui marchent» se verront dotées de budgets de fonctionnement. Les autres sont sommées de se mettre au pas, d’adopter les « bonnes pratiques » édictées par la Haute Autorité de Santé et priées sans ménagement de mettre leur savoir-faire forgé depuis des années au rebut: la chasse aux sorcières a commencé.

Sont mis au rencart les travaux et les recherches de psychanalystes comme, par exemple, ceux de Jean-Claude Maleval pour qui il est essentiel de ne pas sacrifier l’individualité et la liberté du sujet, en prenant appui sur les inventions des autistes et leurs îlots de compétence. Sont rayés des dispositifs de soin les modalités de travail à plusieurs inventées dans les unités de pédopsychiatrie accueillant des sujets autistes.

Si certains psychanalystes ont pu dans le passé être dogmatiques et culpabilisants à l’endroit des mères d’enfants autistes, la majorité d’entre eux ne tiennent plus aujourd’hui ce discours passé d’âge et maintiennent comme nécessaire une approche plurielle de l’autisme alliant méthodes psychanalytiques, cognitives et éducatives.

Il est déplorable qu’une ministre « progressiste », manifestement peu au fait du traitement de l’autisme et reprenant à son compte les rengaines réactionnaires contre la psychanalyse, participe à cette mise en coupe réglée du traitement de l’autisme.

Donna Williams, autiste de haut niveau, écrivait que « la meilleure approche serait celle qui ne sacrifierait pas l’individualité et la liberté de l’enfant à l’idée que se font de la respectabilité et de leurs propres valeurs les parents, les professeurs comme leurs conseillers ».

Quand cette indication est suivie, plaide Jean-Claude Maleval dans sa conclusion de L’autiste et sa voix (Seuil, 2009), « quand le sujet autiste est placé dans des conditions où ses inventions et ses îlots de compétence sont valorisés, et non tenus pour des obstacles à son développement, quand le choix de ses doubles et de ses objets est respecté, il s’avère possible pour lui, non pas de sortir de l’autisme, mais de son monde immuable et sécurisé, ce qui lui ouvre un accès à la vie sociale. Alors seulement peut advenir une mutation faisant de l’autiste un sujet responsable et assumant son devenir ».

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