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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Le DSM, un frein à la recherche

Publié le 11 Mars 2014 par Jean Mirguet in Psychiatrie

Reprenant le point de vue du Dr N. Ghaemi exerçant à Boston, Etats-Unis (« Psychopathology for what purpose ? », Acta Psychiatrica Scandinavica, 2014), un article du Dr Alain Cohen dans le Journal International de Médecine estime que les « échecs » du DSM (ouvrage de référence, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux est publié par la Société américaine de psychiatrie) devraient constituer un « appel » incitant les psychiatres européens à « se réveiller » pour réinvestir leur fructueux héritage de psychopathologie.

Selon l’auteur, deux courants principaux se dégagent, dans les critiques formulées contre le DSM-5.

D’un côté, certains contestent sa tendance à « catégoriser » les symptômes psychiques, comme s’ils étaient toujours « médicalement et scientifiquement fondés », alors qu’ils représentent surtout des « constructions sociales. » Dénonçant notamment son parti pris du « pragmatisme », ce premier type de critiques « jette le doute » sur la validité biologique et scientifique de certains critères, même pour la maladie maniaco-dépressive ou la schizophrénie. Car à force de se vouloir libre de toute entrave théorique, le DSM se limite « explicitement au champ du pragmatique », loin d’une construction scientifique : les diagnostics reposeraient alors sur ce que les décideurs du DSM estiment être « meilleur ou pire pour la profession », pour les campagnes d’assurances en matière de protection sociale, pour des contextes médico-légaux, ou pour préciser quelles approches thérapeutiques seraient à recommander ou au contraire à proscrire. Le primat de ces critères pragmatiques déjouerait « nos meilleures preuves scientifiques », et conduirait parfois à des définitions susceptibles d’encourager « le recours à des médicaments » (pensons par exemple aux troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité), des « poursuites judiciaires » (comme avec l’évocation du syndrome de stress post-traumatique) ou les décisions des gouvernements de moins rembourser certains traitements.

Mais sans surprise, le cours naturel des maladies ne se conforme pas toujours à cette vision « pragmatique » des leaders d’opinion de l’American Psychiatric Association, éditrice du DSM, et « les études (génétiques, biologiques, pharmacologiques) échouent souvent » à confirmer les catégories du célèbre manuel où l’auteur voit un « problème majeur » : du fait de son versant exclusivement pragmatique, le DSM aurait « ruiné la recherche en psychiatrie pour deux générations. »

L’autre reproche fait au DSM est inverse du précédent : « il constituerait un problème, non parce qu’il serait trop médical, mais au contraire pas assez », et ne reposant pas strictement sur des considérations éprouvées par une science objective, il entraverait une vision vraiment scientifique des maladies mentales.

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