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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

Vertus de l'insulte ?

Publié le 29 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Politique

"Attention à l’arrogance, vous êtes très sûr de vous", lance jeudi soir à la télévision Alain Juppé à François Hollande. Le lendemain du débat, Coppé enfourche le même argument, il a "découvert une vraie arrogance, qu'Alain Juppé a notée aussi". Et Xavier Bertrand n’est pas en reste qui « préfère quelqu'un qui fait preuve de sincérité, comme Nicolas  Sarkozy, plutôt que quelqu'un qui a de l'arrogance, comme François Hollande ».

Voici donc la dernière trouvaille de l’UMP: l’adversaire socialiste est arrogant. Candidat présomptueux, il a l’audace de vouloir devenir chef de l’Etat, il ose demander à ses concitoyens de lui confier la direction du pays, s’avise de s’arroger le droit de devenir Président. Pour ceux qui, à l’UMP, considèrent que le pouvoir est leur chose, que tout leur est dû, et qu'il n'y a qu'une seule politique, la leur, la pilule Hollande est difficile à avaler.

Je parie que cette dénonciation de l’arrogance du candidat socialiste permettra bientôt aux aficionados sarkozystes de mettre en lumière, par contraste, la  modestie de leur champion qui, entre fausses confidences et regrets sincères (?), évoquait, mardi, l’éventualité de la fin de sa carrière politique.

 

Dénoncer l’arrogance de l’autre, est-ce injurieux ? Ou est-ce une insulte ?

Est-ce injurieux ou insultant quand Jacques-Alain Miller moque François Hollande, « relooké Imperator » et écrit dans Le Point du 20 octobre 2011 que «  le makeover de Hollande faisait rire. Plus maintenant : il symbolise la transformation politique de l'Homme-de-gauche-édition-2012. Ses premiers pas sont encore hésitants ? Normal, après une opération aussi lourde : une mue, une métamorphose à la Kafka, le lifting de tout le corps. Fade et flou face à une Aubry en noir et blanc, Hollande vainqueur a prononcé dimanche soir - pour la première fois, j'en jurerais - le mot "impérieux". Son discours était au diapason. Pour ainsi dire, Clemenceau perçait sous Flanby (...) Cette image de synthèse tiendra-t-elle la distance ?  ».

Arrogant, relooké Imperator, Flanby, image de synthèse : des insultes ? des injures ?

 

Faire injure à quelqu’un, c’est d’abord commettre une injustice à son égard, c’est une offense par des paroles blessantes, un outrage alors que l’insulte tente de vous atteindre et de vous détruire dans votre existence de sujet.

Alain Didier-Weill (Les trois temps de la loi, Seuil, 1995) distingue radicalement l’injure de l’insulte : l’injure dit quelque chose de faux tandis que l’insulte nomme un réel que le sujet n’est pas en mesure de contester. L’insulte renvoie le sujet à un jugement  portant sur ce qu’il est réellement, depuis toujours. C’est une affirmation.

Quand l’insulteur jouisseur, débordant de colère ou se contenant froidement (ça dépend de sa structure), déverse son flot d’insultes, on sent bien qu’il n’y a pas assez de mots pour dire l’insulte définitive, celle qui ferait mouche pour atteindre l’être de l’adversaire et le réduire à néant : le mot ultime fait défaut pour pouvoir dire ça. L’insulteur éructe ou persifle quand il n’a plus assez de mot pour métaboliser la colère qui l’étouffe. Haddock

 

Enfin, last but not least, l'insulte peut se cacher sous l’hypocrisie des bonnes manières et se donner les airs de raffinement qu’on trouve chez le dandy, l’esthète ou pire, le gommeux ou le bobo pédant.

Mais il y a aussi des psys qui revendiquent l’usage d’une certaine forme d'insulte dans la direction de la cure et qui considèrent que l’insulte est une coupure salutaire, notamment dans les discours prétentieux qui ignorent qu’ils sont insultants... . Politiquement incorrecte, l’insulte peut se révèler un remède possible contre les boursouflures narcissiques...

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La nouvelle ruée vers l'or noir

Publié le 27 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Villes

Aux Etats-Unis, les pétroliers ont le vent en poupe...Le prix du baril frôle les 100 euros et il ne cesse de grimper. Du coup, des gisements abandonnés dans les années 90 redevie
Pétrole LA
nnent rentables. C'est le cas en Californie. La ville de Los Angeles est assise sur l'une des plus énormes réserves d'or noir des Etats-Unis...
Voir le reportage signé Olivier Mirguet et Coralie Garandeau : http://www.arte.tv/fr/La-nouvelle-ruee-vers-l-or-noir/6305542.html
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La psychanalyse aujourd’hui (IV) : interdire la psychanalyse ?

Publié le 20 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Après le film de Sophie Robert, voici un nouvel épisode dans la guerre menée contre le travail psychanalytique avec les autistes : un post du Point du vendredi 21 janvier 2012 nous apprend que le député UMP Daniel Fasquelle a déposé, aujourd'hui, sur le bureau de l'Assemblée Nationale, une proposition de loi visant à interdire les pratiques psychanalytiques dans l'accompagnement des personnes autistes au profit de la généralisation des méthodes éducatives et comportementales, et la réaffectation des financements existants à ces méthodes.

"Pour aider ces personnes à s'en sortir, la France ne peut plus continuer à cautionner et financer les pratiques de type psychanalytique dans le traitement de l'autisme", affirme le député qui s’indigne « en constatant qu'en France ce sont les pratiques psychanalytiques généralisées dans nos établissements hospitaliers et médico-sociaux qui sont financées par l'Assurance Maladie".

Il ajoute que "l'approche psychanalytique a été abandonnée depuis au moins 20 ans dans la plupart des pays occidentaux au profit de méthodes éducatives et comportementales". La psychanalyse "ne figure dans aucune recommandation nationale ou internationale en matière d'autisme", écrit-il, alors que l'apport de "certaines techniques de rééducation spécifiques (outils de communication, méthodes éducatives, méthodes comportementales) a été démontré dans plusieurs études".

Selon ce député, une étude est en cours au Conseil économique social et environnemental sur "le coût économique et social de l'autisme en France" et qui "devrait permettre de pointer le coût induit par la mauvaise prise en charge et démontrer la nécessité d'un accompagnement éducatif et comportemental, le plus précocement possible".

Si certains, comme ce député, jugent que la psychanalyse ne constitue pas un remède contre l’autisme, on pourrait leur rétorquer avec Jacques Lacan que, si elle est un remède contre l’ignorance, elle est sans effet sur la connerie, sur ce trop-plein de préjugés résolument hostile et hermétique à toute nouveauté, au radicalement Autre.

Ce qui n’empêche pas des psychanalystes conservateurs, transis et rivés au dogme de demeurer des abonnés fidèles à cette connerie, puisque croyant dialoguer avec les autres, ils ne font, malheureusement, que monologuer dans la galerie des glaces de leur communauté.

Alors, quoi, faut-il interdire aux psychanalystes de travailler avec les autistes ? Faut-il interdire aux autistes de rencontrer des psychanalystes ? Faut-il interdire la psychanalyse et encourager la chasse aux sorcières ? Ou encore : ne faudrait-il pas interdire l’autisme ?

L’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis, créée en 1960) vient de publier un communiqué de presse par lequel elle s’oppose à la proposition de loi de M. Daniel Fasquelle. Christel Prado, sa présidente s’insurge : « Interdire une forme d’accompagnement ne sert à rien et est clivant. Concentrons nos énergies à développer de façon urgente les méthodes qui ont prouvé leur efficacité. Si l’autisme est la grande cause 2012, c’est pour développer la recherche et permettre de répondre au mieux aux besoins des personnes autistes le plus précocement possible. Les personnes autistes et leurs familles ont besoin de compétences multiples pour répondre à leur problématique. Par ailleurs, en tant que Rapporteur au Conseil économique social et environnemental du projet d’avis sur « le coût économique et social de l’autisme en France », il est tout à fait prématuré d’en tirer de quelconques conclusions.»

 

 

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Les Etats-Unis à la parade

Publié le 17 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Spectacles

Lundi 2 janvier, 8h15 heures du matin. Nous venons d’arriver à l’angle de Colorado Boulevard et de Raymond Avenue, en plein centre de Pasadena, dans la banlieue nord-est de Los Angeles.Rose parade 1555 (2)

La 123e Rose Parade bat son plein depuis environ un quart d’heure. Son thème cette année : « Just imagine »... tout un programme ! Pas moins de 44 chars superbement décorés de roses (mais pas uniquement), 22 troupes à cheval et 21 marching bands d’au moins 200 musiciens chacun composent la parade. Les « fanfares » sont américaines, bien sûr, mais pas seulement : certaines viennent de Porto Rico, du Canada, du Japon et même de Suède. Cet après-midi, se déroulera le Rose Bowl Game, le match de football américain universitaire le plus prestigieux.Marching band

A ses débuts en 1890, la Rose Parade était destinée à valoriser les hivers cléments du Sud de la Californie.  En l’espace d’un siècle, elle est devenue une attraction mondiale - suivie par plus de 50 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis et retransmise dans plus de 200 pays - de même qu’une source d’importantes retombées économiques - 400 millions de dollars dans le Sud de la Californie.

700000 personnes sont massées tout le long du parcours. Parmi elles, de nombreuses familles entières se sont installées sur les trottoirs depuis la veille ; pour ne rien rater du spectacle, elles ont apporté matelas, sac de couchage, de quoi faire à manger et ont installé leur campement tout le long de Colorado Boulevard, la longue avenue de 5 miles et demi qui traverse Pasadena d’Est en Ouest.

Quelle ferveur ! Mais alors que, moment où nous arrivons, la foule en liesse acclame les chars fleuris, les fanfares et les cavaliers, un avion furtif de l’US Air Force survole la Parade !

Pour être à l’heure, nous nous sommes levés tôt. Un quart d’heure de voiture jusque Highland Park Station, la station de métro la plus proche située sur la Gold Line.

Le métro est bondé. Impossible de monter dans la première rame qui  se présente. Nous avons plus de chance avec la suivante qui nous dépose vingt minutes plus tard à Memory Park.

Nous nous laissons porter par le flot de tous ceux qui, calmement, se dirigent vers le parcours où passe l’immense corso. Mais difficile de voir quelque chose derrière toutes ces rangées de spectateurs qui crient, applaudissent, sifflent.

Le défilé va durer deux heures, survolé à un moment par un petit avion qui tracte une banderole sur laquelle est inscrite « Impeach Obama ! » (Obama destitution !)Impeach Obama

Quelle ambiance ! Pas de doute, la Rose parade, c’est la tradition qui défile, en exhibant sans complexe, les symboles de la puissance américaine. Manifestement, une fierté émane de cette exultation populaire, fierté d’être tous américains, surtout dans cet état d’immigration qu’est la Californie...la glorieuse Star-Spangled Banner est là, toute proche, faisant bomber les torses d’orgueil !

Alors que les derniers chars viennent de passer et que la Parade se termine, une autre s’annonce, bien différente de l’officielle.  C’est celle du rassemblement « Occupy the Rose Parade » qui s’est créé dans la mouvance de « Occupy Wall Street ».Occupy the rose parade Ce mouvement de contestation pacifique s’était formé en septembre à New York pour dénoncer les abus du capitalisme financier. Après avoir occupé le parc Zuccotti, les manifestants ont été expulsés violemment par la police new yorkaise un mois plus tard. Leur revendication s’adresse à Obama à qui ils demandent la création d’une commission présidentielle pour mettre fin à l’influence de l’argent sur la représentation du peuple à Washington.

En novembre, ils ont occupé l’Hôtel de Ville de Los Angeles et ils avaient annoncé leur intention d’occuper la Rose Parade ! Après moult tractations, la police leur a donné quand même l’autorisation de marcher tout de suite après les derniers chars, à la condition de ne pas perturber la cavalcade, sous peine de se voir infliger 1000 $ d’amende et 6 mois de prison !

La parade des occupy protesters s’ouvre avec « Goldie Sachs », une pieuvre géante faite de sacs en plastique et référence à la banque Goldman Sachs dont on connaît le rôle désastreux dans la crise financière actuelle. « Goldie Sachs » étale ses tentacules sur toute la largeur de Colorado Boulevard, et se faufile, tel un immense monôme, entre les spectateurs toujours présents.

We the peopleA côté des militants de « Occupy the Rose Parade », manifeste toute une faune hétéroclite de militants des droits des animaux, de sectes religieuses prédisant la fin du monde, de militants pour les droits civiques, d’opposants à la guerre...etc. L’ambiance est joyeuse, festive, nous sommes loin des chars fastueux qui, tout à l’heure, faisaient l’admiration de l’Amérique conservatrice.

Mais, le défilé se termine car se profile derrière les manifestants, une escouade d’impressionnants véhicules de la police anti-émeute. Arnachés comme des robocops, ils ferment la manifestation.Police 1627

Tout de suite après, les voitures recommencent à circuler ou du moins essayent-elles de le faire car il nous faudra pas moins d’une heure pour que le bus dans lequel nous nous sommes engouffrés puisse sortir de Pasadena et ramener sa cargaison de spectateurs à Union Station, la superbe et principale gare de LA.

 

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Voyous et aristocrates

Publié le 11 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Littérature

J’ai suivi le conseil de Sarkozy, j’ai lu le Limonov d’Emmanuel Carrère : formidable ! Ce livre est fascinant, autant du fait de Limonov lui-même que de la fascination qu’il exerce sur son biographe.

Limonov fait penser à Céline à moins qu’il ne soit une sorte de Bukowski soviétique voire un personnage à la John Fante.

Aucun d’eux n’est politiquement correct. Vivre dans la normalité n’est pas leur viatique. Fuyant comme la peste tout ce qui pourrait ressembler à un sentier battu, ils défendent des thèses provocatrices, perturbantes, choquantes. Dans un ricanement ininterrompu, ils ont systématiquement exclu de leur vie toute banalité.

L'année de ses 34 ans, Edouard Limonov passe le plus clair de son temps  dans une chambre d'hôtel miteuse de Broadway ; il ne connaît pratiquement personne à New York et il est trop pauvre pour aller faire la fête dans les clubs branchés du coin. Faute de mieux, il entame la rédaction de son Journal d'un raté, titre qui n’est pas sans faire écho au Souvenirs d’un pas grand chose de Bukowski.

La plupart des hommes avancent comme ils peuvent, pas après pas, en essayant de se débrouiller avec les embûches du réel. Mais Limonov veut davantage, il veut s’assurer qu’il est toujours bien vivant. Aussi, n’hésite-t-il pas à braver la mort ou à faire d’elle la compagne journalière de ses tribulations.

Contrairement au suicidaire qui prétend n’être sur terre que par la volonté d’un autre, il se soumet au sévère impératif consistant à demander à vivre. Il n’est pas si différent de Bukowski qui avouait que, dans le fond, c’est pour ça qu’il écrivait : « pour sauver ma peau, pour échapper à la maison de fous, à la rue, à moi-même (...) Plus je vieillis, plus je noircis de la copie tandis que la Grande Faucheuse m’entraîne dans une dernière valse », cette Grande Faucheuse avec laquelle il se prétendait copain comme cochon.

Le monde ennuyeux des normaux, le fade univers des bien-pensants et des vertueux ne fait pas partie de leur réalité : eux seront poète, clodo, alcoolo, hors-norme. Ils brûlent d’une vie d’exception, en dehors de la loi commune, non par narcissisme mais par amour pour le réel. S’avouer tels qu’ils sont, refuser de porter un masque : c’est comme ça qu’ils sont des bads guys, des mal-pensants, des voyous aristocrates.

Il y a toutefois une différence entre eux car si Limonov fréquente les diables plutôt que les saints, se toque de Karadzic, s’affiche avec Jirinovski et crache sur Soljenitsyne, Sakharov et Rostropovitch, c’est pour être là où ça barde, où il y a encore de la place pour ceux qui ne tiennent pas à être secourus. Alors que pour Bukowski, seule lui convient la solitude devant sa machine à écrire : « quand vous lâchez votre machine à écrire, vous lâchez votre fusil automatique, et les rats rappliquent aussitôt ».

Des égaux, des frères, Bukowski en comptait peu (Dostoïevski, Céline, Fante, Baudelaire, Kafka). Pourtant, Limonov aurait pu faire partie de sa famille, une famille de gosses fantasques, roublards, excessifs, christiques et nietzschéens à la fois, en quête de beauté, d'émotions, de sentiments jamais assez forts.

Aujourd’hui, face à la norme du bien-être collectif, des bonnes pratiques et de la bien-pensance, les écrivains, membres de cette famille, font figure de malades et on peut supposer que, bientôt, sera prononcée leur mise entre parenthèses pour atteinte aux bonnes mœurs (voir ce qui est arrivé récemment avec la défunte année Céline). Que comprendront alors les non-malades à Women, aux Contes de la folie ordinaire, à Pulp ou à Voyage au bout de la nuit ?

A un journaliste qui lui demandait si boire n’était pas une maladie, Bukowski répondit que respirer était une maladie. A Emmanuel Carrère qui lui demande comment il se voit vieillir, Limonov répond que c’est en Asie Centrale, dans des villes comme Samarcande ou Barnaoul qu’il se sent le mieux. Là-bas, il y a des mendiants qui, quand on leur jette une piécette sur le bout de velours placé devant eux, ne disent pas merci. « On ne sait pas ce qu’a été leur vie, on sait qu’ils finiront dans la fosse commune. Ils n’ont plus d’âge, plus de biens, à supposer qu’ils en aient jamais eu, c’est à peine s’il leur reste encore un nom. Ils ont largué toutes les amarres. Ce sont des loques. Ce sont des rois. »

 

Deux rendez-vous:

A voir vendredi 13 janvier dans 28 minutes, sur Arte, à 20h05, Olivier Mirguet part sur les traces de Bukowski à Los Angeles.

Le lundi 30 janvier à 17h30, à l’Opéra National de Lorraine à Nancy, Françoise Rossinot reçoit Emmanuel Carrère dans le cadre des Rencontres du Livre sur la Place.

 

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Je vous écris de Los Angeles...

Publié le 1 Janvier 2012 par Jean Mirguet dans Villes

Charles BukowskiNick Belane, le "privé" de Bukowski dont la mission consiste à retrouver Céline supposé toujours vivant à Los Angeles (Pulp, 1994), s'interroge : est-ce le bon Céline ou un imposteur ? Il avoue douter lui-même, parfois, de son identité et se dire qu'il pourrait être n'importe qui car, après tout, quelle importance ? Hein, qu'est-ce qu'un nom ? demande-t-il.

Ceux qui, en France et ailleurs, s'affolent à l'idée de voir leur nom effacé pourraient utilement relire  le sulfureux Bukowski, leur orgueilleuse témérité dût-elle en souffrir. Ils liraient, par exemple, dans All is well que "le génie moi je verrais plutôt ça comme être capable de dire quelque chose de profond de façon simple, ou encore mieux, quelque chose de simple de façon encore plus simple encore" ou cet autre pied de nez au Genius, cet écrivain qui "parfois oublie qui il est. Des fois il se prend pour le Pape / D'autres fois pour un lapin qu'on cannarde et qui se cache sous le lit (...) mais c'est  en Pape qu'il est le mieux / Et son latin est très bon. Ses oeuvres d'art ne sont pas si exceptionnelles que ça / Mais lui permettent de durer.../Il épuise tout le monde, sauf lui" (cité par P. Garnier dans L'oreille d'un sourd, Grasset 2011).

Ici, à éleille, comme l'articulent les Angelenos, avec cet inimitable et savoureux accent qui vous donne l'impression qu'en prononçant ces deux lettres mythiques, ils font rouler leur langue dans leur bouche comme s'ils dégustaient un cabernet sauvignon de la Nappa Valley...ici, à LA donc, les noms des célébrités du cinéma, de la musique, de la peinture, de l'architecture s'inscrivent en toutes lettres à chaque coin de rue.

Pourquoi cette sorte de lutte contre le risque de l'oubli du nom ? Celui-ci est-il si fragile qu'il faille le graver en lettres d'or sur le sol, l'inscrire sur les murs ou l'exposer sur les flancs du mont Hollywood ?...le sign qu'on recherche sitôt arrivé ici ; on ne l'a vu qu'au cinéma mais le voir en vrai, là devant soi, quelle expérience ! On n'y croit pas et on se pince pour vérifier qu'elles sont bien réelles ces 9 lettres qui font signe de cette chose étrange, informe, cet alien qui fut et reste toujours, pour le meilleur et pour le pire, une sorte de laboratoire pour l'Amérique du futur.

Comment estimer, jauger, évaluer cette ville ? Comment en prendre la mesure à partir de nos critères européens ? Tâche impossible tant l'identité de ce qui fût la Cité des Anges des Mexicains est le résultat du mixage des cultures de tous ceux, Américains ou migrants de toutes les régions du monde, venus conquérir le far West. Ils rêvaient - et rêvent toujours - de s'y créer une nouvelle vie, inédite, sans précédent, inouie. Promesses sublimes et prodigieuses côtoyant de terribles et désespérants désenchantements.

Difficile de dire si LA a de la valeur mais, incontestablement, elle a du style. Charles Bukowski l'antiprétentieux, encore et toujours lui, qui a passé sa vie à se mesurer à Hemingway et qui, certaines nuits, tapait tellement fort sur les touches de sa machine à écrire qu'il en trouait le papier, assurait qu'il est préférable de faire un truc sans valeur avec style, qu'un truc valable sans style.

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