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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

politique

Une responsabilité historique

Publié le 13 Avril 2022 par Jean Mirguet dans Politique

« Une responsabilité historique » : c’est sous ce titre que Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, signe l’éditorial de l’édition du mardi 12 avril.

Pour la troisième fois en l’espace de 20 ans, l’extrême-droite sera présente, le dimanche 24 avril, au second tour de l’élection présidentielle. C’est une répétition à laquelle il ne saurait être question de s’habituer et qui ne doit pas être sous-estimée puisque, écrit-il, « la marge qui protège notre démocratie du pire ne cesse de s’amenuiser ».

« Pour l’heure, il convient de parer au plus urgent et d’afficher un refus sans faille à la menace qui grandit. Nombre de candidats défaits ont usé, dimanche soir, de termes variés pour exprimer leur opposition à Marine Le Pen. Pour Le Monde, ce rejet de l’extrême droite ne peut souffrir aucune ambiguïté. Nous avons rappelé, avant le scrutin, que le Rassemblement national était tout aussi opposé à nos valeurs qu’à l’intérêt national.

L’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République constituerait une agression contre l’Etat de droit, une régression de la prise en compte de la catastrophe climatique, une révision de nos alliances extérieures au pire moment, alors que l’atroce guerre imposée par Vladimir Poutine à l’Ukraine achève de dévoiler la vraie nature d’un régime avec lequel la candidate a été si complaisante.

En bonne logique, la seule manière efficace d’œuvrer pour sa défaite est d’appeler à voter pour Emmanuel Macron ».

 

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Un vote réaliste

Publié le 6 Avril 2022 par Jean Mirguet dans Politique

A la suite de l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, j’avais dit aux amis de gauche qui questionnaient  (déjà !) la légitimité de son élection qu’ils feraient bien de faire attention car, se faisant, ils étaient entrain de scier la branche sur laquelle ils étaient assis.

Force est de constater que je ne me suis pas trompé étant donné la déroute déroutante d’Anne Hidalgo.  A trop camper dans l’opposition systématique et stérile à Macron, voilà ce qui arrive : on perd toute crédibilité et on déroule un tapis rouge aux extrêmes, qu’ils viennent de la droite ou de la gauche.

Ces dimanches 9 avril et 24 avril, nous allons choisir un avenir pour notre pays, confronté à la menace de l’extrême-droite. Menace également de celui qui, au 2ème tour de 2017  a mis Le Pen et Macron sur un pied d’égalité en ne donnant pas de consigne de vote et qui, face aux crimes de Poutine, prône le non-alignement de la France.

Pour choisir un avenir respectueux de la démocratie et des valeurs de la République -la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité - il va falloir se situer clairement, ne pas céder à la confusion entretenue par la mauvaise foi des LePen, Zemmour et autre Mélenchon. Il va falloir voter en étant réaliste, au sens de Raymond Aron pour qui  le réalisme consiste à considérer la menace.

Dans Les naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz (Arcades Gallimard, 2002), Primo Levi indique que la distinction bonne foi/mauvaise foi est empreinte d’optimisme et de confiance dans l’homme et qu’elle présuppose une lucidité mentale qui est le fait d’un petit nombre alors que plus nombreux sont ceux qui se fabriquent une réalité qui les arrange. « Le passé leur pèse ; ils éprouvent de la répugnance pour les choses faites ou subies, et ont tendance à leur en substituer d’autres. La substitution peut commencer avec un scénario inventé, mensonger, restauré, mais moins pénible que la réalité (…) La distinction entre le faux et le vrai perd progressivement ses contours et l’homme finit par croire entièrement au récit qu’il a fait si souvent et qu’il continue à faire encore, limant et retouchant ici et là les détails les moins crédibles, ou s’accordant mal entre eux, ou incompatibles avec le tableau des événements acquis : la mauvaise foi initiale est devenue bonne foi. Le passage silencieux du mensonge à autrui à celui qu’on se fait à soi-même est utile : qui ment de bonne foi ment mieux, joue mieux son rôle, est cru plus facilement par le juge, par l’historien, par le lecteur, par sa femme, par ses enfants ».

Mon choix pour Emmanuel Macron était clair en 2017. Il l’est toujours en 2022. Je souhaite qu’il en aille de même pour vous.

 

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Discrimination positive

Publié le 14 Février 2022 par Jean Mirguet, Michel Brun dans Politique

Merci à mon ami Michel Brun d’avoir proposé à votre lecture ce texte consacré à l’usage abusif de la notion de discrimination positive.

On peut ne pas partager toute son analyse mais il a sans aucun doute raison de s’indigner de cette nouvelle forme de discrimination qu’a pris le racisme, en lui accolant le qualificatif de « positif ».

Michel dénonce ce qui est devenu l’équivalent d’une révolution culturelle envahissant l’Université et les médias . Cela porte un nom : le wokisme, une idéologie importée d’Outre-Atlantique et portée par des militants dont le discours fragmente l’unité républicaine en renvoyant les citoyens à une identité fondée sur leur origine, leur sexualité ou leur genre.

Je ne pense pas que cette nouvelle culture soit, comme Michel le laisse entendre, encouragée par nos dirigeants actuels. Bien au contraire. Voir à ce sujet, par exemple, la polémique provoquée il y a un an par les propos de Frédérique Vidal, la Ministre de l’Enseignement Supérieur, sur l’islamo-gauchisme ou les commentaires de Jean-Michel Blanquert, ministre de L’Education Nationale, qui  définit le wokisme comme «un nouvel obscurantisme qui vient saper la démocratie et prépare les marches vers le totalitarisme ».

Le terreau idéologique de la discrimination positive est le victimisme au service du communautarisme ; elle fait primer une appartenance identitaire au détriment des qualités propres de la personne, de ses capacités, de sa responsabilité et de sa liberté.

La revendication de discrimination positive est une stratégie opportuniste visant à obtenir des passe-droits voire pour conquérir le pouvoir. Ici, toute différenciation est traitée comme une discrimination. Réserver des toilettes distinctes pour les Noirs et les Blancs est inadmissible mais cela n’empêchera pas L’UNEF de militer en faveur de l’organisation de réunions "interdites aux blancs".

Comme Michel Brun, je partage l’idée du caractère positif du métissage de la société française, à la condition que les valeurs qui fondent la République, la liberté, l’égalité, la fraternité demeurent notre socle commun.

On regrettera, avec Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct, qu’aujourd’hui, le passage obligé de toute revendication contre la domination soit de faire spectacle de son statut de dominé, de sa misère, d’être « fier » d’avoir honte ». A quoi elle ajoute ce paradoxe du différentialisme, déjà bien identifié par Tocqueville : revendiquer l’égalité, non pas au-delà des différences, mais dans l’affirmation exacerbée de ces dernières. Cette maladie chronique de la démocratie exacerbe simultanément la haine de la différence et sa revendication. À mesure que s’accroît l’égalité, s’accroît la virulence du rejet de la différence.

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LES ABUS MÉDIATIQUES DE LA DISCRIMINATION POSITIVE : UN CHEMIN DÉVIANT VERS UNE SOCIÉTÉ MÉTISSE.

L’auteur de ces quelques lignes n’appartient à aucun parti et ne soutient aucune idéologie.  Je ne parle ici qu’en mon nom, en prenant appui sur le discours analytique. Le discours analytique, au sens défini par Lacan, n’est pas un discours supplémentaire mais son objectif est de pointer la limite des autres discours et le rapport aux objets qui les fondent. C’est ainsi que le discours analytique pourra interroger la sémantique et les particularités du discours du maître, de l’universitaire, ou encore de l’hystérique.

Pour la petite histoire, ayant passé ma jeunesse en Afrique, j’ai été habitué à une société métissée et bigarrée et j’en ai fait mon miel. Mon seul racisme, à ce jour, ne concerne que la connerie. Étant entendu qu’elle n’a strictement rien à voir avec la couleur de la peau.

La discrimination positive est une expression paradoxale dans la mesure où elle associe deux termes apparemment incompatibles, tout en opérant un renversement de sens du mot discrimination. Quoi qu’il en soit, la discrimination positive se propose, à sa manière, de réparer les injustices. Soit, mais à trop appuyer sur son ressort elle risque de manquer sa cible. C’est ce que j’entends montrer ici.

Pour aller au plus court de sa définition, la discrimination positive est un moyen ou une attitude consistant à valoriser certaines minorités opprimées (ou s’estimant comme telles), ou à privilégier celles et ceux qui ont fait ou font encore l’objet d’un ostracisme racial et culturel. La dialectique de la discrimination positive se situe dans une même logique que celle qu’elle entend dénoncer, sous la forme inversée et insistante de la revalorisation de ce qui a été dévalorisé. Ce qui n’est pas sans conséquences lorsque le procédé confine à l’excès et qu’il ne tient pas compte des résistances de ceux auquel il s’adresse. C’est le cas en ce moment, et cela mérite d’être souligné.

C’est ainsi que la télévision d’Etat de l’Hexagone, via les interviews du type micro-trottoir, ou via la publicité, a accentué depuis plusieurs années une tendance consistant à accorder une priorité médiatique aux personnes originaires du Maghreb, puis, plus récemment, à celles issues d’Afrique noire. Ce sont ces dernières qui occupent désormais le devant de la scène.

Il y a même une troublante analogie de ce phénomène, voire un parallèle, avec la montée en puissance médiatique des LGBTQ, autrefois ostracisés, et qui, sous l’influence de la théorie du genre, s’efforcent d’instaurer de nouvelles normes identitaires en s’accrochant au train de la discrimination positive.  Et en ce début d’année 2022 la promotion qui leur est faite est sans précédent sur les chaines nationales.

Pour continuer sur le thème de la diversité ethnique, il est à peu près certain que les régies publicitaires, les banques, les grandes entreprises, les établissements publics de toutes natures sont aux ordres. En ce sens, n’auraient-ils pas reçu « d’en haut » un cahier des charges qui leur dicte le style et les priorités de leur adresse au public ?  Mais le phénomène a désormais pris une telle ampleur qu’il ne peut en aucun cas être un effet du hasard : être « Black » est d’abord « tendance», avant de devenir une norme identitaire incontournable. C’est si vrai que les publicitaires orientent de plus en plus la promotion de leurs produits vers une nouvelle cible, les couples mixtes et les familles qu’ils fondent. Toutes les origines ethniques y sont représentées, y compris les Asiatiques qui commencent à faire une timide apparition sur les écrans. On assiste même à une combinatoire, pour l’instant encore discrète, entre LBGTQ et toutes les nuances de couleurs de peau.

Depuis quelques mois l’insistance de la discrimination positive dans les médias est devenue une offensive magistrale contre le racisme, quasi paroxystique. Le battage médiatique autour de l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker, pour méritée qu’elle soit, en est une autre illustration.

Que se passe-t-il en ce moment, sinon un véritable lavage de cerveau ?  Sa finalité ne fait aucun doute : il s’agit de confiner progressivement le citoyen lambda dans une sorte de néo-ghetto idéologique, celui de la bien-pensance. Difficile de s’extraire de ces suggestions, répétées à l’envi sous forme d’un conditionnement progressif, insidieux, et imparable. Sur le fond, il s’agit en réalité de museler par anticipation toute réaction critique, voire haineuse, à l’égard de ceux qui ne ressemblent pas tout à fait au Français moyen, ces « aliens » susceptibles de devenir des envahisseurs ou d’être dangereux. Ceux que la police interpelle parfois pour délit de faciès.

C’est ainsi que nous assistons à une manipulation de l’opinion visant à dicter ce que doit être la bien-pensance, celle qui découle de l’application de la devise de la République : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Mais il suffit d’ouvrir les yeux pour réaliser que l’insistance du slogan est à la mesure de son défaut d’application.

Manipuler, mais comment et pourquoi ? Quels sont les probables enjeux d’une telle stratégie ?

Les techniques de persuasion des masses sont apparues en Europe à la fin du XIXème siècle, d’abord pour lutter contre les révoltes ouvrières. Elles se sont ensuite propagées aux États-Unis, notamment en vue de convaincre les citoyens d’engager l’Amérique dans la première guerre mondiale. Souvenons-nous de l’emblématique « Uncle Sam », affublé d’un haut-de-forme étoilé, pointant le doigt vers chaque sujet américain portant culotte, et lui intimant l’ordre de rejoindre l’armée des USA. Hypnose, quand tu nous tiens !

Ce que l’on sait peu sur l’origine de ces techniques, c’est qu’elles sont dues au neveu de Freud, Edward Bernays, qui fut l’inventeur de la propagande politique institutionnelle et de l'industrie des relations publiques…

Edward Bernays connut son heure de gloire outre-Atlantique. On peut le considérer comme le créateur du marketing et des méthodes de fabrique du consentement des foules. L’ouvrage qui le rendit célèbre parut aux USA sous le titre de « Propaganda ».

Aujourd’hui, en France, la diffusion de l’idéologie politique d’Etat emprunte les mêmes voies que celles du marketing, avec une particularité que l’on doit initialement à la pensée philosophique de Machiavel, dissociant morale et politique. Machiavel réfutait l’a priori de toute conception morale du pouvoir : selon lui le chef de l’état ne devait pas obéir à une morale fixe, mais s’adapter aux circonstances, à ce que Machiavel appelait la « fortune » (du latin « fortuna » signifiant la chance, le destin).

 En dissociant la morale du pouvoir, Machiavel n’incitait pas le chef de l’Etat à radicalement s’affranchir de la morale, mais de ne le faire qu’en cas de nécessité. C’est ce qu’aujourd’hui on appellerait « le pragmatisme politique », ou encore le primat de la fin sur les moyens. En d’autres termes, la manipulation.

C’est très exactement ce qui se passe chez nous. Le pouvoir exécutif redoute peut-être les assauts de l’extrême droite à l’approche des futures présidentielles mais craint plus encore le déclenchement de pogroms en réponse aux exactions du terrorisme (attribuées aux migrants, bien entendu). Pour conjurer cette menace il essaie de faire croire au peuple, par l’image, que nous vivons harmonieusement dans une société multiethnique, pour ne pas dire multiraciale. Mais c’est faire fi de la réalité des inégalités et des tensions raciales permanentes qui font, entre autres, flamber les banlieues, désormais devenues territoires perdus de la République.

Le message subliminal adressé aux extrémistes, surtout de droite, est clair : la société française est désormais une société métisse, il faut s’y faire. Le temps de la suprématie blanche est révolu. Vous n’utiliserez pas les problèmes liés à l’immigration et à la couleur de peau pour en faire un argument électoral. Quelle que soit notre origine, nous sommes tous des Français, dès lors que nous en avons la nationalité par l’application du droit du sol. Et d’ailleurs, vous les extrémistes, confondez origine et identité. On ne choisit pas son origine, en revanche on construit son identité dans son pays d’accueil, identité soutenue par l’idéal égalitaire républicain…

On voit bien qu’il s’agit ici de désarmer la haine dans laquelle pourraient être trempés les bulletins de vote. Tout autant que de neutraliser l’incantation zémourienne selon laquelle « on n’est plus en France ».

Tenter d’éviter les conflits sociaux et les tensions raciales est sans doute louable, mais traiter les citoyens comme des enfants à qui on doit faire la leçon est plus discutable. Force est de constater qu’on préfère leur bourrer le crâne par imprégnation de slogans répétitifs et plus spécialement au moyen d’images récurrentes, valant discours. Images supposées formater à la longue l’opinion publique. Je ferai référence ici aux travaux de Konrad Lorenz, en éthologie et en psychologie. Pour Lorenz l’imprégnation est l’introjection, souvent définitive, d'un lien indissociable entre un déclencheur extérieur, faisant fonction de stimulus, et une réponse déclenchant un comportement instinctif.  Cela vaut pour les oies, mais aussi les humains.

Le côté pervers de ce système de conditionnement par l’image, via la mobilisation de la pulsion scopique, c’est qu’il fait l’économie du registre du Symbolique, qui est celui du discours, de la dialectique, et du débat contradictoire. Et lorsque la parole est mise en échec, c‘est la violence qui s’impose et fait loi.

C’est en effet grâce au recours à l’Imaginaire, à l’injection répétitive dans le cerveau de formes visuelles prégnantes, que sont supposés devoir se « normaliser » auprès de l’opinion certains types physiques et morphologiques autrefois considérés comme minoritaires ou marginaux. Car le Français a  maintenant cessé d’être un blanc caucasien dont les ancêtres étaient les Gaulois.

Mais le  registre de l’imaginaire, dans la mesure où il est régressif par l’usage qui en est fait ici, contribue à mettre à l’écart la parole et le débat. L’image répétée agit dans l’esprit comme un mantra incantatoire, elle a valeur d’injonction. Elle conditionne la pensée et le comportement de celui qu’elle affecte.  À ceci près que toute injonction produit un refoulement qui fera retour dans le réel sous forme de symptôme, et souvent dans la logique du pire. Ce faisant il n’est pas dit que les ostracisés y trouvent finalement leur compte.

Ma conclusion sera brève. Que la société française soit appelée à se métisser est une évolution incontournable. Et il n’est pas exclu que cela soit une bonne chose, ne serait-ce que sur le plan de la régénération génétique de la population. Seul l’avenir le dira.

Mais ce processus doit être le produit d’une évolution naturelle, et non pas d’un matraquage idéologique par l’image, insidieux et infantilisant. Procédé dangereux, s’il en est, finalement trop visible pour n’être pas repéré. Au risque, à terme, d’exaspérer les extrémistes pour qui « l’autre » constitue une menace à éradiquer…

Michel Brun

11 février 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vous avez dit conservateur ?

Publié le 23 Janvier 2022 par Jean Mirguet dans Politique

Comment se nommer politiquement lorsqu’on est hostile à toute forme de violence, convaincu qu’il faut protéger l’essentiel de ce qui constitue notre nation : l’ordre républicain, la laïcité, la langue, la culture, les Lumières, la richesse de notre héritage historique, littéraire, philosophique sans parler des droits chèrement acquis que sont l’égalité hommes-femmes, le droit à l’avortement, le droit au blasphème, etc… ?

Lorsque nous avons la conviction que ces valeurs doivent être défendues avec fermeté sous peine de disparaître dans la soumission aux idéologies à la mode, la paresse et la lâcheté de la pensée politique, devenons-nous des néo-conservateurs , nous qui, autrefois, nous réclamions de la Gauche ?

La question mérite d’être posée lorsqu’on découvre sous la plume de tel ou tel éditorialiste qu’être en désaccord avec la culture woke ou la cancel culture est l’expression d’une pensée de droite voire d’extrême-droite : des publications comme Le Monde ou Télérama sont de plus en plus coutumières de ce type de jugements, soit sous-entendus ou allusifs soit clairement affirmés. Le wokisme, le racialisme, l’intersectionnalité ont le vent en poupe.  

L’époque n’est plus où ce qui fut la Gauche républicaine et laïque défendait avec force l’héritage des Lumières. Aujourd’hui, une autre gauche, plus radicale et proche des extrêmes, irréconciliable avec la précédente comme l’avait diagnostiqué Manuel Valls, a « abandonné la nation aux nationalistes, l’intégration aux xénophobes et la laïcité aux communautaristes » (Jean Daniel, Réconcilier la France) et promeut les identités sexuelles, ethniques et religieuses.

Aujourd’hui, étant donné les abîmes dans lesquels elle s’est laissée entraîner, cette gauche est devenue minoritaire dans l’opinion publique, mais se montre surtout présente, comme l’analyse le philosophe et historien Marcel Gauchet dans une interview donnée à la Revue des Deux Mondes de février, dans le monde universitaire et culturel où elle semble procéder surtout de la persistance de la toute-puissance infantile encouragée par l’éducation actuelle.

Etre rangé parmi les néo-conservateurs relève-t-il d’une droitisation de la société, comme on l’entend de plus en plus souvent dire ? Ce catalogage signifie-t-il que la question de l’identité culturelle y est centrale ?

Pour Marcel Gauchet, l’identité culturelle relève de l’héritage de l’histoire nationale et ce qu’il appelle « la sensibilité conservatrice » se retrouve dans le rejet de la culpabilisation du passé national, dans le refus de la repentance. Il en déduit que cela a provoqué le basculement des gens de gauche vers la droite qui ne supportent pas le procès anachronique permanent fait au passé, d’où son diagnostic de droitisation de la société.

Il rejoint ainsi les propos que je dénonce plus haut : la caricature consistant à faire des gens de gauche old style (sic !) des conservateurs de droite voire d’extrême-droite, comme s’il fallait absolument être enfermé dans l’une ou l’autre des grandes familles politiques (ce qui suppose qu’on continue, comme lui, à les concevoir comme réelles  puisqu’il juge que le clivage droite-gauche n’est pas mort même s’il s’est brouillé et complexifié).

Selon Franz-Olivier Giesbert dans son tome 1, Le Sursaut, de l’Histoire intime de la Ve République, De Gaulle aurait confié à son mémorialiste Alain Peyrefitte que « la droite, c’est routinier, ça ne veut rien changer, ça ne comprend rien. Seulement, on l’entend moins. Elle est moins infiltrée dans la presse et dans l’université. Elle est moins éloquente. Elle est plus renfermée (…). Tandis que la gauche, c’est bavard, ça a des couleurs. Ça fait des partis, ça fait des conférences, ça fait des pétitions, ça fait des sommations, ça se prétend du talent. C’est une chose à quoi la droite ne prétend pas. On a un peu de honte d’être de droite, tandis qu’on se pavane d’être de gauche » (voir, par exemple, les interventions ridicules de Jadot, Aubry de gauche et Bardella d’extrême- droite, au Parlement Européen à Strasbourg ce mercredi, rappelés à l’ordre par La Présidente du PE, après avoir sombrés, toute honte bue, dans la médiocre politique politicienne nationale).

De Gaulle tenait ces propos en juillet 1964 … prés de 58 ans plus tard, le tableau s’est inversé : on parade à droite et bientôt on rasera les murs à gauche. Mais surtout, on en vient à avoir honte d’être de gauche  et non pas … d’être devenus des conservateurs ! 

Qu’on se le tienne pour dit : les hypothétiques néo-conservateurs ne sont pas prêts de rentrer dans le rang !

 

 

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Le narcissisme des petites différences

Publié le 14 Janvier 2021 par Jean Mirguet dans Politique

Que l’individualisme soit roi est devenu, de nos jours, un lieu commun.

Aujourd’hui, s’affirme une déification du spécifique, du particulier, de l’unique, portée par l’individu. En témoignent les effets de la pandémie sur le fonctionnement médiatique qui ont fortement amplifié ce mécanisme, à l’œuvre spécialement chez nombre de nos contemporains, pressés de venir exposer qui son analyse, qui son opinion sur les plateaux de télé, à la radio, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, l’argumentation consistant le plus souvent à critiquer le pouvoir politique et l’autorité des experts.

Ce phénomène culturel est porté par l’idée que chacun a le droit de définir sa vérité avec le corollaire que porter atteinte à la vision du réel tel que chacun le définit est devenu une atteinte à la personne elle-même.

C’est le principe de la cancel culture en pleine expansion aux Etats-Unis et qui infecte maintenant le continent européen. La cancel culture refuse les opinions contraires, elle se manifeste par des anathèmes répandus sur les réseaux sociaux d’où la contradiction est absente puisqu’on ridiculise en caricaturant ; elle stigmatise la personne et cible son employeur afin qu’elle ne puisse plus être employée ailleurs, la privant ainsi de sa capacité de travailler.

Le complotisme s’inscrit dans un courant proche de la cancel culture, alimenté par les nombreux scandales émaillant régulièrement la vie des pays démocratiques. Il produit un nouvel imaginaire paranoïaque mettant en scène une réalité camouflée d’un monde politique pourri par l’argent et le pouvoir. Comme l’exprime Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, « en ruinant toute possibilité d’un “monde commun“ dans lequel se confrontent les idées, le complotisme met la démocratie en péril ». Se présentant comme un savoir privilégié, une chimère cohérente et argumentée, il pervertit la liberté d’expression et anéantit la force de la vérité.

Le résultat, constate l’historien John Farrell, est qu’il n’est plus possible de trouver une autorité épistémique ou morale.

Autre effet de ce mouvement de contre-pouvoir : la montée croissante d’un relativisme culturel asservissant, nourrit par les thèses racialiste, décolonialiste et indigéniste (transférées des campus nord-américains), particulièrement au sein de l’Université.

En novembre dernier, une centaine d’universitaires dénonçait dans une tribune les ravages de ces idéologies communautaristes qui génèrent le conformisme intellectuel du politiquement correct, particulièrement menaçant pour l’Université et la démocratie.

On peut également consulter le récent Appel de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires signé par 76 universitaires :

http://decolonialisme.fr/?page_id=1000&fbclid=IwAR09YKcONC8OyTwhHBkv7FqbXbBfz_ZYL5gCPp4p9BCvlE976e-4t2xbmVo

Il suffirait donc de revendiquer un statut de victime pour avoir le droit d’en appeler à une autorité pour censurer des paroles, l’indignation morale se substituant aux arguments.

Ces doctrines réclament l’égalité tout en exacerbant la haine de la différence et sa revendication. C’est ainsi que, comme le montre Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct, la démocratie se détraque en accroissant la virulence du rejet de la différence à mesure que s’accroit l’égalité. Tocqueville avait déjà repéré ce paradoxe qui rend la vie en commun impossible.

A côté des motivations idéologiques, politiques qui habitent les partisans de ces thèses, ce qui les anime est également en rapport avec le désir de se faire remarquer, de voir son discours mis en relief et d’acquérir par ce moyen une forme de notoriété qui, autrement, leur ferait défaut.

En clouant les dirigeants du pays au pilori, leur vindicte produit son lot inévitable de polémiques dont on sait à quel point nombre de médias et de réseaux sociaux sont friands dés lors qu’il s’agit de faire entendre des discours agressifs visant tout ce qui ressemble à une institution. Ces propos se transforment très rapidement en tribune - quand ce n’est pas en tribunal -, permettant à leur auteur d’avoir la conviction qu’il sont dépositaires d’un savoir qui promet la vérité.

Ils franchissent ainsi une limite qui n’est autre que celle qui fonde une démocratie : un régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Camus le soulignait dans ses « Réflexions sur une démocratie sans catéchisme » : « Le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent ».

Il existe un fond commun à ces différentes réalités. C’est celui que Freud a nommé le « narcissisme des petites différences ». Par lui s’exacerbent l’ambivalence, plus particulièrement les haines inexplicables entre personnes, groupes ou collectivités proches et largement semblables, mais qui éprouvent le besoin narcissique de surinvestir leur différence par crainte de perdre leur identité.

La similitude, la proximité, le voisinage peuvent menacer notre identité du fait de la crainte de l’effraction par l’envahissement des autres. Nous pouvons être amenés à détester ce qui est proche de nous et nous ressemble quand la frontière imaginaire ou réelle qui nous sépare et nous différencie d’eux s’estompe ou s’efface. C’est alors que nous nous comportons affectivement les uns envers les autres comme les porcs épics transis de froid de la célèbre parabole de Schopenhauer : aucun ne supporte de l’autre un rapprochement trop intime. Aussi, les petites différences se traduisent-elles en sentiments d’hostilité entre les individus, en les protégeant de la menace qui porte sur leur identité. Celui qui nomme et définit la différence se pose ainsi en s’opposant à l’alter ego, en nourrissant des haines et des intolérances bien plus grandes à l’égard du proche que du lointain. L’intolérance au presque pareil constitue l’une des sources de l’illusion identitaire.

La vie politique fourmille d’exemples illustrant ce mécanisme : la contestation systématique des mesures prises par le gouvernement pour contrer la pandémie et les polémiques qui en découlent, la division de la gauche et la multitude des candidatures à la future élection présidentielle de 2022 : Mélanchon, Montebourg, Hidalgo, Jadot, Royal, etc, etc…

Les divisions actuelles viennent bien moins de querelles d’idées ou de sensibilités que d’une volonté de faire entendre sa petite musique perso ou celle de ceux que la presse appelle « les proches », ceux qui prétendent former une « identité » en travaillant, par exemple chez Montebourg, à former un nouveau parti politique « ayant vocation à faire émerger de nouveaux profils en s’adressant à tous les Français au-delà de la gauche ». Cette langue de bois dans laquelle la légitimation de l’identité l’emporte sur l’argumentation traverse tous les camps, tous les partis, toutes les sensibilités actuelles.

La notion introduite par Freud de « narcissisme des petites différences » décrit une structure politique ou une dynamique de groupe  bien davantage qu’un trait de caractère personnel.   Elle constitue l’une des sources de l’illusion identitaire qui consiste à revendiquer une différence de détail comme un trait identitaire.

« Toutes les fois que deux familles contractent alliance par mariage, écrit-il, chacune se considère comme supérieure à l’autre (…) ; deux villes voisines se font l’une à l’autre une concurrence jalouse ; chaque petit canton est plein de mépris pour le canton voisin. Des groupes ethniques étroitement apparentés se repoussent réciproquement : l’Allemand du Sud ne supporte pas l’Allemand du Nord, l’Anglais dit tout le mal possible de l’Ecossais, l’Espagnol méprise le Portugais » observe-t-il. C’est ce « narcissisme qui aspire à son auto-affirmation » qui conduit, comme dans la parabole de Schopenhauer sur les porcs épics à mal supporter un rapprochement trop intime avec ses semblables.

Le narcissisme des petites différences donne une telle importance aux différences de détails que celles-ci sont revendiquées comme des traits identitaires. Avec la polémique à propos de l’hydroxychloroquine, naîtront des groupes pro-Raoult comme naissent des groupes anti-vaccins ou des groupes complotistes qui font des « petits détails » agrégateurs d’infranchissables remparts.

Si le narcissisme des petites différences engendre des polémiques absurdes dans lesquelles les vitupérations et les caricatures sont légion - cas de figure qui constitue un moindre mal -, ces postures peuvent aussi conduire à des rejets et à des ostracismes violents, radicaux, faisant courir un péril à la démocratie. L’actuelle fin de présidence de D. Trump en fournit une belle illustration.

Si tel ou tel trait particulier nous permet de nous distinguer les uns des autres, c’est grâce à sa capacité à créer des écarts et une distance qui mettent au travail, en explorant ce qui est séparé. C’est ainsi qu’un jeu de relations peut vivre, qu’un commun de l’humain, pour reprendre une expression de François Jullien, peut naître, qu’une altérité peut exister.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"La gauche et l’islamisme : retour sur un péché d’orgueil". Une analyse capitale de Jean Birnbaum, parue dans Le Monde du 25 novembre.

Publié le 26 Novembre 2020 par Jean Birnbaum dans Politique

Croyant en une force internationaliste capable de briser la domination de l’Occident, certains militants de gauche étaient persuadés que, tôt ou tard, la religion serait abandonnée au profit de l’émancipation.

« Au lendemain de lattentat contre Samuel Paty, quand a refait surface une vidéo où un prédicateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, appelait à la mobilisation contre le professeur, certains militants d’extrême gauche ont reconnu ce visage. Ils se sont souvenus du temps où ils avaient eu maille à partir avec Sefrioui et ses compagnons.

Marche contre l’islamophobie à Paris, le 10 novembre. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Non sans nostalgie, ils ont repensé aux manifestations propalestiniennes au cours desquelles le service d’ordre de telle ou telle organisation anarchiste ou trotskiste était encore assez vigoureux pour expulser du cortège ces partisans du djihad liés à l’ex-humoriste Dieudonné et à l’extrême droite radicale. Et puis ils ont songé à ce moment pivot, autour de 2010, où il avait fallu admettre que le rapport de forces avait changé : sur le pavé parisien, désormais, la vieille garde révolutionnaire était trop faible pour maîtriser les islamistes.

L’espoir algérien

Or ce renversement des équilibres dans la rue avait une signification plus vaste. Il scellait la fin d’une époque, celle où les gauches européennes se croyaient si désirables qu’elles pouvaient polariser toutes les colères du monde. Dès 2005, le philosophe Daniel Bensaïd (1946-2010), l’une des références de la gauche révolutionnaire, constatait que les dirigeants anticolonialistes de jadis, ceux qui se réclamaient souvent du marxisme, avaient été remplacés par des profils inquiétants : « L’heure n’est plus aux luttes de libération des années 1950 et 1960, et à leurs grandes promesses. Les leaders n’ont plus pour nom Ho Chi Minh, Guevara, Cabral, Lumumba, Ben Bella, Ben Barka, Malcolm X, mais Ben Laden, Zarkaoui ou Mollah Omar. »

Un parmi d’autres, Daniel Bensaïd regrettait les grandes heures de ce qu’on a appelé le « tiers-mondisme ». Dans les années 1960, les révolutionnaires occidentaux avaient constaté que le « grand soir » se faisait attendre aussi bien à l’Est, où le stalinisme étouffait toute révolte, qu’à l’Ouest, où le capitalisme semblait avoir plus d’un tour dans son sac. Ils avaient alors placé leurs espoirs dans les insurrections d’un monde « tiers », dont l’Algérie indépendante constituait le symbole le plus séduisant.

Les « pieds-rouges »

Au cœur de ce pays, pourtant, des militants européens avaient déjà conscience que les choses n’étaient pas si claires. On les a appelés les « pieds-rouges ». Ces Français avaient soutenu le Front de libération nationale (FLN) dans sa lutte pour l’indépendance. Celle-ci acquise, ils s’étaient installés en Algérie pour contribuer à y bâtir « le socialisme ». Bientôt, ils avaient été confrontés à une tout autre réalité : le nouveau régime islamisait le pays à marche forcée, organisait la chasse aux Kabyles et aux homosexuels, s’en prenant même à ses plus fidèles soutiens européens.

Certains d’entre eux réaliseront alors leur erreur : si le FLN avait une face laïque, il en possédait aussi une autre, profondément religieuse. Le nom de son journal, El Moudjahid, ne signifiait pas « le combattant », comme ils l’avaient cru, mais « le combattant de la foi ». Bannis d’Algérie, la plupart des pieds-rouges garderont pour eux ce qu’ils ont vécu (il ne fallait pas « faire le jeu » de l’extrême droite), et leur silence pèsera lourd sur la mémoire « algérienne » de la gauche française.

Des années plus tard, en 1980, ils liront dans Le Monde un entretien avec l’ancien président algérien, Ben Bella. « C’est l’islamisme qui offre les meilleures chances d’une libération réelle », dira-t-il, établissant même une continuité entre les combats du FLN et la révolution islamique qui venait de triompher en Iran.

Doute après le triomphe des mollahs

Cette révolution marque une autre étape dans les relations entre l’islam politique et la gauche européenne. Avec le triomphe des mollahs, le doute commence à s’installer : bien que la religion soit toujours considérée comme un « opium du peuple » voué à s’évaporer, on doit concéder que ses effets se révèlent tenaces. A Téhéran, les insurgés qui défendaient le socialisme n’ont-ils pas été balayés par ceux qui promettaient l’avènement du royaume divin ? Cependant, pour beaucoup de gens à gauche, cela ne changea pas grand-chose. « Tout ce qui bouge est rouge », disait un slogan bien connu des soixante-huitards. A coup sûr, Marx finirait donc par l’emporter sur Allah.

 

Il faut avoir tout cela en tête au moment d’ouvrir la brochure intitulée Le Prophète et le prolétariat. Parue en 1994, rédigée par Chris Harman, figure du trotskisme britannique, elle analyse le défi que l’islamisme représente pour la gauche. Contrairement à ce qu’on affirme souvent à son propos, Chris Harman ne prône pas une alliance systématique avec les islamistes. Les considérant comme une force tantôt réactionnaire, tantôt subversive, il propose de marcher à leurs côtés partout où leurs actions minent l’impérialisme occidental et les Etats qui le servent. « Avec les islamistes parfois, avec l’Etat jamais », écrit-il.

Cette formule résume le credo durable d’une partie de la gauche européenne, credo qui repose sur trois articles de foi : 1) il n’y a qu’une domination réelle, celle qu’exerce l’Occident ; 2) la seule force qui peut en finir avec cette domination sans frontières est une gauche internationaliste, qui connaît le sens de l’histoire ; 3) quand les dominés se soulèvent au nom de Dieu, il ne faut pas juger le « détour » qu’ils empruntent, car tôt ou tard ils délaisseront les chimères de la religion pour la vérité de l’émancipation.

Partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie

Cette façon de voir pouvait se prévaloir d’un précédent historique. En effet, les militants de gauche qui saluaient le potentiel révolutionnaire de l’islam invoquaient souvent l’expérience latino-américaine des années 1960-1970. A l’époque, les guérilleros marxistes avaient pu compter sur l’appui de ce mouvement chrétien qu’on a appelé la « théologie de la libération » : conjuguant évangiles et lutte de classes, ses animateurs en appelaient à la rébellion, et des prêtres y ont laissé leur peau. Par la suite, ce compagnonnage sera invoqué : si nous avons pu recevoir le soutien de croyants chrétiens, pourquoi ne pourrait-on s’appuyer sur des fidèles musulmans ?

Bientôt, cependant, apparut une différence de taille : partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie (1991-2002), quand des intellectuels, des syndicalistes, des féministes étaient égorgés quotidiennement. « L’intégrisme islamique, en règle générale, a crû sur le cadavre en décomposition du mouvement progressiste », constate le marxiste libanais Gilbert Achcar.

« Islamo-gauchisme », une étiquette hasardeuse

Même à terre, cependant, ce cadavre bouge encore. Mieux, il continue à se croire universellement désirable. Si « islamo-gauchisme » est une étiquette hasardeuse, trop souvent utilisée pour dire n’importe quoi et disqualifier n’importe qui, il n’en désigne donc pas moins quelque chose de solide. Mais, plutôt qu’une complaisance cynique, il nomme un péché d’orgueil, reposant lui-même sur une croyance obsolète : parce que la gauche est seule à pouvoir canaliser les espérances, toute lutte qui se réclame de Dieu finira par être aimantée par l’idéal de l’émancipation sociale.

Bien plus encore que les calculs clientélistes qui permettent à telle ou telle mairie de se cramponner au pouvoir, c’est cette prétention qui éclaire les épisodes au cours desquels la gauche a cru pouvoir côtoyer l’islamisme sans se brûler : la gauche antiraciste s’est retrouvée en compagnie d’intégristes musulmans au sommet de Durban, en Afrique du Sud, en 2001 ; la gauche altermondialiste a invité Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris, en 2003 ; la gauche propalestinienne a laissé proliférer plus d’un slogan haineux dans les défilés auxquels participait le prédicateur Abdelhakim Sefrioui… Entre autres.

Or, autant il est faux d’affirmer que la masse des militants et des intellectuels de gauche ont consciemment « misé » sur l’islamisme comme force politique, autant on peut considérer qu’ils ont longtemps manifesté, à son égard, une forme d’indulgence. Là encore, toutefois, cette indulgence relève d’abord d’un complexe de supériorité.

De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’« islamo-gauchisme » constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste.

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"Faux amis de la laïcité et idiots utiles"

Publié le 31 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

Le 5 novembre 2016, se tenait au Palais Bourbon un colloque organisé par la LICRA et le Comité Laïcité République sous le titre "Faux amis de la laïcité et idiots utiles".

L’un de mes proches m’ayant communiqué le lien permettant d’entendre les communications qui y ont été données, je m’empresse de le partager : https://youtu.be/FXzTcvVV0nM

Argument du Colloque :

« Les différences de perception de la laïcité sont légitimes.

Si le principe est limpide et cohérent (autonomie du politique à l’égard  du religieux, indépendance de la citoyenneté de la confession, séparation des Eglises et de l’Etat, émancipation de la loi civile de la loi religieuse, neutralité du service public), et si ses fondements (égale dignité des personnes et liberté de conscience) sont essentiels à la vie démocratique, les atteintes dont la laïcité est l’objet posent d’inévitables questions d’application.

Les « faux amis de la laïcité et idiots utiles » (expression de plus d’un siècle), eux, préfèrent nier les réalités  : ce ne sont pas les intégrismes religieux qui seraient en cause mais un laïcisme intolérant.

Aujourd’hui, cela s’exprime en particulier à propos de l’islamisme en tant qu’instrumentalisation politique du religieux. Au nom de la diversité des croyances, les » faux amis de la laïcité et idiots utiles » rejettent la critique de pratiques liberticides. Cette inversion logique n’est pas sans rappeler des attitudes de déni qui ont accompagné la montée des totalitarismes du XXe siècle. Il s’agit alors de comprendre, d’analyser et de mesurer les conséquences du phénomène,  pour tenter d’y remédier. »

Dans cet enregistrement, vous pourrez entendre les interventions de :

            - Brice Couturier, éditorialiste, présentateur de la chronique quotidienne Le tour du monde des idées sur France Culture, collaborateur régulier de l’hebdomadaire Le Point . Il parle des «médias, malades de la bien-pensance »),

            - Caroline Fourest, enseignante à Sc po Paris, chroniqueuse à l’hebdomadaire Marianne, auteure de La tentation obscurantiste, Grasset, 2006 ; Le génie de la laïcité, Grasset, 2016 , elle parle des «mauvais génies de la laïcité »

            -Mohamed Sifaoui, journaliste, écrivain, réalisateur, auteur de Pourquoi l’islamisme séduit-il ? Paris, Armand Colin, coll. « Éléments de réponse », 2010

Quatre ans plus tard, les propos tenus ces jours-là restent d’une brûlante actualité . Ils alertent sur la vigilance à avoir face à la façon dont certains intellectuels, universitaires, journalistes vrillent voire pervertissent la langue pour la soumettre à leur idéologie mortifère (cf. par ex. l’usage du terme « islamophobie ») et minent les sens des mots pour empêcher de dire la vérité dont ils ne veulent pas qu’elle soit entendue.

Comme l’exprime Didier Daeninckx dans une récente tribune du Monde, « des directeurs de conscience autoproclamés peuvent, sans trembler, affirmer que Charlie a déclaré la guerre à l’islam, une obscénité qui n’a heureusement pas été réitérée lorsque Samuel Paty a subi le même sort que celui des membres de la rédaction du journal dont il expliquait les dessins. On se contente de parler, dans cet espace de radicalité, de « barbarie policière » pour qualifier l’exécution, en état de légitime défense, du tueur. Ces mêmes directeurs de conscience qui s’affichent aux côtés des racistes, des homophobes, des antisémites du Parti des indigènes de la République, et qui considèrent que l’on en fait trop avec la jeune lycéenne Mila, qui vit depuis des mois sous la menace des assassins pour avoir usé de sa simple liberté.

Comment dire son dégoût lorsqu’une sénatrice sensible à l’environnement pollue le sien en posant au milieu de jeunes enfants manipulés qui portent une étoile jaune où est inscrit le mot « musulman » [lors de la marche contre l’islamophobie], suggérant une fois encore que la persécution fantasmée de l’Etat à l’encontre d’une religion équivaudrait à la « solution finale » ?

Toutes ces trahisons, tous ces abandons ont désarmé la gauche dans un combat essentiel. Ils permettent à la droite la plus obscure, à l’extrême droite, de se faire les championnes de la préservation des principes républicains ! Ils creusent la défiance, ils favorisent le basculement de centaines de milliers d’électeurs vers les porteurs de solutions autoritaires.

Tous ces gens qui ont failli, leaders de partis gazeux, adjoint à la mairie de Paris, députées des quartiers populaires, syndicalistes éminents, chroniqueuses en vogue, devraient avoir la décence de se retirer. Aucun d’eux ne parle en notre nom.

Une couverture emblématique de Charlie [datant de 2005] représente le prophète Mahomet qui se lamente prenant sa tête entre ses mains : « C’est dur d’être aimé par des cons. » Si j’avais deux doigts de talent, je placerais Jean Jaurès dans la même position, s’adressant à ceux qui, aujourd’hui, à gauche, usurpent et sa pensée et son nom, lui qui affirmait que laïcité et démocratie sont synonymes. »

Dans son intervention, Brice Couturier cite l’écrivain Claudio Magris qui dans  Utopie et désenchantement écrit : « Beaucoup de malhonnêtetés naissent quand on massacre la langue, qu’on met le sujet à l’accusatif et le complément d’objet au nominatif , brouillant ainsi les cartes, intervertissant les rôles des victimes et des bourreaux, abolissant les distinctions et les hiérarchies en de crapuleuses orgies de concepts et de sentiments qui altèrent la vérité ».

La détérioration de la langue ne finira-t-elle pas par menacer notre démocratie ?

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NE PAS AVOIR PEUR DE DIRE

Publié le 25 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

Dans Le Monde des Livres du 14/01/2015,  Olivier Rolin écrivait : « Un écrivain peut s’intéresser au sens des mots qui prétendent dire un événement. « Islamophobie » est de ceux-là, il paraît que c’est un grand péché. Un peu de philologie élémentaire est peut-être utile. Phobos, en grec, veut dire « crainte », pas « haine » (misos). Si ce mot a un sens, ce n’est donc pas celui de « haine des musulmans », qui serait déplorable en effet, mais celui de « crainte de l’islam ». Alors, ce serait une grande faute d’avoir peur de l’islam ? J’aimerais qu’on m’explique pourquoi. Au nom de « nos valeurs », justement. J’entends, je lis partout que les Kouachi, les Coulibaly, « n’ont rien à voir avec l’islam ». Et Boko Haram, qui répand une ignoble terreur dans le nord du Nigeria, non plus ? Ni les égorgeurs du « califat » de Mossoul, ni leurs sinistres rivaux d’Al-Qaida, ni les talibans qui tirent sur les petites filles pour leur interdire l’école ? Ni les juges mauritaniens qui viennent de condamner à mort pour blasphème et apostasie un homme coupable d’avoir critiqué une décision de Mahomet ? Ni les assassins par lapidation d’un couple d’amoureux, crime qui a décidé Abderrahmane Sissako à faire son beau film, Timbuktu ? J’aimerais qu’on me dise où, dans quel pays, l’islam établi respecte les libertés d’opinion, d’expression, de croyance, où il admet qu’une femme est l’égale d’un homme. La charia n’a rien à voir avec l’islam ?

(…) Si l’on croit que les mots ont un sens, il faut cesser de dire que la terreur au nom d’Allah n’est le fait que d’une minorité infime sans rapport avec l’islam. Les propos les plus sensés que j’aie lus ces jours derniers, ce sont ceux d’un éducateur sénégalais dans Libération. « Le refus des amalgames, dit-il, c’est très bien. Mais la fracture au sein de la société est telle que je la crois irréversible. Je côtoie des jeunes qui sortent de prison (…). Leur discours est haineux vis-à-vis de la France et de ses valeurs. Le combat séculaire pour la tolérance et la liberté est menacé par ces brebis égarées. Elles sont plus nombreuses que beaucoup semblent l’imaginer. » Il y a quand même eu, paraît-il, des milliers de tweets « Je suis Kouachi ».

Une chose encore, non des moins graves : Ilan Halimi était juif, les enfants tués par Merah l’étaient, comme ceux que visait Nemmouche, comme le jeune couple attaqué à Créteil, comme les morts de la porte de Vincennes. L’antisémitisme est toujours abominable. Il est peut-être plus insupportable encore dans le pays qui a été celui de l’affaire Dreyfus et de la rafle du Vel’ d’Hiv (entre autres). Quand je lis que des milliers de juifs français émigrent vers Israël parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité ici, j’ai l’impression de relire, sur un palimpseste sinistre, les pages les plus sombres de l’histoire de mon pays. Je voudrais bien savoir si les juifs de France n’ont pas peur de l’islam. Moi, en tout cas, j’ai peur d’un certain islam. Mais je n’ai pas peur de le dire. »

Hier, 23 octobre , dans sa chronique du Monde, Michel Guerrin observe que les œuvres récentes qui interrogent les conceptions sociétales des musulmans sont rarissimes, alors qu’il en existe beaucoup qui les brossent en victimes :

« Les enseignants comme les artistes sont face au même dilemme. C’est eux face à leur public, que ce soient des élèves en classe, des lecteurs d’un roman, des visiteurs d’un musée, des spectateurs d’un film. Comment leur parler ?

Face au cercueil du professeur Samuel Paty, à la Sorbonne, Emmanuel Macron a brandi l’étendard de la liberté d’expression. Or le décalage est vertigineux avec le rude quotidien d’enseignants et d’artistes, qui, pour éviter les ennuis, par peur aussi, s’autocensurent dans les sujets abordés, les mots prononcés, les images montrées.

Ces derniers vivent ce que disent de multiples sondages : la grande majorité des Français musulmans de moins de 25 ans placent l’islam avant la République. Mais chaque fois que de telles données sont mises sur la table, des voix, surtout à gauche, leur opposent les discriminations économiques et sociales – évidentes – que vivent les jeunes d’origine immigrée. Et souvent elles taxent les auteurs de ces études d’islamophobes.

Ce fut le sort de l’enquête auprès de 7 000 lycéens La Tentation radicale ? (PUF, 2018) pilotée par les sociologues Olivier Galland et Anne Muxel. Le sort du sociologue Hugues Lagrange qui, dès 2010 dans Le Déni des cultures(Seuil), pointait la famille et la religion comme causes du déclassement. Le sort des écrivains algériens Kamel Daoud et Boualem Sansal. Le sort, en 2012, de Sofie Peeters, pour son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle se filme en caméra cachée marchant dans un quartier de Bruxelles où vivent en majorité des musulmans, essuyant les mots « salope » ou « chienne ». Le sort de ceux qui ont pointé une hostilité lors de la minute de silence dans des écoles après la tuerie à Charlie Hebdo. Le sort de la Norvège qui, en 2016, devant l’afflux de migrants, a voulu leur apprendre « les codes culturels européens ».

Voie ouverte au renoncement

Toujours est-il que depuis les attentats de 2015 le nombre de festivals, de centres d’art, de théâtres, de cinémas en Europe qui ont annulé ou édulcoré un projet par crainte de heurter les musulmans est effarant. Au point que l’humoriste et comédien Guy Bedos avait pesté : « L’autocensure confine à la lâcheté. » Autre constat : les œuvres récentes qui interrogent les conceptions sociétales des musulmans sont rarissimes alors qu’il en existe des tonnes qui les brossent en victimes.

Comment alors régler un problème qui n’est jamais représenté ? Cette question est justement posée dans une œuvre de 2011 que l’on doit au réputé chorégraphe Lloyd Newson, entre paroles et danse : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous parler des atteintes aux libertés, dont les femmes ou homosexuels sont victimes, qu’imposent des musulmans en Europe ?

Trois postures similaires sont de plus en plus fréquentes : ne pas heurter pour l’artiste, ne pas faire de vagues pour l’enseignant, adopter « des accommodements raisonnables » pour les responsables politiques. Des enseignants confient qu’il devient difficile d’aborder dans certaines classes, sans faire jaillir la haine, des sujets comme les juifs et la Shoah, le droit des femmes, le sexe, la colonisation, l’homosexualité, les signes religieux à l’école, le 11-Septembre, Tariq Ramadan, Dieudonné et même les cathédrales.

Dans son blog hébergé par Mediapart, le 18 octobre, Alrei, qui a enseigné en Seine-Saint-Denis, ajoute que Madame Bovary pose problème. Peu importe que Flaubert ait révolutionné l’art du récit. Mais face à des élèves « pour la plupart issus de l’immigration, les plus véhémentes adversaires d’Emma étaient les filles. Elles la (…) traitaient d’infidèle (mais pas au sens conjugal du terme), d’impure, de mécréante… ».

Une multitude de petits renoncements

Certains ont regretté que Samuel Paty n’ait pas montré aux collégiens une caricature moins crue que celle de Mahomet nu avec une étoile sur les fesses. C’est un peu comme dire, après la tuerie à Charlie Hebdo, que le journal l’avait « un peu cherché ». C’est ne pas comprendre que transiger sur des dessins autorisés par la loi ouvre la voie au renoncement, par exemple à enseigner la liberté d’expression sans prononcer le mot « islam ».

Une multitude de petits renoncements sont déjà à l’œuvre dans la culture, quand des musées bannissent toute complexité dans leurs textes afin de ne pas pénaliser le public des exclus ou remplacent les chiffres romains par les chiffres arabes (Louis XIV devient Louis 14).

Le renoncement est en marche quand Mila, 16 ans, qui a insulté l’islam – non les musulmans – sur Instagram reçoit encore des menaces de mort neuf mois plus tard sans que ça n’émeuve grand monde, nous raconte Le Point du 15 octobre. Et aussi quand Cyril Hanouna, sur la chaîne C8, dénonce les « propos abjects » de Mila, ajoutant qu’« elle fait bien de se faire toute petite ».

On sent pourtant un léger changement de climat. Qu’un artiste s’autocensure laisse indifférent. Quand le sujet concerne 870 000 enseignants, non. L’artiste incarne moins la République que l’enseignant. Il n’est pas anodin que treize régions s’apprêtent à diffuser dans tous les lycées un livre de caricatures politiques et religieuses.

Le verrou qui tiendra le système ou le fera exploser, à l’école comme dans l’art, s’appelle philosophie des Lumières. Elle est déjà ébranlée par ceux qui y voient l’hégémonie planétaire de l’homme blanc occidental alors qu’elle sert aujourd’hui à défendre la liberté de parole et d’art partout dans le monde. C’est pouvoir s’indigner quand le poète irakien Alaa Mashzoub, pourfendeur des tabous politiques et religieux, est assassiné en 2019.

Nous verrons ce que l’Etat fera pour soutenir les enseignants. Il serait inspiré d’aider aussi les milliers de militants culturels, premier contact créatif des populations modestes. En 2017, nous avions rencontré à Nice une artiste qui donnait des spectacles de marionnettes dans les écoles de quartiers difficiles. Elle était blessée par des gamins qui lui disaient « tu es baisable ». Elle devait réagir seule."

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Le séparatisme islamiste enfin nommé

Publié le 6 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

« Mal nommer les choses, jugeait Camus, c’est ajouter au malheur du monde ».

Or, avec son récent discours sur le séparatisme, le Président de la République vient précisément de qualifier ce qui, aujourd’hui, met en danger notre République et notre capacité à vivre ensemble : le séparatisme islamiste, « projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République, qui se traduit souvent par la constitution d’une contre-société et dont les manifestations sont la déscolarisation des enfants, le développement de pratiques sportives, culturelles, communautarisées qui sont le prétexte pour l’enseignement de principes qui ne sont pas conformes aux lois de la République (…) Cette idéologie affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République (…) ce qui fait qu’on en vient progressivement à rejeter la liberté d’expression, la liberté de conscience, le droit au blasphème (…). Cette réalité nous touche, nous frappe. Elle a grandi ces dernières années. Il faut la nommer ».

Dans son éditorial de La Revue des Deux Mondes du 5 octobre, sa directrice Valérie Toranian, analyse les effets de cette nomination et définit quelques conditions nécessaires pour vaincre l’islamisme :

« S’il ne fallait retenir qu’une chose du discours du président Macron sur le séparatisme, c’est qu’il y nomme (enfin) clairement ce qui pose problème : le séparatisme islamiste. C’est un pas de géant dans la communication du chef de l’État dont le moins qu’on puisse dire est qu’il revient de loin. L’homme qui déclarait que la société « n’avait pas à être laïque » vient d’opérer un revirement spectaculaire. Il aura fallu trois ans et demi. Et peut-être que le procès Charlie, puis le récent attentat de la rue Nicolas Appert l’ont aidé à trancher dans le vif… Peu importe. Le ton employé, les exemples donnés, la fermeté affichée ont rassuré tous ceux qui craignaient une dérobade de plus. Emmanuel Macron n’a pas eu peur de citer comme contraire aux valeurs républicaines, les petites filles de 7 ans en voile intégral dans des écoles clandestines, les parents qui retirent leurs enfants de l’école à cause de cours de musique contraires à la religion, les menus confessionnels imposés à la cantine, la revendication d’horaires distincts entre les femmes et les hommes dans les piscines, les agents de la RATP qui refusent l’accès aux femmes en tenues indécentes, la radicalisation à la RATP, SNCF, Roissy… Bravo M. le président.

Il faudra attendre le 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905, pour connaître les détails du projet de loi présenté en Conseil des ministres. Mais on en connaît déjà les mesures phares. Obligation de neutralité étendue aux salariés des entreprises délégataires de services publics (RATP, SNCF…) ; dissolution des associations culturelles et sportives qui jouent un rôle fondamental dans l’entrisme islamiste ; charte de la laïcité pour toute association sollicitant une subvention publique ; enseignement de l’arabe dans le cadre scolaire ; fin des imams détachés rémunérés par l’étranger. Et surtout, ce que le président considère comme une mesure déterminante, l’obligation de l’instruction à l’école et non au domicile dès 3 ans (sauf raisons de santé) pour lutter contre l’endoctrinement islamiste.

Si Emmanuel Macron n’a pas raté son discours sur le séparatisme, va-t-il pour autant réussir son combat contre l’islam politique ? Les mesures qu’il préconise vont-elles en venir à bout ? Sont-elles adaptées à la complexité du fléau ? On aimerait dire oui mais le doute demeure. Pour plusieurs raisons.

Certaines mesures risquent d’être retoquées par le Conseil constitutionnel et d’affaiblir le discours du président. C’est le cas de l’obligation de scolarité pour tous dès 3 ans. On comprend bien l’intention car l’endoctrinement commence très jeune : plus l’enfant intègre le système scolaire tôt, plus il a des chances de voir sa scolarité partir sur de bonnes bases. Mais le libre choix par la famille du cadre d’instruction de leurs enfants est garanti par la loi. Et surtout des lois existent déjà pour surveiller ceux (y compris les parents) qui dispensent des enseignements sectaires ou des enseignements « bidons ». La sanction consiste en l’obligation de rescolariser leurs enfants. Il suffit d’inspecteurs en nombre suffisants pour inspecter (et qui connaissent l’arabe ou le turc…), de préfets qui prennent des décisions rapides de fermeture… : le législateur a tout prévu. Encore faut-il que la loi soit appliquée. Que les moyens existent. Et que les agents publics aient le courage de sanctionner. Ce qui n’est actuellement pas le cas. Le port de la burqa est prohibé. Combien de PV sur la voie publique ? Pratiquement aucun.

L’enseignement de l’arabe dans le cursus scolaire n’empêchera en rien l’islamisation. L’argument selon lequel si l’arabe était enseigné à l’école, les enfants n’iraient pas l’apprendre à la mosquée est faux. Ce n’est pas l’arabe qui est recherché mais l’enseignement coranique. Les cours actuellement dispensés dans le collège ne sont pas un franc succès pour cette raison. Quant à mettre en place l’arabe en cours primaire, si cela se traduit par la création de classes homogènes (rassemblant tous ceux qui veulent apprendre l’arabe), cela reviendra à créer des classes ghetto. L’exact contraire du projet républicain. Et qui donnera de tels cours ? Des profs étrangers, exclusivement tunisiens pour l’arabe (la Tunisie n’est pas en soi un gage de laïcité, vu la force d’Ehnahda sur place) et plus essentiellement turcs, tous ralliés à l’islamo-nationalisme d’Erdogan. Pourra-t-on vraiment assurer la surveillance de ces cours ? Sont-ils vraiment indispensables? La priorité n’est-elle pas au renforcement des enseignements fondamentaux ?

Contrôler l’islam en France, en mettant fin au système des imams détachés de l’étranger, permettra à la majorité tranquille des musulmans de bénéficier d’imams formés en France. C’est une bonne chose, même si elle reste difficile à réaliser. Mais créer un diplôme universitaire, former des imams, les rémunérer par la cagnotte du Pèlerinage à la Mecque (business probablement assuré par l’Amif, association proche des frères musulmans…) n’empêchera pas la radicalisation de s’accomplir par ailleurs. Car les imams « républicains » ressembleront un peu aux prêtres assermentés de 1791 : les « vrais » catholiques n’en voulaient pas ; les « vrais » (comprendre les plus radicaux) musulmans n’en voudront pas plus. Ils ont d’autres sources religieuses où s’abreuver : les réseaux sociaux, les antennes paraboliques, les sites fréristes, salafistes…

L’agenda islamiste n’est pas un agenda français. Le président l’a lui-même reconnu. Il s’appuie sur une progression mondiale de l’islamisme, notamment en Europe. Bien sûr qu’il faut désenclaver les territoires les plus pauvres, combattre la ghettoïsation, lutter par des mesures sociales contre la précarité qui fait le lit des extrêmes. Mais ne soyons pas naïfs. La France est l’un des pays les plus généreux en matière de politique de la ville, d’aides sociales, de subventions. Quoi qu’elle fasse, elle ne trouvera jamais grâce aux yeux de ceux qui veulent détruire le consensus républicain. Pour qu’existe cet « amour » de la France évoqué par Emmanuel Macron, il faudrait que les Français s’aiment eux-mêmes, soient conscients de la beauté de leur pays, de leur langue, de leur histoire, de leur civilisation. Sans fierté imbécile. Mais sans renoncement, lâcheté ou résignation. Pour que l’islamisme soit vaincu, il faut cinq conditions :

            1. une vraie détermination. Le président semble l’avoir.
            2. Un État profond et une administration qui jouent le jeu, surveillent et sanctionnent. En ont-ils la volonté ?
            3. Des profs bien rémunérés et soutenus par leur institution. Le sont-ils ?
            4. Une élite française « musulmane » (issue des communautés d’origine musulmane) capable de s’opposer à l’islam politique, car elle seule peut véritablement créer la contradiction. Existe-t-elle en force suffisante ?
            5. Une élite française qui ne se perde pas dans un islamo-gauchisme qui fait le bonheur des séparatistes islamistes, des décoloniaux et de tous les ennemis de la République.

Et ça, c’est une autre histoire. »

 

 

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La pandémie, ses maux, leur traitement

Publié le 23 Mai 2020 par Jean Mirguet dans Politique

La pandémie nous rappelle quotidiennement une vérité qu’ordinairement nous négligeons ou que nous feignons d’oublier : l’existence du mal. Or, de quels maux le coronavirus est-il le nom ?

 

Le premier de ces maux est la recrudescence des actes de malveillance : arnaques, actes de criminalité, de cybercriminalité, les pirates informatiques profitant de la pandémie pour mener des cyber attaques cibléesPar exemple, Interpol a émis une alerte sur le fait que des organisations criminelles écoulent des masques contrefaits, des gels hydro alcooliques de mauvaise qualité. On voit aussi certaines sociétés proposer la décontamination des logements privés ; prétextant qu’elle serait obligatoire, ils profitent de cette situation pour s’introduire frauduleusement au domicile des gens. D’autres proposent des tests de dépistage du coronavirus sans avoir autorité ou compétence pour le faire. Ou encore, profitant de l’élan de solidarité d’aide aux personnels soignants, des plateformes d’appel aux dons, frauduleux, sont organisés. Enfin, nombreux sont les cas d’actes de cybercriminalité qui vont du simple “hameçonnage” aux fausses commandes ou aux modifications de virements bancaires frauduleux…

 

D’autres actes de malveillance se multiplient : la propagation de fausses informations, de  théories du complot, de faux conseils de traitement et de prévention qui nuisent au combat des autorités pour endiguer la pandémie. Ce qui conduisait, dès février, l'Organisation mondiale de la santé a alerter sur l'"infodémie massive" qui entourait le Covid-19, à savoir une surabondance d'informations, pas toujours vraies ou exactes, avec les mêmes canulars qui apparaissent en Asie, en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine. 

Si certains créent et partagent délibérément du contenu mensonger, à des fins conspirationnistes, d’autres relaient, a priori sans "malveillance" mais avec une dose de naïveté ou de crédulité (quand ce n’est pas une couche de bêtise confondante) proprement stupéfiante, des affirmations en ignorant qu'elles sont fausses. 

 

Pour d’autres encore, qui font montre d’ingénuité, leur jeu plus ou moins pernicieux a pour effet de décrédibiliser la parole publique, ce qui ne les empêchera pas ensuite de dénoncer l’incurie, l’incompétence, l’inaction, les mensonges du gouvernement. On en trouve un exemple récent dans les propos injurieux d’Ariane Mnouchkine qui fait la démonstration qu’on peut avoir un immense talent dans son domaine et se ridiculiser dès qu’on se laisse aller à la médiocre polémique politicienne et à la démagogie.

 

Avec la mise en place des mesures de confinement puis de déconfinement, l’étendue du virus de la malhonnêteté intellectuelle s'intensifie, avec une mésinformation qui touche tout le monde, y compris les gens cultivés. 

On voit, comme le note Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, se produire une surenchère de plaintes devant les tribunaux et de recours administratifs contre l’Etat, jugé insuffisamment protecteur. Cette judiciarisation de la crise se double d’une cascade de critiques agressives et malveillantes, de pétitions contre ceux qui nous gouvernent. 

Sans doute faudra-t-il plus tard faire le bilan des erreurs, fautes, maladresses commises mais, pour l’heure, cet emballement de procès est stupéfiant et révélateur, observe la journaliste, d’une sorte de panique morale qui s’est emparée de notre société : on se plaint d’être exclu d’une protection qu’on critique autant qu’on la désire.

Mais qui aura la modestie de reconnaître que, face à cette catastrophe inédite, les services publics ont plutôt fonctionné, qu’il n’y pas eu de rupture dans l’approvisionnement alimentaire, que le système de santé a tenu (dans les conditions que l’on sait) et que le gouvernement a fait son travail dans le domaine des aides. 

 

Ce concert de manifestations hostiles est révélateur de la façon dont, en France, nous supportons les risques et exerçons nos responsabilités individuelles. Il en dit long sur la fièvre de passions haineuses et irascibles qui, depuis presque deux ans, s’est emparée de notre pays, faisant d’Emmanuel Macron et de sa politique, le bouc émissaire systématique de tout ce qui cloche, le coupable des malheurs collectifs et individuels. Ses détracteurs sont légion, les réquisitoires pleuvent, ce qui est légitime dans le jeu démocratique mais qui rend perplexe quand tout, l’accessoire comme l’essentiel, devient prétexte à dénigrement. Etonnante « morale civile », pour reprendre l’expression de Marc Bloch dans L’Etrange défaite qui ajoutait   « A nos erreurs est-il plus commode paravent que les fautes d’autrui ? ».

 

Si l’Autre est l’incarnation de la faute voire du mal, c’est souvent en raison de la puissance qui lui est prêtée. Le fantasme de l’Autre tout-puissant le rend imaginairement détenteur de possibilités infinies, exerçant une emprise sur le monde extérieur, seul à décider du cours des choses. Il est l’effet d’une pensée magique au service de l'illusion dans laquelle nous serions réduits à n’être que de simples marionnettes. 

Que l’Autre soit imaginé comme tout-puissant, invulnérable, implique l’ignorance de l’existence de ses limites. Il est fantasmé comme ne connaissant ni bornes ni défaillances, indemne de toute erreur et sachant tout.

Or, la pandémie et ses conséquences nous mettent face à la redoutable réalité des limites de la puissance des connaissances scientifiques et des progrès de la technique que nous connaissions depuis le milieu du XIXème siècle. Comme le formulent Jean-Luc Nancy et Jean-François Bouthors dans une tribune que Le Monde vient de publier, la maîtrise de notre destin personnel et collectif n’est plus à portée de main. 

La fiction de cette puissance infinie, incapable d’autolimitation est sérieusement ébranlée. On le constate dans les effets des dégâts environnementaux, de la consommation croissante d’énergie et, soulignent les auteurs, du « vertige des questions que la science se pose à elle-même lorsqu’elle établit que ses progrès les plus pointus la placent au bord d’un non-savoir abyssal ». 

Emil Nolde, Hohe Sturzwelle, 1948

Avec ce virus, nous voici placés dans une immense précarité. « Il a, poursuivent-ils, collé la possibilité de la mort sous nos yeux, nous plaçant devant l’impensable et l’inconnu par excellence. Ce n’est pas simplement la finitude de l’existence qui nous est difficilement supportable, c’est le non-savoir face auquel nous nous trouvons (…) Le « gouvernement par les nombres » - pour reprendre les termes du juriste Alain Supiot – se trouve mis en échec par le « retour » de la mort comme horizon ineffaçable »… cruelle expérience de castration, pourraient ajouter les psychanalystes.

Pour JL Nancy et JF Bouthors, l’inconnu de cette catastrophe nous commande, non pas de croire en ceci ou en cela ou de construire des plans sur la comète pour l’après, mais « d’oser prendre le risque de vivre en situation de non-savoir ». Accepter de laisser entamer notre prétention à la maîtrise (« je maîtrise ! »… quelle détestable expression), se rendre « disponible à l’inconnu qui vient ». 

Face à l’incertitude, il nous est proposé de se risquer à vivre, en se débrouillant et en construisant collectivement et individuellement nos propres inventions … dans une démocratie, seul régime en mesure de « donner un corps politique à cet acte de foi radicalement laïc ». La démocratie n’a pas pour visée de résorber l’inaccessible ou l’impensé mais « elle peut offrir la partage à voix égales du poids de la finitude et du non-savoir ». 

« Le démocrate est modeste. Il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné. Et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent », écrivait Camus  au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, cet autre événement producteur de mal.

 

 

 

 

 

 

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