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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

psychanalyse et psychanalystes

Retrait de l’amendement sénatorial 159

Publié le 24 Novembre 2025 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes, Psychanalyse

L'amendement sénatorial 159 proposant de mettre fin au remboursement par l'Assurance maladie de « tout soin, acte et prestation se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques », à compter du 1er janvier 2026, a finalement été retiré.

Déposé dans le cadre de l'examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), le texte était porté par la sénatrice centriste Jocelyne Guidez, soutenue par onze sénateurs. Il visait, selon ses auteurs, à « recentrer les financements publics sur des pratiques dont l'efficacité est démontrée ».

Cet amendement a suscité une levée de boucliers chez les psys, une pétition initiée par le Syndicat national des psychologues (SNP) ayant rallié près de 100 000 signatures en quelques jours. « La mobilisation a payé, mais la vigilance reste de mise et le combat doit se poursuivre », a prévenu le syndicat.

Nous vivons en démocratie, un régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. « Le démocrate est modeste, écrivait Camus, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent ».

Cela vaut pour la psychanalyse qui n’a aucune vocation à l’hégémonisme et au totalitarisme. Jacques Lacan jugeait aberrant d'isoler le champ de la psychanalyse plutôt que de voir ce qui, dans celui-ci, est non pas analogue mais directement en connexion, en prise, embrayé, avec une réalité qui nous est accessible par d'autres disciplines, d'autres sciences humaines. Il estimait indispensable d'établir ces connexions pour bien situer le domaine de la psychanalyse, et même simplement pour s'y retrouver.

Autrement dit, la psychanalyse est pas-toute, c’est une discipline qui objecte à l’idée même d’un tout. Comme le souligne Jérôme-Évariste Terrier dans sa tribune du Monde, notre système de santé repose sur une vertu essentielle, son pluralisme thérapeutique. Celui-ci découle d’une réalité : la souffrance psychique est hétérogène. Aussi, aucune approche unique, qu’elle soit comportementale, médicamenteuse, analytique ou autre, ne peut répondre à la diversité des situations. Restreindre cet éventail sans justification scientifique solide, c’est réduire notre capacité collective à penser la complexité. Ne plus rembourser les actes et prestations se réclamant de la psychanalyse, c’est restreindre un pluralisme thérapeutique essentiel.

Le site Enjeux Actuels De La Psychologie a publié ce commentaire invitant à la vigilance. Je le propose à votre lecture :  

« Voir, en direct, la sénatrice qui porte l’amendement 159 au bord des larmes a été éprouvant. On sent bien qu’il y a derrière cette offensive une histoire personnelle, une souffrance, des rencontres avec des pratiques qui ont pu être maltraitantes ou aveugles. Rien à gagner à mépriser cela : la douleur de certains parcours est réelle, et des dérives existent – y compris du côté de ceux qui se réclament de la psychanalyse.

Mais c’est précisément là que le problème commence : transformer une histoire singulière, aussi légitime soit-elle, en motif d’exclusion d’un courant entier des dispositifs de soin financés par la Sécurité sociale. Faire passer du registre intime au registre législatif, et tenter d’effacer d’un trait de plume tout ce qui se réclame d’une inspiration psychanalytique ou psychodynamique.

Et la réponse de la représentante du gouvernement ne nous rassure qu’à moitié. Dire que « ce n’est pas dans le PLFSS que cela doit se traiter » revient à dire :

« Pas comme ça, pas ici… mais ailleurs. »

Autrement dit : la cible demeure. La volonté politique de réduire le champ des pratiques, de marginaliser ce qui ne rentre pas dans le modèle des thérapies brèves, protocolisées, facilement chiffrables, reste intacte. L’amendement est tombé, mais la logique qui le porte, elle, n’est pas tombée.

Ce que cette séquence a rendu très visible, c’est :

• qu’il existe une offensive structurée contre les pratiques d’inspiration psychanalytique et, plus largement, contre toute clinique centrée sur la parole, le transfert, la temporalité propre du sujet ;

• qu’on tend à confondre soin psychique et gestion du risque, clinique et comptabilité, thérapie et performance.

Et ce qu’elle a montré tout autant, c’est la puissance de la mobilisation : syndicats, collectifs, écoles de psychanalyse, psychologues de tous horizons, psychiatres, infirmiers, patients, citoyens… tout le monde ne pense pas la même chose, mais beaucoup ont dit clairement :

« Non, on ne laissera pas réduire le soin psychique à un seul modèle. »

De ce point de vue, l’amendement 159 a joué malgré lui un rôle de révélateur.

Il a rendu public ce que nous dénonçons ici depuis longtemps : la tentation d’une psychologie d’État, alignée sur des indicateurs, où ce qui dérange – la conflictualité, le désir, l’inconscient, la singularité – devient gênant… donc sacrificié

Pour la suite, notre position reste simple :

• défendre la pluralité des approches (psychanalytiques, psychodynamiques, humanistes, systémiques, TCC, etc.) dès lors qu’elles sont travaillées, éthiques, engagées ;

• refuser que des expériences douloureuses réelles soient instrumentalisées pour effacer un pan entier de la clinique ;

• rester vigilants face à toutes les tentatives de contournement (décrets, recommandations, dispositifs de remboursement) qui chercheraient à revenir par d’autres voies là où l’amendement 159 vient de reculer.

L’amendement est retiré. La bataille pour une psychologie non standardisée, non soumise entièrement aux logiques d’État ou de marché, elle, continue. »

 

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L’efficacité douteuse de l’amendement 159

Publié le 19 Novembre 2025 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

         Un amendement, dit amendement n° 159, rédigé le 14 novembre 2025 par quatre sénatrices et sénateur dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 propose, pour réaliser des économies, d’interdire, à compter du 1er janvier 2026, le remboursement des soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques jugés non-efficaces, et ce quel que soit le dispositif : CMP, Mon Soutien Psy, établissements médico-sociaux, exercice libéral, etc… Ce sont ainsi des milliers de professionnels, psychologues comme psychiatres, et des milliers voire des millions de patients qui pourraient être directement concernés.

 

Dans un contexte de pénurie de moyens dont souffrent la psychiatrie et les structures de soin psychique, l’entrée en vigueur de cet amendement qui vise à se priver de pans entiers de professionnels diplômés et qualifiés, constituerait un grave dommage pour le système de soins français. Aussi est-il légitime de s’y opposer de la façon la plus vigoureuse. (voir à ce sujet la pétition https://c.org/YSx4BkrmSX)

 

Cette campagne d’attaque contre la psychanalyse n’est pas nouvelle et s’inscrit dans l’histoire de cette discipline. Déjà Freud, en 1916, écrivait à propos du statut du psychanalyste : « Dans l’état des choses actuel, celui qui choisirait cette carrière se priverait de toute possibilité de succès universitaire et se trouverait, en tant que praticien, en présence d’une société qui, ne comprenant pas ses aspirations, le considérerait avec méfiance et hostilité et serait prête à lâcher contre lui tous les mauvais esprits qu’elle abrite en son sein. Et vous pouvez avoir un aperçu approximatif du nombre de ces mauvais esprits rien qu’en songeant aux faits qui accompagnent la guerre. »

Choisir la psychanalyse aujourd’hui, quand font rage les discours sur l’efficacité, c’est s’obliger à devoir justifier constamment la nature et la rigueur de son travail, chose qui n’est pas demandée à tous. Ce qui distingue les approches orientées par la psychanalyse des neurosciences tient à ce qu’elles visent à permettre aux sujets de retrouver la voie de leur singularité dans un lien de parole – c’est une question d’éthique pour les praticiens qui s’orientent de ce discours.

         Or, en s’appuyant sur l’evidence based medicine qui orchestre depuis une décennie la santé mentale, la HAS (Haute Autorité de Santé) estime qu’il n’existe pas de preuves de l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse et recommande de se référer à ses guides de traitement et de bonne pratique qui servent de cadre et de référent aux décisions cliniques et politiques. Ces guides font état des traitements et des thérapeutiques reconnus comme efficaces pour tel ou tel syndrome. Ils énoncent donc une norme thérapeutique.

Dès lors, il en est résulté, depuis le début des années 1980, des polémiques interminables entre psychanalyse et neurosciences où les invectives et les procès d’intention ont remplacé les arguments. Au lieu de réfléchir à de possibles points de convergence, on a alors assisté à une rigidification des positions perçues comme antagonistes : les neuroscientifiques, forts des progrès de leur discipline et aussi de la difficulté de la psychanalyse de prouver son efficacité suivant les critères de l’Evidence-based medicine, ont répété que la psychanalyse n’était qu’une pseudo-science, tandis que beaucoup de psychanalystes se sont détournés des recherches entreprises dans les neurosciences, considérées par eux comme réductionnistes, scientistes – quand elles ne sont pas soupçonnées d’être au service d’une conception idéologique et mercantile du soin.

Le pire est certainement la situation de dénigrement et d’ignorance réciproque qu’on connaît en France depuis plusieurs années quand certains psychanalystes ne supportent plus d’entendre prononcer « cerveau » et que des neuroscientifiques font usage de mots d’une grande sévérité contre la psychanalyse, alors qu’ils n’ont jamais lu une ligne de Freud ou de Lacan.

 

 

Que les neurosciences et la psychanalyse soient essentielles dans les recherches sur le fonctionnement psychique ne doit pas signifier qu’elles sont exclusives l’une de l’autre. De la même manière que Winnicott écrivait qu’un bébé ne peut pas exister tout seul car il fait essentiellement partie d’une relation, un cerveau seul, cela n’existe pas …

Or, force est de constater que, dans la recherche en santé mentale, les inventions technologiques prévalent sur la parole du patient ou l’observation de son état ou de son milieu. La création d’un nouveau logiciel statistique ou d’une technique d’imagerie suscite plus d’enthousiasme (et donc de financement) que la compréhension des enjeux éthiques ou relationnels rencontrés.

Aussi, est-on en droit de se demander - et l’amendement 159 conduit inévitablement à cette question – si comme l’écrit Marie Leclaire, psychologue et professeur de clinique à l’Université de Montréal, la technologie ne porte pas en son creux une forte dose de haine du relationnel et du subjectif.

Que cache cette peur du relationnel, cette crainte du subjectif qui infiltrent la médecine fondée sur les preuves ? S’agit-il d’une illusion de maîtrise dont le clinicien voudrait s’armer pour se protéger des effets de la souffrance ? L’efficacité thérapeutique n’a -t-elle pas partie liée avec les effets de suggestion, le transfert et le contre-transfert, les désirs conscients et inconscients, les écarts entre demande manifeste et demande latente ? Faudrait-il renoncer à des savoirs non prouvés ou à du non-savoir pour obtenir un brevet d’efficacité ?

Concluons provisoirement avec Lacan quand il affirme que « ce que la psychanalyse maintient, c’est qu’il y a un irréductible lié à la sexualité et à l’inconscient, un trou dans le symbolique auquel chaque humain de par son rapport au langage a à faire. C’est ce qui peut se résumer en termes de causalité psychique. C’est cela qu’une cure psychanalytique explore pour cerner la solution que chacun a trouvé pour faire face à ce trou qui fait que tout ne peut pas se dire. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le psychanalyste et le bruit

Publié le 8 Mars 2024 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Alors que les médias et le grand public se gargarisent des accusations de viols et d’agressions sexuelles portées contre Gérard Miller, le « psychanalyste star des plateaux télé », interrogeons-nous sur l’usage du titre de psychanalyste et sur les effets de l’usage de ce titre sur la psychanalyse elle-même.

"Gérard Miller, psychanalyste", ne cesse-t-on de lire et d’entendre … Oui, certainement, dans l’intimité de son cabinet, mais ailleurs ?

Est-il psychanalyste lorsque, dans un communiqué de presse, réfutant les accusations portées contre lui, il affirme comprendre que l’on puisse dire qu’un rapport inégalitaire existait avec les femmes bien plus jeunes que lui qu’il séduisait ? « Psychanalyste, universitaire, auteur, chroniqueur télé et radio, j’étais de fait un homme de pouvoir », dit-il. Il ajoute « qu’il y avait dès lors une dissymétrie “objective”, dont on peut se dire aujourd’hui qu’elle était rédhibitoire». Quid alors de sa place de psychanalyste dans cette dissymétrie ?

Est-il encore psychanalyste dans les multiples lieux où ses nombreux talents le conduisent ? Il enseigne, écrit, est réalisateur, acteur de cinéma et de théâtre, chroniqueur et éditorialiste à la radio et à la télé, militant politique.

Est-il psychanalyste partout et toujours ? Peut-on être psychanalyste partout et toujours ? À en faire son identité, à être psychanalyste à part entière, ne commet-on pas une usurpation ? Que deviennent le psychanalyste et la psychanalyse dans ce foisonnement d’activités et cette recherche persistante de l’audience ?

On pourra me rétorquer que, après tout, rien n’interdit à un homme comme lui de faire étalage de ses innombrables dons et de son habileté dans le vaste domaine de la représentation.

Rien n’interdit cela sauf que, quelque soit le lieu de ses interventions, sa qualité de psychanalyste, donc sa fonction de psychanalyste, toujours accolée à son nom, ne va pas sans poser la question d’un manquement à l’éthique.

Gérard Miller, élève de l’École fondée par Jacques Lacan et diffuseur avec d’autres de son enseignement,  n’ignore sans doute pas ce qu’énonçait Lacan dans une conférence prononcée en 1967 à Rome, connue sous le titre « La psychanalyse. Raison d’un échec » (Jacques Lacan, Autres écrits, 2001). Lacan y livre sa pensée sans détour : « Le bruit ne convient pas au psychanalyste, et moins encore au nom qu’il porte et qui ne doit pas le porter »

Ce jugement sans appel est la conséquence logique des préoccupations que Lacan a toujours eues concernant l’enseignement de la psychanalyse et la clinique analytique. Il faut rappeler qu’il avait fondé son École en vue d’un travail qui, je cite « - dans le champ que Freud a ouvert, restaure le soc tranchant de sa vérité ; – qui ramène la praxis originale de la psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde ; – qui par une critique assidue, y dénonce les déviations et les compromissions qui amortissent son progrès en dégradant son emploi».

Tout au long de son parcours, il n’aura de cesse de dénoncer les déviations, tels, par exemple, les effets de groupe.

Lacan ne courait pas après le succès de la foule ; pour lui, le psychanalyste n’est ni bateleur, ni comédien, ni cabotin. Le succès qu’il recherche est ailleurs, c’est celui du rapport de la tâche à l’acte : « La tâche, dit-il, c’est la psychanalyse. L’acte, c’est ce par quoi le psychanalyste se commet à en répondre. »

Les accusations auxquelles Gérard Miller est confronté, qui se multiplient, qui se répètent comme si elles revenaient toujours à la même place, attestent que quelque chose en lui n’a pas marché, ce qui est la définition même du symptôme. Des accusations qui viennent faire échec aux pratiques de celui cruellement surnommé « Divan le terrible ».

Un constat s’impose : celui d’une rencontre manquée, d’une rencontre ratée entre ce personnage bavard, tapageur et la psychanalyse.

Il est trop tôt pour mesurer les effets de cet événement sur les rapports du public et de la psychanalyse, déjà mise à mal et attaquée depuis quelques années.

Mais, ayant oublié ou refoulé ce que Lacan lui avait enseigné en matière d’éthique, Gérard Miller vient de rendre un fort mauvais service à cette science qu’il a piètrement servie.

 

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Troubles dans la sexualité … vers une psychanalyse non dogmatique

Publié le 7 Novembre 2022 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Avec la publication de son dernier livre, Vers une psychanalyse émancipée, aux Editions La Découverte, la psychanalyste Laurie Laufer nous propose un questionnement  particulièrement stimulant qui pourrait bien venir troubler le dogmatisme et certains commentaires circulaires freudiens et/ou lacaniens.

Pour l’auteur, il existe aujourd’hui un enjeu de taille, celui de « l’émancipation de la psychanalyse elle-même, d’un soulèvement face à ses propres dogmes, d’une liberté à la barbe des énoncés canoniques », à une époque où les analyses de Foucault, les identités de genre, les mouvements LGBTQI+ et les études queers inventent d’autres perspectives en matière de genre et de sexualité. Quid de l’Oedipe, de l’ « envie du pénis », de la « différence des sexes » ? Comment la psychanalyse peut-elle prendre en compte les évolutions sociales sans s’en trouver dénaturée ? Comment peut-elle se laisser instruire par un autre discours, qui ne soit pas un discours autoréférencé ?

Pourtant, il n’est pas rare d’entendre des psychanalystes se faire les détenteurs de normes sexuelles et sociales ou s’ériger en experts de la vie psychique : pour eux, l’homoparentalité, la PMA, la transidentité sont à comprendre comme des symptômes du règne de l’individualisme contemporain … en somme, ce qui s’écarte de la bonne conduite est pathologisé avec le risque, pour la psychanalyse, de devenir un modus vivendicomportemental.

Ne pas dialoguer pas avec les théories féministes contemporaines et les mouvements trans ne présente-t-il pas le risque de passer à côté de ce que peut nous enseigner ces expériences érotiques et politiques inédites ?

Dans son livre, Laurie Laufer soutient que c’est en redevenant une théorie critique et inventive, en prenant langue avec ces nouveaux savoirs et pratiques, que la psychanalyse a chance de renouer avec l’émancipation. C’était d’ailleurs déjà l’ambition de Lacan qui incitait le psychanalyste à « rejoindre la subjectivité de son époque » car la psychanalyse n’est pas hors-histoire.

Pour quiconque a expérimenté une psychanalyse, les normes révèlent leur caractère conventionnel et arbitraire. La pratique analytique confronte le sujet à une réalité qui déborde le domaine du normatif et du biologique. C’est ce trop plein que les discours normatifs aspirent à contrôler et c’est à ces restes indomptables que s’adresse la psychanalyse qui s’affirme comme une pratique à l’envers des normes.

Comme tout savoir, le savoir psychanalytique est constitué historiquement et n’échappe pas à l’institution d’un pouvoir normalisant.

Pour penser le statut des normes dans la psychanalyse, Laurie Laufer prend un large appui sur le travail de Foucault. Celui-ci a, en effet, sévèrement critiqué la pratique normalisante de la psychanalyse, située à la pointe des dispositifs de pouvoir contemporains.

A l’opposé de Foucault, Lacan n’a cessé de se doter de concepts permettant de concevoir ce que la jouissance implique toujours de non symbolisable et de non normé, d’excès et de dérèglement (l’objet petit a, la jouissance féminine supplémentaire et « pas-toute » phallique, la jouissance hors-sens du sinthome).

Il revient alors au psychanalyste de questionner son rapport au savoir et aux normes qui peuvent découler de sa pratique. « Je voudrais vous donner cette règle de première approximation, dit Lacan en 1970, - la référence d’un discours, c’est ce qu’il avoue vouloir maîtriser. Cela suffit à le classer dans la parenté du discours du maître ». Le discours de l’analyste, lui, « doit se trouver à l’opposé de toute volonté, au moins avouée, de maîtriser. Je dis au moins avouée, non pas qu’il ait à la dissimuler, mais puisque, après tout, il est facile de redéraper toujours dans le discours de la maîtrise ».

Il évoque également le « discours de la synthèse, discours de la conscience qui maîtrise ».

La critique de Laurie Laufer reprenant les thèses foucaldiennes affirme que ce discours de la conscience fait prévaloir le discours de la norme sur le discours du droit. C’est un glissement de la loi vers la morale qui, écrit-elle, « rectifie par la médicalisation une conduite et un comportement que le champ social et politique considère comme anormaux ». « Nous sommes entrés, écrit Foucault, dans la société de la norme, de la santé, de la médecine, de la normalisation qui est notre mode essentiel de fonctionnement maintenant ». On psychologise les choses c’est-à-dire qu’on les médicalise » puisque, par pensée médicale, Foucault entend une façon de percevoir les choses qui s’organisent autour de la norme.

Avec Michel Foucault, Laurie Laufer affirme que la pratique freudienne n’a pas échappé, comme dispositif, à cette normalisation des conduites, même si Freud a dépathologisé le fait sexuel humain en promouvant le continuum normal-pathologique et si Lacan a mis en évidence les modes de jouissance de la sexuation. Toutefois, les lignes de fracture, les divergences entre Lacan et Foucault demeurent indépassables, même si l’un et l’autre donnent à la subjectivation une place prépondérante dans le dédale des normes et accordent une place majeure à la singularité, à l’énonciation et à un rapport éthique au corps.

Une fois liquidé le préjugé de la guérison de l’homosexualité, Freud puis Lacan ont soutenu l’accès des homosexuels à la pratique psychanalytique, le premier en montrant que la guérison de l’homosexualité est sans objet pour la psychanalyse, le second, en étant le premier à garantir la pratique psychanalytique d’homosexuels ayant rejoint l’École Freudienne de Paris.

Cela n’a pas empêché des psychanalystes français de prendre parti contre le PACS ou contre le mariage pour tous et les différentes formes de parentalités. Aujourd’hui encore, affirme Laurie Laufer, nombre de psychanalystes – certains homophobes - considèrent toujours que les homosexuels et les transgenres présentent une pathologie psychique et qu’ils ne peuvent pratiquer la psychanalyse.

Pour Laurie Laufer, ce qui pose problème n’est pas tant le désir homosexuel qui reste une variante de la sexualité, chacun se débrouillant avec lui pour bricoler une position subjective. Ce qui pose problème, ce sont, écrit-elle, « les fantasmes et les discours du monde hétérosexuel sur ce qu’on imagine être l’ »homosexualité », non pas comme identité sexuelle mais comme position politique (…) Lorsque les homosexuels, les queers, les transgenres, les trans souhaitent se marier, élever des enfants, la boussole de la psychanalyse s’affole. Or, l’ « honneur politique de la psychanalyse » est rappelé par les théoriciens sur le genre qui s’inscrivent dans les pas de Foucault. Il ne s’agit pas d’ériger comme identité une pratique sexuelle, il s’agit d’en faire un acte politique. »

De nos jours, affirme Laurie Laufer, les psychanalystes sont amenés à travailler avec l’ « identité » homosexuelle en tant que stratégie politique qui permet une reconnaissance des droits, la déconstruction des identités, la fluidité du genre. Les termes de « sexualité », « homosexualité », « perversion » n’ont plus le sens qu’ils avaient au temps de Freud, les configurations familiales et sexuelles ont changé.

Dans son Histoire de la sexualité, Michel Foucault écrit que « la sodomie – celle des anciens droits civil ou canonique – était un type d’actes interdits ; leur auteur n’en était que le sujet juridique. L’homosexuel du 19ème siècle est devenu un personnage : un passé, une histoire et une enfance, un caractère, une forme de vie (...) Il ne faut pas oublier que la catégorie psychologique, psychiatrique, médicale de l’homosexualité s’est constituée du jour où on l’a caractérisée – le fameux article de Westphal en 1870, sur les « sensations sexuelles contraires » peut valoir comme date de naissance – moins par un type de relations sexuelles que par une certaine qualité de la sensibilité sexuelle, une certaine manière d’intervertir en soi-même le masculin et le féminin. L’homosexualité est apparue comme une des figures de la sexualité lorsqu’elle a été rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d’androgynie intérieure, un hermaphrodisme de l’âme. Le sodomite était un relaps, l’homosexuel est maintenant une espèce ».

L’homosexuel, un hérétique devenu une catégorie … ce qui fait dire à Michel Foucault que « nous ne sommes rien d’autre que ce qui a été dit ». Dire ce que l’on est ne serait donc rien d’autre qu’être ce qui est dit, être porteur d’une « identité » sexuée qui, aujourd’hui, se dessine en une myriade de genres.

Laurie Laufer cite le philosophe espagnol Paul B. Preciado, théoricien de l’abolition des différences entre les sexes, des genres et des sexualités qui, après s’être considéré comme une femme lesbienne puis comme gouine trans et garçon-fille, a décidé de choisir le masculin pour s’identifier. Sa pratique, écrit-elle,  est étrangère à l’emprise des discours médicaux, psychiatriques, psychanalytiques ou autres et passe par le corps comme lieu d’une vérité subjective.

Cette vérité ne se laisse pas attraper par le langage, elle va au-delà, elle le déborde, ce qui oblige à inventer des manières de le signifier. Preciado évoque sa « sortie » du genre binaire, sortie du régime de la différence sexuelle. « Sortir », commente L. Laufer, n’est pas seulement tenter de s’échapper de l’impasse du sexuel et de la différence sexuelle, c’est aussi une « sortie du placard ».

Ainsi, le jeu des signifiants entre eux - ce jeu qui oriente le devenir d'un individu, ses discours et ses actes - se rend maître des « identités » sexuées et les fait voler en une myriade d’éléments. Est remis alors au cœur de l’invention freudienne ce qui en constitue tout le sel : les troubles dans la sexualité.

Dans une interview récente donnée au Monde, Laurie Laufer insiste pour dire qu’ « il n’y a pas d’analyse pour les LGBTQI + car cela sous-entendrait qu’il y a un « eux », et un « nous » universel. En revanche, il peut y avoir des contextes de discrimination et d’oppression qui produisent des effets réels. Mais si une personne souffre ou a envie de parler à quelqu’un, de s’inventer, de retrouver des capacités d’agir et d’aimer, un élan érotique, alors la psychanalyse peut être une expérience intéressante. Judith Butler parle de l’agency – la puissance, la capacité d’agir – ainsi : « Qu’est-ce que je fais avec ce que l’on fait de moi ? » Pour le dire autrement, que fait-on avec les assignations dans lesquelles on est enfermé ? Pour l’expérience analytique, j’ajouterais : comment fais-je avec ce que je ne sais pas de moi-même ? ».

 

 

 

 

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La parole publique des psychanalystes

Publié le 5 Février 2020 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

La publication récente par le Canard Enchaîné d’extraits d’une interview de Françoise Dolto en 1979 et de son livre L’enfant, le juge et la psychanalyse (1999) a déclenché une polémique et alimenté la chasse aux sorcières et sorciers psychanalystes, accusés, dans le contexte de l’affaire Gabriel Matzneff, de soutenir la pédophilie et de faire montre de « cruauté ».

La réalisatrice Sophie Robert, fer de lance de ceux qui dans la mouvance du Livre noir de la psychanalyse (2005) continuent à instruire le procès de la psychanalyse, s’acharne avec beaucoup de violence et de haine contre Dolto et les psychanalystes considérés comme des gens dangereux. Qu’est-ce qui motive ce fanatisme qui nourrit ses interventions destructrices ? Le discrédit systématique jeté sur la psychanalyse apporte-t-il quelque chose à la science ? Rend-il service aux patients et à leurs familles ? Certainement non. 

Rappelons que trois des psychanalystes interviewés dans son documentaire Le Mur (2011) avaient assigné la réalisatrice en justice, estimant avoir été « piégés » dans « une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse ». Les juges de la cour d’appel de Douai ont reconnu l’existence de ce piège mais ont estimé qu'« aucune dénaturation fautive » de leurs propos ne pouvait être retenue contre la réalisatrice.

 

Reste que, malgré la manipulation de Sophie Robert, ce qui a été dit par les psychanalystes l’a bien été. Or, qu’il s’agisse de ces propos ou de ceux de Françoise Dolto, la question qui est posée à travers ces différentes affaires est celle des effets de la parole publique des psychanalystes : quand un psychanalyste s’adresse, par le canal d’un média, à une multitude, il s’adresse à « tous », il ne s’adresse plus à « un »  en particulier, ce qui ne va pas sans poser problème. Lacan disait que parler « c’est avant tout parler à d’autres. Cela paraît simple, mais peu évident car à quels autres le psychanalyste s’adresse-t-il quand il parle en dehors de la cure ?

 

Si Dolto s’est montrée imprudente dans son expression publique, si des psychanalystes se sont montrés maladroits en estimant leurs auditeurs sur la même longueur d’onde qu’eux, si on parle de l’inconscient comme s’il s’agissait du conscient, nul doute que d’inévitables malentendus surgiront. On peut rappeler ici le propos de Lacan à propos de l’anamnèse psychanalytique où « il ne s’agit pas de réalité mais de vérité, parce que c'est l'effet d'une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes ». Dans l’intervention publique d’un psychanalyste qui parle de l’inconscient, il ne s’agit pas non plus de réalité mais de vérité. Or, faute d’une adresse à un sujet particulier, le risque est grand de confondre les deux.

 

Dans un Tribune du Monde (16 janvier 2020), la psychanalyste Claude Halmos – qui a travaillé avec Françoise Dolto – rappelle que, par exemple, un enfant peut inconsciemment, parce qu’il les aime, accepter de ses parents des choses dont il souffre ; or, cela n’a rien à voir avec les chercher consciemment. Elle ajoute que, faute de distinguer les émotions et la sexualité de l’enfant de celles des adultes, on entretient ce que Sandor Ferenczi nommait « la confusion des langues ». C’est ainsi que « séduire » n’a pas, dans la langue des enfants, le même sens que dans celle des adultes. Lorsqu’une enfant en attente d’affection consent aux attitudes de « tendresse » d’un adulte perçu comme protecteur, le risque peut être réel de laisser se mettre en place une relation de séduction voire de jeu amoureux entre l’enfant et cet adulte lorsque ce-dernier prétend répondre aux attentes de l’enfant en lui imposant ses propres désirs de manière traumatique. Un enfant n’a pas, autant qu’un adulte, les moyens psychiques de dire non, de refuser. 

Cela, Françoise Dolto le disait, l’enseignait mais il aurait sans doute fallu qu’elle prenne davantage de précautions quand elle affirmait à propos d’un enfant victime de violences sexuelles que, peut-être sans l’avoir cherché, l’enfant en était complice. Comme si « désirer » et « souhaiter » étaient équivalents. Or, on peut tout-à-fait ne pas souhaiter ce que nous désirons. A ne pas expliciter cette distinction, on risque de graves équivoques.

 

Deux exemples de conceptions différentes voire diamétralement opposées de l’intervention publique de psychanalystes.

D’une part, Claude Halmos qui tient une chronique régulière sur France Info et un courrier des lecteurs dans Psychologies Magazine. Elle estime avoir une double mission. La première, par rapport à ceux qui l’écoutent ou la lisent, qui consiste à leur apporter une information, suffisamment sérieuse et accessible pour constituer pour eux un outil qui leur permette, en réfléchissant à leurs problèmes autrement qu'ils ne l'ont fait jusque-là, de les prendre en main et de les résoudre. Ce n'est pas fondamentalement différent, dit-elle, de ce qu’elle fait dans son cabinet. Car être psychanalyste, c'est aider chaque patient à trouver les clefs qui ouvriront la porte de la prison dans laquelle son histoire l'a enfermé. La seconde mission, par rapport à la psychanalyse, dont elle veut, sans la trahir ni la galvauder, faire connaître au plus grand nombre le message.

C’est, explique-t-elle, un exercice à hauts risques : il faut à la fois donner des informations générales et faire entendre qu'elles ne peuvent rendre compte de la singularité d'un être, et cela exige la clarté - indispensable - du discours pour faire oublier la complexité des problèmes.

D’autre part, Gérard Miller qui, sur son site officiel (sic !), affirme n’avoir jamais mimé la pratique analytique devant une caméra et n’avoir jamais pris place à côté de quiconque apportait sa souffrance aux projecteurs, en attendant d’un psy de passage qu’il l’analyse ou la soulage. Sa stratégie pour ne pas perdre son âme : finasser, répondre à côté, entretenir le malentendu, jouer au chat et à la souris. En tant que tel, le psychanalyste ne peut rien faire dans les médias, ajoute-t-il, ne doit rien faire, sinon une chose : témoigner qu’il y a de la psychanalyse… ailleurs, laisser entrevoir au public qu’il y a quelque part, dans cette société vouée à la standardisation, une pratique digne et respectable, qui se voue, elle, au désir dans ce qu’il a de plus singulier. 

 

Dans la première leçon d’introduction à la psychanalyse, qu’il donna entre 1915 et 1917 dans un amphithéâtre de la clinique psychiatrique de l’hôpital de Vienne, Freud commença ainsi sa prise de parole publique : « Mesdames et messieurs, je ne sais pas ce que vous pouvez savoir, les uns et les autres, sur la psychanalyse par vos lectures ou par ouï-dire. Mais je suis tenu par l’intitulé annoncé de vous traiter comme si vous ne saviez rien ». Il poursuivit sa leçon en proposant d’« exposer les imperfections qui s’attachent nécessairement à l’enseignement de la psychanalyse et les difficultés qui s’opposent à l’acquisition d’un jugement propre ». 

La psychanalyse ne se transmet donc pas, il n’y a pas une bonne façon de la transmettre. L’application ou le savoir-faire n’ont rien à voir dans cet impossible. Ce qui se transmet c’est l’impossibilité de la transmission, perspective à soutenir vaille que vaille. 

 

Pourtant si, néanmoins, il reste quelque chose à transmettre de la psychanalyse et de son enseignement, y compris publiquement, c’est la voie du style. Lacan affirme qu’elle est la seule formation qui nous serve dans le travail de la transmission, celle « par où la vérité (du désir) la plus cachée se manifeste dans les révolutions de la culture ».

Dans le style, il y a le bien-dire et « la belle manière » dont Baltasar Gracian écrit dans L’Art de la prudence, qu’elle « supplée à tout, dore le refus, adoucit ce qu’il y a d’aigre dans la vérité ; elle ôte les rides à la vieillesse. Le commentfait beaucoup en toutes choses. Une manière dégagée enchante les esprits, et fait tout l’ornement de la vie », sachant que « ce qui est bien dit se dit en peu ».

 

 

 

 

La parole publique des psychanalystes
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Élection au Brésil. Appel aux psychanalystes français. « Non » à un régime autoritaire et fasciste.

Publié le 11 Octobre 2018 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Chères Collègues, Chers Collègues
Les psychanalystes brésiliens réunis en collectif demandent le soutien des psychanalystes français et la plus large diffusion au document ci-joint.
Je me tiens à votre disposition pour out renseignement complémentaire.
Bien amicalement à vous,
Prado de Oliveira

Le mouvement d’articulation des entités psychanalytiques brésiliennes vient, au moyen de ce manifeste, déclarer sa grande préoccupation et lancer un signal de danger quant au destin de la démocratie dans le pays, courant grand risque d’être exterminée, comme elle le fut dans les camps de concentration au cours de la Deuxième Guerre Mondiale lors de l’Holocauste au nom d’une « race pure » issue du délire d’un leader mortifère, Adolf Hitler.

Nous connaissons la valeur des conquêtes d’une démocratie après avoir connu les geôles de la dictature.

Ainsi nous devons affirmer le droit à la parole, toujours respecté en démocratie, surtout lié à défense de la valeur du sujet, de ses recherches, de ses droits véritablement humains loin de la domination de la pulsion de mort. Nous venons réaffirmer notre souhait que le pays ne tombe fasciné par le fascisme. Nous ne pouvons pas nous taire, car nos armes viennent de la parole, alors que le fascisme impose le mutisme au moyen d’armes à feu et obéit à la pulsion de mort.

Nous sommes face au danger d’un régime que ne favorise en rien la vie, mais la mort et ses milliardaires. Nous savons que la répétition d’un régime militaire amène une loi insensée propre à la barbarie et à l’irrespect de la vie et des conquêtes de chaque brésilien.

Nous n’admettons en aucun cas que la religion puisse être le bras droit d’un régime politique. Nous soutenons la laïcité de l’état, sans aucune intervention de la religiosité de ses fonctionnaires. La religion et les religieux ne sont pas nos ennemis, mais la fonctionnarisation de la religion.

De même que nous luttons depuis vingt ans contre les tentatives de réglementation de notre profession, nous disons aujourd’hui « non » à un régime autoritaire et fasciste.

La démocratie nous permettra de corriger les erreurs liées à cette polarisation politique aveuglante et assourdissante qui menace la dignité et la vie citoyenne dans le pays. Nous clamons fort notre espoir que les brésiliens puissent garder leur conscience des conquêtes de la démocratie et osent affirmer leurs voix, en refusant le fascisme.

Aleph

Appoa

CEP de PA

Círculo Psicanalítico – RJ

Circulo Brasileiro de Psicanálise

Corpo Freudiano

Depto. de Psicanálise – SEDES SAPIENTIAE

Escola Brasileira de Psicanálise

Escola do campo lacaniano

Escola Lacaniana de Psicanálise

Escola Letra Freudiana

Febrapsi

Forum de Psicanalise do Inst. Sedes

Laço Analítico

Praxis Lacaniana

Sigmund Freud Assoc. Psicanalítica

Société de Psychanalyse Clinique  RJ

Tempo Freudiano         

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La psychanalyse aujourd’hui (IX) : les psychanalystes font de la résistance

Publié le 11 Janvier 2014 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

C’est dans les années 1990 que furent lancées les Freud Wars, un assaut mené contre Freud et la psychanalyse. Il a réussi, dans le monde anglo-saxon en particulier puis aujourd’hui en France, à faire vaciller le statut culturel de la psychanalyse, son éthique, ses implications philosophiques, etc…

Il y a 7ans, en 2007, le psychanalyste et chercheur au CNRS, Pierre-Henri Castel faisait paraître, aux PUF, A quoi résiste la psychanalyse ?, un ouvrage se voulant une réponse savante et pugnace aux critiques adressées à la psychanalyse. Il y souligne qu’un des traits désastreux des polémiques suscitées par les Freud Wars a consisté à vouloir défendre Freud et la psychanalyse comme si la doctrine constituait un corpus épistémologiquement stable, une sorte de psychologie dogmatique de l’inconscient attaquée par des ennemis sans foi ni loi. En témoigne encore aujourd’hui le vocabulaire guerrier et quelque peu désuet de certaines publications psychanalytiques qui stigmatisent, je cite, « les neuroscientifiques exaltés, les comportementalistes obstinés, les évaluateurs assermentés » (sic !), et vantent, a contrario, la position de précurseur du discours analytique.

Face à ces nouveaux croisés, P-H Castel a raison d’écrire que les réponses calamiteuses de la sphère psychanalytique aux piques des anti ne fait qu’illustrer la résistance des dits psychanalystes à la psychanalyse elle-même. En donnant de l’épaisseur à un Autre dont, pourtant, Lacan n’a cessé de faire dégonfler la consistance, ils étalent leur fuite quelque peu désespérée et pathétique dans des généralisations politico-psychologiques.

Là où les créateurs Freud et Lacan ne reculaient pas devant la confrontation aux obstacles, les héritiers ou du moins certains d’entre eux ont, le plus souvent pour des motifs institutionnels ou parce qu’engagés dans une course à la reconnaissance, construisent un discours normatif et développent une pensée à l’orthodoxie surannée, se voulant hors de portée de toute remise en question. Cette psychologie psychanalytique faite de généralités et de slogans ayant valeur d’explications causales en forme de lois (Le sujet ! Le sujet ! Le un par un) a tendance à fonctionner en circuit fermé dans ce que P-H Castel appelle des niches socioculturelles protégées.

S’y développe un discours militant en forme de profession de foi. On peut lire, par exemple, cette grandiloquente et pathétique déclaration : il est temps de faire savoir au public que les psychanalystes et les praticiens de l’enfance qui s’orientent de la psychanalyse oeuvrent, sans idéaux préétablis, avec les enfants du XXIe siècle à se mettre au niveau des questions qui se posent à eux : la montée au zénith de l’objet a, qui envahit le monde commun sous la forme des divers objets gadgets proliférant et connectant et dont l’enfant vient occuper lui-même la place comme objet diversement négocié ; la dispersion de la fonction du père en dehors des schèmes fixés par le droit et la religion, dans une pluralité d’identifications ouvrant à des risques nouveaux et des chances nouvelles. Fermez le ban !

Est-ce avec un tel plan de bataille contre les ravages du scientisme déshumanisant des TCC et la crise de civilisation s’attaquant au sujet que les psychanalystes vont pouvoir réfuter en raison les arguties belliqueuses et l’hostilité dont ils sont la cible ?

Les arguments que s’envoient à la figure partisans et adversaires de la psychanalyse, selon qu’ils sont gouvernés par la fascination pour la science (neuropsychologues cognitivistes, psychiatres biologistes, thérapeutes cognitivo-comportementalistes) ou qu’à l’opposé ils revendiquent une exception pour la subjectivité, menacée de destruction, ne font que renforcer les querelles fondées sur des conceptions antagonistes de l’homme.

Ce combat idéologique enferme le postfreudisme lacanien dans une nostalgie commémorative. Il le fige, comme l’écrit P.-H. Castel, en acquis socioculturel à des fins de subversion sociologique, la résistance qu’il encourage consistant pour l’essentiel à éviter d’engager la psychanalyse dans un travail de justification permanente de sa pertinence.

Est-ce faute de moins réussir à s’imposer dans le champ du savoir que des psychanalystes et leurs associations se répandent en injonctions moralisatrices ou en appels à résister aux ennemis de la subjectivité ?

Cette croisade contre la déshumanisation, qu’ils imaginent subversive, n’a-t-elle pas pour effet, au contraire, de transformer la psychanalyse en un nouvel humanisme, de style libertaire, en phase avec l’individualisme libéral contemporain, promoteur du règne de l’individu narcissique, qui se croit libéré des idéaux le contraignant à devenir lui-même ?

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Psychanalyste ou chroniqueur ?

Publié le 16 Février 2013 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

Les psys sont depuis une dizaine de jours les destinataires d’une intense campagne médiatique menée par Jacques-Alain Miller, psychanalyste et chroniqueur du Point.

Se construisant la stature d’un personnage public qui veut compter sur la scène nationale et au-delà, il a engagé sa fougue et son énergie dans la défense de la cause de Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne, présidente de la Freudian Association de Téhéran, selon lui injustement hospitalisée dans une institution psychiatrique de Téhéran pour des motifs politiques. Et de se battre, avec ses fidèles et dévoués suiveurs, pour demander la remise en liberté de notre collègue.

Une pétition est lancée, cosignée avec BHL : elle recueille les signatures de personnalités du monde de la psychanalyse, des arts, de la politique (Carla Bruni-Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Sollers, Jean-François Copé), des people qui couchent leur nom au bas de cette pétition qui, à ce jour, aurait recueilli plus de 4000 signatures.

Bien que ne connaissant pas l’Iran et n’y étant jamais allé, JAM paraît ne pas vouloir tenir compte d’informations différentes émanant d’autres sources et indiquant que, dans cette affaire, nous ne sommes pas en présence d'un internement abusif, lié à une position politique que Madame Kadivar  aurait prise. Celle-ci serait « simplement » soignée dans le service du professeur Gadhiri (tenu au secret professionnel) pour un épisode psychotique.

Compte tenu des risques de confusion résultant de ce mouvement de protestation qui fait de la souffrance réelle de Madame Kadivar un acte de résistance à l'encontre des islamistes, plusieurs psychanalystes iraniens ont exprimé leur inquiétude quant aux conséquences que pourrait avoir, pour eux et pour le professeur Ghadiri, cette campagne menée depuis la France.

Pour le Dr Foad Saberan, né à Téhéran et psychiatre à Paris, « en Iran, les tenants de la théorie du complot universel vont s’en donner à cœur joie après la grosse bourde criminelle des initiateurs de cette pétition en « faveur » de Mitra Kadivar. La voilà promu au rang « d’agent de l’étranger », porteuse d’une « science du sexe » qui n’est que perversion de l’Occident. Qui portera la responsabilité de ce que les psys iraniens vont subir ? Déjà mes confrères iraniens fulminent contre ceux qui profitent d’un malheur pour pointer les projecteurs sur une profession qui ne demande qu’à travailler dans la discrétion et le silence, au profit des patients. Cette pétition n’aidera ni la malade, ni les confrères compatriotes d’Avicenne ».

Pourtant, JAM n’en démord pas et continue son étonnante croisade, dont on se demande, à lire les communiqués de victoire des flagorneurs habituels, si, sous le couvert de cette malheureuse affaire, elle ne vise pas à faire parler de soi coûte que coûte ou à faire sa promo c’est-à-dire faire le buzz, cette technique marketing consistant à faire du bruit autour d'un événement, d’un nouveau produit ou d'une offre.

Fin janvier, à l’occasion du débat autour du mariage pour tous, JAM s’était déjà illustré avec une longue et verbeuse lettre ouverte à Henri Guaino, publiée dans Le Point. Il ne semble pas qu’elle ait produit beaucoup d’effet.

JAM fait beaucoup de bruit, pas toujours pour rien, c’est entendu. Mais ce bruit parasite, de plus en plus. Aurait-il oublié ce que disait le fameux ingénieur du son qu’était Lacan : il pensait que le bruit ne convient pas au psychanalyste et moins encore au nom qu’il porte et qui ne doit pas le porter.

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Lettre ouverte de psychanalystes face à l'égalité des droits et au "mariage pour tous"

Publié le 5 Novembre 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

«La psychanalyse ne peut être invoquée pour s'opposer au mariage pour tous»

C'est le sens de la pétition lancée par un groupe de psychanalystes, contre ceux qui cherchent dans leur discipline des arguments pour refuser la loi sur le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels.

Des psychanalystes ont lancé une pétition sur internet en faveur du mariage pour tous, estimant que rien dans la psychanalyse ne s'oppose au mariage et à l'adoption par les couples de même sexe, alors que le projet de loi sur le sujet doit être présenté mercredi.
«Cette évolution de notre code civil mettrait enfin la France au diapason de neuf pays européens, treize dans le monde et neuf Etats américains», dit le texte, signé par plus de 500 personnes en une quinzaine de jours, selon l'une de ses initiatrices, la psychanalyste Laurence Croix, maître de conférences à Paris X-Nanterre.

«En réaction à cette évolution démocratique, certains propos mettant en avant une supposée orthodoxie psychanalytique s'opposent formellement à ce projet», poursuit le texte, co-écrit avec Olivier Douville, directeur de publication de la revue Psychologie Clinique. Par exemple, le psychanalyste Pierre Lévy-Soussan, souvent interrogé par les médias, est opposé à l'adoption par des couples de même sexe.

Mais, pour les signataires de la pétition, «la psychanalyse ne peut être invoquée pour s'opposer à un projet de loi visant l'égalité des droits» et elle ne doit pas être utilisée de façon «moralisatrice et prédictive». «Au contraire, rien dans le corpus théorique (...) ne nous autorise à prédire le devenir des enfants quel que soit le couple qui les élève» et «la pratique psychanalytique nous enseigne depuis longtemps que l'on ne saurait tisser des relations de cause à effet entre un type d'organisation sociale ou familiale et une destinée psychique singulière», poursuit le texte.

«De plus, la (pratique) clinique de nombre d'entre nous avec des enfants de couples "homosexuels" atteste que ce milieu parental n'est ni plus ni moins pathogène qu'un autre environnement», plaident encore ces professionnels.

À rappeler également les prises de position de Freud concernant l'homosexualité. Pour s'en tenir, par exemple, aux toutes premières années de la naissance de la psychanalyse (1896), Freud signa une pétition initiée par le médecin et sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1897) demandant l’abrogation du paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l’homosexualité masculine (recueillant plus de 6000 signatures dont celles aussi de Krafft-Ebing, Andréas-Salomé, Zola, Rilke, Mann et Einstein).

La pétition est disponible à cette adresse : http://www.petitionpublique.fr/PeticaoAssinar.aspx?pi=P2012N30808

 

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François Jullien, la Chine et la psychanalyse

Publié le 14 Juin 2012 par Jean Mirguet dans Psychanalyse et psychanalystes

En novembre 2003, se sont tenues à l’UFR d’Asie Orientale de l’Université Paris 7, deux journées de travail organisées par l’Association Interaction Psychanalyse Europe-Chine. François Jullien, sinologue et philosophe, y rencontrait des psychanalystes afin de déplier avec eux les multiples problèmes que pose la pratique de la psychanalyse en Chine.

Un  livre, paru aux PUF en 2004, en retrace les échanges :  L’indifférence à la psychanalyse. Rencontres avec François Jullien.

 

La méthode de François Jullien est la suivante : se servir de la Chine pour remettre en perspective la pensée européenne, en lui trouvant un point d’extériorité. Donc acquérir du recul dans la pensée.

Sa méthode est voisine de celle de Roland Barthes ou de Maurice Pinguet (cf. dans ce blog, l’article « Nomade ou sédentaire ? ») : Barthes qui, dans L’empire des signes, rêve de connaître une langue étrangère (étrange) et, cependant, de « ne pas la comprendre, percevoir en elle la différence, sans que cette différence soit jamais récupérée par la socialité superficielle du langage, communication ou vulgarité ; connaître, réfractées positivement dans une langue nouvelle, les impossibilités de la nôtre ; apprendre la systématique de l'inconcevable ; défaire notre "réel" sous l'effet d'autres découpages, d'autres syntaxes ; découvrir des positions inouïes du sujet dans l'énonciation, déplacer sa topologie ; en un mot, descendre dans l'intraduisible, en éprouver la secousse sans jamais l'amortir, jusqu'à ce qu'en nous tout l'Occident s'ébranle »

De son côté, Maurice Pinguet, l’auteur du Texte Japon, définit sa pratique intellectuelle comme mobile et vagabonde, pratique différente de celle de l'intellectuel sédentaire qui se taille un champ bien borné, le laboure pesamment pendant des années puis engrange la récolte du savoir avec la satisfaction d'un propriétaire, sans jamais lever les yeux vers l'horizon.
Cette pratique nomade est également familière à Jacques Lacan qui juge aberrant d'isoler le champ de la psychanalyse plutôt que de voir ce qui, dans celui-ci, est, non pas analogue mais directement en connexion avec une réalité qui nous est accessible par d'autres disciplines. Il estime indispensable d'établir ces connexions pour bien situer le domaine de la psychanalyse, et même simplement pour s'y retrouver.

 

François Jullien s’inscrit dans cette logique en se proposant, par le détour chinois, « d’éprouver ce que peut être le dépaysement de la pensée » et capter, à partir du dehors, quelque chose de notre « impensée » : « passer par des pensées du dehors aide, en désenlisant la raison, à la remettre en chantier ».

Si on dit d’habitude que la Chine est « si différente », il faut pourtant, objecte-t-il, ne pas se méprendre dans cet usage de la catégorie de la différence puisque la différence implique l’existence d’un cadre commun au sein duquel on peut comparer. Or, la Chine ne rend pas possible ce parallèle car son histoire ne s’est pas écrite sur la même page que la nôtre. « C’est elle, écrit François Jullien, qui est à la source de son indifférence – dont tout sinologue a fait l’expérience : les textes chinois ne nous "regardent " pas », ils ne s’adressent pas à nous, nous ne faisons pas partie de leur horizon. Telle est leur indifférence que François Jullien ambitionne de rapporter à la psychanalyse.

 

Il s’interroge sur ce que méconnaît la psychanalyse de ce qu’elle fait car ne trouvant pas en elle-même sur quoi prendre appui pour s’en occuper. Avant de faire les missionnaires et de vouloir évangéliser, les psychanalystes ne devraient-ils pas se soucier de questionner leurs conceptions universalisantes du sujet et de l’appareil psychique ? Celles-ci ne valent-elles pas, « restrictivement » note François Jullien, seulement pour le sujet européen ?

 

Il en va ainsi du dire vis-à-vis duquel la pensée chinoise antique montre beaucoup de réticence.  Non pas du fait qu’il soit impossible de dire (cf. l’ineffable européen) mais du fait que « ça » ne vaut pas la peine de dire et même que dire fait écran puisque, dès lors qu’on dit, surgissent les problèmes.

Plutôt que de résoudre les problèmes, le sage chinois serait porté à les dissoudre, d’où sa parole évasive quand il parle. Il dit « à côté », « à peine », laisse sa parole lâche et « flottante ». C’est là une première marque d’indifférence de la sagesse chinoise à l’endroit de la psychanalyse qui pose au contraire la règle du « tout dire » et qui affirme l’efficacité libératrice du pouvoir de la parole.

Un autre aspect contribuant à cette indifférence : la pensée chinoise est davantage préoccupée de la cohérence que du sens. Elle veut comprendre comment cela tient ensemble. Si pour la psychanalyse, le symptôme est porteur d’un sens et s’interprète, en Chine il s’agit moins d’interpréter le sens que le développer et le varier, en mettant en connexion des facteurs opposés.

Poursuivant son balisage, François Jullien se focalise sur la fonction sujet (fonction de synthèse, composé de facultés), non-constituée dans la pensée chinoise alors qu’elle traverse toute la théorie psychanalytique et conditionne sa praxis. Pas de notion d’ « âme » en Chine et pas vraiment de notion de « corps » non plus. Si la pensée antique chinoise prescrit quelque chose, c’est bien de se défaire de toute subjectivité : le Sage est « sans idée », « sans nécessité », « sans position » et « sans moi » (Confucius). C’est ainsi que les Taoïstes enseignent « l’abstinence de l’esprit ».

 

Dans son dernier livre paru chez Grasset cette année, Cinq concepts proposés à la psychanalyse, François Jullien continue son exploration en proposant cinq concepts de la pensée chinoise, correspondant à des notions peu développées dans la pensée européenne et qui pourraient expliciter ce qui se passe dans une cure psychanalytique.

Le premier d’entre eux, la disponibilité, invite le sujet à renoncer temporairement à son pouvoir de maîtrise, susceptible de l’emprisonner dans des limites ignorées de lui-même. Or, qu’exige Freud du psychanalyste avec la technique de l’attention « flottante », diffuse et non polarisée si ce n’est une attitude qui s’apparente à la disponibilité du sage chinois ? Comment cette technique de la psychanalyse peut-elle se réfléchir voire s’expliciter dans le concept chinois de la disponibilité ?

J’aurai l’occasion de revenir sur cette question de la disponibilité et de la maîtrise qui sont au cœur des questions agitant aujourd’hui les sujets vivant dans l’aire européenne.

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