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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Articles avec #psychanalyse et psychanalystes catégorie

La psychanalyse aujourd’hui (IX) : les psychanalystes font de la résistance

Publié le 11 Janvier 2014 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

C’est dans les années 1990 que furent lancées les Freud Wars, un assaut mené contre Freud et la psychanalyse. Il a réussi, dans le monde anglo-saxon en particulier puis aujourd’hui en France, à faire vaciller le statut culturel de la psychanalyse, son éthique, ses implications philosophiques, etc…

Il y a 7ans, en 2007, le psychanalyste et chercheur au CNRS, Pierre-Henri Castel faisait paraître, aux PUF, A quoi résiste la psychanalyse ?, un ouvrage se voulant une réponse savante et pugnace aux critiques adressées à la psychanalyse. Il y souligne qu’un des traits désastreux des polémiques suscitées par les Freud Wars a consisté à vouloir défendre Freud et la psychanalyse comme si la doctrine constituait un corpus épistémologiquement stable, une sorte de psychologie dogmatique de l’inconscient attaquée par des ennemis sans foi ni loi. En témoigne encore aujourd’hui le vocabulaire guerrier et quelque peu désuet de certaines publications psychanalytiques qui stigmatisent, je cite, « les neuroscientifiques exaltés, les comportementalistes obstinés, les évaluateurs assermentés » (sic !), et vantent, a contrario, la position de précurseur du discours analytique.

Face à ces nouveaux croisés, P-H Castel a raison d’écrire que les réponses calamiteuses de la sphère psychanalytique aux piques des anti ne fait qu’illustrer la résistance des dits psychanalystes à la psychanalyse elle-même. En donnant de l’épaisseur à un Autre dont, pourtant, Lacan n’a cessé de faire dégonfler la consistance, ils étalent leur fuite quelque peu désespérée et pathétique dans des généralisations politico-psychologiques.

Là où les créateurs Freud et Lacan ne reculaient pas devant la confrontation aux obstacles, les héritiers ou du moins certains d’entre eux ont, le plus souvent pour des motifs institutionnels ou parce qu’engagés dans une course à la reconnaissance, construisent un discours normatif et développent une pensée à l’orthodoxie surannée, se voulant hors de portée de toute remise en question. Cette psychologie psychanalytique faite de généralités et de slogans ayant valeur d’explications causales en forme de lois (Le sujet ! Le sujet ! Le un par un) a tendance à fonctionner en circuit fermé dans ce que P-H Castel appelle des niches socioculturelles protégées.

S’y développe un discours militant en forme de profession de foi. On peut lire, par exemple, cette grandiloquente et pathétique déclaration : il est temps de faire savoir au public que les psychanalystes et les praticiens de l’enfance qui s’orientent de la psychanalyse oeuvrent, sans idéaux préétablis, avec les enfants du XXIe siècle à se mettre au niveau des questions qui se posent à eux : la montée au zénith de l’objet a, qui envahit le monde commun sous la forme des divers objets gadgets proliférant et connectant et dont l’enfant vient occuper lui-même la place comme objet diversement négocié ; la dispersion de la fonction du père en dehors des schèmes fixés par le droit et la religion, dans une pluralité d’identifications ouvrant à des risques nouveaux et des chances nouvelles. Fermez le ban !

Est-ce avec un tel plan de bataille contre les ravages du scientisme déshumanisant des TCC et la crise de civilisation s’attaquant au sujet que les psychanalystes vont pouvoir réfuter en raison les arguties belliqueuses et l’hostilité dont ils sont la cible ?

Les arguments que s’envoient à la figure partisans et adversaires de la psychanalyse, selon qu’ils sont gouvernés par la fascination pour la science (neuropsychologues cognitivistes, psychiatres biologistes, thérapeutes cognitivo-comportementalistes) ou qu’à l’opposé ils revendiquent une exception pour la subjectivité, menacée de destruction, ne font que renforcer les querelles fondées sur des conceptions antagonistes de l’homme.

Ce combat idéologique enferme le postfreudisme lacanien dans une nostalgie commémorative. Il le fige, comme l’écrit P.-H. Castel, en acquis socioculturel à des fins de subversion sociologique, la résistance qu’il encourage consistant pour l’essentiel à éviter d’engager la psychanalyse dans un travail de justification permanente de sa pertinence.

Est-ce faute de moins réussir à s’imposer dans le champ du savoir que des psychanalystes et leurs associations se répandent en injonctions moralisatrices ou en appels à résister aux ennemis de la subjectivité ?

Cette croisade contre la déshumanisation, qu’ils imaginent subversive, n’a-t-elle pas pour effet, au contraire, de transformer la psychanalyse en un nouvel humanisme, de style libertaire, en phase avec l’individualisme libéral contemporain, promoteur du règne de l’individu narcissique, qui se croit libéré des idéaux le contraignant à devenir lui-même ?

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Psychanalyste ou chroniqueur ?

Publié le 16 Février 2013 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Les psys sont depuis une dizaine de jours les destinataires d’une intense campagne médiatique menée par Jacques-Alain Miller, psychanalyste et chroniqueur du Point.

Se construisant la stature d’un personnage public qui veut compter sur la scène nationale et au-delà, il a engagé sa fougue et son énergie dans la défense de la cause de Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne, présidente de la Freudian Association de Téhéran, selon lui injustement hospitalisée dans une institution psychiatrique de Téhéran pour des motifs politiques. Et de se battre, avec ses fidèles et dévoués suiveurs, pour demander la remise en liberté de notre collègue.

Une pétition est lancée, cosignée avec BHL : elle recueille les signatures de personnalités du monde de la psychanalyse, des arts, de la politique (Carla Bruni-Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Sollers, Jean-François Copé), des people qui couchent leur nom au bas de cette pétition qui, à ce jour, aurait recueilli plus de 4000 signatures.

Bien que ne connaissant pas l’Iran et n’y étant jamais allé, JAM paraît ne pas vouloir tenir compte d’informations différentes émanant d’autres sources et indiquant que, dans cette affaire, nous ne sommes pas en présence d'un internement abusif, lié à une position politique que Madame Kadivar  aurait prise. Celle-ci serait « simplement » soignée dans le service du professeur Gadhiri (tenu au secret professionnel) pour un épisode psychotique.

Compte tenu des risques de confusion résultant de ce mouvement de protestation qui fait de la souffrance réelle de Madame Kadivar un acte de résistance à l'encontre des islamistes, plusieurs psychanalystes iraniens ont exprimé leur inquiétude quant aux conséquences que pourrait avoir, pour eux et pour le professeur Ghadiri, cette campagne menée depuis la France.

Pour le Dr Foad Saberan, né à Téhéran et psychiatre à Paris, « en Iran, les tenants de la théorie du complot universel vont s’en donner à cœur joie après la grosse bourde criminelle des initiateurs de cette pétition en « faveur » de Mitra Kadivar. La voilà promu au rang « d’agent de l’étranger », porteuse d’une « science du sexe » qui n’est que perversion de l’Occident. Qui portera la responsabilité de ce que les psys iraniens vont subir ? Déjà mes confrères iraniens fulminent contre ceux qui profitent d’un malheur pour pointer les projecteurs sur une profession qui ne demande qu’à travailler dans la discrétion et le silence, au profit des patients. Cette pétition n’aidera ni la malade, ni les confrères compatriotes d’Avicenne ».

Pourtant, JAM n’en démord pas et continue son étonnante croisade, dont on se demande, à lire les communiqués de victoire des flagorneurs habituels, si, sous le couvert de cette malheureuse affaire, elle ne vise pas à faire parler de soi coûte que coûte ou à faire sa promo c’est-à-dire faire le buzz, cette technique marketing consistant à faire du bruit autour d'un événement, d’un nouveau produit ou d'une offre.

Fin janvier, à l’occasion du débat autour du mariage pour tous, JAM s’était déjà illustré avec une longue et verbeuse lettre ouverte à Henri Guaino, publiée dans Le Point. Il ne semble pas qu’elle ait produit beaucoup d’effet.

JAM fait beaucoup de bruit, pas toujours pour rien, c’est entendu. Mais ce bruit parasite, de plus en plus. Aurait-il oublié ce que disait le fameux ingénieur du son qu’était Lacan : il pensait que le bruit ne convient pas au psychanalyste et moins encore au nom qu’il porte et qui ne doit pas le porter.

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Lettre ouverte de psychanalystes face à l'égalité des droits et au "mariage pour tous"

Publié le 5 Novembre 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

«La psychanalyse ne peut être invoquée pour s'opposer au mariage pour tous»

C'est le sens de la pétition lancée par un groupe de psychanalystes, contre ceux qui cherchent dans leur discipline des arguments pour refuser la loi sur le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels.

Des psychanalystes ont lancé une pétition sur internet en faveur du mariage pour tous, estimant que rien dans la psychanalyse ne s'oppose au mariage et à l'adoption par les couples de même sexe, alors que le projet de loi sur le sujet doit être présenté mercredi.
«Cette évolution de notre code civil mettrait enfin la France au diapason de neuf pays européens, treize dans le monde et neuf Etats américains», dit le texte, signé par plus de 500 personnes en une quinzaine de jours, selon l'une de ses initiatrices, la psychanalyste Laurence Croix, maître de conférences à Paris X-Nanterre.

«En réaction à cette évolution démocratique, certains propos mettant en avant une supposée orthodoxie psychanalytique s'opposent formellement à ce projet», poursuit le texte, co-écrit avec Olivier Douville, directeur de publication de la revue Psychologie Clinique. Par exemple, le psychanalyste Pierre Lévy-Soussan, souvent interrogé par les médias, est opposé à l'adoption par des couples de même sexe.

Mais, pour les signataires de la pétition, «la psychanalyse ne peut être invoquée pour s'opposer à un projet de loi visant l'égalité des droits» et elle ne doit pas être utilisée de façon «moralisatrice et prédictive». «Au contraire, rien dans le corpus théorique (...) ne nous autorise à prédire le devenir des enfants quel que soit le couple qui les élève» et «la pratique psychanalytique nous enseigne depuis longtemps que l'on ne saurait tisser des relations de cause à effet entre un type d'organisation sociale ou familiale et une destinée psychique singulière», poursuit le texte.

«De plus, la (pratique) clinique de nombre d'entre nous avec des enfants de couples "homosexuels" atteste que ce milieu parental n'est ni plus ni moins pathogène qu'un autre environnement», plaident encore ces professionnels.

À rappeler également les prises de position de Freud concernant l'homosexualité. Pour s'en tenir, par exemple, aux toutes premières années de la naissance de la psychanalyse (1896), Freud signa une pétition initiée par le médecin et sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1897) demandant l’abrogation du paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l’homosexualité masculine (recueillant plus de 6000 signatures dont celles aussi de Krafft-Ebing, Andréas-Salomé, Zola, Rilke, Mann et Einstein).

La pétition est disponible à cette adresse : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoAssinar.aspx?pi=P2012N30808

 

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François Jullien, la Chine et la psychanalyse

Publié le 14 Juin 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

En novembre 2003, se sont tenues à l’UFR d’Asie Orientale de l’Université Paris 7, deux journées de travail organisées par l’Association Interaction Psychanalyse Europe-Chine. François Jullien, sinologue et philosophe, y rencontrait des psychanalystes afin de déplier avec eux les multiples problèmes que pose la pratique de la psychanalyse en Chine.

Un  livre, paru aux PUF en 2004, en retrace les échanges :  L’indifférence à la psychanalyse. Rencontres avec François Jullien.

 

La méthode de François Jullien est la suivante : se servir de la Chine pour remettre en perspective la pensée européenne, en lui trouvant un point d’extériorité. Donc acquérir du recul dans la pensée.

Sa méthode est voisine de celle de Roland Barthes ou de Maurice Pinguet (cf. dans ce blog, l’article « Nomade ou sédentaire ? ») : Barthes qui, dans L’empire des signes, rêve de connaître une langue étrangère (étrange) et, cependant, de « ne pas la comprendre, percevoir en elle la différence, sans que cette différence soit jamais récupérée par la socialité superficielle du langage, communication ou vulgarité ; connaître, réfractées positivement dans une langue nouvelle, les impossibilités de la nôtre ; apprendre la systématique de l'inconcevable ; défaire notre "réel" sous l'effet d'autres découpages, d'autres syntaxes ; découvrir des positions inouïes du sujet dans l'énonciation, déplacer sa topologie ; en un mot, descendre dans l'intraduisible, en éprouver la secousse sans jamais l'amortir, jusqu'à ce qu'en nous tout l'Occident s'ébranle »

De son côté, Maurice Pinguet, l’auteur du Texte Japon, définit sa pratique intellectuelle comme mobile et vagabonde, pratique différente de celle de l'intellectuel sédentaire qui se taille un champ bien borné, le laboure pesamment pendant des années puis engrange la récolte du savoir avec la satisfaction d'un propriétaire, sans jamais lever les yeux vers l'horizon.
Cette pratique nomade est également familière à Jacques Lacan qui juge aberrant d'isoler le champ de la psychanalyse plutôt que de voir ce qui, dans celui-ci, est, non pas analogue mais directement en connexion avec une réalité qui nous est accessible par d'autres disciplines. Il estime indispensable d'établir ces connexions pour bien situer le domaine de la psychanalyse, et même simplement pour s'y retrouver.

 

François Jullien s’inscrit dans cette logique en se proposant, par le détour chinois, « d’éprouver ce que peut être le dépaysement de la pensée » et capter, à partir du dehors, quelque chose de notre « impensée » : « passer par des pensées du dehors aide, en désenlisant la raison, à la remettre en chantier ».

Si on dit d’habitude que la Chine est « si différente », il faut pourtant, objecte-t-il, ne pas se méprendre dans cet usage de la catégorie de la différence puisque la différence implique l’existence d’un cadre commun au sein duquel on peut comparer. Or, la Chine ne rend pas possible ce parallèle car son histoire ne s’est pas écrite sur la même page que la nôtre. « C’est elle, écrit François Jullien, qui est à la source de son indifférence – dont tout sinologue a fait l’expérience : les textes chinois ne nous "regardent " pas », ils ne s’adressent pas à nous, nous ne faisons pas partie de leur horizon. Telle est leur indifférence que François Jullien ambitionne de rapporter à la psychanalyse.

 

Il s’interroge sur ce que méconnaît la psychanalyse de ce qu’elle fait car ne trouvant pas en elle-même sur quoi prendre appui pour s’en occuper. Avant de faire les missionnaires et de vouloir évangéliser, les psychanalystes ne devraient-ils pas se soucier de questionner leurs conceptions universalisantes du sujet et de l’appareil psychique ? Celles-ci ne valent-elles pas, « restrictivement » note François Jullien, seulement pour le sujet européen ?

 

Il en va ainsi du dire vis-à-vis duquel la pensée chinoise antique montre beaucoup de réticence.  Non pas du fait qu’il soit impossible de dire (cf. l’ineffable européen) mais du fait que « ça » ne vaut pas la peine de dire et même que dire fait écran puisque, dès lors qu’on dit, surgissent les problèmes.

Plutôt que de résoudre les problèmes, le sage chinois serait porté à les dissoudre, d’où sa parole évasive quand il parle. Il dit « à côté », « à peine », laisse sa parole lâche et « flottante ». C’est là une première marque d’indifférence de la sagesse chinoise à l’endroit de la psychanalyse qui pose au contraire la règle du « tout dire » et qui affirme l’efficacité libératrice du pouvoir de la parole.

Un autre aspect contribuant à cette indifférence : la pensée chinoise est davantage préoccupée de la cohérence que du sens. Elle veut comprendre comment cela tient ensemble. Si pour la psychanalyse, le symptôme est porteur d’un sens et s’interprète, en Chine il s’agit moins d’interpréter le sens que le développer et le varier, en mettant en connexion des facteurs opposés.

Poursuivant son balisage, François Jullien se focalise sur la fonction sujet (fonction de synthèse, composé de facultés), non-constituée dans la pensée chinoise alors qu’elle traverse toute la théorie psychanalytique et conditionne sa praxis. Pas de notion d’ « âme » en Chine et pas vraiment de notion de « corps » non plus. Si la pensée antique chinoise prescrit quelque chose, c’est bien de se défaire de toute subjectivité : le Sage est « sans idée », « sans nécessité », « sans position » et « sans moi » (Confucius). C’est ainsi que les Taoïstes enseignent « l’abstinence de l’esprit ».

 

Dans son dernier livre paru chez Grasset cette année, Cinq concepts proposés à la psychanalyse, François Jullien continue son exploration en proposant cinq concepts de la pensée chinoise, correspondant à des notions peu développées dans la pensée européenne et qui pourraient expliciter ce qui se passe dans une cure psychanalytique.

Le premier d’entre eux, la disponibilité, invite le sujet à renoncer temporairement à son pouvoir de maîtrise, susceptible de l’emprisonner dans des limites ignorées de lui-même. Or, qu’exige Freud du psychanalyste avec la technique de l’attention « flottante », diffuse et non polarisée si ce n’est une attitude qui s’apparente à la disponibilité du sage chinois ? Comment cette technique de la psychanalyse peut-elle se réfléchir voire s’expliciter dans le concept chinois de la disponibilité ?

J’aurai l’occasion de revenir sur cette question de la disponibilité et de la maîtrise qui sont au cœur des questions agitant aujourd’hui les sujets vivant dans l’aire européenne.

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Des messieurs trop pressés..., par Michel Brun

Publié le 18 Mars 2012 par Michel Brun dans Psychanalyse et psychanalystes

La médiatisation des controverses portant sur la pertinence de l’usage de la psychanalyse rate manifestement son objectif. Au lieu d’informer le public elle le laisse s’enliser dans une somme de préjugés sommaires qui nourrit les passions au lieu d’élever le débat au niveau scientifique qui devrait être le sien.

Il n’échappe à personne qu’aujourd’hui le journalisme d’opinion est commandité par les grands groupes de presse, valets de l’économie capitaliste,  pour laquelle seul compte le maximum de profit. Mais il est moins évident  de repérer que pour doper le marché de la presse tous les moyens sont bons, y compris le fait de mobiliser chez le lecteur ce qu’il y a de plus trouble dans son rapport à la jouissance, plutôt que sa capacité de réflexion.

C’est ainsi que la plupart des quotidiens et hebdomadaires  français, toutes tendances idéologiques confondues, ont progressivement réduit le volume de leurs colonnes et simplifié leurs débats de fond pour prendre comme cible le lecteur pressé, supposé de moins en moins capable de soutenir son attention.  Ce qui donne lieu à la production d‘énoncés à l’emporte-pièce, séducteurs et racoleurs, conformes à ce qu’attend notre société du spectacle généralisé.

Si les journalistes ne sont pas dupes, en revanche qu’en est-il des interviewés lorsqu’ils se prêtent au jeu consistant à résumer leur pensée sous la forme de slogans ou de formules simplistes propres à frapper les imaginations ? Comment un chercheur comme le docteur Mottron peut-il soutenir dans les pages du journal “Le Monde” que la psychanalyse “est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants” ?  Même Boris Cyrulnik, qui est pourtant un esprit éclairé,  s’est laissé aller à affirmer récemment dans le “Nouvel Observateur” que la psychanalyse était devenue dogmatique et que c’’était son erreur. N’est-ce pas confondre la psychanalyse et les excès de certains psychanalystes ?

Quoi qu’il en soit la psychanalyse n’a rien à redouter du débat scientifique, dès lors que l’on aborde un peu sérieusement ses énoncés. D’autant moins que la question de sa falsifiabilité, mise en cause par Karl Popper dans sa “Logique de la découverte scientifique” n’est plus du tout d’actualité. Quiconque étudie vraiment et se donne la peine de réfléchir peut, entre autres, prendre la mesure de l’évolution d’une pensée comme celle de Lacan. Par exemple depuis sa formulation de l’inconscient comme “Discours de l’Autre”, jusqu’aux élaborations les plus récentes sur la topologie du nœud borroméen et ses incidences cliniques. N’est-ce pas là de nouvelles perspectives ouvertes à l’épistémologie et à son progrès ?

Bien des chauffards qui roulent à tombeau ouvert sont des éjaculateurs précoces. Métaphore pour signifier que les penseurs pressés sont finalement voués au ratage. A moins qu’il ne faille promouvoir le fait de tirer à côté comme la forme de jouissance la plus accessible.

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La psychanalyse aujourd'hui (VIII) : psychanalystes, encore un effort...

Publié le 9 Mars 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Dans l’avis qu’elle vient de rendre, la Haute Autorité de Santé qualifie la psychanalyse de "non pertinente" dans le traitement de l’autisme, la classant, non pas dans les approches «non recommandées » comme le souhaitaient certaines associations de parents, mais dans les pratiques « non-consensuelles ». 

La  polémique au sujet de l’autisme n’est donc pas près de s’éteindre et l’inquiétude qu’elle engendre risque de s’amplifier, comme en atteste le récent article de Laurent Le Vaguerèse, responsable duAutisme-copie-1 site Œdipe, et intitulé : « L’autisme paradigme de la complexité ».

Dans la querelle entre psychanalystes et comportementalistes, nombre d’arguments et de témoignages sont présentés sous une forme tellement simplifiée et caricaturale qu’on peut à juste titre douter de leur capacité à faire avancer la réflexion dans la question de l’autisme.

En opposant, par exemple, comme on peut le lire dans Lacan Quotidien, « tyrannie de l’éducation » et « respect de la particularité de chacun », fait-on progresser en quoi que ce soit la controverse ?  En interprétant l’opposition de certains parents d’enfants autistes au traitement psychanalytique comme une projection de leur culpabilité sur les psychanalystes, fait-on avancer, avec ce type d’argument psychologisant, la compréhension de ce qui se passe dans l’autisme ?

Peut-on affirmer sans rire que psychanalyse et autisme participent du même combat puisque « la psychanalyse étant du côté du non-conformisme, elle dérange comme l’autisme dérange ». Psychanalystes et autistes auraient ainsi une communauté de destin, celui de contrarier l’ordre dominant auquel il faut résister.

Accusée de n’être « ni indépendante ni scientifique mais lobbyiste et statisticienne », la Haute Autorité de Santé est devenue à son tour le point de mire des attaques de certains de nos collègues qui la jugent complice d’une nouvelle tentative d’assassinat de la psychanalyse, sommée qu’elle serait de bannir la psychanalyse de la liste des « bonnes pratiques » relatives à l’autisme.

Dans la même veine, des procureurs accusent les adeptes des traitements comportementalistes de vouloir la mort de l'inconscient en général et de la singularité des sujets en particulier ; ils n’hésitent pas à évoquer une OPA instrumentalisant gouvernants et public par le truchement d'associations liberticides, infiltrant les instances supposées orienter le bien fondé des pratiques médicales.

SVP, n’en jetez plus ! Il est douteux que les slogans et les invectives permettent aux autistes, à leurs familles et aux praticiens de s’y retrouver.

 

Laurent Le Vaguerèse a raison de s’inquiéter de ce populisme à la sauce psy, parfaitement indigeste, et qu’il convient de dénoncer.

Comme lui, je considère que la psychanalyse se fourvoie et ruine son bien-fondé quand elle veut donner sa vision du monde, ce qui suppose un programme, un projet pour l’humanité, un idéal. Ces visées, si elles sont celles de la philosophie ou de  la religion, ne sont pas celles de la psychanalyse. Psychanalystes, encore un effort...

Tout en ayant sa place dans la vie de la Cité et en questionnant la complexité du monde façonné par les discours qui l’agitent, la psychanalyse n’a pas pour autant à s’instituer  comme seule solution à la complexité des embarras humains. L’autisme est un élément étrange de cette complexité, il en est même peut-être une réponse que nous tentons de  traiter selon différentes modalités, psychiques, pédagogiques, éducatives ou biologiques.

La psychanalyse d’aujourd’hui n’a pas à se prendre pour la réponse la plus légitime ou la mieux fondée, elle n’a pas à faire la vertueuse ou à se prendre pour une ONG humanitaire, en vue de préserver son pré carré.  Elle a, simplement et humblement, à rappeler ce qu’est son éthique.

 

Je m’associe à Laurent Le Vaguerèse quand il écrit que tous les psychanalystes, praticiens ou non de l’autisme, sont concernés par le débat actuel et par les réponses que donnent les associations de psychanalyse et ceux qui défendent la psychanalyse.

Si ces réponses ne s’avèrent pas à la hauteur de l’enjeu - et certaines d’entre elles ne sont pas, à l’évidence, à la hauteur - alors nous pouvons  nous interroger, non sans appréhension, sur ce que va devenir, dans cette affaire, la psychanalyse.

 

Reste que ce débat a  le mérite de faire éclater le scandale de l’abandon en France des deux tiers des enfants atteints d’autisme. En présentant les recommandations de la Haute Autorité de Santé, le professeur Philippe Evrard, neuropédiatre, du Comité de pilotage de ces recommandations a fait ce terrible constat : "Un tiers seulement des personnes autistes et leurs familles reçoivent l’aide personnalisée qui leur est nécessaire. Tout le reste est du bla-bla… La solidarité nationale française est gravement déficiente (à l’égard des autistes)".

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Psychanalystes, ne soyons pas sectaires ! par Marie-Noëlle Clément

Publié le 6 Mars 2012 par Marie-Noëlle Clément dans Psychanalyse et psychanalystes

Marie-Noëlle Clément est psychiatre, directeur de l'hôpital de jour pour enfants du Cerep à Paris.
Article publié dans l'édition du Monde du 7 mars 2012, veille du jour où la Haute Autorité de Santé doit rendre ses recommandations dans le traitement de l'autisme.

 

En France aujourd'hui, la plupart des enfants autistes sont pris en charge dans des institutions du secteur sanitaire et médico-social. Ces structures sont nées après 1950 au croisement de deux mouvements : l'éducation nouvelle, qui considérait l'apprentissage comme un facteur de progrès global de la personne, et la psychothérapie institutionnelle. A l'origine, la psychanalyse n'était donc pas au coeur du projet de ces institutions, et beaucoup ont d'ailleurs été fondées par des psychopédagogues.

Quelle est la prise en charge d'un enfant autiste aujourd'hui dans un hôpital de jour ? Il s'agit toujours d'une approche pluridisciplinaire, adossée au trépied thérapeutique, éducatif, pédagogique. A quel niveau la psychanalyse intervient-elle ? Elle est le socle commun sur lequel les professionnels s'appuient dans le travail d'élaboration qu'ils mènent ensemble autour des enfants.

Cet outil de réflexion est compatible avec la question de l'organicité des troubles, avec la structuration des prises en charge et avec leur évaluation. Il ne s'agit pas en effet de "laisser les enfants exprimer leurs symptômes", comme on le caricature trop souvent, mais de leur proposer des activités structurées avec des médias adaptés à chacun, et d'intégrer de nouveaux outils de symbolisation tels que les supports imagés.

Malheureusement, les choses ont pris une tournure radicale il y a peu à la suite de la diffusion du documentaire de Sophie Robert Le Mur. Qu'y voit-on ? Des psychanalystes choisis pour répondre précisément à l'image d'Epinal véhiculée dans le grand public : propos abscons, interprétations caricaturales, description de séances où le psychanalyste attend que l'enfant autiste exprime un désir... Après la plainte de plusieurs praticiens interviewés, leurs interventions ont été retirées du film (décision rendue par le tribunal de grande instance de Lille le 26 janvier).

Les coupes effectuées au montage et dénaturant leurs dires sont en effet inadmissibles, mais indépendamment d'elles, et en tant que médecin directeur d'une institution à orientation psychanalytique accueillant des enfants autistes, je ne peux pas cautionner la plupart des propos tenus dans ce film. De plus, en demandant l'interdiction du Mur ou en s'en réjouissant, les psychanalystes perdent de vue ce qui fait l'essence même de leur approche. Dans le travail analytique, l'analyste se questionne toujours sur la part qu'il prend dans les réactions de son patient.

Or à quoi assiste-t-on ? A une attitude corporatiste dans laquelle certains psychanalystes se disent persécutés, mais jamais ne s'interrogent sur ce que cette tempête médiatique questionne dans leurs pratiques. Le jugement est brandi comme un étendard et le film a perdu du même coup ce qui aurait pu constituer son seul intérêt : susciter parmi nous une remise en cause de la prise en charge des enfants autistes. Nous ne pouvons aujourd'hui ignorer l'apport des sciences cognitives et des neurosciences dans nos prises en charge, de même que nous nous devons de soumettre nos pratiques aux exigences de l'évaluation.

Nos institutions doivent poursuivre leurs évolutions pour rester fidèles au caractère innovant qui a présidé à leur création. Et il ne suffit pas que beaucoup d'entre nous mènent ce combat quotidien dans leurs institutions, encore faut-il pouvoir assumer et défendre la nécessité d'une approche intégrative dans un milieu où l'adversité entre psychanalyse et cognitivisme est vive. Depuis Le Livre noir de la psychanalyse (éd. Les Arènes, 2005), les psychanalystes se sentent ouvertement attaqués par les tenants des techniques cognitives et comportementales ; ce serait un peu vite oublier que la situation est en miroir de celle qui prévalait dans les années 1970, époque où la psychanalyse était hégémonique et ne se privait pas de discours humiliants à l'encontre des collègues cognitivistes.

L'idée convenue selon laquelle ceux-ci traitaient les êtres humains comme des rats de laboratoire a d'ailleurs encore de beaux restes aujourd'hui, lorsque certains psychanalystes prétendent avoir l'apanage d'une approche "humaine" ou "humaniste" de l'autisme. Sans aller jusque-là, beaucoup parmi nous considèrent qu'il existerait une différence ontologique entre ces deux types d'approches qui les rendrait inconciliables. Dans une dizaine d'établissements français du secteur sanitaire et médico-social, nous nous apprêtons pourtant à implanter des classes expérimentales destinées aux enfants autistes, reposant sur une approche pédagogique structurée à visée subjectivante.

Dans ce projet mené en partenariat avec l'association de prévention de l'autisme PreAut, nous refusons donc un choix exclusif entre approche psychodynamique et programmes de stimulation cognitive, mais souhaitons justement évaluer, grâce à un protocole de recherche, dans quelle mesure les deux approches peuvent se soutenir l'une l'autre.

Le problème n'est pas aujourd'hui que la psychanalyse soit attaquée. Il résiderait plutôt dans la réaction offusquée de beaucoup d'entre nous, qui serait banale dans tout autre corps professionnel, mais qui va à l'encontre de l'essence même de notre discipline. Que sommes-nous devenus si nous sommes incapables de nous remettre en question et d'envisager la part que nous avons jouée dans le déchaînement actuel autour de l'autisme ?

Et comment pouvons-nous, en tant que psychanalystes, en appeler à faire taire la mémoire ? Dire que la culpabilisation des mères d'enfants autistes appartient au passé et qu'il faut considérer le présent, c'est convoquer une amnésie consensuelle qui nie la portée de l'histoire dans toute aventure humaine, alors même que c'est précisément ce à quoi s'attache la psychanalyse - permettre à chacun de se situer dans une histoire personnelle, familiale et collective.

Et c'est faire comme si la psychanalyse avait déjà évolué, et que les critiques portées contre elle seraient injustes ou concerneraient un passé révolu. Hélas, bien que sur le terrain des efforts soient menés pour concilier les pratiques, les écoles psychanalytiques instituées refusent bien souvent de reconnaître que d'autres disciplines pourraient tenir la clé de difficultés qu'elles peinent à résoudre.

Changeons d'abord nos pratiques pour intégrer les données de l'expérience, et nous ferons évoluer la théorie ensuite. Après tout, Freud en son temps n'a pas fait autre chose. Et cessons de vouloir considérer les nouvelles pratiques disponibles, notamment dans le champ de l'autisme, à l'aune des théories psychanalytiques existantes, construites en référence à d'autres pratiques et à d'autres connaissances.

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La psychanalyse aujourd'hui (VI) : bousculer les conservatismes

Publié le 21 Février 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Alors que pleuvent, plus que les critiques, les propos hostiles voire haineux contre la psychanalyse et ses praticiens, rappelons quelques vérités.

La première d’entre elles est la survenue d’un événement à l’aube du XXe siècle : l’événement Freud.

Un événement, pour reprendre la définition qu’en donne Alain Badiou, est quelque chose qui fait apparaître une possibilité qui était invisible ou même impensable. L’événement propose quelque chose, il crée une possibilité. C’est une procédure de vérité qui transforme l’impossible en possible (cf. le slogan de 68 :  demandez l’impossible !). Tout dépend ensuite de la façon dont chacun s’emparera de cette possibilité.

A la suite de Freud, les psychanalystes se sont appropriés ce qui était arrivé pour en faire quelque chose. Avec son enseignement, Lacan est l’un de ceux qui se sont mis au service de soutenir et exploiter ce qui s’était produit à Vienne. Et aujourd’hui, l’on voudrait que cela n’ait pas existé ou, comme l’indique Michel Brun dans un précédent post, que ce ne soit qu’un détail de l’Histoire. Fadaises !

La psychanalyse implique l’exercice de la parole – et elle n’est pas la seule pratique de parole – mais une parole toujours sous la menace, comme le dit Pascal Quignard, d’une défaillance du langage jamais tout à fait acquis. Ce qui fait de la langue installée dans la bouche, une langue qui trébuche, qui  cherche sur les lèvres à jamais ce qui ne s’y trouve pas c’est-à-dire les mots qui font défaut. On n’en finit jamais de dire car les mots ne peuvent dire directement.

Qu’adviendra-t-il si cette pratique est écartée des recherches, des modalités d’intervention cliniques, des expériences institutionnelles ? Qu’adviendra-t-il de la clinique du psychisme si les hypothèses de la psychanalyse sont invalidées et déclarées inopérantes ?

Les institutions hospitalières ou médico-sociales françaises accueillant des autistes, si elles sont actuellement les premières concernées par cette campagne antipsychanalytique, ne sont pas les seules à y être intéressées. D’autres institutions qui accueillent des enfants, adolescents ou adultes aux prises avec ce qu’on appelle aujourd’hui un processus handicapant pourraient se voir être également confrontées à une interdiction de traitements se référant à la psychanalyse.

Pourtant, le travail effectué dans la plupart de ces institutions repose sur une approche pluridisciplinaire, associant le soin, l’accompagnement éducatif et l’accès aux apprentissages scolaires et préprofessionnels. De plus en plus, le temps deviendra révolu qui fut celui d’une opposition entre une prise en charge individuelle et une prise en charge institutionnelle, entre l’accent porté sur les difficultés psychologiques plutôt que sur les problèmes liés à l’éducation et/ou aux conditions sociales.

Aujourd’hui, l’heure est à une conjonction d’approches conjuguant le soin, l’éducation et la scolarité, ce que démontre, par exemple, la nature de l’accueil réalisé dans les ITEP (Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique) où des enfants, adolescents et jeunes adultes sont admis car présentant des difficultés psychologiques dont l’expression, notamment l’intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l’accès aux apprentissages. Ce travail, pour rester efficient, ne peut se réaliser qu’avec l’accord et la collaboration des parents.

L’expérience des ITEP prouve que, en l’état actuel de nos connaissances, aucune méthode de traitement ne peut revendiquer de monopole, être instituée comme la seule qualifiée ou promue contre une autre.

Certes, des parents d’enfants autistes, regroupés ou non en associations, témoignent à charge contre la psychanalyse (ou la psychiatrie, les deux étant fréquemment confondues).  On ne reprochera pas aux psychanalystes de s’en émouvoir et de réfuter ce dont ils sont accusés et relève parfois d’une diffamation de leur pratique. Mais il n’est pas davantage acceptable que certains psys, entortillés dans leur dogmatisme ou pétris de suffisance s’adressent avec condescendance aux parents, avec pour résultat de gommer ce que ces derniers évoquent de leur expérience.

Il est évidemment contreproductif pour tout le monde et pour la psychanalyse de mettre de l’huile sur le feu ou d’agir comme des pompiers pyromanes, sauf à faire passer à la trappe le désarroi des parents et la singularité de leurs enfants.

Dans l’abord des questions que nous pose l’autisme et dans la nécessité dans laquelle se trouvent les psychanalystes d’y répondre de manière nouvelle, on ne peut que se féliciter de voir certains psychanalystes comme Jean-Claude Maleval (son livre L’autiste et sa voix, Seuil, 2009 offre, à cet égard, des pistes de travail inédites) souhaiter une facilitation des échanges avec les cognitivistes.

Cela suppose de la part des uns et des autres un exercice de la pensée critique susceptible de bousculer les conservatismes. À suivre...

 

 

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La psychanalyse, un détail de l'histoire ? par Michel Brun

Publié le 20 Février 2012 par Michel Brun dans Psychanalyse et psychanalystes

Les remous de la campagne électorale ne sont pas sans évoquer la guerre actuellement  menée contre la psychanalyse. C’est le moment des phrases assassines et des arguments nauséabonds.

Si l’on l’on prête attention à ce qu’énoncent les adversaires de la psychanalyse dans le but de la discréditer, et nous pensons tout particulièrement à la question du traitement de l’autisme, on remarquera qu’on la qualifie de “dépassée”. En fait, on  veut penser et agir comme si elle n’avait jamais existé.

Les négationnistes ne procéderaient pas autrement. Alors, la psychanalyse ne serait-elle “qu’un détail de l’Histoire” ?

Rappelons que le négationnisme est ce discours qui consiste à contester, voire carrément nier la réalité du génocide des Juifs perpétré par les Nazis et leurs complices pendant la Seconde Guerre mondiale.  Le négationnisme est  plus qu’une simple négation, c’est le déni d’une réalité.

Qu’est-ce qui est fondamentalement en cause dans les attaques portées contre la psychanalyse, sinon le déni de la réalité de l’inconscient et de ses effets sur le sujet. Et pourtant la “découverte” de l’inconscient par Freud et la possibilité d’en formaliser les lois est une avancée scientifique majeure. Malheureusement elle s’est accompagnée d’une humiliation épistémologique mettant à mal le fantasme de maîtrise qui gît au fond de l’esprit humain.

Si ce fantasme demeurait à sa place de fantasme, cela serait un moindre mal. Mais il s’incarne dans le scientisme, version contemporaine de l’obscurantisme. Le scientiste est redoutable car il fonctionne dans la certitude. Et, comme en politique, cela séduit à bon compte les âmes en quête de réponses simples. A la différence de l’attitude scientifique qui, confrontée à la complexité du réel, a recours au doute méthodique.

Ceux qui se sont donnés la peine de lire Freud savent combien cet homme était hanté par le doute et capable à tout moment de remettre en cause ses théories devant la réalité des faits.

Le scientisme est une régression sur le plan psychologique. Vu son caractère passionnel, il constitue une sérieuse menace pour l’exercice de la pensée, dans ces temps troublés où notre démocratie est  en danger.

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La psychanalyse aujourd'hui (V) : l’autisme, enjeu idéologique

Publié le 13 Février 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

La dernière séanceAprès les expertises successives de l’INSERM sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent en 2002, sur l’efficacité comparée des psychothérapies en 2004, sur les troubles des conduites de l’enfant en 2005, après la publication du Livre Noir de la Psychanalyse (2005) puis le brûlot anti-Freud d’Onfray en 2010, voici le député UMP Fasquelle  qui, après avoir lancé sa proposition de loi « visant à interdire la psychanalyse pour l’accompagnement des personnes autistes », poursuit sa croisade  en se préparant à « saisir le Conseil national des universités afin que l'enseignement et la recherche sur les causes et les prises en charge de l'autisme ne fassent pas référence à la psychanalyse ». La Haute Autorité de Santé n’est pas en reste qui déclare officiellement la psychanalyse inadaptée à la prise en charge de l’autisme (cf. Libération d’aujourd’hui).

Cette offensive idéologique contre la psychanalyse exhale de pestilentiels effluves populistes et antidémocratiques. Elle fait craindre un retour de la pensée vers l’obscurantisme du Moyen-Age et une promotion de politiques liberticides.

 

Comme l’indique le communiqué  de presse du Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire, une loi n’a pas à se substituer aux praticiens en matière de choix d’un traitement. Les familles et tous les citoyens doivent pouvoir garder le droit inaliénable d’une liberté de choix de leur praticien et de la façon dont ils souhaitent se soigner, en respectant  la nécessaire pluralité des approches.

Depuis quand une loi devrait-elle se faire l’arbitre puis le censeur dans le débat scientifique ? Quid de la liberté de pensée et de recherche ?

Le député Fasquelle et ceux qui le suivent vont-ils bientôt emprunter le chemin des fondamentalistes chrétiens américains et nous gratifier  d’une loi interdisant le darwinisme ? L’interdiction du député Fasquelle est-elle l’héritière des autodafés nazis des livres de Freud et de l’interdiction de la psychanalyse comme science juive, ou  celle du stalinisme qui l’avait décrété science bourgeoise, à moins qu’elle ne s’inspire de la censure des colonels grecs  ou de l’actuelle dictature syrienne ?

 

La psychanalyse, qui a fait ses preuves depuis plus d’un siècle, constitue un aspect fondamental de la formation des praticiens. Elle est, avec d’autres, l’une des boussoles essentielles permettant de s’orienter dans le traitement des sujets autistes.

En témoignent les publications régulières concernant le traitement de l’autisme dans de nombreuses institutions accueillant des enfants, adolescents ou adultes, tant en France qu’à l’étranger. Elles nous apprennent que les méthodes qui aident le mieux les autistes sont celles qui ne gomment pas les particularités et la liberté du sujet et qui savent miser sur ses inventions et ses compétences.

 

La psychanalyse a toujours été interdite là où la liberté était confisquée aux citoyens. On peut ne pas partager sa théorie et sa méthode mais avoir le projet d’en interdire l’exercice et empêcher des personnes d’y avoir recours constituent une menace grave pour les libertés.

 

 

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