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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

politique

Le narcissisme des petites différences

Publié le 14 Janvier 2021 par Jean Mirguet dans Politique

Que l’individualisme soit roi est devenu, de nos jours, un lieu commun.

Aujourd’hui, s’affirme une déification du spécifique, du particulier, de l’unique, portée par l’individu. En témoignent les effets de la pandémie sur le fonctionnement médiatique qui ont fortement amplifié ce mécanisme, à l’œuvre spécialement chez nombre de nos contemporains, pressés de venir exposer qui son analyse, qui son opinion sur les plateaux de télé, à la radio, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, l’argumentation consistant le plus souvent à critiquer le pouvoir politique et l’autorité des experts.

Ce phénomène culturel est porté par l’idée que chacun a le droit de définir sa vérité avec le corollaire que porter atteinte à la vision du réel tel que chacun le définit est devenu une atteinte à la personne elle-même.

C’est le principe de la cancel culture en pleine expansion aux Etats-Unis et qui infecte maintenant le continent européen. La cancel culture refuse les opinions contraires, elle se manifeste par des anathèmes répandus sur les réseaux sociaux d’où la contradiction est absente puisqu’on ridiculise en caricaturant ; elle stigmatise la personne et cible son employeur afin qu’elle ne puisse plus être employée ailleurs, la privant ainsi de sa capacité de travailler.

Le complotisme s’inscrit dans un courant proche de la cancel culture, alimenté par les nombreux scandales émaillant régulièrement la vie des pays démocratiques. Il produit un nouvel imaginaire paranoïaque mettant en scène une réalité camouflée d’un monde politique pourri par l’argent et le pouvoir. Comme l’exprime Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, « en ruinant toute possibilité d’un “monde commun“ dans lequel se confrontent les idées, le complotisme met la démocratie en péril ». Se présentant comme un savoir privilégié, une chimère cohérente et argumentée, il pervertit la liberté d’expression et anéantit la force de la vérité.

Le résultat, constate l’historien John Farrell, est qu’il n’est plus possible de trouver une autorité épistémique ou morale.

Autre effet de ce mouvement de contre-pouvoir : la montée croissante d’un relativisme culturel asservissant, nourrit par les thèses racialiste, décolonialiste et indigéniste (transférées des campus nord-américains), particulièrement au sein de l’Université.

En novembre dernier, une centaine d’universitaires dénonçait dans une tribune les ravages de ces idéologies communautaristes qui génèrent le conformisme intellectuel du politiquement correct, particulièrement menaçant pour l’Université et la démocratie.

On peut également consulter le récent Appel de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires signé par 76 universitaires :

http://decolonialisme.fr/?page_id=1000&fbclid=IwAR09YKcONC8OyTwhHBkv7FqbXbBfz_ZYL5gCPp4p9BCvlE976e-4t2xbmVo

Il suffirait donc de revendiquer un statut de victime pour avoir le droit d’en appeler à une autorité pour censurer des paroles, l’indignation morale se substituant aux arguments.

Ces doctrines réclament l’égalité tout en exacerbant la haine de la différence et sa revendication. C’est ainsi que, comme le montre Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct, la démocratie se détraque en accroissant la virulence du rejet de la différence à mesure que s’accroit l’égalité. Tocqueville avait déjà repéré ce paradoxe qui rend la vie en commun impossible.

A côté des motivations idéologiques, politiques qui habitent les partisans de ces thèses, ce qui les anime est également en rapport avec le désir de se faire remarquer, de voir son discours mis en relief et d’acquérir par ce moyen une forme de notoriété qui, autrement, leur ferait défaut.

En clouant les dirigeants du pays au pilori, leur vindicte produit son lot inévitable de polémiques dont on sait à quel point nombre de médias et de réseaux sociaux sont friands dés lors qu’il s’agit de faire entendre des discours agressifs visant tout ce qui ressemble à une institution. Ces propos se transforment très rapidement en tribune - quand ce n’est pas en tribunal -, permettant à leur auteur d’avoir la conviction qu’il sont dépositaires d’un savoir qui promet la vérité.

Ils franchissent ainsi une limite qui n’est autre que celle qui fonde une démocratie : un régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Camus le soulignait dans ses « Réflexions sur une démocratie sans catéchisme » : « Le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent ».

Il existe un fond commun à ces différentes réalités. C’est celui que Freud a nommé le « narcissisme des petites différences ». Par lui s’exacerbent l’ambivalence, plus particulièrement les haines inexplicables entre personnes, groupes ou collectivités proches et largement semblables, mais qui éprouvent le besoin narcissique de surinvestir leur différence par crainte de perdre leur identité.

La similitude, la proximité, le voisinage peuvent menacer notre identité du fait de la crainte de l’effraction par l’envahissement des autres. Nous pouvons être amenés à détester ce qui est proche de nous et nous ressemble quand la frontière imaginaire ou réelle qui nous sépare et nous différencie d’eux s’estompe ou s’efface. C’est alors que nous nous comportons affectivement les uns envers les autres comme les porcs épics transis de froid de la célèbre parabole de Schopenhauer : aucun ne supporte de l’autre un rapprochement trop intime. Aussi, les petites différences se traduisent-elles en sentiments d’hostilité entre les individus, en les protégeant de la menace qui porte sur leur identité. Celui qui nomme et définit la différence se pose ainsi en s’opposant à l’alter ego, en nourrissant des haines et des intolérances bien plus grandes à l’égard du proche que du lointain. L’intolérance au presque pareil constitue l’une des sources de l’illusion identitaire.

La vie politique fourmille d’exemples illustrant ce mécanisme : la contestation systématique des mesures prises par le gouvernement pour contrer la pandémie et les polémiques qui en découlent, la division de la gauche et la multitude des candidatures à la future élection présidentielle de 2022 : Mélanchon, Montebourg, Hidalgo, Jadot, Royal, etc, etc…

Les divisions actuelles viennent bien moins de querelles d’idées ou de sensibilités que d’une volonté de faire entendre sa petite musique perso ou celle de ceux que la presse appelle « les proches », ceux qui prétendent former une « identité » en travaillant, par exemple chez Montebourg, à former un nouveau parti politique « ayant vocation à faire émerger de nouveaux profils en s’adressant à tous les Français au-delà de la gauche ». Cette langue de bois dans laquelle la légitimation de l’identité l’emporte sur l’argumentation traverse tous les camps, tous les partis, toutes les sensibilités actuelles.

La notion introduite par Freud de « narcissisme des petites différences » décrit une structure politique ou une dynamique de groupe  bien davantage qu’un trait de caractère personnel.   Elle constitue l’une des sources de l’illusion identitaire qui consiste à revendiquer une différence de détail comme un trait identitaire.

« Toutes les fois que deux familles contractent alliance par mariage, écrit-il, chacune se considère comme supérieure à l’autre (…) ; deux villes voisines se font l’une à l’autre une concurrence jalouse ; chaque petit canton est plein de mépris pour le canton voisin. Des groupes ethniques étroitement apparentés se repoussent réciproquement : l’Allemand du Sud ne supporte pas l’Allemand du Nord, l’Anglais dit tout le mal possible de l’Ecossais, l’Espagnol méprise le Portugais » observe-t-il. C’est ce « narcissisme qui aspire à son auto-affirmation » qui conduit, comme dans la parabole de Schopenhauer sur les porcs épics à mal supporter un rapprochement trop intime avec ses semblables.

Le narcissisme des petites différences donne une telle importance aux différences de détails que celles-ci sont revendiquées comme des traits identitaires. Avec la polémique à propos de l’hydroxychloroquine, naîtront des groupes pro-Raoult comme naissent des groupes anti-vaccins ou des groupes complotistes qui font des « petits détails » agrégateurs d’infranchissables remparts.

Si le narcissisme des petites différences engendre des polémiques absurdes dans lesquelles les vitupérations et les caricatures sont légion - cas de figure qui constitue un moindre mal -, ces postures peuvent aussi conduire à des rejets et à des ostracismes violents, radicaux, faisant courir un péril à la démocratie. L’actuelle fin de présidence de D. Trump en fournit une belle illustration.

Si tel ou tel trait particulier nous permet de nous distinguer les uns des autres, c’est grâce à sa capacité à créer des écarts et une distance qui mettent au travail, en explorant ce qui est séparé. C’est ainsi qu’un jeu de relations peut vivre, qu’un commun de l’humain, pour reprendre une expression de François Jullien, peut naître, qu’une altérité peut exister.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"La gauche et l’islamisme : retour sur un péché d’orgueil". Une analyse capitale de Jean Birnbaum, parue dans Le Monde du 25 novembre.

Publié le 26 Novembre 2020 par Jean Birnbaum dans Politique

Croyant en une force internationaliste capable de briser la domination de l’Occident, certains militants de gauche étaient persuadés que, tôt ou tard, la religion serait abandonnée au profit de l’émancipation.

« Au lendemain de lattentat contre Samuel Paty, quand a refait surface une vidéo où un prédicateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, appelait à la mobilisation contre le professeur, certains militants d’extrême gauche ont reconnu ce visage. Ils se sont souvenus du temps où ils avaient eu maille à partir avec Sefrioui et ses compagnons.

Marche contre l’islamophobie à Paris, le 10 novembre. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Non sans nostalgie, ils ont repensé aux manifestations propalestiniennes au cours desquelles le service d’ordre de telle ou telle organisation anarchiste ou trotskiste était encore assez vigoureux pour expulser du cortège ces partisans du djihad liés à l’ex-humoriste Dieudonné et à l’extrême droite radicale. Et puis ils ont songé à ce moment pivot, autour de 2010, où il avait fallu admettre que le rapport de forces avait changé : sur le pavé parisien, désormais, la vieille garde révolutionnaire était trop faible pour maîtriser les islamistes.

L’espoir algérien

Or ce renversement des équilibres dans la rue avait une signification plus vaste. Il scellait la fin d’une époque, celle où les gauches européennes se croyaient si désirables qu’elles pouvaient polariser toutes les colères du monde. Dès 2005, le philosophe Daniel Bensaïd (1946-2010), l’une des références de la gauche révolutionnaire, constatait que les dirigeants anticolonialistes de jadis, ceux qui se réclamaient souvent du marxisme, avaient été remplacés par des profils inquiétants : « L’heure n’est plus aux luttes de libération des années 1950 et 1960, et à leurs grandes promesses. Les leaders n’ont plus pour nom Ho Chi Minh, Guevara, Cabral, Lumumba, Ben Bella, Ben Barka, Malcolm X, mais Ben Laden, Zarkaoui ou Mollah Omar. »

Un parmi d’autres, Daniel Bensaïd regrettait les grandes heures de ce qu’on a appelé le « tiers-mondisme ». Dans les années 1960, les révolutionnaires occidentaux avaient constaté que le « grand soir » se faisait attendre aussi bien à l’Est, où le stalinisme étouffait toute révolte, qu’à l’Ouest, où le capitalisme semblait avoir plus d’un tour dans son sac. Ils avaient alors placé leurs espoirs dans les insurrections d’un monde « tiers », dont l’Algérie indépendante constituait le symbole le plus séduisant.

Les « pieds-rouges »

Au cœur de ce pays, pourtant, des militants européens avaient déjà conscience que les choses n’étaient pas si claires. On les a appelés les « pieds-rouges ». Ces Français avaient soutenu le Front de libération nationale (FLN) dans sa lutte pour l’indépendance. Celle-ci acquise, ils s’étaient installés en Algérie pour contribuer à y bâtir « le socialisme ». Bientôt, ils avaient été confrontés à une tout autre réalité : le nouveau régime islamisait le pays à marche forcée, organisait la chasse aux Kabyles et aux homosexuels, s’en prenant même à ses plus fidèles soutiens européens.

Certains d’entre eux réaliseront alors leur erreur : si le FLN avait une face laïque, il en possédait aussi une autre, profondément religieuse. Le nom de son journal, El Moudjahid, ne signifiait pas « le combattant », comme ils l’avaient cru, mais « le combattant de la foi ». Bannis d’Algérie, la plupart des pieds-rouges garderont pour eux ce qu’ils ont vécu (il ne fallait pas « faire le jeu » de l’extrême droite), et leur silence pèsera lourd sur la mémoire « algérienne » de la gauche française.

Des années plus tard, en 1980, ils liront dans Le Monde un entretien avec l’ancien président algérien, Ben Bella. « C’est l’islamisme qui offre les meilleures chances d’une libération réelle », dira-t-il, établissant même une continuité entre les combats du FLN et la révolution islamique qui venait de triompher en Iran.

Doute après le triomphe des mollahs

Cette révolution marque une autre étape dans les relations entre l’islam politique et la gauche européenne. Avec le triomphe des mollahs, le doute commence à s’installer : bien que la religion soit toujours considérée comme un « opium du peuple » voué à s’évaporer, on doit concéder que ses effets se révèlent tenaces. A Téhéran, les insurgés qui défendaient le socialisme n’ont-ils pas été balayés par ceux qui promettaient l’avènement du royaume divin ? Cependant, pour beaucoup de gens à gauche, cela ne changea pas grand-chose. « Tout ce qui bouge est rouge », disait un slogan bien connu des soixante-huitards. A coup sûr, Marx finirait donc par l’emporter sur Allah.

 

Il faut avoir tout cela en tête au moment d’ouvrir la brochure intitulée Le Prophète et le prolétariat. Parue en 1994, rédigée par Chris Harman, figure du trotskisme britannique, elle analyse le défi que l’islamisme représente pour la gauche. Contrairement à ce qu’on affirme souvent à son propos, Chris Harman ne prône pas une alliance systématique avec les islamistes. Les considérant comme une force tantôt réactionnaire, tantôt subversive, il propose de marcher à leurs côtés partout où leurs actions minent l’impérialisme occidental et les Etats qui le servent. « Avec les islamistes parfois, avec l’Etat jamais », écrit-il.

Cette formule résume le credo durable d’une partie de la gauche européenne, credo qui repose sur trois articles de foi : 1) il n’y a qu’une domination réelle, celle qu’exerce l’Occident ; 2) la seule force qui peut en finir avec cette domination sans frontières est une gauche internationaliste, qui connaît le sens de l’histoire ; 3) quand les dominés se soulèvent au nom de Dieu, il ne faut pas juger le « détour » qu’ils empruntent, car tôt ou tard ils délaisseront les chimères de la religion pour la vérité de l’émancipation.

Partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie

Cette façon de voir pouvait se prévaloir d’un précédent historique. En effet, les militants de gauche qui saluaient le potentiel révolutionnaire de l’islam invoquaient souvent l’expérience latino-américaine des années 1960-1970. A l’époque, les guérilleros marxistes avaient pu compter sur l’appui de ce mouvement chrétien qu’on a appelé la « théologie de la libération » : conjuguant évangiles et lutte de classes, ses animateurs en appelaient à la rébellion, et des prêtres y ont laissé leur peau. Par la suite, ce compagnonnage sera invoqué : si nous avons pu recevoir le soutien de croyants chrétiens, pourquoi ne pourrait-on s’appuyer sur des fidèles musulmans ?

Bientôt, cependant, apparut une différence de taille : partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie (1991-2002), quand des intellectuels, des syndicalistes, des féministes étaient égorgés quotidiennement. « L’intégrisme islamique, en règle générale, a crû sur le cadavre en décomposition du mouvement progressiste », constate le marxiste libanais Gilbert Achcar.

« Islamo-gauchisme », une étiquette hasardeuse

Même à terre, cependant, ce cadavre bouge encore. Mieux, il continue à se croire universellement désirable. Si « islamo-gauchisme » est une étiquette hasardeuse, trop souvent utilisée pour dire n’importe quoi et disqualifier n’importe qui, il n’en désigne donc pas moins quelque chose de solide. Mais, plutôt qu’une complaisance cynique, il nomme un péché d’orgueil, reposant lui-même sur une croyance obsolète : parce que la gauche est seule à pouvoir canaliser les espérances, toute lutte qui se réclame de Dieu finira par être aimantée par l’idéal de l’émancipation sociale.

Bien plus encore que les calculs clientélistes qui permettent à telle ou telle mairie de se cramponner au pouvoir, c’est cette prétention qui éclaire les épisodes au cours desquels la gauche a cru pouvoir côtoyer l’islamisme sans se brûler : la gauche antiraciste s’est retrouvée en compagnie d’intégristes musulmans au sommet de Durban, en Afrique du Sud, en 2001 ; la gauche altermondialiste a invité Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris, en 2003 ; la gauche propalestinienne a laissé proliférer plus d’un slogan haineux dans les défilés auxquels participait le prédicateur Abdelhakim Sefrioui… Entre autres.

Or, autant il est faux d’affirmer que la masse des militants et des intellectuels de gauche ont consciemment « misé » sur l’islamisme comme force politique, autant on peut considérer qu’ils ont longtemps manifesté, à son égard, une forme d’indulgence. Là encore, toutefois, cette indulgence relève d’abord d’un complexe de supériorité.

De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’« islamo-gauchisme » constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste.

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"Faux amis de la laïcité et idiots utiles"

Publié le 31 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

Le 5 novembre 2016, se tenait au Palais Bourbon un colloque organisé par la LICRA et le Comité Laïcité République sous le titre "Faux amis de la laïcité et idiots utiles".

L’un de mes proches m’ayant communiqué le lien permettant d’entendre les communications qui y ont été données, je m’empresse de le partager : https://youtu.be/FXzTcvVV0nM

Argument du Colloque :

« Les différences de perception de la laïcité sont légitimes.

Si le principe est limpide et cohérent (autonomie du politique à l’égard  du religieux, indépendance de la citoyenneté de la confession, séparation des Eglises et de l’Etat, émancipation de la loi civile de la loi religieuse, neutralité du service public), et si ses fondements (égale dignité des personnes et liberté de conscience) sont essentiels à la vie démocratique, les atteintes dont la laïcité est l’objet posent d’inévitables questions d’application.

Les « faux amis de la laïcité et idiots utiles » (expression de plus d’un siècle), eux, préfèrent nier les réalités  : ce ne sont pas les intégrismes religieux qui seraient en cause mais un laïcisme intolérant.

Aujourd’hui, cela s’exprime en particulier à propos de l’islamisme en tant qu’instrumentalisation politique du religieux. Au nom de la diversité des croyances, les » faux amis de la laïcité et idiots utiles » rejettent la critique de pratiques liberticides. Cette inversion logique n’est pas sans rappeler des attitudes de déni qui ont accompagné la montée des totalitarismes du XXe siècle. Il s’agit alors de comprendre, d’analyser et de mesurer les conséquences du phénomène,  pour tenter d’y remédier. »

Dans cet enregistrement, vous pourrez entendre les interventions de :

            - Brice Couturier, éditorialiste, présentateur de la chronique quotidienne Le tour du monde des idées sur France Culture, collaborateur régulier de l’hebdomadaire Le Point . Il parle des «médias, malades de la bien-pensance »),

            - Caroline Fourest, enseignante à Sc po Paris, chroniqueuse à l’hebdomadaire Marianne, auteure de La tentation obscurantiste, Grasset, 2006 ; Le génie de la laïcité, Grasset, 2016 , elle parle des «mauvais génies de la laïcité »

            -Mohamed Sifaoui, journaliste, écrivain, réalisateur, auteur de Pourquoi l’islamisme séduit-il ? Paris, Armand Colin, coll. « Éléments de réponse », 2010

Quatre ans plus tard, les propos tenus ces jours-là restent d’une brûlante actualité . Ils alertent sur la vigilance à avoir face à la façon dont certains intellectuels, universitaires, journalistes vrillent voire pervertissent la langue pour la soumettre à leur idéologie mortifère (cf. par ex. l’usage du terme « islamophobie ») et minent les sens des mots pour empêcher de dire la vérité dont ils ne veulent pas qu’elle soit entendue.

Comme l’exprime Didier Daeninckx dans une récente tribune du Monde, « des directeurs de conscience autoproclamés peuvent, sans trembler, affirmer que Charlie a déclaré la guerre à l’islam, une obscénité qui n’a heureusement pas été réitérée lorsque Samuel Paty a subi le même sort que celui des membres de la rédaction du journal dont il expliquait les dessins. On se contente de parler, dans cet espace de radicalité, de « barbarie policière » pour qualifier l’exécution, en état de légitime défense, du tueur. Ces mêmes directeurs de conscience qui s’affichent aux côtés des racistes, des homophobes, des antisémites du Parti des indigènes de la République, et qui considèrent que l’on en fait trop avec la jeune lycéenne Mila, qui vit depuis des mois sous la menace des assassins pour avoir usé de sa simple liberté.

Comment dire son dégoût lorsqu’une sénatrice sensible à l’environnement pollue le sien en posant au milieu de jeunes enfants manipulés qui portent une étoile jaune où est inscrit le mot « musulman » [lors de la marche contre l’islamophobie], suggérant une fois encore que la persécution fantasmée de l’Etat à l’encontre d’une religion équivaudrait à la « solution finale » ?

Toutes ces trahisons, tous ces abandons ont désarmé la gauche dans un combat essentiel. Ils permettent à la droite la plus obscure, à l’extrême droite, de se faire les championnes de la préservation des principes républicains ! Ils creusent la défiance, ils favorisent le basculement de centaines de milliers d’électeurs vers les porteurs de solutions autoritaires.

Tous ces gens qui ont failli, leaders de partis gazeux, adjoint à la mairie de Paris, députées des quartiers populaires, syndicalistes éminents, chroniqueuses en vogue, devraient avoir la décence de se retirer. Aucun d’eux ne parle en notre nom.

Une couverture emblématique de Charlie [datant de 2005] représente le prophète Mahomet qui se lamente prenant sa tête entre ses mains : « C’est dur d’être aimé par des cons. » Si j’avais deux doigts de talent, je placerais Jean Jaurès dans la même position, s’adressant à ceux qui, aujourd’hui, à gauche, usurpent et sa pensée et son nom, lui qui affirmait que laïcité et démocratie sont synonymes. »

Dans son intervention, Brice Couturier cite l’écrivain Claudio Magris qui dans  Utopie et désenchantement écrit : « Beaucoup de malhonnêtetés naissent quand on massacre la langue, qu’on met le sujet à l’accusatif et le complément d’objet au nominatif , brouillant ainsi les cartes, intervertissant les rôles des victimes et des bourreaux, abolissant les distinctions et les hiérarchies en de crapuleuses orgies de concepts et de sentiments qui altèrent la vérité ».

La détérioration de la langue ne finira-t-elle pas par menacer notre démocratie ?

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NE PAS AVOIR PEUR DE DIRE

Publié le 25 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

Dans Le Monde des Livres du 14/01/2015,  Olivier Rolin écrivait : « Un écrivain peut s’intéresser au sens des mots qui prétendent dire un événement. « Islamophobie » est de ceux-là, il paraît que c’est un grand péché. Un peu de philologie élémentaire est peut-être utile. Phobos, en grec, veut dire « crainte », pas « haine » (misos). Si ce mot a un sens, ce n’est donc pas celui de « haine des musulmans », qui serait déplorable en effet, mais celui de « crainte de l’islam ». Alors, ce serait une grande faute d’avoir peur de l’islam ? J’aimerais qu’on m’explique pourquoi. Au nom de « nos valeurs », justement. J’entends, je lis partout que les Kouachi, les Coulibaly, « n’ont rien à voir avec l’islam ». Et Boko Haram, qui répand une ignoble terreur dans le nord du Nigeria, non plus ? Ni les égorgeurs du « califat » de Mossoul, ni leurs sinistres rivaux d’Al-Qaida, ni les talibans qui tirent sur les petites filles pour leur interdire l’école ? Ni les juges mauritaniens qui viennent de condamner à mort pour blasphème et apostasie un homme coupable d’avoir critiqué une décision de Mahomet ? Ni les assassins par lapidation d’un couple d’amoureux, crime qui a décidé Abderrahmane Sissako à faire son beau film, Timbuktu ? J’aimerais qu’on me dise où, dans quel pays, l’islam établi respecte les libertés d’opinion, d’expression, de croyance, où il admet qu’une femme est l’égale d’un homme. La charia n’a rien à voir avec l’islam ?

(…) Si l’on croit que les mots ont un sens, il faut cesser de dire que la terreur au nom d’Allah n’est le fait que d’une minorité infime sans rapport avec l’islam. Les propos les plus sensés que j’aie lus ces jours derniers, ce sont ceux d’un éducateur sénégalais dans Libération. « Le refus des amalgames, dit-il, c’est très bien. Mais la fracture au sein de la société est telle que je la crois irréversible. Je côtoie des jeunes qui sortent de prison (…). Leur discours est haineux vis-à-vis de la France et de ses valeurs. Le combat séculaire pour la tolérance et la liberté est menacé par ces brebis égarées. Elles sont plus nombreuses que beaucoup semblent l’imaginer. » Il y a quand même eu, paraît-il, des milliers de tweets « Je suis Kouachi ».

Une chose encore, non des moins graves : Ilan Halimi était juif, les enfants tués par Merah l’étaient, comme ceux que visait Nemmouche, comme le jeune couple attaqué à Créteil, comme les morts de la porte de Vincennes. L’antisémitisme est toujours abominable. Il est peut-être plus insupportable encore dans le pays qui a été celui de l’affaire Dreyfus et de la rafle du Vel’ d’Hiv (entre autres). Quand je lis que des milliers de juifs français émigrent vers Israël parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité ici, j’ai l’impression de relire, sur un palimpseste sinistre, les pages les plus sombres de l’histoire de mon pays. Je voudrais bien savoir si les juifs de France n’ont pas peur de l’islam. Moi, en tout cas, j’ai peur d’un certain islam. Mais je n’ai pas peur de le dire. »

Hier, 23 octobre , dans sa chronique du Monde, Michel Guerrin observe que les œuvres récentes qui interrogent les conceptions sociétales des musulmans sont rarissimes, alors qu’il en existe beaucoup qui les brossent en victimes :

« Les enseignants comme les artistes sont face au même dilemme. C’est eux face à leur public, que ce soient des élèves en classe, des lecteurs d’un roman, des visiteurs d’un musée, des spectateurs d’un film. Comment leur parler ?

Face au cercueil du professeur Samuel Paty, à la Sorbonne, Emmanuel Macron a brandi l’étendard de la liberté d’expression. Or le décalage est vertigineux avec le rude quotidien d’enseignants et d’artistes, qui, pour éviter les ennuis, par peur aussi, s’autocensurent dans les sujets abordés, les mots prononcés, les images montrées.

Ces derniers vivent ce que disent de multiples sondages : la grande majorité des Français musulmans de moins de 25 ans placent l’islam avant la République. Mais chaque fois que de telles données sont mises sur la table, des voix, surtout à gauche, leur opposent les discriminations économiques et sociales – évidentes – que vivent les jeunes d’origine immigrée. Et souvent elles taxent les auteurs de ces études d’islamophobes.

Ce fut le sort de l’enquête auprès de 7 000 lycéens La Tentation radicale ? (PUF, 2018) pilotée par les sociologues Olivier Galland et Anne Muxel. Le sort du sociologue Hugues Lagrange qui, dès 2010 dans Le Déni des cultures(Seuil), pointait la famille et la religion comme causes du déclassement. Le sort des écrivains algériens Kamel Daoud et Boualem Sansal. Le sort, en 2012, de Sofie Peeters, pour son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle se filme en caméra cachée marchant dans un quartier de Bruxelles où vivent en majorité des musulmans, essuyant les mots « salope » ou « chienne ». Le sort de ceux qui ont pointé une hostilité lors de la minute de silence dans des écoles après la tuerie à Charlie Hebdo. Le sort de la Norvège qui, en 2016, devant l’afflux de migrants, a voulu leur apprendre « les codes culturels européens ».

Voie ouverte au renoncement

Toujours est-il que depuis les attentats de 2015 le nombre de festivals, de centres d’art, de théâtres, de cinémas en Europe qui ont annulé ou édulcoré un projet par crainte de heurter les musulmans est effarant. Au point que l’humoriste et comédien Guy Bedos avait pesté : « L’autocensure confine à la lâcheté. » Autre constat : les œuvres récentes qui interrogent les conceptions sociétales des musulmans sont rarissimes alors qu’il en existe des tonnes qui les brossent en victimes.

Comment alors régler un problème qui n’est jamais représenté ? Cette question est justement posée dans une œuvre de 2011 que l’on doit au réputé chorégraphe Lloyd Newson, entre paroles et danse : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous parler des atteintes aux libertés, dont les femmes ou homosexuels sont victimes, qu’imposent des musulmans en Europe ?

Trois postures similaires sont de plus en plus fréquentes : ne pas heurter pour l’artiste, ne pas faire de vagues pour l’enseignant, adopter « des accommodements raisonnables » pour les responsables politiques. Des enseignants confient qu’il devient difficile d’aborder dans certaines classes, sans faire jaillir la haine, des sujets comme les juifs et la Shoah, le droit des femmes, le sexe, la colonisation, l’homosexualité, les signes religieux à l’école, le 11-Septembre, Tariq Ramadan, Dieudonné et même les cathédrales.

Dans son blog hébergé par Mediapart, le 18 octobre, Alrei, qui a enseigné en Seine-Saint-Denis, ajoute que Madame Bovary pose problème. Peu importe que Flaubert ait révolutionné l’art du récit. Mais face à des élèves « pour la plupart issus de l’immigration, les plus véhémentes adversaires d’Emma étaient les filles. Elles la (…) traitaient d’infidèle (mais pas au sens conjugal du terme), d’impure, de mécréante… ».

Une multitude de petits renoncements

Certains ont regretté que Samuel Paty n’ait pas montré aux collégiens une caricature moins crue que celle de Mahomet nu avec une étoile sur les fesses. C’est un peu comme dire, après la tuerie à Charlie Hebdo, que le journal l’avait « un peu cherché ». C’est ne pas comprendre que transiger sur des dessins autorisés par la loi ouvre la voie au renoncement, par exemple à enseigner la liberté d’expression sans prononcer le mot « islam ».

Une multitude de petits renoncements sont déjà à l’œuvre dans la culture, quand des musées bannissent toute complexité dans leurs textes afin de ne pas pénaliser le public des exclus ou remplacent les chiffres romains par les chiffres arabes (Louis XIV devient Louis 14).

Le renoncement est en marche quand Mila, 16 ans, qui a insulté l’islam – non les musulmans – sur Instagram reçoit encore des menaces de mort neuf mois plus tard sans que ça n’émeuve grand monde, nous raconte Le Point du 15 octobre. Et aussi quand Cyril Hanouna, sur la chaîne C8, dénonce les « propos abjects » de Mila, ajoutant qu’« elle fait bien de se faire toute petite ».

On sent pourtant un léger changement de climat. Qu’un artiste s’autocensure laisse indifférent. Quand le sujet concerne 870 000 enseignants, non. L’artiste incarne moins la République que l’enseignant. Il n’est pas anodin que treize régions s’apprêtent à diffuser dans tous les lycées un livre de caricatures politiques et religieuses.

Le verrou qui tiendra le système ou le fera exploser, à l’école comme dans l’art, s’appelle philosophie des Lumières. Elle est déjà ébranlée par ceux qui y voient l’hégémonie planétaire de l’homme blanc occidental alors qu’elle sert aujourd’hui à défendre la liberté de parole et d’art partout dans le monde. C’est pouvoir s’indigner quand le poète irakien Alaa Mashzoub, pourfendeur des tabous politiques et religieux, est assassiné en 2019.

Nous verrons ce que l’Etat fera pour soutenir les enseignants. Il serait inspiré d’aider aussi les milliers de militants culturels, premier contact créatif des populations modestes. En 2017, nous avions rencontré à Nice une artiste qui donnait des spectacles de marionnettes dans les écoles de quartiers difficiles. Elle était blessée par des gamins qui lui disaient « tu es baisable ». Elle devait réagir seule."

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Le séparatisme islamiste enfin nommé

Publié le 6 Octobre 2020 par Jean Mirguet dans Politique

« Mal nommer les choses, jugeait Camus, c’est ajouter au malheur du monde ».

Or, avec son récent discours sur le séparatisme, le Président de la République vient précisément de qualifier ce qui, aujourd’hui, met en danger notre République et notre capacité à vivre ensemble : le séparatisme islamiste, « projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République, qui se traduit souvent par la constitution d’une contre-société et dont les manifestations sont la déscolarisation des enfants, le développement de pratiques sportives, culturelles, communautarisées qui sont le prétexte pour l’enseignement de principes qui ne sont pas conformes aux lois de la République (…) Cette idéologie affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République (…) ce qui fait qu’on en vient progressivement à rejeter la liberté d’expression, la liberté de conscience, le droit au blasphème (…). Cette réalité nous touche, nous frappe. Elle a grandi ces dernières années. Il faut la nommer ».

Dans son éditorial de La Revue des Deux Mondes du 5 octobre, sa directrice Valérie Toranian, analyse les effets de cette nomination et définit quelques conditions nécessaires pour vaincre l’islamisme :

« S’il ne fallait retenir qu’une chose du discours du président Macron sur le séparatisme, c’est qu’il y nomme (enfin) clairement ce qui pose problème : le séparatisme islamiste. C’est un pas de géant dans la communication du chef de l’État dont le moins qu’on puisse dire est qu’il revient de loin. L’homme qui déclarait que la société « n’avait pas à être laïque » vient d’opérer un revirement spectaculaire. Il aura fallu trois ans et demi. Et peut-être que le procès Charlie, puis le récent attentat de la rue Nicolas Appert l’ont aidé à trancher dans le vif… Peu importe. Le ton employé, les exemples donnés, la fermeté affichée ont rassuré tous ceux qui craignaient une dérobade de plus. Emmanuel Macron n’a pas eu peur de citer comme contraire aux valeurs républicaines, les petites filles de 7 ans en voile intégral dans des écoles clandestines, les parents qui retirent leurs enfants de l’école à cause de cours de musique contraires à la religion, les menus confessionnels imposés à la cantine, la revendication d’horaires distincts entre les femmes et les hommes dans les piscines, les agents de la RATP qui refusent l’accès aux femmes en tenues indécentes, la radicalisation à la RATP, SNCF, Roissy… Bravo M. le président.

Il faudra attendre le 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905, pour connaître les détails du projet de loi présenté en Conseil des ministres. Mais on en connaît déjà les mesures phares. Obligation de neutralité étendue aux salariés des entreprises délégataires de services publics (RATP, SNCF…) ; dissolution des associations culturelles et sportives qui jouent un rôle fondamental dans l’entrisme islamiste ; charte de la laïcité pour toute association sollicitant une subvention publique ; enseignement de l’arabe dans le cadre scolaire ; fin des imams détachés rémunérés par l’étranger. Et surtout, ce que le président considère comme une mesure déterminante, l’obligation de l’instruction à l’école et non au domicile dès 3 ans (sauf raisons de santé) pour lutter contre l’endoctrinement islamiste.

Si Emmanuel Macron n’a pas raté son discours sur le séparatisme, va-t-il pour autant réussir son combat contre l’islam politique ? Les mesures qu’il préconise vont-elles en venir à bout ? Sont-elles adaptées à la complexité du fléau ? On aimerait dire oui mais le doute demeure. Pour plusieurs raisons.

Certaines mesures risquent d’être retoquées par le Conseil constitutionnel et d’affaiblir le discours du président. C’est le cas de l’obligation de scolarité pour tous dès 3 ans. On comprend bien l’intention car l’endoctrinement commence très jeune : plus l’enfant intègre le système scolaire tôt, plus il a des chances de voir sa scolarité partir sur de bonnes bases. Mais le libre choix par la famille du cadre d’instruction de leurs enfants est garanti par la loi. Et surtout des lois existent déjà pour surveiller ceux (y compris les parents) qui dispensent des enseignements sectaires ou des enseignements « bidons ». La sanction consiste en l’obligation de rescolariser leurs enfants. Il suffit d’inspecteurs en nombre suffisants pour inspecter (et qui connaissent l’arabe ou le turc…), de préfets qui prennent des décisions rapides de fermeture… : le législateur a tout prévu. Encore faut-il que la loi soit appliquée. Que les moyens existent. Et que les agents publics aient le courage de sanctionner. Ce qui n’est actuellement pas le cas. Le port de la burqa est prohibé. Combien de PV sur la voie publique ? Pratiquement aucun.

L’enseignement de l’arabe dans le cursus scolaire n’empêchera en rien l’islamisation. L’argument selon lequel si l’arabe était enseigné à l’école, les enfants n’iraient pas l’apprendre à la mosquée est faux. Ce n’est pas l’arabe qui est recherché mais l’enseignement coranique. Les cours actuellement dispensés dans le collège ne sont pas un franc succès pour cette raison. Quant à mettre en place l’arabe en cours primaire, si cela se traduit par la création de classes homogènes (rassemblant tous ceux qui veulent apprendre l’arabe), cela reviendra à créer des classes ghetto. L’exact contraire du projet républicain. Et qui donnera de tels cours ? Des profs étrangers, exclusivement tunisiens pour l’arabe (la Tunisie n’est pas en soi un gage de laïcité, vu la force d’Ehnahda sur place) et plus essentiellement turcs, tous ralliés à l’islamo-nationalisme d’Erdogan. Pourra-t-on vraiment assurer la surveillance de ces cours ? Sont-ils vraiment indispensables? La priorité n’est-elle pas au renforcement des enseignements fondamentaux ?

Contrôler l’islam en France, en mettant fin au système des imams détachés de l’étranger, permettra à la majorité tranquille des musulmans de bénéficier d’imams formés en France. C’est une bonne chose, même si elle reste difficile à réaliser. Mais créer un diplôme universitaire, former des imams, les rémunérer par la cagnotte du Pèlerinage à la Mecque (business probablement assuré par l’Amif, association proche des frères musulmans…) n’empêchera pas la radicalisation de s’accomplir par ailleurs. Car les imams « républicains » ressembleront un peu aux prêtres assermentés de 1791 : les « vrais » catholiques n’en voulaient pas ; les « vrais » (comprendre les plus radicaux) musulmans n’en voudront pas plus. Ils ont d’autres sources religieuses où s’abreuver : les réseaux sociaux, les antennes paraboliques, les sites fréristes, salafistes…

L’agenda islamiste n’est pas un agenda français. Le président l’a lui-même reconnu. Il s’appuie sur une progression mondiale de l’islamisme, notamment en Europe. Bien sûr qu’il faut désenclaver les territoires les plus pauvres, combattre la ghettoïsation, lutter par des mesures sociales contre la précarité qui fait le lit des extrêmes. Mais ne soyons pas naïfs. La France est l’un des pays les plus généreux en matière de politique de la ville, d’aides sociales, de subventions. Quoi qu’elle fasse, elle ne trouvera jamais grâce aux yeux de ceux qui veulent détruire le consensus républicain. Pour qu’existe cet « amour » de la France évoqué par Emmanuel Macron, il faudrait que les Français s’aiment eux-mêmes, soient conscients de la beauté de leur pays, de leur langue, de leur histoire, de leur civilisation. Sans fierté imbécile. Mais sans renoncement, lâcheté ou résignation. Pour que l’islamisme soit vaincu, il faut cinq conditions :

            1. une vraie détermination. Le président semble l’avoir.
            2. Un État profond et une administration qui jouent le jeu, surveillent et sanctionnent. En ont-ils la volonté ?
            3. Des profs bien rémunérés et soutenus par leur institution. Le sont-ils ?
            4. Une élite française « musulmane » (issue des communautés d’origine musulmane) capable de s’opposer à l’islam politique, car elle seule peut véritablement créer la contradiction. Existe-t-elle en force suffisante ?
            5. Une élite française qui ne se perde pas dans un islamo-gauchisme qui fait le bonheur des séparatistes islamistes, des décoloniaux et de tous les ennemis de la République.

Et ça, c’est une autre histoire. »

 

 

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La pandémie, ses maux, leur traitement

Publié le 23 Mai 2020 par Jean Mirguet dans Politique

La pandémie nous rappelle quotidiennement une vérité qu’ordinairement nous négligeons ou que nous feignons d’oublier : l’existence du mal. Or, de quels maux le coronavirus est-il le nom ?

 

Le premier de ces maux est la recrudescence des actes de malveillance : arnaques, actes de criminalité, de cybercriminalité, les pirates informatiques profitant de la pandémie pour mener des cyber attaques cibléesPar exemple, Interpol a émis une alerte sur le fait que des organisations criminelles écoulent des masques contrefaits, des gels hydro alcooliques de mauvaise qualité. On voit aussi certaines sociétés proposer la décontamination des logements privés ; prétextant qu’elle serait obligatoire, ils profitent de cette situation pour s’introduire frauduleusement au domicile des gens. D’autres proposent des tests de dépistage du coronavirus sans avoir autorité ou compétence pour le faire. Ou encore, profitant de l’élan de solidarité d’aide aux personnels soignants, des plateformes d’appel aux dons, frauduleux, sont organisés. Enfin, nombreux sont les cas d’actes de cybercriminalité qui vont du simple “hameçonnage” aux fausses commandes ou aux modifications de virements bancaires frauduleux…

 

D’autres actes de malveillance se multiplient : la propagation de fausses informations, de  théories du complot, de faux conseils de traitement et de prévention qui nuisent au combat des autorités pour endiguer la pandémie. Ce qui conduisait, dès février, l'Organisation mondiale de la santé a alerter sur l'"infodémie massive" qui entourait le Covid-19, à savoir une surabondance d'informations, pas toujours vraies ou exactes, avec les mêmes canulars qui apparaissent en Asie, en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine. 

Si certains créent et partagent délibérément du contenu mensonger, à des fins conspirationnistes, d’autres relaient, a priori sans "malveillance" mais avec une dose de naïveté ou de crédulité (quand ce n’est pas une couche de bêtise confondante) proprement stupéfiante, des affirmations en ignorant qu'elles sont fausses. 

 

Pour d’autres encore, qui font montre d’ingénuité, leur jeu plus ou moins pernicieux a pour effet de décrédibiliser la parole publique, ce qui ne les empêchera pas ensuite de dénoncer l’incurie, l’incompétence, l’inaction, les mensonges du gouvernement. On en trouve un exemple récent dans les propos injurieux d’Ariane Mnouchkine qui fait la démonstration qu’on peut avoir un immense talent dans son domaine et se ridiculiser dès qu’on se laisse aller à la médiocre polémique politicienne et à la démagogie.

 

Avec la mise en place des mesures de confinement puis de déconfinement, l’étendue du virus de la malhonnêteté intellectuelle s'intensifie, avec une mésinformation qui touche tout le monde, y compris les gens cultivés. 

On voit, comme le note Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, se produire une surenchère de plaintes devant les tribunaux et de recours administratifs contre l’Etat, jugé insuffisamment protecteur. Cette judiciarisation de la crise se double d’une cascade de critiques agressives et malveillantes, de pétitions contre ceux qui nous gouvernent. 

Sans doute faudra-t-il plus tard faire le bilan des erreurs, fautes, maladresses commises mais, pour l’heure, cet emballement de procès est stupéfiant et révélateur, observe la journaliste, d’une sorte de panique morale qui s’est emparée de notre société : on se plaint d’être exclu d’une protection qu’on critique autant qu’on la désire.

Mais qui aura la modestie de reconnaître que, face à cette catastrophe inédite, les services publics ont plutôt fonctionné, qu’il n’y pas eu de rupture dans l’approvisionnement alimentaire, que le système de santé a tenu (dans les conditions que l’on sait) et que le gouvernement a fait son travail dans le domaine des aides. 

 

Ce concert de manifestations hostiles est révélateur de la façon dont, en France, nous supportons les risques et exerçons nos responsabilités individuelles. Il en dit long sur la fièvre de passions haineuses et irascibles qui, depuis presque deux ans, s’est emparée de notre pays, faisant d’Emmanuel Macron et de sa politique, le bouc émissaire systématique de tout ce qui cloche, le coupable des malheurs collectifs et individuels. Ses détracteurs sont légion, les réquisitoires pleuvent, ce qui est légitime dans le jeu démocratique mais qui rend perplexe quand tout, l’accessoire comme l’essentiel, devient prétexte à dénigrement. Etonnante « morale civile », pour reprendre l’expression de Marc Bloch dans L’Etrange défaite qui ajoutait   « A nos erreurs est-il plus commode paravent que les fautes d’autrui ? ».

 

Si l’Autre est l’incarnation de la faute voire du mal, c’est souvent en raison de la puissance qui lui est prêtée. Le fantasme de l’Autre tout-puissant le rend imaginairement détenteur de possibilités infinies, exerçant une emprise sur le monde extérieur, seul à décider du cours des choses. Il est l’effet d’une pensée magique au service de l'illusion dans laquelle nous serions réduits à n’être que de simples marionnettes. 

Que l’Autre soit imaginé comme tout-puissant, invulnérable, implique l’ignorance de l’existence de ses limites. Il est fantasmé comme ne connaissant ni bornes ni défaillances, indemne de toute erreur et sachant tout.

Or, la pandémie et ses conséquences nous mettent face à la redoutable réalité des limites de la puissance des connaissances scientifiques et des progrès de la technique que nous connaissions depuis le milieu du XIXème siècle. Comme le formulent Jean-Luc Nancy et Jean-François Bouthors dans une tribune que Le Monde vient de publier, la maîtrise de notre destin personnel et collectif n’est plus à portée de main. 

La fiction de cette puissance infinie, incapable d’autolimitation est sérieusement ébranlée. On le constate dans les effets des dégâts environnementaux, de la consommation croissante d’énergie et, soulignent les auteurs, du « vertige des questions que la science se pose à elle-même lorsqu’elle établit que ses progrès les plus pointus la placent au bord d’un non-savoir abyssal ». 

Emil Nolde, Hohe Sturzwelle, 1948

Avec ce virus, nous voici placés dans une immense précarité. « Il a, poursuivent-ils, collé la possibilité de la mort sous nos yeux, nous plaçant devant l’impensable et l’inconnu par excellence. Ce n’est pas simplement la finitude de l’existence qui nous est difficilement supportable, c’est le non-savoir face auquel nous nous trouvons (…) Le « gouvernement par les nombres » - pour reprendre les termes du juriste Alain Supiot – se trouve mis en échec par le « retour » de la mort comme horizon ineffaçable »… cruelle expérience de castration, pourraient ajouter les psychanalystes.

Pour JL Nancy et JF Bouthors, l’inconnu de cette catastrophe nous commande, non pas de croire en ceci ou en cela ou de construire des plans sur la comète pour l’après, mais « d’oser prendre le risque de vivre en situation de non-savoir ». Accepter de laisser entamer notre prétention à la maîtrise (« je maîtrise ! »… quelle détestable expression), se rendre « disponible à l’inconnu qui vient ». 

Face à l’incertitude, il nous est proposé de se risquer à vivre, en se débrouillant et en construisant collectivement et individuellement nos propres inventions … dans une démocratie, seul régime en mesure de « donner un corps politique à cet acte de foi radicalement laïc ». La démocratie n’a pas pour visée de résorber l’inaccessible ou l’impensé mais « elle peut offrir la partage à voix égales du poids de la finitude et du non-savoir ». 

« Le démocrate est modeste. Il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné. Et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent », écrivait Camus  au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, cet autre événement producteur de mal.

 

 

 

 

 

 

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Nicolas Hulot, Juliette Binoche et Vincent Lindon … L’avenir radieux du monde d’après, par Valérie Toranian

Publié le 12 Mai 2020 par Jean Mirguet dans Confinement, Politique

Je ne résiste pas au plaisir de publier cet éditorial de Valérie Toranian, directrice de La Revue Des deux Mondes. 

Un texte des plus jubilatoires, rafraîchissant, iconoclaste, impertinent qui va réjouir celles et ceux qui, comme moi, en ont assez des publications bon chic bon genre de célébrités de la politique ou du showbiz, sociétaires de cette « nouvelle intelligentsia : le penseur-people radical ».  

Comme moi, vous apprécierez peut-être les piques confraternelles adressées au quotidien Le Monde qui ne perd jamais une occasion d’ouvrir ses pages à ces néo-penseurs  et de s’associer à ceux qui ont fait de l’opposition systématique à Macron et à son gouvernement leur fond de commerce. On retiendra surtout l’édition du 7 mai et sa Une annonçant en gros titre « Le manifeste de Nicolas Hulot pour l’après- Covid » qui nous renvoie aux double-pages 28-29 titrant : « 100 principes pour un nouveau monde ». Pour notre ex-ministre et grâce à la désormais célèbre figure de  rhétorique, l’anaphore, « le temps est venu », entre autres, de transcender la peur en espoir, d’applaudir la vie ou encore de redéfinir les fins et les moyens … qu’on se le dise, Nicolas Hulot est le précurseur d’un monde nouveau !

            

 

« On a les dirigeants qu’on mérite et les élites qu’on peut. En ces temps de coronavirus où le politique a cédé la place à des comités scientifiques pour décider de l’ouverture des salons de coiffure et du nombre d’occupants dans un ascenseur, les élites intellectuelles, elles, n’ont plus qu’à s’incliner devant le surgissement fécond d’une nouvelle intelligentsia : le penseur-people radical.

Ancien ministre, ancien animateur de télé, ayant parcouru en avion des centaines de milliers de kilomètres pour nous présenter la beauté du monde et les désastres du réchauffement climatique, Nicolas Hulot, inspirateur de la célèbre marque de shampooing Ushuaia, est notre leader vert national. Il traîne sa gueule de baroudeur burinée, sa mélancolie d’humaniste déçu et ses fulgurances idéalistes, de plateaux télé en ministère depuis quarante ans. On l’aime comme un particularisme national, avec ses paradoxes et ses ridicules (qui n’en a pas dans notre classe médiatico-politique ?), ses faiblesses et ses atermoiements, son déchirement perpétuel entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

L’homme aux six voitures a écrit un manifeste de cent propositions. La première : « Le temps est venu, ensemble, de poser les premières pierres d’un monde nouveau ». La dernière : « Le temps est venu de créer un lobby des consciences ». (Qui œuvrera dans l’ombre pour contraindre et mettre au pas les consciences récalcitrantes ???) Nicolas Hulot y prône la sobriété, rappelle que « la vie ne tient qu’à un fil » et explique que le temps est venu de se « réapproprier le bonheur » et de « transcender la peur en espoir ». Signe des temps, ce manifeste est publié en Une du quotidien Le Monde, journal qui, à une autre époque, aurait sûrement ri de bon cœur à la lecture de cette longue litanie pleine de bons sentiments. Mais certains médias sont plus prompts que d’autres à percevoir l’irruption du monde nouveau. Or, le monde nouveau arrive et il faut vraiment être demeuré pour ne pas l’avoir compris. Le bonheur est une idée neuve en Europe, disait Saint-Just, membre du Comité de salut public, en 1794 : il voulait en imposer sa vision au peuple, de gré ou de force.

« En 2020, les bobos et les prolos n’ont toujours pas la même grille de lecture : prôner la décroissance est plus facile de sa villa du Cap Ferret que de la France périphérique où l’on a du mal à joindre les deux bouts. »

Le cru 2020 du bonheur est arrivé. Nicolas Hulot est son prophète et Marion Cotillard sa pythie. (L’actrice oscarisée n’avait-elle pas compris avant tout le monde qu’« on nous ment sur beaucoup de sujets », dont la mort de Coluche, le 11 septembre et l’homme sur la lune ?) Des personnalités de premier plan comme Sibeth Ndiaye ont immédiatement saisi la portée révolutionnaire du projet de Nicolas Hulot. La porte-parole du gouvernement a salué sur son compte Twitter cette « vision qui dessine un horizon commun » dont la 9e proposition est, précisons-le : « Le temps est venu de ne plus se mentir ». Il est vrai qu’elle sait de quoi elle parle.

En proposition 71, le manifeste propose de nous libérer de nos addictions consuméristes. Mais consommer librement reste encore le rêve de la majorité des exclus. Les « gilets jaunes » étaient furieux qu’on taxe leur consommation de gazole. Ils rêvaient de payer des vacances et des iPhone à leurs enfants. Et même, pardi, de bonnes études parce que ça coûte. La consommation n’est pas que le symbole du mal. Comme le rappelait Raymond Aron en 1969, la majorité des Français souffre non pas de la société de consommation mais de ne pas accéder aux biens que produit cette société de consommation. En 2020, les bobos et les prolos n’ont toujours pas la même grille de lecture : prôner la décroissance est plus facile de sa villa du Cap Ferret que de la France périphérique où l’on a du mal à joindre les deux bouts.

Dans la même édition du Monde, décidément au taquet !, on peut lire le remarquable « Non à un retour à la normale, signé par 200 artistes et scientifiques", parmi lesquels Juliette Binoche, Madonna, Robert de Niro, Cate Blanchett, Vanessa Paradis, Bob Wilson, Joaquin Phoenix, Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, et bien sûr Nicolas Hulot et Marion Cotillard. « La catastrophe écologique en cours relève d’une “méta-crise”, peut-on lire. L’extinction massive de la vie sur terre ne fait plus de doute et tous les indicateurs annoncent une menace existentielle directe. À la différence d’une pandémie, aussi grave soit-elle, il s’agit d’un effondrement global. » Bigre. « La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage, poursuit le texte. À quand les actes ? » Cette tribune, qui ne brasse prudemment que des généralités, recueille l’assentiment quasi général de tout le show-biz, inquiet que « la pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture. »

« Le temps n’est pas à l’exactitude et à l’esprit critique des Lumières, le temps est (re)venu de croire au grand soir, à l’élan effréné pour ouvrir de nouvelles voies. »

Peu importe si notre pandémie est due à l’infection du pangolin par la chauve-souris, pangolin lui-même consommé par les Chinois selon une bonne vieille coutume ancestrale qui, pour l’espèce, n’a pas grand-chose à voir avec le réchauffement climatique. Le temps n’est pas à l’exactitude et à l’esprit critique des Lumières, le temps est (re)venu de croire au grand soir, à l’élan effréné pour ouvrir de nouvelles voies. Juliette Binoche, tête d’affiche de cette tribune, veut en finir avec l’affreux monde d’avant. Elle a dénoncé sur les réseaux sociaux les odieux agissements du gouvernement qui veut nous tracker « Ce sont des opérations organisées par des groupes financiers internationaux (principalement américains) depuis longtemps. Ils manipulent (sans être parano) : les vaccins qu’ils préparent en font partie : mettre une puce sous-cutanée pour tous c’est NON. NON aux opérations de Bill Gates » [sic]. No comment.

Le César du meilleur acteur penseur-people radical revient cependant à Vincent Lindon. Dans un long texte quil égrène face caméra pour le site Médiapart, le comédien étrille le quinquennat d’Emmanuel Macron : goût du président pour la pompe monarchique, affaire Benalla, crise des « gilets jaunes », réforme des retraites, gestion de la crise du coronavirus… La totale. Un véritable pastiche d’Edwy Plenel comme s’en est amusée Catherine Nay sur l’antenne d’Europe 1. Vincent Lindon néanmoins propose du concret. La taxe Jean Valjean. Dont l’objectif est de taxer la fortune des riches au-dessus de 10 millions. Avec un barème qui s’échelonne entre 1 et 5 % selon le niveau de richesse. Pourquoi un seuil de dix millions ? De très mauvaises langues sur les réseaux sociaux prétendent qu’un tel seuil mettrait à l’abri la grande majorité du showbiz prêt à soutenir l’initiative sans en subir les conséquences. Ignoble diffamation. Pourquoi Jean Valjean ? Parce qu’il serait le symbole de la redistribution ? Le précurseur d’une vision moderne née au XIXe siècle de l’État providence soucieux de la détresse des plus vulnérables ? C’est vrai de Victor Hugo, bataillant à l’Assemblée contre le travail des enfants, pour l’école laïque, prononçant son célèbre « Discours sur la misère ».

« Ce qui caractérise Jean Valjean c’est sa conduite. La mise en conformité de ses actes et de sa révolte. Il ne parle pas, il ne fait pas de beaux discours, il agit. Le penseur-people radical donneur de leçons est-il prêt à donner autant de sa poche que Jean Valjean ? »

Jean Valjean, héros des Misérables, bien au contraire, n’attend rien de l’État et ne lui demande rien. Il n’exige pas, indigné, qu’on taxe les riches : il se taxe lui-même. L’ancien bagnard s’enrichit honnêtement, ouvre une fabrique de verroterie, construit un dispensaire, une école, secoure les nécessiteux, deviendra le bienfaiteur de la ville de Montreuil-sur-Mer et finalement son maire. Ce qui caractérise Jean Valjean c’est sa conduite. La mise en conformité de ses actes et de sa révolte. Il ne parle pas, il ne fait pas de beaux discours, il agit. Le penseur-people radical donneur de leçons est-il prêt à donner autant de sa poche que Jean Valjean ?

Parmi les artistes et les célébrités, certains sont des exemples. Ils font beaucoup et en parlent peu, voire pas du tout. On les applaudit. Certains font peu et en parlent beaucoup. C’est mieux que rien. D’autres sont des révoltés professionnels qui s’indignent que le système soit pourri et que l’État ne fasse rien, car c’est à lui et à lui seul de faire. Triste tropisme français. Toujours tout attendre de l’État. Surtout quand ça nous arrange ?"

 

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POUR EN FINIR AVEC LES ACCUSATIONS DE HAINE RACIALE. RÉFLEXIONS SUR L’AFFAIRE MILA.

Publié le 3 Février 2020 par Michel Brun dans Politique

Via la sphère médiatique, tout le monde sait que la jeune Mila, âgée de 16 ans, vient de vertement répliquer par des propos blasphématoires ciblant l’Islam à un harcèlement sexuel outrancier qui avait fini par l’exaspérer. Et ce qui aurait dû demeurer une affaire privée a connu une telle enflure que Mila a fini par faire l’objet d’innombrables menaces de mort sur les réseaux sociaux. L’opinion s’en est émue. Jusqu’à une ministre, qui , mise au courant, s’est pris les pieds dans une erreur de logique en désignant sur les ondes le blasphème comme une atteinte à la liberté de conscience. Et la justice s’est même emparée de l’affaire au point que Mila aurait pu être poursuivie pour incitation à la haine raciale. Mais, de manière avisée, le Parquet de Vienne a décidé de classer sans suite l’enquête entamée sous ce chef d’accusation. 
 
Au-delà de ce remue-méninges nauséeux il me parait utile de revenir sur les accusations de racisme en général qui sont le plus souvent une facilité pour tenter de museler toute critique comportementale, religieuse, ou idéologique visant un groupe humain ou des individus en particulier. Le terme de racisme a été dévié de son sens originel. Il a connu une extension abusive, sachant qu’il désigne initialement un jugement de valeur stigmatisant l’infériorité supposée d’une race par rapport à une autre . Nous en avons l’illustration parfaite avec Arthur de Gobineau et son Essai sur l’inégalité des races paru en 1853. 
Il est notoire que Gobineau a largement contribué à inspirer les théories nazies et le fantasme d’une race supérieure dont les sujets les plus représentatifs seraient les Aryens blonds aux yeux bleus, et dolicocéphales.
Il aura fallu attendre un certain nombre d’années et d’avancées scientifiques, notamment en matière d’anthropologie et de génétique, pour démontrer qu’il n’y avait qu’une seule race humaine se subdivisant en de multiples ethnies. Sans qu’il soit désormais possible de prouver que telle ou telle ethnie soit supérieure ou inférieure à une autre en raison de ses caractéristiques morphologiques, intellectuelles, ou culturelles. Et sauf preuve du contraire, nous savons que le berceau de l’humanité est l’Afrique, à partir de laquelle l’espèce humaine a migré sur toute la surface de la planète.
 
Il serait en outre stupide de qualifier de racisme la critique des exactions commises par les islamistes chiites d’Iran au nom de la Charia, quand on sait que les Iraniens appartiennent majoritairement au groupe dit « caucasien », qui est le même que celui des européens de souche...
 
En conclusion, l’expression de la liberté de penser, au prix de l’accusation de racisme, ne doit pas craindre de froisser quelques « susceptibilités ». L’auto-censure sous prétexte de racisme est une lâcheté sociologique qui profite aux extrémistes de tous poils. Quant à « ne pas mettre d’huile sur le feu », c’est renoncer à l’exercice de la pensée critique au nom d’un alibi, la paix sociale. Mais nos dirigeants ne veulent pas savoir que leur électorat est fragile et que certains citoyens commencent à s’armer, au propre ou au figuré, en prévision de la prochaine Saint Barthélemy.

 

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Sortir la France de l’inertie

Publié le 16 Janvier 2020 par Jean Mirguet dans Politique

Une fois n’est pas coutume : le journal Le Monde, dont la ligne éditoriale est le plus souvent anti-Macron, donne la parole au politiste Christian Lequesne qui, dans sa tribune du 15 janvier, rappelle qu’Emmanuel Macron a été élu pour sortir la France de l’inertie.

A l’opposé de ceux qui attribuent à Macron une pensée managériale c’est-à-dire une pensée qui vise le « zéro problème » pour ne déranger personne, au détriment du changement,  C. Lequesne affirme que l’agenda des réformes lancé par le Président répond à l’inertie du quinquennat précédent. D’où son élection, gagnée pour sortir de cette inertie.

Les responsables gouvernementaux comme les syndicats associent trop souvent les négociations du social à des manœuvres trompeuses dans lesquelles négocier équivaut à se faire avoir par le partenaire. En somme, le compromis devient synonyme de compromission, et les négociations conduisent immanquablement à des impasses.  

Aujourd’hui, la violence du rapport de forces, le choix de la castagne et de la casse empêchent la négociation et la recherche d’un compromis d’aboutir : c’est fort regrettable et il serait temps de renoncer au cocktail explosif composé de la technocratie d’Etat omnisciente et de la nostalgique lutte des classes. Cela débouche à coup sûr sur le populisme, définit dans cet article comme fruit de l’opposition entre un peuple pur sachant de quoi est fait le tragique de la vie et la lutte, et des élites qui en ignoreraient tout.

C. Lequesne y insiste : il est faux d’affirmer que la France est un pays dans lequel tout le monde accepte comme une fatalité que le progrès social passe obligatoirement par le blocage et la violence. Nombreux sont nos concitoyens qui considèrent, à l’inverse, qu’il s’agit d’un conservatisme archaïque, sclérosé dans ses corporatismes et desservant notre pays – mais les médias n’en disent pas grand chose -, surtout quand il vise à torpiller la réforme d’une politique publique aussi essentielle que le régime des retraites.

Au lieu de présenter le pragmatisme comme un renoncement au politique ou comme une dérive managériale, au nom d’une tradition politique prétendument ancestrale, il serait préférable d’en faire une valeur … pour sortir la France de l’inertie.

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L’étoile jaune ne peut pas servir d’étendard contre l’islamophobie

Publié le 16 Novembre 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Un collectif d’intellectuels s’indigne de l’utilisation, lors de la marche du 10 novembre, du signe distinctif que durent porter les juifs sous le nazisme

Tribune parue dans Le Monde du 15 novembre 2019 

 

Lors de la manifestation contre l’islamophobie qui s’est tenue dimanche 10 novembre à Paris, des manifestants, dont des enfants, arboraient sur leur manteau une étoile de David falsifiée, qui est en fait une étoile à cinq branches symbolisant les cinq piliers de l’Islam. Au centre de cette étoile on peut lire Muslim, et un croissant de lune est également attaché à l’une des branches. 

A ce sujet, Esther Benbassa déclare sur son compte Twitter à l’issue de la manifestation :
« Quant au port de cette étoile, et s’il n’était qu’un hommage aux souffrances passées des juifs et une mise en garde contre toute possible dérive ? (...) Que nos contemporains stigmatisés s’identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. » 

Hommage aux millions de morts pendant la seconde guerre mondiale, assassinés parce que Juifs ? Et rappelons-le, contraints de porter l’étoile jaune sous peine d’être arrêtés et déportés ? 

L’étoile jaune (Judenstern « étoile des juifs » en allemand) est un signe de discrimination et de marquage imposé par l’Allemagne nazie aux juifs (à partir de l’âge de 6 ans) au cours de la seconde guerre mondiale et ce, dès 1941 en Allemagne. Elle devait être cousue en évidence sur le côté gauche du vêtement. 

Différencier les contextes 

Il nous paraît indispensable de différencier les contextes et les périodes afin d’éviter de propager un amalgame trompeur et dangereux, source de confusion pour le grand public et particulièrement pour nos jeunes dont, rappelons-le, 21 % disent n’avoir jamais entendu parler du génocide des juifs, selon un récent sondage réalisé par IFOP. L’étoile jaune arborée dans le contexte de cette manifestation connaît une véritable perte de sens. On gomme ainsi la politique de persécution qui a conduit à l’extermination des juifs. 

C’est une équivoque insupportable puisqu’elle incarne la pensée par slogans, en vogue depuis quelques années, selon laquelle les musulmans seraient les « nouveaux juifs ». C’est là présupposer une similitude entre le traitement des juifs sous le IIIe Reich et celui des musulmans dans une France accusée, de façon abusive, de pratiquer un « racisme d’Etat » et de voter des « lois liberticides ». Ose-t-on ainsi insinuer que les musulmans seraient aujourd’hui discriminés au même titre que l’ont été les Juifs pendant la Shoah ? 

Devons-nous rappeler ce qu’étaient la « solution finale » et les méthodes industrielles employées pour détruire les Juifs d’Europe ? Qui oserait affirmer sans rougir que la situation des musulmans dans la France contemporaine serait semblable à celle des Juifs qu’on menait à l’abattoir ? 

La photographie d’une enfant arborant, lors de cette manifestation, ce détournement symbolique de l’étoile jaune a soulevé, à juste titre, une vive émotion. Elle révèle un autre danger d’instrumentalisation, avec des conséquences imprévisibles lorsqu’elle pèse sur l’enfance. Nous appelons les organisateurs et les soutiens de cette manifestation à exprimer publiquement leur dénonciation de ce honteux détournement de signe. Leur silence serait tenu pour approbation. 

Nous souhaitons par ailleurs que le premier ministre, Edouard Philippe, et son gouvernement se montrent particulièrement vigilants face au risque d’embrigadement, quelle que soit la cause. 

 

Martine Benoit, référente racisme et antisémitisme, professeure d’études germaniques à l’université de Lille, directrice de la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société ; Amine Benjelloun, pédopsychiatre, Casablanca (Maroc) ; Claire Brisset, ex- Défenseure des enfants ; Elie Buzyn, chirurgien retraité, ancien déporté d’Auschwitz Buchenwald ; Emmanuel Debono, historien ; Jacques Ehrenfreund, professeur d’histoire du judaïsme allemand à l’université de Lausanne ; Yana Grinshpun, maître de conférences en sciences du langage, université Sorbonne nouvelle ; Nathalie Heinich, sociologue, CNRS ; Gunther Jikeli, professeur à l’université d’Indiana, Etats-Unis ; Roselyne Koren, professeure des universités en sciences du langage au département de français de l’université Bar-Ilan, Israël ; Joël Kotek, professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles ; Smaïn Laacher, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg ; Jean-Pierre Lledo, cinéaste ; Claude Maillard, psychanalyste, médecin, écrivain ; Céline Masson, référente racisme et antisémitisme, professeure des universités, Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits, université de Picardie Jules-Verne ; Isabelle de Mecquenem, référente racisme et antisémitisme, professeure agrégée en Inspe, université de Reims-Champagne-Ardenne, membre du Conseil des sages de la laïcité ; Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale ; Ziva Postec, réalisatrice et chef monteuse du film « Shoah » ; Patricia Sitruk, directrice générale de l’Œuvre de secours aux enfants ; Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, CNRS 

 

 

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