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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Un monde sans père ni mère

Publié le 7 Décembre 2012 par Jean Mirguet in Politique

Les psychanalystes Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter ont publié, ce mercredi dans Le Monde, un article intitulé : « Non à un monde sans sexes ! L’enfant a droit à père et mère ». Il s’agit des conséquences, très préoccupantes à leurs yeux, de la suppression dans le Code Civil des mots de père et de mère, tel que le prévoit le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Le projet de loi est fondé sur une recherche de l’effectivité du principe d’égalité.

Le remplacement des mots « père » et « mère » par celui de « parents » (sauf dans les actes d’état civil et le livret de famille dès lors qu’il s’agira de couples de personnes de sexe différent) comme celui du remplacement des mots « mari et femme » par le mot « époux »  n’est pas une simple affaire de vocabulaire et l’on n’a sans doute pas fini de mesurer les répercussions sociales et psychologiques d’une telle opération.

Dans leur tribune, Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter s’interrogent sur les conséquences de la suppression de signifiants de la filiation. Pour eux, les signifiants père et mère se réfèrent à la transmission de la vie, condensent la différence des sexes et celle des générations, codifient notre identité.  En les supprimant, on attente au langage qui est l’atmosphère dans laquelle naît, se forme et se développe le sujet qui est effet de langage.

Supprimer de la langue des termes constitutifs de la subjectivité n’équivaut-il pas à commettre une destruction symbolique ? Pour JP Winter et M. Vacquin, l’institution du mariage est l’une de celles qui, dans notre culture, structurent notre vivre ensemble. Aussi, ce n’est pas sans risque que les gouvernants actuels s’apprêtent à « faire la loi au langage », prétendant ainsi avoir le pouvoir de franchir certaines limites anthropologiques et abolir les symboles qui les incarnent. Il se pourrait bien que cela nous revienne en pleine figure puisque, comme psychanalystes, nous pouvons témoigner de ce mécanisme psychique par lequel ce qui du symbolique est forclos fait retour dans le réel.

Il n’est pas vain de se demander quel monde cela augure si le bricolage des mots (dont une des fonctions essentielles est de signifier la différence) aboutit à réduire toujours plus les différences ? Est-ce un monde « indifférent, neutre, neutralisé » dans lequel les destructions symboliques engendreront la haine ?

On se souvient du Tueur de mots, l’opéra d’Ambrosini, représenté à l’Opéra national de Lorraine à Nancy en juin. Il met en scène un homme qui a pour profession de tuer les mots, tout en étant incapable de le faire car il sait trop bien que l’être humain est pétri de sa langue, de son chant et qu’en supprimant les mots qui ne servent soi-disant plus à rien, ce sont les hommes mêmes que l’on vise. Pour sa femme au contraire, il s’agit de faire advenir un monde efficace où l’on pense droit grâce à des mots fiables qui peuvent rendre compte d'un univers positif et surtout univoque, celui du pouvoir et de la maîtrise. La tâche du Tueur de mots  se révèlera inutilisable et l’on célébrera la naissance de la langue définitive, dans un monde monocorde et standardisé.

 

Pour nos deux collègues qui, à contre-courant d’un certain nombre de bien-pensants dits progressistes, dénoncent le terrorisme intellectuel du lobby LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), cet événement est une nouvelle preuve du recours de plus en plus fréquent à un langage qui fait la ruine de la pensée et impose son carcan intellectuel: le politiquement correct, qui évite de faire sentir à quiconque sa différence comme une infériorité ou un motif d'exclusion. Le politiquement correct remplit une fonction voisine de celle du totalitarisme de la novlangue  : uniformisation de la pensée dont les limites sont restreintes, neutralisation des différences, calibrage standardisé du discours, langage utilitaire caractéristique des sociétés de contrôle.

En confisquant les termes de « père » et de « mère », nos dirigeants ne participent-ils pas, et nous avec eux, à la promotion bigote et conformiste du langage contemporain de l’égalitarisme idéologique, rejeton de la démocratie, où la différence est perçue comme une inégalité et l’inégalité comme une injustice, ce qui aboutit, en voulant supprimer l’injustice, à nier la différence ?

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