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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

S’essayer à déchiffrer l’époque

Articles avec #le malaise catégorie

Puritains et dissidentes

Publié le 13 Novembre 2013 par Jean Mirguet dans Le malaise

Récemment, je publiais le « Manifeste des 343 salauds », initié par le mensuel Causeur pour protester contre le projet de loi pénalisant les clients de prostituées.

On connaît les effets de ce manifeste dans les heures qui ont suivi sa publication : un tombereau d’insultes et de vociférations indignées tombant sur les auteurs du Manifeste et les signataires de la pétition « Touche pas à ma pute », coupables d’avoir commis le sacrilège de se référer au « Manifeste des 343 salopes ». « Outrage aux bonnes meufs », aurait conclu Philippe Muray.

A juste titre, Elisabeth Lévy, directrice de la publication, relève que personne ne semble s’être inquiété de l’intolérance fanatique de ces détracteurs et de leurs ligues de vertu aux propos sentencieux.

C’est par un procédé voisin qu’il y a quelques mois, Charlie Hebdo était la cible d’une accusation du même ordre, le délit de blasphème, à propos des caricatures de Mahomet.

Et, last but not least, c’est Christiane Taubira, Ministre de la justice, qui cristallisant les haines, s’étonne, la semaine passée, qu’aucune « belle et haute voix ne se soit levée » pour dénoncer les attaques racistes qui lui étaient adressées… « Quel silence devant le racisme ordinaire », constate tristement Marie-Georges Buffet dans son interpellation à un Président de la République resté muet pendant de longs jours.

Ces événements font série. Ils fédèrent sous une commune bannière racistes et puritains rêvant d’un monde dans lequel régnerait le parti du Bien, où les différences seraient abolies et où l’extinction de l’altérité mettrait fin au désordre des dissidences.

Au premier rang de la dissidence se trouvent celles qui sont dites femmes et leur lien supposé privilégié au sexe. Putains, noires, voilées, elles sont l’objet de la polémique suscitée par Causeur, de la haine raciste, de l’intégrisme religieux de nombre de pays musulmans : ravalées, mises à mal comme symbole de ce qui se met en travers du discours de la norme, la norme mâle s’entend, ce qu’elles ont en propre, le féminin, n’y est pensé qu’à l’aune de ce qui vaut pour les hommes. Ces mêmes hommes qui, comme le journaliste et écrivain Dominique Simonnet (cf. Le Monde du 8 novembre), nous exhortent à ouvrir les yeux pour voir que, « au XXIe siècle la sexualité humaine n’est toujours pas civilisée » (sic !!).

Heureusement, en contrepoint de cette agitation, une bonne nouvelle est arrivée aujourd’hui : Marie Darrieussecq est la lauréate du prix Médicis pour Il faut beaucoup aimer les hommes. Soyons reconnaissant à ce que l’actualité a de contingent : elle fait se rencontrer des événements imprévisibles tributaires de circonstances fortuites. N’est-ce pas, précisément, ce qui caractérise la rencontre amoureuse, y compris celle qui se paye?

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Frèrocité

Publié le 18 Octobre 2013 par Jean Mirguet dans Le malaise

A l'appui de mon précédent article qui implique que, dans un Etat laïque, respectueux des règles de droit, il n'y a pas de définition de la vie bonne qui ait droit de cité, pas de vérité qui doit gouverner et qu'il revient à chacun, en lien avec les autres, de conduire son existence à la lumière de ses propres choix de conscience, je propose à votre lecture ce passage du livre d'Alain Finkielkraut, L'identité malheureuse (Stock, octobre 2013).

" Dans nos sociétés, le vivre-ensemble est le contraire d'un vivre ensemble. Ce n'est pas un vivre à l'unisson mais un vivre à distance, chacun selon ses convictions (...) Telle est la liberté des Modernes, cette "jouissance paisible de l'indépendance privée", comme dit encore Benjamin Constant. Un telle jouissance, il est vrai, ne va pas sans frustration ni amertume. La dispersion des individus est bien loin, en effet, de satisfaire toutes les aspirations individuelles. Elle nourrit même la nostalgie d'une modalité de vie à plusieurs plus riche, plus intense, plus conviviale. Plongé dans l'anomie, on rêve d'harmonie et de chaleur enveloppante. Mais nous le savons (ou nous devrions le savoir), en voulant abolir la distance entre les êtres et remédier à la solitude du quant-à-soi par l'institutionnalisation de la fraternité et de la transparence, le communisme n'a pas ouvert aux hommes le chemin du paradis, il a construit méthodiquement l'enfer sur terre : s'il est sûr qu'une société d'où serait banni l'esprit de fraternité tomberait dans la férocité sans phrase du struggle for life, il n'est pas moins avéré que les utopies fusionnelles sont vouées, aussitôt entrées dans l'histoire, à devenir totalitaires (...) Le règne de Big Brother peut commencer. "

Frèrocité
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Intoxication

Publié le 20 Avril 2013 par Jean Mirguet dans Le malaise

Décidément, il est des moeurs qui, dans notre pays, sont empreintes de fonctionnements qui fleurent bon la paranoïa quand elles n’émanent pas de personnalités flirtant avec la perversion.

Embrochons-en quatre qui forment un beau chapelet de mystificateurs : Dominique Strauss Kahn et le Sofitel – Jacques-Alain Miller et sa pétition en faveur de Mitra Kadivar – Jérôme Cahuzac et son compte en Suisse – Gilles Bernheim et son agrégation, tous de brillants sujets, occupant ou ayant occupé des positions de responsabilité et de pouvoir prestigieuses.

 

Alors que DSK s’enfonce dans les limbes, que le tsunami déclenché par l’affaire Cahuzac produit quotidiennement son lot de ravages et que l’autorité morale du Grand Rabbin de France est sérieusement écornée, du côté du monde en principe plus feutré de la psychanalyse, les invectives et les anathèmes pleuvent, au moment où, de plus en plus, la psychanalyse et ses praticiens sont mis sur la sellette et déconsidérés.

Au début du mois d’avril, Michel Rotfus, administrateur de la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP), porte à la connaissance de tous la querelle dont Jacques-Alain Miller est l’auteur. Ce-dernier intente un procès à la SIHPP, à sa présidente Elisabeth Roudinesco, à son secrétaire Henri Roudier et à Philippe Grauer, membre du CA de la SIHPP. Il s’estime publiquement diffamé par ceux-ci à la suite de sa pétition en faveur de la psychanalyste iranienne Mitra Kadivar, enfermée, selon lui, pour des raisons politiques dans un établissement psychiatrique de Téhéran.

J’ai déjà évoqué cette affaire dans un précédent article : après une rapide enquête sur Internet, il était facile de douter de la fiabilité de ces informations, le docteur Kadivar n’ayant pas été victime d’une sanction politique, mais d’une hospitalisation consécutive aux plaintes des voisins de son immeuble, relative à un épisode psychotique.

On lira le récit des événements sur le site de Philippe Grauer ou sur celui d’Olivier Douville. A lire également le blog de Thierry Savatier Ne soyez pas des moutons

Les doutes quant à la pétition de Miller conduisirent la SIHPP à alerter l’opinion, au travers d’articles  à la tonalité franchement ironique à l’endroit de JAM qui, considérant ces textes diffamatoires, a judiciarisé le conflit et porté plainte.

Il ne manque pas d’air alors que, lui-même, dans son blog hébergé par La règle du jeu, ne se gêne pas pour comparer Roudinesco à une matrone, une plaie, une grenouille, une autodidacte, une sauvage qui fait peur, etc... On reste confondu par ce déchaînement de signifiants, ce déferlement de haine émanant d’un psychanalyste qui, compte-tenu de son audience, n’est pas sans responsabilité dans la diffusion de l’image de la psychanalyse dans le public.

Réponse du berger à la bergère, un collectif d’universitaires, d’écrivains, de psychiatres et de psychanalystes choqués par ces propos a mis en ligne un appel de soutien à celle-ci.

 

De quel malaise  ce climat est-il le signe ? Alors que le mensonge et l’imposture s’affichent d’autant plus facilement qu’avec Internet on peut (presque) tout dire, que l’intimité y est mise sans vergogne sur la place publique, à ciel ouvert, on découvre que l’indignité de l’un conduit à jeter l’opprobre sur de nombreux autres.

Comme le rapporte le sociologue Gérard Bronner dans une tribune récente du Monde, la propension de certains à se servir des médias pour nous raconter les fables qui les arrangent aboutit à mettre en série des liens disparates et à les assembler en vue de produire toutes les interprétations possibles.

Ces associations favorisent une lecture de l’actualité teintée de paranoïa dans laquelle nous pouvons, comme le souligne Gérald Bronner, céder rapidement à « l’effet de halo » c’est-à-dire à l’illusion consistant à ne retenir que les informations confirmant une première impression, pour ensuite les employer afin d’attribuer les caractéristiques d’une personne à la catégorie à laquelle elle appartient (les politiques tous des pourris, les psychanalystes tous des imposteurs, les juifs tous des menteurs).

Il est facile de voir que cet effet de halo a vite fait de transformer un juste sentiment d’indignation en discours généralisateur, possiblement démagogique et populiste dans lequel dominent le soupçon, la méfiance, la suspicion et où se mettent à flamber les mécanismes d’accusation et de stigmatisation, qui pourraient se révéler très couteux pour notre démocratie.

 

Quel singulier usage de la langue, spécialement pour les psychanalystes dont la responsabilité première est à l’endroit du langage. Les mots que nous partageons avec autrui permettent de bâtir un monde commun, écrit Jean Birnbaum dans son commentaire de La Nostalgie, que vient de faire paraître la philosophe Barbara Cassin aux éditions Autrement.

Les mots en toc ou ce qu’on appelle aujourd’hui les « éléments de langage » intoxiquent la langue, la truquent et la trahissent au point que, colonisés par cette novlangue, nous avons le sentiment de nous retrouver expulsés de notre langue.

C’est pourquoi, quand le mystificateur joue avec la langue en la manipulant ou en laissant les mots s’emballer, il fait bien plus que nous raconter des salades, il brise ce qui fait lien et ruine notre vraie patrie, notre seule demeure : celle du langage.

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Un nouvel usage du père ?

Publié le 1 Février 2013 par Jean Mirguet dans Le malaise

MPTOn connaît l’aphorisme provocateur de Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel », formule emblématique d’une impossible jouissance et d’une chimérique complémentarité homme - femme, voués à ne jamais s’entendre, ce pourquoi la plupart d’entre eux passent leur vie à se chercher ... et, quelquefois, à se rencontrer. Le sujet, dans l'acte sexuel, ne rencontre ni l'objet de son désir que l'autre paraît représenter pour lui, ni la complétude qu'il escompte d'une telle expérience.

Dans un post récent, à propos du mariage pour tous, publié par une association de psychologues orientés par les hypothèses de Freud et Lacan, on peut lire que les psychanalystes qui auraient l’idée farfelue qu’il leur faudrait avoir tous le même avis sur la très actuelle question du mariage pour tous, valable pour toute la planète psy, feraient mieux de se taire. Aussi jugent-ils fâcheux, à juste titre, l’utilisation qui est faite du savoir psychanalytique pour cautionner, dans les polémiques, les thèses opposées au projet de loi. Combattre le mariage pour tous au nom du critère de la différence naturelle des sexes est une billevesée et ne vaut pas mieux que débiter des coquecigrues puisque s’il n’y a pas d’appariement naturel entre elle et lui, ils sont destinés à rester des désassortis et à ne s’associer que par le fantasme : il n’y a pas de rapport sexuel.

Les psychanalystes opposés au mariage pour tous restent pour la plupart d’entre eux arc-boutés sur le sacro-saint Œdipe, soutien d’une conception normative et harmonieuse de la famille, alors que tout l’enseignement de Lacan engage sur la voie consistant à prendre du champ par rapport à ce qui est devenu une idéologie oedipienne (cf. la teneur des débats dans lesquels H. Guaino et d’autres se font les pourfendeurs du projet de loi).

Endossant son habit de père la malice, Lacan affirmera qu’est hétérosexuel celui ou celle qui aime les femmes : les femmes sont toujours autres, fut-ce pour elles-mêmes. De quoi donner des boutons aux militants de la république oedipienne fondée sur le règne éternel du père, à partir d’une vision psychologisante de la famille (avec laquelle la psychanalyse n’a pas grand-chose à voir même si certains psychanalystes médiatiques ont pris leur part dans cette dérive).

Considérant que les psychanalystes n’étaient pas plus les détenteurs des clés de la normalité que de celles de l’anormalité, Lacan a, sans relâche, bouleversé cette vision oedipienne de la psychanalyse en prédisant le déclin de l’Oedipe dans nos sociétés. Il a toujours insisté sur le fait que l’ordre symbolique – dont on fait un usage psychologisant à l’occasion de ce débat - n’était en rien une norme et que chaque sujet s’y rapportait de façon singulière. C’est ainsi que ce qu’on appelle la carence paternelle n’est pas directement liée à l’absence de la personne du père puisqu’un Oedipe peut tout à fait se constituer sans la personne du père. Le père est une fonction qui, certes, doit être incarnée, mais qu’il faut dissocier de sa personne réelle.

Avec l’homoparentalité, s’offre un nouveau scénario : la fonction maternelle n’est plus forcément attribuée à la femme, et la fonction paternelle à l’homme. La fonction parentale est dissociée du biologique, au moins pour l’un des deux parents, et de surcroît il y a lieu de distinguer différence des sexes et parentalité.

La sacro-sainte fonction paternelle soit, dans le jargon des psychanalystes, le rapport du désir à la loi, peut-elle fonctionner si la répartition père-mère ne coïncide pas toujours avec la stricte différence homme-femme ? Il semble bien que oui si l’on en juge par les études portant sur les familles homoparentales où les enfants peuvent trouver, ni mieux ni moins bien que dans les familles hétéroparentales, les identifications qui leur sont nécessaires.

Dans ces conditions, que faire du père ?  Dans une de ses  saillies fulgurantes dont il avait le secret, ce que nous propose Lacan, c’est de s’en servir ... pour s’en passer. A suivre ...

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Facebook, fossoyeur de l’intimité

Publié le 5 Juin 2012 par Jean Mirguet dans Le malaise

Alors que la psychanalyse doit faire face, à l’époque actuelle, à une hostilité croissante de la part de ceux qui réduisent l’être humain à la somme de ses comportements, on peut supposer que cette animosité n’est pas sans lien avec un aspect dominant de l’époque contemporaine : l’effacement de la frontière entre intime et social.

 

Si la psychanalyse fait les frais du gommage de la séparation intime et social, privé et public, c’est peut-être parce que, incarnant au mieux une pratique soucieuse et respectueuse du privé et de l’intime, son discours se développe à l’envers de celui des réseaux sociaux.

En effet, ceux-ci sont très attachés à accomplir ce qu’ils estiment être leur mission sociale, celle consistant à « rendre le monde toujours plus ouvert et connecté », comme le proclamait récemment Mark Zuckerberg, lors de l’entrée en bourse de Facebook.

Social networkAvec les social networks, nous sommes entrés dans de nouvelles pratiques de la communication qui produisent de nouvelles formes du lien social qui, du coup, s’en trouve métamorphosé. C’est ainsi que le jeune patron de Facebook annonce sans détour son intention de transformer la société – il en parle comme d’une « mission » - grâce aux progrès de la technologie puisqu’il estime avoir  déjà aidé plus de 800 millions de personnes à établir plus de 100 milliards de connexions et que son objectif est d’amplifier ce « recablâge » dont l’ambition est d’apporter du bonheur aux gens.

 

À quoi peut bien aboutir cette « mission » sinon à réduire le territoire de l’intimité à une peau de chagrin ? Grâce à Facebook, Twitter et aux mobiles, ce territoire fond toujours plus et se réduit aussi vite que les glaciers soumis aux effets du réchauffement climatique.

Les délimitations entre l’intime et le social s’évaporent, au profit d’une sorte de transparence forcée, dont Facebook envisage de se faire l’interprète et le pionnier.

 

Il n’est pas certain que cette évolution soit du goût de tout le monde, d’autant qu’il existe plus d’un paradoxe à voir les geeks, réputés timides et peu sociables, militer en faveur de cette ouverture. Mais, inutile de se voiler la face et foin des protestations qui s’élèvent, ce phénomène ne s’arrêtera pas de sitôt, d’autant que de grands intérêts financiers l’accompagnent.

 

Faire peu de cas de l’intime revient à faire du secret, avec lequel l’intime fait couple, quelque chose de périmé, de désuet. Le secret est ce que nous isolons, ce que nous mettons à part puisque son sens premier est séparer (secernere en latin). Par définition, un secret s’enferme dans l’intimité. Or, avec son projet de « partage sans friction », Mark Zuckerberg envisage de porter à la connaissance de tous nos amis facebookiens la plupart de nos activités en ligne. Si l’utilisateur ne veut pas de ces publications, il lui reviendra de se débrouiller pour bricoler les réglages de son profil.

 

En somme, si son projet aboutit, la perspective d’une communication sans heurts, sans conflits, sans confrontation, sans accroc ni distorsion va contribuer à rendre toujours plus obsolètes les vertus du malentendu, de l’ambigu, du quiproquo, de tout ce qui fait le sel d’une relation. Grâce à la communication zéro défaut et politiquement correcte, finis les brouillages dans l’échange ! S’ouvrira alors l’ère de la transparence obligatoire et de la tyrannie du tout savoir.

Affublés de ce fantasme de maîtrise, vous pourrez toujours croire que, désormais, plus rien ne vous échappera ! Gare, alors, aux retours de manivelle ... comme dit l’autre, ça va vous rattraper !

 

 

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Le siècle dans lequel nous vivons, par Michel Brun

Publié le 18 Février 2012 par Michel Brun dans Le malaise

Centre d'appel- Nous allons vous passer un "conseiller ".
  Dans le cadre de notre opération "qualité", cette conversation est susceptible d'être enregistrée ...

- Madame, je ne veux pas que cette conversation soit enregistrée.
- Monsieur, cela n'est pas possible.
- Madame, je vous demande d'arrêter imédiatement cet enregistrement. Ce que j'ai à dire concerne la mort de ma soeur, c'est une affaire privée !
- Monsieur, je ne peux pas. Et puis ne vous énervez pas, je ne suis que conseillère.
- Eh bien, passez-moi un chef de service.
- Monsieur, je ne peux pas....

Oui, je me suis énervé, car cette chanson, avec son point d'orgue hier, m'est ressortie systématiquement lorsque je tente de m'adresser à une administration ou à une grande entreprise. Non, d'une part je ne veux  être ni "enregistré" ni fliqué, d'autre part je veux avoir affaire à un véritable interlocuteur, c'est à dire à quelqu'un de responsable.
                                           
Peu de temps avant de mettre un terme à son séminaire, Stoianoff, tout en se défendant de vouloir jouer les Cassandre, nous avait dit :" Sachez qu'en France la Liberté est désormais une peau de chagrin". Je pense pour ma part que priver un citoyen de liberté relève de multiples stratégies. L'une d'entre elles consiste à le rendre impuissant en considérant sa parole comme négligeable. Il appartient à ceux qui le peuvent d'en mesurer les conséquences.

Paranoïa pour paranoïa, je me rallierai à celle de Lévy-Strauss qui, quelques mois avant sa mort, avait dit : " Je n'aime pas le siècle dans lequel je vis ".

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Etats-Unis : diplômes à crédit

Publié le 24 Novembre 2011 par Olivier Mirguet et Coralie Garandeau dans Le malaise

La crise financière frappe aussi les étudiants américains. Depuis des décennies, ils se laissaient facilement convaincre de s'endetter : la perspective d'un emploi en or venait à bout des soucis de remboursement. Aujourd'hui par contre, ils quittent souvent l'université avec 60 à 100 000 dollars de dettes et sans perspective d'emploi pour cause de crise. Quand le rêve américain vire au cauchemar, c'est un reportage de Coralie Garandeau et Olivier Mirguet.

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/arte-journal/4283282.html

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La dangerosité, notion statistique

Publié le 23 Novembre 2011 par Jean Mirguet dans Le malaise

Chaque drame humain défrayant la chronique engendre des émotions, déchaîne des passions que les médias et les responsables politiques se chargent d’entretenir. Les  bénéfices à en tirer ne sont pas négligeables puisque le profit est à portée de main: séduction de l’électorat avide d’un toujours plus de sécurité, augmentation du nombre de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs.

Le meurtre, à Chambon-sur-Lignon, de la jeune Agnès, 13 ans, par un lycéen de 17 ans, déjà mis en cause pour viol dans une précédente affaire, n’échappe pas à cet enchaînement. La polémique est nationale et donne lieu à un embrasement émotionnel, effet d’une commotion dont le retentissement brouille la recherche rationnelle des tenants et aboutissants de cet événement dramatique.

Cet "incendie médiatique" est-il justifié ? Non, estime le sociologue Laurent Mucchielli sur son blog. En effet, rappelle-t-il, la fréquence annuelle de ces cas dramatiques est comprise entre 0 et 1 par an à l'échelle de la France entière. "Dès lors, si l'on comprend bien l'émotion déclenchée par cette affaire, l'on voit mal quel problème de société il faudrait en déduire, ni quelle réforme pénale ou psychiatrique il serait urgent d'adopter."

Cependant, des discours prétendument experts continuent à se répandre dans les journaux, à la radio, sur les chaînes de télévision. De manière incantatoire, ils nous promettent la certitude d’un savoir, celui qui consisterait à déceler la dangerosité d’un sujet susceptible de commettre un délit sexuel ou de récidiver.

Ainsi, lors du dernier numéro de Mots croisés, diffusé sur France 2, le journaliste Yves Calvi demande à ses invités comment évaluer la dangerosité d’un délinquant sexuel. Le docteur Pierre Lamotte, psychiatre spécialisé dans la criminologie, répond en rendant compte de la pratique clinique des experts, grâce à laquelle des éléments de dangerosité peuvent être repérés. Outré, Georges Fenech, député UMP, président de Milivudes et rapporteur de la loi sur la Rétention de Sûreté, lui rétorque que ses propos sont « la démonstration que, dans notre pays, nous avons une psychiatrie légale qui est totalement dépassée ». Il ajoute que la France est l’un des derniers pays en Europe à utiliser ce mode d’expertise, que les experts ne connaissent rien à la criminologie quand ils sont nommés et qu’ils « utilisent toujours la vieille méthode freudienne ou Lacan autrement dit la méthode clinique » qui consiste, selon lui, à « passer deux heures en tête-à-tête avec une personne qu’on va ausculter et examiner pour dire si c’est dangereux ou pas ». Vantant ce qui se fait en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, « il faut, dit-il, que nous abandonnions la méthode clinique pour passer à des méthodes dites actuarielles[1], utilisées au Canada depuis 50 ans ». Il précisera, un peu plus tard dans l’émission, qu’il est favorable à l’introduction en France de ce qui se passe aux Etats-Unis : offrir aux citoyens le droit de savoir s’il y a un pédophile condamné dans leur quartier... 1984 de Georges Orwell n’est pas loin !

Ces déclarations, flatteuses pour les esprits épris de simplisme mais révoltantes pour quiconque a pris la mesure de la complexité du réel, prennent appui sur un modèle rudimentaire qui confond, comme le souligne, dans Le Monde, Daniel Zagury, psychiatre expert auprès de la cour d’Appel de Paris, diagnostic et pronostic.

Or, sauf à s’imaginer qu’on peut tout maîtriser, que rien ne nous échappe, il nous faut bien consentir à l’existence d’une zone d’incertitude, à l’impossible accès au tout-savoir. Il reste alors toujours un risque, celui de ne pas savoir  que, seule une pratique démocratique est en mesure de garantir, les régimes totalitaires s’étant toujours fait les chantres d’un savoir total.

Certes, des délinquants, des criminels sont dangereux et peuvent récidiver...mais, sont-ils la seule source du danger ?



[1]Dans un livre prémonitoire intitulé La gestion des risques et publié il y a plus de 25 ans, Robert Castel écrivait que la dangerosité est cette notion mystérieuse, qualité immanente à un sujet mais dont l’existence reste aléatoire puisque la preuve objective n’en est jamais donnée que dans l’après-coup de sa réalisation. Le diagnostic qui est établi est le résultat d’un calcul de probabilité ; la dangerosité ne résulte pas d’une évaluation clinique personnalisée, mais d’un calcul statistique qui transpose aux comportements humains les méthodes mises au point par l’assurance pour calculer les risques. D’où une nouvelle science : la science actuarielle.

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Tourment de l'harmonie

Publié le 30 Juin 2011 par Jean Mirguet dans Le malaise

JPrechi prechae suis redevable à Fabrice Luchini d’avoir découvert le flamboyant anti-moderne ou néo-moderne Philippe Muray, souvent présenté comme ayant incarné la figure contemporaine de la nouvelle réaction ou plus prosaïquement comme étant de droite puisque, c’est bien connu, vous êtes de gauche si vous êtes moderne et de droite si vous ne l’êtes pas.

Muray avait du style. Avec panache, il menait un combat à la Don Quichotte, un combat contre le flux triomphal de la modernité obligatoire, égalitaire, démocratique, en mal d’harmonie, contre le prêchi-prêcha humaniste et bien-pensant.

Or justement, la modernité a un slogan : l’harmonie, qui propose comme but à atteindre le refus de la tension et de la division, la paix, le bonheur d’être ensemble dans une société festive, la résolution de tous les conflits. L'harmonie qui ne veut rien laisser en dehors d'elle-même s'appuie sur le consensus qui consiste à refouler tous ensemble nos non-rapports sexuels, écrit-il. Malheur à celui qui essaie d'échapper au contrôle harmonique total, à l'autogestion métaphysique autant qu'économique! Malheur, plus encore, à celui qui y échappe sans le vouloir. Parce qu'il ne peut pas faire autrement, parce qu'il est comme ça et que c'est comme ça...La conspiration pour le Royaume-de-l’harmonie-et-de-la-fraternité-sous-peine-de-bannissement progresse à grands pas.

Pour celles et ceux qui ne souhaitent pas en rester là et qui, bientôt et s’ils ne l’ont déjà fait, vont se plonger dans son œuvre, je propose ces quelques lignes tirées du XIXème siècle à travers les âges, publié en 1999 chez Gallimard.

L’horizon, c’est l’harmonie, tout l’horizon du XIXème, objet de sa fièvre romantique. Elle est là, on la sent, on la touche, elle va bientôt apparaître. Pour le moment, elle est cachée, masquée, opprimée, refoulée. Elle fait ses percées dans les rêves, elle revient par des vœux pieux. Il faut maintenant la libérer. La philosophie est arrivée au point sensible de son travail de longue haleine : connaître par la pensée la totalité en se comprenant elle-même dans l’histoire de la philosophie. Etre capable de tout avaler : les discordances, les fausse-notes, les couacs de la multiplicité de l’être dans une unité absolue. La conscience collective n’est pas loin, comme je l’ai déjà dit, comme chorale de l’univers, les petits chanteurs sans croix de bois. L’épars, l’hétéroclite des signes, la langue multiforme et diviseuse, les discours croisés, non synthétisables, tous les manques incompensables, l’insaisissable, l’ambigu, les restes errants et humiliants, les aphonies des âmes parlantes, les identités cousues dans leur doublure, tout le troupeau enfin des hétérogénéités qui doit s’éliminer de lui-même dans l’établissement possible de l’harmonie sur la terre. Combler les vides, compléter les sphères, devenir l’accomplissement historico-social de la perfection potentielle de la nature, l’éternité de la matière, la vie sans origine, les semences de la vie, les spores des bactéries errant dans l’espace interstellaire à la recherche d’étoiles habitables.

L’évolution n’est pas terminée.

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