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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Utopie et pulsion de mort, par Michel Brun

Publié le 18 Mars 2013 par Michel Brun in Politique

L'angélisme de Stéphane Hessel fait sans doute partie de ces  utopies généreuses qui permettent à l'homme de rêver un peu et de croire en l'existence d'un monde meilleur. Nous en connaissons quelques-unes qui se sont solidement implantées  au cours de l'Histoire, tel le christianisme ou le communisme. Mais la politique les a récupérées et y a retrouvé ses droits, pour le pire.  C’est-à-dire réitérer l'oppression de l'homme par l'homme, au nom de la volonté du bien. Car "cela n'est pas le mal qu'il  faut craindre" nous dit Lacan, "c'est le bien" !  Ce qui est une façon de donner tort à Descartes pour qui la seule passion concevable était la "bonne volonté". Ou encore à Kant, promoteur de l'idée d'une gouvernance mondiale qui permettrait aux hommes de vivre en paix. Or on voit ce qu'il est advenu du "machin" comme le disait De Gaulle en parlant de l'ONU.

Là où la chose politique et la psychanalyse peuvent se rejoindre c'est dans le fait qu'elles ne sont pas des humanismes, mais un mode de traitement de la division du sujet. S'adressant à des étudiants en philosophie, Lacan leur dit ceci : "la psychanalyse n'est pas un humanisme car son objet n'est pas l'homme, mais ce qui lui manque". C'est pourquoi éduquer, gouverner et psychanalyser sont des tâches impossibles car le manque qui transit leurs opérations ne saurait être nommé.

Psychanalyse et politique ont ceci de commun qu'elles sont à la recherche d'un improbable objet qu'il faut bien considérer comme perdu. Ce qui peut rendre littéralement enragé...

Pour terminer, signalons la parution à Montréal de L'instant du danger (Éditions du Passage, Montréal, 2012). Il s'agit d'un remarquable ouvrage écrit par Michel PETERSON, universitaire et psychanalyste québécois. À l’écoute pendant plus de dix ans de réfugiés politiques, d'humains déshumanisés par la torture, ou de rescapés de génocides, il nous montre à l'envi que le "plus jamais ça" n'est qu'un vœu pieux et que le règne de la pulsion de mort, cette part maudite au sein des sociétés humaines, n'est pas près de s'achever.

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