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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Le traitement de la violence au cinéma (suite), par Jacques Rimbert

Publié le 14 Février 2013 par Jacques Rimbert in Cinéma

Merci pour cet article, Jean...Je n'ai pas encore vu le film de Tarantino et j'avais, plus ou moins intentionnellement boycotté Funny Game à l'époque. Mais au-delà des deux films et des deux réalisateurs cités, ton analyse pose avec justesse le problème du traitement de la violence au cinéma... Montrer ou ne pas montrer... Quoi montrer?

Entre complaisance, effroi ou jouissance...

Quelques réflexions... subjectives... mais peut-il en être autrement?

Je n'avais guère supporté la complaisance avec laquelle, dans Réservoir Dogs, Tarantino nous montrait la torture infligée (entre autre, une oreille coupée) par un psychopathe à un autre gangster. De quoi s'agissait-il? De nous montrer de la façon la plus réaliste (effet de réel assuré en tout cas), sans stylisation, ce qu'est la violence perverse ? Et dans quel but ? Notre imagination y suffit. Ou à pousser le bouchon de la représentation le plus loin possible pour faire du buzz et du public?

Tarantino rêverait, paraît-il, que ses films provoquent un orgasme chez les spectateurs. C'est bien cet effet de jouissance qui doit être interrogé.

Dans Inglorious Bastards, deux scènes me semblent emblématiques de deux façons d'utiliser la violence comme vengeance.

La scène où un soldat allemand, agenouillé donc devenu « victime », attend le châtiment que doit lui infliger « l'ours juif » (!!!), tandis que résonnent les coups de batte de base-ball heurtés sur les murs du tunnel d'où doit sortir « l'ange exterminateur » me fait encore froid dans le dos. De quoi s'agit-il ? De montrer ou de faire imaginer (ici, c'est encore plus terrible) une contre-violence et une horreur, justifiées par la barbarie nazie ou de la dénoncer au même titre? C'est terrifiant. Même si on peut expliquer que la barbarie appelle la barbarie, il s'agit là, de la montrer dans un contexte qui fait appel à la sympathie du spectateur pour le psychopathe (l'intention contraire m'aurait échappé). Pourquoi, dans le même esprit, ne pas montrer une scène de torture infligée à un salaud et en faire insidieusement l'apologie ?

A l'inverse, la scène du cinéma qui voit brûler vif tout l'état major de Hitler, par sa mise en scène d'opéra bouffe, le sens supplémentaire d'allégorie qui lui est donné par la surimpression de la jeune fille, à la fois brûlée ( rappel des crimes nazis) avec la pellicule et ange de vengeance m'a procuré un vrai plaisir...

Qu'est-ce qui me gêne tant dans la première scène? La représentation de la torture ainsi infligée (la tête « explosée » à plusieurs reprises par les coups) que je phantasme et ressens physiquement et la jouissance tranquille de ceux qui la commettent. Ce qui aurait pu me procurer un sentiment de plaisir lié à une « juste vengeance », donc à une « juste violence », a cédé la place à une nausée. Me manque la justice.

A l'inverse, la dernière scène me donne ce sentiment.

Dans tous les cas, et le procédé que tu mentionnes dans Funny game semble aller dans le même sens, la violence montrée n'est supportable que si l'on a le sentiment, en amont, que celui qui la montre a réfléchi sur le sens à lui donner...

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