Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Une Bonne Nouvelle : la révolution dans la famille

Publié le 4 Février 2013 par Jean Mirguet in Religion

Sainte familleDans le dernier numéro de la revue Etudes, Michel Serres, philosophe, historien des sciences et membre de l’Académie française développe dans un passionnant article intitulé « La saine famille » l’idée ancienne que, pour l’Eglise catholique, la famille n’est plus et ne peut plus être le fondement de la société civile, juridique et politique.

Ce n’est pas le cas de nombreuses autres cultures où, à l’inverse, la famille reste le fondement de la société, de la politique et du droit. De là viennent les luttes qui opposent, souvent violemment, les tribus, les castes ou les clans. Du coup, cette version de la famille porte la responsabilité de la première corruption puisque les lois sont détournées au bénéfice des parents ou des héritiers, il n’y a pas d’égalité devant la loi dès lors que le fonctionnaire n’est pas séparé de sa fonction : il peut léguer son poste et son rôle social à ses enfants. Donc tous les abus et les corruptions sont possibles (cf. la famille Ali en Tunisie ou Moubarak en Egypte, les multiples oligarchies de par le monde).

C’est pour séparer l’office du bénéfice que l’Eglise catholique édicta, au XIe siècle, l’obligation de célibat des prêtres en vue d’éviter les influences et les querelles opposant les familles puissantes qui cherchaient à obtenir des postes et à s’approprier le pouvoir.

Ainsi, quand l’Eglise devint un Etat, celui-ci cessa d’être fondé sur la famille qui, de fait, constituait un obstacle à la démocratie. L’Eglise catholique mit donc en pratique cette idée que la famille n’était plus le fondement de la société qu’elle construisait.

Michel Serres appuie sa démonstration sur l’innovation anthropologique produite par la Sainte Famille  où Jésus n’est pas le fils et ne naît pas de Joseph qui n’est pas le père puisque sa mère, vierge, conçut du Saint-Esprit. Autant dire que, dans cette famille, les liens structuraux de la parenté sont défaits, ce que signifie l’adjectif « sainte » qui la qualifie : les relations de sang sont démantelées.

En conséquence, les chrétiens reconnaîtront comme un(e) des leurs toute femme ou tout homme qu’ils appelleront frère, père, mère ou sœur quiconque n’est justement ni son frère, ni son père, ni sa mère, ni sa sœur mais qui a choisi librement devenir tel. Cette reconnaissance fait du christianisme l’opérateur majeur de la déconstruction des liens de la parenté naturelle ou de sang : « (...) devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jean, 1, 12-13). Pourquoi, par conséquent, s’obstiner à défendre, aujourd’hui, le caractère naturel de la famille quand, à la nécessité physique de naître du ventre d’une femme, le christianisme substitue la liberté individuelle de l’amour et du choix ? Si l’on ne devient juif que par sa mère, on devient chrétien par choix et adoption : libre à chacun de devenir le fils adoptif de Dieu.

Michel Serres en déduit que, pour le christianisme, la dilection adoptive joue le rôle d’unique structure élémentaire de la parenté. C’est une révolution majeure en ce qu’elle supprime la possibilité de tout racisme, fondé sur les liens de sang.

Que nous soyons croyants ou non, force est de reconnaître que cette Bonne Nouvelle s’impose à nous puisque la transformation du système symbolique de parenté opéré par le christianisme annonce, écrit Michel Serres, le début d’une culture moins violente, plus apaisée quoique encore rarement réalisée parmi nous.

« Voici le début d’une histoire juste, d’un monde nouveau, de collectifs enfin équitables envers nos compagnes et nos frères homosexuels », conclut-il. « L’Eglise engendra la société moderne et cette modernité perpétue, souvent sans le savoir, les données du christianisme ». Contre cela, les réactionnaires ne peuvent rien.

 

Commenter cet article

Elvis 16/03/2013 19:46

Plusieurs choses (venant d'un réactionnaire) à expliquer: 1 le christ fait homme n'est pas qu'un homme, il est aussi dieu. Par conséquent la maternité le la Vierge n'est nullement comparable à
celle des hommes (puisqu'elle est participative de Dieu) (ça c'est pour le catholique de l'article). 2, le mariage n'est pas une reconnaissance sociale de l'amour; nous n'en doutons pas (hin hin)
les momosexuels sont très amoureux les uns des autres. 3: l'adoption a valeur parentale uniquement parce qu'elle est le reflet de la création biologique. Dites, venant d'un type psychanalysant vous
devriez savoir que la construction d'un individu est quand même soumise à l'identification à un modèle hétérosexuel ( papa comment on fait des bébés) qui c'est la maman de ma maman, le papa de mon
papa)