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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Articles avec #religion catégorie

Californie : femmes de foi

Publié le 30 Décembre 2013 par Jean Mirguet dans Religion

Plus de 140 femmes ont été ordonnées prêtres dans le monde. Un mouvement clandestin qui a pris de l'ampleur ces dernières années, surtout aux Etats-Unis et particulièrement en Californie. Tout a commencé en 2002 lorsque sept femmes sont simultanément ordonnées prêtres par un évêque masculin. La cérémonie a lieu sur le Danube, dans les eaux internationales, pour éviter les représailles. Car ces initiatives sont fermement condamnées par le Vatican.

Reportage d'Olivier Mirguet pour Arte Journal.

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Une Bonne Nouvelle : la révolution dans la famille

Publié le 4 Février 2013 par Jean Mirguet dans Religion

Sainte familleDans le dernier numéro de la revue Etudes, Michel Serres, philosophe, historien des sciences et membre de l’Académie française développe dans un passionnant article intitulé « La saine famille » l’idée ancienne que, pour l’Eglise catholique, la famille n’est plus et ne peut plus être le fondement de la société civile, juridique et politique.

Ce n’est pas le cas de nombreuses autres cultures où, à l’inverse, la famille reste le fondement de la société, de la politique et du droit. De là viennent les luttes qui opposent, souvent violemment, les tribus, les castes ou les clans. Du coup, cette version de la famille porte la responsabilité de la première corruption puisque les lois sont détournées au bénéfice des parents ou des héritiers, il n’y a pas d’égalité devant la loi dès lors que le fonctionnaire n’est pas séparé de sa fonction : il peut léguer son poste et son rôle social à ses enfants. Donc tous les abus et les corruptions sont possibles (cf. la famille Ali en Tunisie ou Moubarak en Egypte, les multiples oligarchies de par le monde).

C’est pour séparer l’office du bénéfice que l’Eglise catholique édicta, au XIe siècle, l’obligation de célibat des prêtres en vue d’éviter les influences et les querelles opposant les familles puissantes qui cherchaient à obtenir des postes et à s’approprier le pouvoir.

Ainsi, quand l’Eglise devint un Etat, celui-ci cessa d’être fondé sur la famille qui, de fait, constituait un obstacle à la démocratie. L’Eglise catholique mit donc en pratique cette idée que la famille n’était plus le fondement de la société qu’elle construisait.

Michel Serres appuie sa démonstration sur l’innovation anthropologique produite par la Sainte Famille  où Jésus n’est pas le fils et ne naît pas de Joseph qui n’est pas le père puisque sa mère, vierge, conçut du Saint-Esprit. Autant dire que, dans cette famille, les liens structuraux de la parenté sont défaits, ce que signifie l’adjectif « sainte » qui la qualifie : les relations de sang sont démantelées.

En conséquence, les chrétiens reconnaîtront comme un(e) des leurs toute femme ou tout homme qu’ils appelleront frère, père, mère ou sœur quiconque n’est justement ni son frère, ni son père, ni sa mère, ni sa sœur mais qui a choisi librement devenir tel. Cette reconnaissance fait du christianisme l’opérateur majeur de la déconstruction des liens de la parenté naturelle ou de sang : « (...) devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jean, 1, 12-13). Pourquoi, par conséquent, s’obstiner à défendre, aujourd’hui, le caractère naturel de la famille quand, à la nécessité physique de naître du ventre d’une femme, le christianisme substitue la liberté individuelle de l’amour et du choix ? Si l’on ne devient juif que par sa mère, on devient chrétien par choix et adoption : libre à chacun de devenir le fils adoptif de Dieu.

Michel Serres en déduit que, pour le christianisme, la dilection adoptive joue le rôle d’unique structure élémentaire de la parenté. C’est une révolution majeure en ce qu’elle supprime la possibilité de tout racisme, fondé sur les liens de sang.

Que nous soyons croyants ou non, force est de reconnaître que cette Bonne Nouvelle s’impose à nous puisque la transformation du système symbolique de parenté opéré par le christianisme annonce, écrit Michel Serres, le début d’une culture moins violente, plus apaisée quoique encore rarement réalisée parmi nous.

« Voici le début d’une histoire juste, d’un monde nouveau, de collectifs enfin équitables envers nos compagnes et nos frères homosexuels », conclut-il. « L’Eglise engendra la société moderne et cette modernité perpétue, souvent sans le savoir, les données du christianisme ». Contre cela, les réactionnaires ne peuvent rien.

 

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Sacré blasphème !

Publié le 12 Octobre 2012 par Jean Mirguet dans Religion

Blasphème 1"Il est certaine façon d'adorer Dieu qui fait l'effet d'un blasphème. Il est certaine façon de nier Dieu qui rejoint l'adoration", écrit André Gide dans son Journal.

Autrement dit, le blasphème et le sacré ont partie liée. Le blasphème n’est pas synonyme de désacralisation, mais, au contraire, il représente l’autre face du sacré, il en est son envers. C’est ce que montrent les caricatures de Mahomet par Charb et Charlie-Heddo ... davantage défenseurs du sacré et du Prophète que les extrémistes eux-mêmes. Selon une étonnante inversion des valeurs, le blasphème peut devenir un acte de foi et, à l’inverse, l’accusation de blasphème une trahison des valeurs humaines et spirituelles.

Cette logique de nouage d’un endroit et d’un envers est particulièrement à l’œuvre chez Lin-Tsi, l’un des plus célèbres maîtres du Tch’an (Zen), dont l’enseignement spirituel nous est parvenu grâce à Paul Demiéville, le grand sinologue avec qui Lacan apprit autrefois le Chinois.

Dans le livre qu’il a récemment publié (Dieu, encore ?, éd. Liber), Michel-Yvon Brun souligne que l’usage systématique du blasphème chez Lin-Tsi vise à préserver finalement l’essence du sacré. Sa doctrine sans système, exprimée avec verdeur et virulence, n’hésite pas à déboulonner crûment les discours dogmatiques et leurs thuriféraires : « Le Bouddha ? Un torche-cul, un trou de latrines ... si vous le rencontrez, tuez-le ! Le Nirvana ? Rien d’autre qu’un pieu pour y attacher les ânes ! ». Aux moines prêts à se soumettre à tous les catéchismes : « Tas d’imbéciles et de gnomes au crâne rasé, quel besoin avez-vous de mettre une tête par-dessus votre tête ! ». Le recours au blasphème a pour Lin-Tsi une vertu d’enseignement, celle de « souligner la vanité et le caractère littéralement ordurier de toute conception idéalisée ou préétablie de la bouddhéité ».

Blasphème 2Blasphémer revient donc à préserver l’essence du sacré à partir du repérage de l’envers du décor c’est-à-dire de ce que l’Idéal peut receler de nauséabond. Ce Bien que les êtres humains jugent supérieur, moral, admirable, Freud l’a appelé l’Idéal du Moi. Or, cet Idéal du Moi a considérablement tendance à maltraiter le sujet, à lui reprocher de ne pas être aussi bien qu’il se l’imagine, il est cruel avec lui voire tyrannique. En témoignent ceux qui, s’identifiant à un objet méprisé et rejeté, se disent insultés et blessés par les caricatures : ils s’imaginent être pris pour de la merde. Il est vrai que cela dépend aussi des époques et des lieux puisqu’en effet, le visage du Prophète de l’islam pouvait être représenté sans difficulté jusqu’au XVIe siècle ; les indécences du Caravage étaient reconnues par ses contemporains comme une très grande peinture religieuse. Elles n’ont été affublées de la « qualité » de blasphématoires qu’à partir du XIXe siècle.

Le blasphème suppose donc le sacré et le dénoncer comme ravageur contribue, paradoxalement, à le consacrer comme ce qui ne peut se réduire à une image.

La dénonciation du blasphème offre toujours la possibilité de réaffirmer la valeur de ce qui est lésé. C’est là sa vertu : briser les convenances et mettre à nu ce qui peut être le plus effrontément vrai, donc réel.

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