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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Los Angeles I love you so much, you oxymoronic town

Publié le 8 Novembre 2011 par Jean Mirguet in Villes

Los Angeles, la seconde des plus grandes villes américaines après New-York.

Avec ses 12 millions d’habitants, la mégapole s’étend sans fin sur des centaines de km2. Il y a une Downtown, sorte d’îlot (Bunker Hill) de gratte-ciels (centre d’affaires où sont installés les banques, les sièges sociaux de grandes entreprises, des hôtels de luxe) au milieu d’une immense mer de petits bungalows colorés, de maisons basses enduites de stuc, de villas dans le style ranch. Mais aucun centre ville comme ceux que nous connaissons en Europe où l'héritage de la tradition de l'espace public n'a pas été abandonnée. Contrairement aux villes de la côte Est, elle a été construite par des promoteurs et des sociétés privées. Aussi,  incarne-t-elle l'exemple de la ville libérale, construite autour de l'idéal de la maison individuelle (plus de 90% de la population habite dans des bâtiments de moins de deux étages).

Le plan orthogonal de cette mosaïque urbaine est quadrillé par un tentaculaire réseau routier d’où se fait entendre le ronronnement du mouvement – comme l’écrit Jean Rolin dans son récent Ravissement de Britney Spears (éd. P.O.L.) – « incessant, énorme, prodigieux » de la circulation de millions de voitures, à quoi s’ajoutent, la nuit, les sirènes de la police et le ballet des hélicoptères dont les puissants projecteurs zèbrent la nuit noire.

Dans City of Quartz, Mike Davis fait de la Cité des Anges une sorte de prisme grossissant au travers duquel, sont saisissables les tendances lourdes des villes américaines et, plus largement, de la société américaine tout entière : privatisation galopante des espaces publics, économie de la drogue, développement des dispositifs de sécurité et de surveillance alliant entreprises privées et police publique.

Mais LA n’est pas qu’une ville. Elle est aussi une marchandise, un objet  de consommation dont on fait la publicité et qu’on vend au peuple américain. Autant dire que LA est objet de jouissance, au pouvoir autant attractif que répulsif. D’ailleurs, Orson Welles la disait « ville de lumière et de péché », symbolisant, comme le notait Bertold Brecht, l’enfer et le paradis.

Même si le touriste, de passage en Californie, préfère séjourner plus au Nord, à San Francisco, il n’en demeure pas moins, comme Baudrillard, très excité par cette ville : « Rien n’égale le survol de LA la nuit, raconte-t-il. Seul l’enfer de Jérôme Bosch donne cette impression de brasier ». Et c'est John Chase qui, en 1997, écrivait  que "on ne peut se défaire de ce sentiment à la Blue Velvet que même dans le quartier le plus incroyablement paisible de Los Angeles, l'ordre sous-jacent pourrait soudain basculer dans l'horreur ou se révéler moins immuable que prévu".

On attend le Big One, on s’y prépare. Le bûcher ravageur est toujours prêt à s’embraser, comme en 2009, lorsque les flammes menaçaient 10000 habitations au pied des montagnes toutes proches.Incendie

Pas étonnant alors que cette ville de « nulle part », comme la surnomme Alison Lurie, ait inspiré plus d’un écrivain, autant pour l’aduler que pour l’exécrer et que le cinéma y ait créé son empire.

Cet alliage des opposés, ce mélange d’atmosphère paradisiaque et de bouillonnement dantesque fascinent et collent à la peau de ceux qui décident de s’y enraciner pour y construire leur œuvre, comme James Ellroy, Charles Bukowski ou pour lui déclarer leur amour comme John Fante dans Demande à la poussière : « Los Angeles, give me some of you ! Los Angeles, come to me the way I come to you, my feet over your streets, you pretty town, I loved you so much, you sad flower in the sand, you pretty town. ».

 

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coralie 22/11/2011 01:28

je ne peux que t'approuver Jean ! d'autant que tu finis par les mots de Bandini/ Fante qui a mon coeur depuis très longtemps... a lire : "La route de los angeles" et "demande à la poussière". et je
compte sur vous pour nous amener le dernier Rolin alors.. as tu aimé ?