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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Nomade ou sédentaire ?

Publié le 20 Juin 2011 par Que puis-je savoir ? in Psychanalyse et psychanalystes

C'est à son retour du Japon, dans les années 197O, que Roland Barthes écrit L'empire des signes.
Le rêve, écrit-il : connaître une langue étrangère (étrange) et cependant ne pas la comprendre : percevoir en elle la différence, sans que cette différence soit jamais récupérée par la socialité superficielle du langage, communication ou vulgarité ; connaître, réfractées positivement dans une langue nouvelle, les impossibilités de la nôtre ; apprendre la systématique de l'inconcevable ; défaire notre "réel" sous l'effet d'autres découpages, d'autres syntaxes ; découvrir des positions inouïes du sujet dans l'énonciation, déplacer sa topologie ; en un mot, descendre dans l'intraduisible, en éprouver la secousse sans jamais l'amortir, jusqu'à ce qu'en nous tout l'Occident s'ébranle et que vacillent les droits de la langue paternelle, celle qui nous vient de  nos pères et qui nous fait à notre tour, pères et propriétaires d'une culture que précisément l'histoire transforme en "nature".
Son ami Maurice Pinguet ( auteur du Texte Japon, dans lequel on trouve, entre autres, un remarquable portrait de Lacan) disait que sa pratique intellectuelle était mobile et vagabonde. Il était comme un voyageur nomade, se plaisant à aller d'un domaine à un autre, de naviguer et multiplier les échanges et les emprunts. Pratique différente de celle de l'intellectuel sédentaire qui se taille un champ bien borné, le laboure pesamment pendant des années puis engrange la récolte du savoir avec la satisfaction d'un propriétaire, sans jamais lever les yeux vers l'horizon.
Cette pratique nomade était également celle de Jacques Lacan qui jugeait aberrant d'isoler le champ de la psychanalyse plutôt que de voir ce qui, dans celui-ci, est non pas analogue mais directement en connexion, en prise, embrayé, avec une réalité qui nous est accessible par d'autres disciplines, d'autres sciences humaines. Il estimait indispensable d'établir ces connexions pour bien situer le domaine de la psychanalyse, et même simplement pour s'y retrouver.

Souhaitons aux psychanalystes d'aujourd'hui de continuer à emprunter ce chemin.

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