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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

le malaise

Du genre à la race (suite)

Publié le 30 Mai 2021 par Michel Brun dans Le malaise

Quelques remarques en marge de l’article de Jean Mirguet.

En traitant la problématique « du genre à la race », Jean Mirguet pose un regard aiguisé sur quelques-uns des thèmes récurrents qui font l’actualité médiatique et que l’on pourrait résumer en disant qu’il s’agit ici  des conséquences idéologiques, sociales et politiques de la morale du ressentiment.

Notons que la géopolitique n’est pas épargnée puisque notre futur président, épris de repentance, n’a pas hésité, le 14 février 2017 sur une chaine de la télévision algérienne, à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité ». Et ces jours-ci au  Rwanda, Emmanuel Macron qui n’a sans doute  pas lu ou médité les propos de Benjamin Stora, a reconnu une part de responsabilité politique de la France dans le génocide des Tutsi (1994). Bien sûr, cela peut se discuter, mais jusqu’où ira la dérive du sentiment de culpabilité ?

L’un des points forts de l’article de Jean Mirguet est d’avoir repéré l’anachronisme des revendications de ceux qui se présentent comme des opprimés, dans une constante confusion entre le présent et le passé. Comme si la notion de prescription,  juridique ou morale, n’avait aucun sens.

Le procès de Nuremberg (1945-1946) a eu pour objet la condamnation des exactions du Nazisme. Elles ne peuvent être oubliées ou effacées. Cependant voici des décennies que nous fraternisons avec L’Allemagne. L’Algérie indépendante aurait pu s’en inspirer au lieu de nous culpabiliser et de nous accuser de ses propres erreurs politiques. On en connaît les conséquences sur le territoire français. Quant  à nous, allons-nous demander pardon à l’Italie d’avoir annexé le Comté de Nice à la France en 1860 ?

Revenons aux  adeptes de la morale du ressentiment. Ils ignorent qu’ils desservent leur cause en se situant dans la même logique que celle qu’ils prétendent dénoncer,  au lieu de s’en décentrer. Cela vaut par exemple pour l’antiracisme. C’est ainsi que Nietzsche décrit  « les êtres de ressentiment » comme une race d'homme pour qui « la véritable réaction, celle de l'action, est interdite et qui ne se dédommagent qu'au moyen d'une vengeance imaginaire». Nietzsche associe donc le ressentiment à ce qu'il nomme la « morale d'esclave », dont l’essence est précisément le ressentiment. Ressentiment qui anime la paranoïa ordinaire, celle  par laquelle nous projetons sur autrui ce que nous ne voulons pas voir en nous.

Autre confusion évoquée par Jean Mirguet dans le cadre élargi du relativisme culturel : assimiler le discours scientifique à celui de l’opinion. Voilà une rhétorique permettant de disqualifier la science à bon compte pour lui substituer une logique des humeurs. Belle illustration de la défaite de la pensée. Par ailleurs, si la recherche de l’égalité chez ceux qui se disent opprimés est louable, cela ne signifie pas pour autant que toutes les paroles se valent. Et de l’opinion à la croyance la frontière est vite franchie. L’impérialisme de la croyance conduit tout droit à l’exercice de la police de la pensée. C’est pourquoi il convient de ne pas céder sur l’exigence de laïcité lorsque c’est la croyance religieuse et son régime d’exclusion de l’autre, du différent de soi, qui sont en cause. Selon le rabbin Delphine Horvilleur, la laïcité permet de ne pas saturer l’espace social par une croyance. Il n’y a pas de meilleure définition du vivre ensemble.

Mais il est clair qu’être emmailloté dans des croyances satisfait des besoins. Resterait à cerner ceux qui animent les militants identitaires,  les féministes enragé(e)s, les adeptes de la théorie du genre ou encore les antiracistes pétris d’intersectionnalité.

Dans l’argumentaire du discours du ressentiment la question de l’humiliation  insiste. Certes, on ne peut changer le passé. Mais il est possible de ne pas succomber au piège de la « resignification », concept promu par l’américaine Judith Butler. Jean Mirguet nous rappelle qu’il s’agit de la subversion de l’identification à la victime humiliée, pour la positiver.

Ce renversement peut quand même être fécond lorsqu’il est manié sous l’égide de l’intelligence.

Tel est le cas avec l’invention du concept de « négritude » dont Léopold Sedar Senghor  et Aimé Césaire ont su faire usage avec bonheur.

 Encore faut-il être poète. Ici l’étymologie nous sera d’un certain recours : la « poièsis »chez Platon nous renvoie à la création, au faire, donc à une forme d’action. À la différence de ce qui se passe chez l’être du ressentiment, existentiellement figé dans les rets d’un langage formaté. Opposition encore entre la poésie comme modalité de l’amour, et le discours fondamentaliste qui se sustente de la haine, au mépris de toute altérité. 

L’article de Jean Mirguet est d’une très grande richesse qui appellerait bien d’autres commentaires. J’ai choisi de parler du ressentiment. Mais il faut  savoir se limiter pour laisser s’opérer ce passage du manque à « l’Ouvert » auquel Jean, à la suite de Rilke, nous convie.

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Du genre à la race

Publié le 26 Mai 2021 par Jean Mirguet dans Le malaise

Face aux injustices, il ne se passe pas un jour sans que se publient dans notre pays, à propos du passé colonial de la France, relayées par les télés, les radios, les journaux, les réseaux sociaux des propos, des textes, des tribunes animés par une propension à l’expiation, par une repentance que Benjamin Stora, à propos de l’Algérie, qualifie de « piège politique ».

 

Au nom de l’antiracisme et de la défense des minorités, des militants identitaires occupent l’espace médiatique. Ils plaident en faveur de l’origine et de la couleur de peau, creusent le sillon de ce qui divise plutôt que de ce qui rassemble, diffusent un déclinisme victimaire en disqualifiant ceux dont l’opinion ne correspond pas à l’idée que, eux les identitaires, se font du présent. On a le sentiment qu’un tribunal médiatique siège en permanence, où les procès à charge remplacent les débats d’idées.

De multiples dérives voient la morale, l’émotion, les attaques personnelles prendre le pas sur la réflexion, l’argumentation, la confrontation des analyses.

Le communautarisme a le vent en poupe, l’universalisme est vivement critiqué.

Cela n’est pas nouveau puisque, déjà dans les années 60 comme le rappelle le sociologue Philippe Portier, Deleuze, Guattari, Foucault présentaient l’universalisme comme mutilant et produisaient un discours de déconstruction des Lumières., appelant à retrouver les singularités, les identités dont les sujets sont porteurs. Ces idées seront reprises par la gauche dans les années 70 avec la défense des droits des minorités sexuelles opprimées et le droit des femmes.

Aujourd’hui, c’est l’importation de la cancel culture et  du mouvement woke, nouveau prêt-à-porter du « politiquement correct », qui fait vaciller les principes républicains et notamment la laïcité. Quid de l’égalité hommes – femmes quand celles qui se disent féministes militent en faveur du foulard islamique, symbole de la soumission à l’homme ? Que devient la fraternité quand les droits des communautés ethniques, de genre, de sexe, de religion aspirent à régenter notre existence ?

Dans quel monde sommes-nous entrés lorsque nous voyons des idées jugées hier réactionnaires devenir le propre de la pensée d’extrême-gauche voire d’une partie de la gauche et faire le lit de l’extrême-droite ?

Au nom de la lutte contre les discriminations et de la défense du droit des minorités, se commettent d’étonnants anachronismes pour tenter d’obtenir une réécriture de l’histoire, au nom des injustices subies et des blessures endurées. Est ainsi entretenue une confusion entre passé et présent, le discours scientifique devenant lui-même une opinion, opposable à n’importe quelle autre opinion. Tout devient fluide, nous vivons dans un monde où tout est remis en question, le genre, la race, les femmes, la langue, la vérité historique.

Encore récemment, la traduction des œuvres de la poétesse afro-américaine Amanda Gorman qui avait déclamé avec ferveur son poème The Hill We Climb, « la colline que nous gravissons », au moment de la cérémonie d’investiture de Joe Biden, tourne à la polémique aux Pays-Bas et en Catalogne où les traducteurs sont récusés pour n’être ni femme ni noire.

 

On assiste de plus en plus au déploiement de l’intersectionnalité, une notion qui, en sociologie, désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société : discriminations de sexe, de classe, de race, mais aussi de handicap ou d’orientation sexuelle.

Cette notion (qui fait le fond des discours militants antiracistes et néoféministes) fait valoir le caractère pluriel de la domination et des discriminations, elle associe et relie entre elles ces places d’exclusions. C’est le cas de la pensée décoloniale qu’accompagnent les thèses racialistes, indigénistes, communautaristes à quoi s’ajoute un relativisme culturel qui s’illustre dans la défense de la religion contre la laïcité, dans la propagation de la théorie d’un État « raciste systémique », héritage de la colonisation. On peut y ajouter l’écriture inclusive qui vandalise la langue française, comme le dénonce Alain Finkielkraut.

En somme, ce mot  d’intersectionnalité désigne le lieu où se focalise la convergence des luttes contre le sexisme, l'homophobie ou le racisme.

L’intersectionnalité instaure de nouvelles règles morales et impose des normes inédites. Il s’enracine, à l’évidence, dans le discours porté par la théorie du genre  que Eric Marty, auteur d’un livre passionnant intitulé Le sexe des Modernes Pensée du Neutre et théorie du genre (Seuil, 2021),  qualifie de « dernier grand message idéologique de l’Occident envoyé au reste du monde ».

Ce message stipule qu’il existe une intersection de la race et du genre, née de la conviction que la question raciale n’est pas seulement un complément aux discriminations de genre mais qu’elle lui est supérieure.

 

Le nouveau signifiant de race acquiert ainsi une fonction paradigmatique et fait de la différence raciale l’élément constitutif des sociétés humaines, rejetant l’hypothèse du caractère fondamental de la différence sexuelle, gommée par la certitude que la suprématie donnée à la différence sexuelle par l’Occident est une idéologie forgée par le pouvoir blanc pour exercer sa domination. Toute différence est rapportée à une discrimination.

L’identification à la victime constitue le point commun de ces différents discours nourris par le ressentiment, décrit par la philosophe Cynthia Fleury comme une rumination victimaire, dans son dernier essai Ci-gît l’amer. Cette rumination engendre une perception binaire et manichéenne du monde, réduit à une lutte entre dominés et dominants, entre victimes et coupables.

 

A ce mécanisme,  s’ajoute ce que Judith Butler, théoricienne américaine du genre, appelle la resignification c’est-à-dire une stratégie à visée subversive (le sous-titre du livre de Judith Butler, Trouble dans le genre, est : « Le féminisme et la subversion de l’identité ») consistant à s’approprier comme identité porteuse de fierté un terme initialement injuriant et offensant. Ce processus, écrit-elle, consiste à « s’approprier les termes mêmes par lesquels on a été insulté afin de les vider de leur charge d’humiliation et d’en tirer une affirmation » (cité par Eric Marty).

La victime ne l’est donc plus à partir du moment où elle se réapproprie l’infamie, la marque dégradante.

La diffusion de ce procédé est devenue virale.

 

Dans son livre, Eric Marty affirme que « la défense du voile, de l’excision, de la polygamie, des mesures d’infériorisation des femmes dans les cultures non occidentales ne relèvent pas d’un relativisme culturel né d’un respect pour l’altérité, mais bien d’un choix fondamental qui établit la position raciale comme le paradigme central de la pensée ». L’afroféministe Maboula Soumahoro le résume en affirmant que « la question raciale structure tout ». De même, on peut lire sous la plume de l’ex-footballeur Lilian Thuram que « la pensée blanche a beau se draper dans les valeurs de l’universalisme, concrètement, quotidiennement, elle les bafoue à chaque instant » (Charlie Hebdo du 12 mai 2021).

Du coup, se produit un prodigieux renversement des valeurs puisque les thèmes jusque là émancipateurs issus des Lumières … et de la « blanchité » se révèlent aujourd’hui, par leur radicalité, assujettissants et coloniaux. De surcroît, la propension à rendre l’autre responsable du mal dont on souffre emprisonne dans une vision punitive du problème puisque, pour que la souffrance cesse, il faudrait pouvoir punir les coupables.

 

La rancune mêlée d'hostilité à ce qui est identifié comme la cause d'une frustration engendre le ressentiment, une émotion consistant à « en vouloir à quelqu’un », à garder pendant longtemps une charge émotionnelle contre lui, jugé responsable de la blessure qui a été infligée.

Pour les militants de l’intersectionnalité, le ressentiment transforme alors tout mâle blanc en un oppresseur nuisible qui asservit les races, les femmes, les différences, les cultures, la langue …

Comment s’extraire du ressentiment et de ses effets délétères, comment le sublimer pour traiter cette maladie de la démocratie qu’est l’exclusion de l’autre?

Sublimer le ressentiment serait savoir y faire avec lui en l’utilisant pour nourrir sa création, propose Cynthia Fleury. Elle rappelle que, dans la vie, la vérité de l’être est d’être séparé et de ne jamais pouvoir combler les manques, qu’il n’existe pas de réparation totale, que nous sommes, chacun, chacune, des êtres troués .

Elle conçoit le ressentiment comme une conséquence de l’incapacité à renoncer à combler des manques, de la croyance que « la plénitude c’est le plein, alors qu’elle se situe du côté de la sublimation ».

Pour contrer le ressentiment, elle propose d’adopter la voie du poète Rilke : «De tous ses yeux, écrit-il, la créature voit l’Ouvert». « S’ouvrir, suggère-t-elle, tolérer l’incertitude, refuser le dogme, cultiver la pensée critique, pratiquer la vis comica, la force comique, le rire, qu’il soit léger ou noir, enseigner les humanités ».

Au fond, il s’agit de sortir de notre caverne ou de notre confinement en passant au tamis du regard des autres et de la confrontation au réel nos vérités, non pour remplacer celles d’hier par celles récemment acquises mais, en chaussantde nouvelles lunettes, tenter de comprendre le monde et reconstruire ce que nous avons le désir de reconstruire, en alliant le sensible et l’intelligible pour affronter la sortie de la caverne.

Nous n’avons pas d’autre choix  que d’avancer à l’aveuglette, que de nous mouvoir dans les interstices de l’incertain, de l’aléatoire, du problématique, du contingent, là où nous trouverons ou inventerons des réponses ne venant pas laminer l’autre.

Cette voie est à l’opposé de celle prônée par les adeptes de la post-vérité qui  propagent l’idée que les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles. Ils sapent les bases de tout réel débat politique et tirent profit de la démocratie tout en en déniant la valeur. En opérant des régressions consternantes, aussi bien épistémiques que politiques, ils choisissent de se replier sur des dogmes identitaires, en recourant le plus souvent à une philosophie de comptoir, propice aux amalgames et au populisme.

En gardant à l’esprit que le pire n’est jamais certain, n’ignorons pas cependant qu’il reste toujours à portée de main et que ce qui a été pourra se répéter.

N’oublions pas aussi que la démocratie a été conçue, créée et soutenue par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout et que le vrai contraire de la démocratie, comme l’énonçait Michel Foucault, n’est pas la tyrannie mais la démagogie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Blanc mis au ban

Publié le 6 Mars 2021 par Jean Mirguet dans Le malaise

Avec la promotion de la détestable nouvelle culture raciste et antidémocratique, qu’elle soit woke, cancel, islamo-gauchiste, racialiste, etc … nous assistons  à une sorte de remake des procès staliniens. Comme l’écrit Kamel Daoud dans Le Point : « Un étrange effet dystopique atteint l’Occident : une variante de l’inquisition « communiste », prompte à la rééducation culturelle à la chinoise, à la purge, décide des codes culturels et de ce qu’on peut dire, écrire, ou pas ».

Dans la même veine, j’avais publié, il y a quelques temps déjà, un excellent article de Jean Birnbaum qui écrivait : « Bien plus encore que les calculs clientélistes qui permettent à telle ou telle mairie de se cramponner au pouvoir, c’est cette prétention qui éclaire les épisodes au cours desquels la gauche a cru pouvoir côtoyer l’islamisme sans se brûler : la gauche antiraciste s’est retrouvée en compagnie d’intégristes musulmans au sommet de Durban, en Afrique du Sud, en 2001 ; la gauche altermondialiste a invité Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris, en 2003 ; la gauche propalestinienne a laissé proliférer plus d’un slogan haineux dans les défilés auxquels participait le prédicateur Abdelhakim Sefrioui… Entre autres.

Or, autant il est faux d’affirmer que la masse des militants et des intellectuels de gauche ont consciemment « misé » sur l’islamisme comme force politique, autant on peut considérer qu’ils ont longtemps manifesté, à son égard, une forme d’indulgence. Là encore, toutefois, cette indulgence relève d’abord d’un complexe de supériorité.

De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’« islamo-gauchisme » constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste ».

En écho à ces propos, c’est le remarquable Kamel Daoud qui,  aujourd'hui, publie dans Le Point toujours, ce texte magnifique :

"Comme dans les pays totalitaires, l’intellectuel blanc est « coupable ». Que doit-il justifier ? Sa couleur, la colonisation qui l’a précédé, son privilège, sa vision épidermique. Le mot « privilège » a d’ailleurs une tonalité « communiste » persistante : c’est comme un délit de classe, qui correspond idéologiquement au crime de « bourgeoisie ». Dorénavant, un intellectuel « blanc » se reconnaît, selon la doxa nouvelle, à sa contrition. Ou à sa blancheur exacerbée. Il a des remords, s’il est faiblard. Des remords qu’il croira transcender dans la solidarité universaliste ou la dénonciation des « siens ». Et s’il se croit innocent, la haine le rattrapera. Son œuvre en sera polluée ou, au mieux, teintée de ce fameux « désengagement », qu’il faudra comprendre comme de l’« indifférence », telle qu’elle est définie dans le Code pénal éditorial.

Mais qu’est-ce qu’un intellectuel « blanc » ne peut plus dire ou faire ? Ce que moi, chroniqueur du « Sud », je me permets : disserter avec insolence sur l’islamisme et avec liberté sur l’islam. Un intellectuel « blanc » ne peut pas, par ailleurs, employer les mots « noir », « rouge » et « jaune ». Car les couleurs se discutent violemment.

Continuons : un intellectuel « blanc » n’a plus le droit de revenir sur la colonisation sans autoaccusation. C’est le capital-décès encaissé par les rentiers du postcolonial. Tout au plus, sa « blancheur » permet-elle de définir la noirceur de son âme. Enfin, l’inculpé principal ne peut pas user du mot « arabe » car c’est l’aveu d’un crime.

Mais au-delà de cette liste d’interdictions d’usage, l’intellectuel blanc incarne un étrange paradoxe : il est l’enfant délicat d’une géographie dans laquelle l’Occident possède tout, quand lui ne peut plus se réclamer de la position de centre du monde, ni du droit au dernier mot, ni de la Vérité, déjà morte. À l’ère des culpabilisations, seule lui reste l’option de témoigner contre lui-même. Comprendre : on laisse au Blanc la grandeur du suicide. "

 

 

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Le traitement de la dysphorie de genre en Suède : une nouvelle barbarie ??

Publié le 15 Février 2021 par Jean Mirguet dans Le malaise

Le site Oedipe publie un documentaire, The trans train, sur les transgenres suédois et la manière dont la dysphorie de genre est abordée et traitée dans les pays du Nord.

<iframe src="https://player.vimeo.com/video/512247193" width="640" height="360" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe> <p><a href="https://vimeo.com/512247193">The Trans Train Documentaire Suédois - Sous-titres en Français</a> from <a href="https://vimeo.com/user57458258">le vaguerese</a> on <a href="https://vimeo.com">Vimeo</a>.</p> h

Aujourd’hui le garde des Sceaux propose de considérer qu’il ne peut y avoir de consentement pour avoir une relation sexuelle avec un adulte avant l’âge de 15 ans. Par contre un adolescent et même un enfant peut demander à entrer dans un processus visant à la faire « changer de sexe », bloquer avec des hormones sa puberté, changer son prénom, etc...

Les parents qui s’y opposent sont souvent culpabilisés et montrés comme de « mauvais parents ». Des médecins voire maintenant des « psy » qui se nomment eux-mêmes transfriendly se font une clientèle sur le dos de ces enfants.
Il est sans doute temps de se poser des questions sur ce phénomène qui prend de l’ampleur en France après une vague qui a déferlé sur les pays anglo-saxons et les pays nordiques.

 

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LA HAINE AUJOURD’HUI

Publié le 1 Juillet 2020 par Jean Mirguet dans Le malaise

Felix Vallotton, « La Haine », 1908

Dans une récente tribune du Monde, le chercheur en sciences sociales Antoine Bristielle, auteur d’une étude sur les groupes Facebook « pro-Raoult », montre que l’extrême défiance à l’égard des principales figures d’autorité, politiques et médiatiques, est l’un des principaux traits communs aux soutiens de l’épidémiologiste. Cette  suspicion se traduit par un rejet massif de l’exécutif en place et une très faible confiance dans les médias auxquels sont nettement préférés les réseaux sociaux. 

Ce rejet a pour conséquence le développement de comportements populistes qui privilégient le pouvoir direct du peuple sur celui de ses représentants élus. C’est ainsi que ces individus ne seraient pas opposés à la candidature en 2022 de figures médiatiques et non politiques comme celles de Jean-Marie Bigard ou Cyril Hannouna !

Quand la parole publique est si décriée, l’adhésion aux thèses complotistes en devient la conséquence immédiate : 89% des soutiens au Pr Raoult sont convaincus que le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique, 42% adhèrent à la théorie du « grand remplacement (deux fois plus que les Français en général) et les climatosceptiques y sont deux fois plus représentés que l’ensemble des Français.

Avec ses discours provocateurs et ses interventions à l’emporte-pièce, le Pr Raoult, parce qu’il dérange, est un bon client pour nombre de médias à l’affût de l’esclandre qui fera vendre du papier ou faire monter le taux d’audience. 

 

On voit ainsi les afficionados du dégagisme se faire les chantres de personnalités adoptant des postures anti-système. Leur popularité est symptomatique du malaise démocratique actuel – qu’il se développe en France, en Europe et au-delà – marqué par un accroissement de la haine qu’il devient de plus en plus difficile de combattre, peut-être par indifférence  ou par lâcheté.

Dans un livre récemment paru, Actualité de la haine, une perspective psychanalytique (Navarin Editeur)-, la psychanalyste Anaëlle Lebovits-Quenehen note que la montée des antagonismes

 et de la malveillance s’accompagne d’une fragmentation du corps social en une multitude de groupements dont les membres partagent en commun un mode particulier de jouissance de l’existence basé, par exemple, sur l’orientation sexuelle ou sur le rapport singulier à la religion, au savoir, aux origines, à la race, etc… Chaque groupe revendique dans son coin ses croyances, exclusives de celles des autres, objets de haine, qu’elles s’affichent dans le racisme, l’antisémitisme, la misogynie et la misandrie, l’homophobie, l’aversion pour l’argumentation logique (particulièrement développée chez les gilets jaunes), etc…

L’homogénéité de chaque groupe n’existe que par exclusion de ceux dont les choix différent de la norme qui y domine, d’où un rejet de la différence produisant de nouvelles séparations et ségrégations. Plus l’égalité se développe, plus la démocratie accentue l’intensité du rejet de la différence tout en la revendiquant. Comme l’avait remarqué Tocqueville, la vie en commun devient, à terme, impossible.

 

Annaëlle Lebovits-Quenehen pointe une autre manifestation du regain actuel de haine dans les domaines du savoir et de la pensée. 

Elle s’étale dans les réseaux sociaux où n’importe qui peut dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet et être cru : la post-vérité devient l’un des transmetteurs les plus importants de la haine de l’Autre, une haine qui vise du même geste la démocratie et les principes qui la fondent.

Elle s’exprime, également, dans l’usage de ce qui est devenu le nouveau vocabulaire de l’antiracisme, soutenu par des mouvements soulignant le poids de l’héritage colonial et le caractère « systémique » des discriminations. De nouveaux termes s’imposent dans le monde de l’antiracisme, engendrant de violentes controverses : « privilège blanc », « personne racisée », « pensée décoloniale », « racisme d’Etat ».

En septembre de l’an passé,  un collectif de 80 psychanalystes s’était d’ailleurs insurgé contre l’emprise croissante de la pensée dite décoloniale qui « racialise » et « essentialise » le débat public. En distillant subrepticement une idéologie aux relents totalitaires, cette pensée réintroduit la « race ». Le racialisme – une forme de racisme masquée – pousse à la position victimaire, au sectarisme, à l’exclusion et finalement au mépris ou à la détestation du différent. Il s’appuie sur une réécriture fallacieuse de l’histoire, qui nie les notions de progrès de civilisation mais aussi des racismes et des rivalités tout aussi ancrés que le racisme colonialiste. Là où l’on croit lutter contre le racisme et l’oppression socio-économique, on favorise le populisme et les haines identitaires.

 

La publication dans Le Monde du 25 juin d’une tribune de l’écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano,  à propos du vandalisme et du déboulonnage des statues mémorielles, celles de Colbert plus spécialement, constitue une illustration  exemplaire de cette pensée décoloniale justicière. 

Le Président de la République avait déclaré récemment que « la République ne déboulonnera pas de statue (…) Nous serons intraitables face au racisme, à l'antisémitisme et aux discriminations.. Mais ce combat noble est dévoyé lorsqu'il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu'il est récupéré par les séparatistes». A ces propos du chef de l’Etat, l’auteure répond en interrogeant ce qui les motive : « Des citoyens français exigent le retrait de ces monuments. De quelle « récriture haineuse de l’histoire » sont accusés ceux qui souhaitent que l’auteur du Code noir cesse d’être honoré dans l’espace public ? ». Elle affirme alors que « ce qui dérange, c’est le profil de ceux qui demandent le déplacement des statues de Colbert ». Or, pour elle, ce profil ne se définit que dans les termes de la stigmatisation des populations dites « blanches », désignées comme coupables et de celles des victimes dites « descendants d’esclavagisés », « descendants des Subsahariens déportés et réduits en esclavage », « issues d’un crime contre l’humanité » ou « citoyens français nés d’une violence ineffable ». 

Dans leur tribune, les 80 psychanalystes cités plus haut indiquaient que c’est par le « retournement du stigmate » que s’opère la transformation d’une identité subie et victimisée en une identité revendiquée et valorisée, qui ne permet pas de dépasser la « race ». Tout le propos de Léonora Miano est construit sur ce renversement ;  il s’agit là d’« identités meurtrières », pour reprendre le titre d’un essai d’Amin Maalouf, publié chez Grasset en 1998, qui prétendent se bâtir sur le meurtre symbolique de l’autre. Comme l’énonce la strasbourgeoise femme de lettre franco-sénégalaise Fatou Diome : « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce ».

 

Toutefois, si l’ardeur iconoclaste qui a saisi les justiciers projetant de déboulonner les statues de certains personnages historiques, de débaptiser des lieux publics ou de changer des noms de rues peut paraître vaine, de telles initiatives - qui reviennent aux élus et aux gouvernants -contreviennent aux principes républicains. Mais, surtout, « il est néfaste de s’abandonner à un danger majeur que les historiens connaissent bien. Il s’agit de l’anachronisme ». C’est ce qu’écrivent, dans ce même Monde du 25 juin, cinq historiens de renom : Jean-Noël Jeanneney, Mona Ozouf, Maurice Sartre, Annie Sartre et Michel Winock, dans une tribune intitulée L’anachronisme est un péché contre l’intelligence du passé. « Cette faute consiste à plaquer sur les personnages d’autrefois un jugement rétrospectif d’autant plus péremptoire qu’il est irresponsable ». Pour ces historiens, il revient à ceux qui ont en charge la pédagogie républicaine, « non pas de faire passer l’histoire sous le rabot uniforme d’une déploration rétrospective, mais remettre tout dans son contexte, expliquer, expliquer, expliquer ».

 

A l’heure où se développe dans notre pays un penchant marqué pour le complotisme, autrement dit pour la paranoïa, la lecture anachronique du passé participe de l’ère de la défiance dans laquelle nous sommes entrés. La haine y trouve de quoi être généreusement alimentée.

Un sondage de janvier 2019, publié par Le Magazine Littéraire, indiquait que, pour 64% des Français, la France pourrait prendre le chemin d’une société dominée par la haine. Selon ce même sondage, seuls 46% des Français trouvaient inacceptables les violences commises par les gilets jaunes. 

En excluant la raison de l’espace public, la haine et les discours violents portés contre ceux qui incarnent une différence, c’est-à-dire chacun d’entre nous, ne sont-ils pas en train de saper les fondements de notre démocratie ? 

 

 

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Johnnylâtrie

Publié le 9 Décembre 2017 par Jacques Rimbert dans Le malaise

     Oui, bien sûr, la peur du vide pour beaucoup. Et la nausée du trop plein pour d'autres, dont je suis. La johnnylâtrie n'en est que l'acmé. C'est le trop qui est trop. Il faudrait faire un peu de vide pour voir.

         Sans doute y a-t-il, si l'on arrivait à le débarrasser de toute cette opération médiatique, (qui crée la bulle autant qu'elle gonfle avec)  un véritable sentiment populaire lié à Johnny Halliday; sentiment que je ne méprise pas. Pas plus que je ne méprise le parcours d'un Zidane par exemple (même si je sais à quel point ces carrières sont médiatiquement fabriquées).

         Une partie de ces deux mythes offre au peuple un rêve de réussite et d'ascension sociale et lui donne l'occasion de communier dans ce qui est après tout, une pop culture. On voudrait bien sûr que le partage ne se limite pas à ça. 

         Ce qui se précipite (au sens chimique) avec les morts concomitantes de Jojo et de Jeannot, c'est la fracture des deux France qui traverse la politique et la "culture" au sens très large.   L'ambiguïté de l'hommage que rendent les politiques à Jojo (et évidemment au premier chef, le chef), c'est que leur intention peut être double. D'un côté surfer avec démagogie sur un mythe populaire. De l'autre, faire attention à ne pas opposer ces deux France en en "humiliant" une partie. Je veux croire que c'est ce qui anime Macron.

PS : sur France Culture, les commentaires ont été beaucoup plus variés, sceptiques, voire ricanant.

 

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L’idole, suite .... Remettre l’église au centre du village

Publié le 9 Décembre 2017 par François Pierret dans Le malaise

                  Je voulais justement échanger avec toi sur l'affaire Johnny, mais tu as bien justement remis l'église au centre du village.

 

                  Car moi aussi j'ai bondi l'autre soir devant ma télé quand la déferlante d'idioties s'est abattue sur les foules. Oh, au début ce fut tentant, on nous a attendrit le cuir avec « Retient la nuit » et « Que je t'aime » (mon dieu je t'aime), on a failli pleurer. Mais au bout d'un moment, Christine a lâché une vérité, c'est pas sur lui qu'on pleure, c'est sur nous, parce que c'est une partie de notre enfance qui s'efface, cela nous ramène à notre précarité.

 

                  Bien. Après ça se gâte. Un spécialiste de la voix déclare que Johnny est un chanteur de blues. J'ai failli m'étouffer avec mon yaourt. Il aurait une voix de ténor, ok le Pavarotti du blues donc, défoncé au whisky, les jambes bien écartée, la bite à la main, parce que la guitare, quand on sait pas en jouer, on a l'air bête de la secouer comme des maracas. Et puis les gars qui jouent derrière, ils savent jouer mais ils sont dans le noir, eux. Noir c'est noir...

 

                  Encore plus fort, son producteur tente de démontrer que Johnny est un homme de gauche... là j'ai failli me renverser la tasse à café sur les genoux. Ah ben oui que j'suis bête, il a soutenu Sarko dans sa campagne alors qu'il était ministre de l'intérieur et s'attaquait au droit des avocats et des juges d'instruction, qui ralentissent l'application du droit (?!?). 

 

                  Et puis, alors qu'on se détendait avec un carré de chocolat, un drapeau des confédérés apparait soudainement derrière une photo de Johnny prise chez lui (home sweet home, I love America), on est plus à une contre-vérité près, si Johnny soutient l'esclavage, après tout c'est pas grave, c'est un bluesman, c'est logique. Il y aura des bikers couverts de tatouages et de croix de malte, l'emblème du blues c'est bien connu, pour l'accompagner jusqu'à son mausolée. Un hommage national s'impose. Il parait que Nadine Morano a pleuré à chaudes larmes à la télé, tout se tient. Et Marine Le Pen, elle sera en tête du cortège, avec les ouvriers derrière qui viennent d'être licenciés. Logique.

 

                  Mais apprend-on enfin, car la minute culturelle de France Télévision n'est jamais très loin derrière chaque tableau larmoyant, Johnny c'est LA voix. Certes, sans ça, pas de Johnny. Sauf que même Howling Wolf sait chanter sans brailler. Et puis les bluesmen chantent leurs peines, pas leurs orgasmes. 

 

                  Mais je ne vois même pas pourquoi je m'énerve, il suffit d'éteindre la télévision et de reprendre une vie normale. Et ben non, le lendemain matin, rebelote, au p’tit dèj, les céréales dans une main, le yaourt dans l'autre (encore un yaourt, faut faire glisser la pilule) sur les radios, impossible d'y échapper, je tourne le bouton du poste et enfin j'arrive sur BFM Business où un startupeur veut nous vendre des croissants chauds en ligne. C'est ça ou le retour aux vapeurs de la veille, c'est comme une biture la mort de Johnny, pas facile d'en sortir sans la migraine.

 

                  Bon allez, repose en paix, je dis ça pour nous.

 

 

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L’idole ... ou pire

Publié le 8 Décembre 2017 par Jean Mirguet dans Le malaise

            

Jean-Michel Basquiat « Untitled"

            A l’occasion du décès de celui qui n’avait pas craint de s’autoproclamer "idole des jeunes", la saturation et l’indigestion me gagnent en lisant, voyant, entendant le déferlement, à longueur de journées, de ce qu’il faut bien appeler une jouissance.

            Cette overdose d’idolâtrie, étonnamment soutenue par le Président de la République, n’est-elle pas mortifère pour ceux qui se prosternent devant l’idole disparue. Pourquoi mortifère ? Parce qu’elle les enferme, les emprisonne dans un système, voisin de l’intégrisme, dans lequel dominent l’unanimité, le tout, le Un et le fait que tous s’accorderaient sur l’évidence que cet artiste serait un héros … mort au Champ d’Honneur ?

           

            Ce supposé accord général est totalitaire puisqu’il exclut tout point de vue qui s’écarterait de l’avis de tous. A-t-on, par exemple lu, vu ou entendu s’exprimer des désaccords concernant ce bourrage de crâne ? J’ai cherché et n’en ai trouvé aucun. Du Monde à BFMTV en passant par France Inter, ce ne sont que communion en faveur du même,  ferveur quasi-religieuse bien-pensante, tartuferies flatteuses des bigots, soumission à la pensée unique.

           

            A qui s’adresse cette dévotion idolâtre, résidu de la généralisation de l’individualisme à l’ensemble de la vie sociale et dans lequel nous baignons depuis quelques décennies ? A l’idole ? Rien n’est moins sûr.

            Comme dans un miroir, elle s’adresse surtout au dévot lui-même qui, par une espèce de besoin d’être comblé, ne trouve rien de mieux que de se fabriquer un dieu à soi.

            On en déduira que devenir un fabriquant de dieux exige une grande surestimation de soi et que la fétichisation de l’idole est à ranger parmi les symptômes des malades du narcissisme que rencontrent aujourd’hui maints psychanalystes.

            Comme le souligne le sociologue Alain Ehrenberg, le lien social s’affaiblit et, en conséquence, l’individu doit de plus en plus s’appuyer sur lui-même, sur ses capacités personnelles. Pas étonnant alors qu’il en vienne à se doter du pouvoir de se confectionner  son dieu ou de se proclamer idole. C’est ainsi que Dieu devient une créature de l’Homme. 

           

            Se bricoler son propre dieu ne revient-il pas à combler la faille native qui habite chacun de nous? Or, cette faille est obturée dès lors qu’un Autre, qu’on s’est choisi, vient – en apparence - la colmater.

          Dans son  livre publié en 2012 aux éditions Liber, Dieu, encore ?, le psychanalyste Michel Brun considère que « fonctionnant en permanence dans l’excès et le trop-plein, l’Occident est devenu dramatiquement incapable de ménager une place au vide comme a su par exemple nous y inviter le taoïsme ».

            La faille inscrite au cœur de chaque sujet humain et que l’idolâtrie adressée au rocker vient suturer en constitue une manifestation criante.

            J’adresse aux thuriféraires de Johny, ce poème de Jean-Marc Undriener, extrait de pas trace (éd. Faï fioc), judicieusement déniché par Marie-Ange Mirguet :

« Quand même -
le pire reste encore ce trop
ce trop-plein ce remplissage
jusque-là
ce plein permanent
partout
où qu'on se tourne dans
cet espace plein de l'autre
où manque toujours
entre les vides
un vide plus grand »

 

           

 

 

 

 

 

 

           

 

 

 

 

 

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Puritains et dissidentes

Publié le 13 Novembre 2013 par Jean Mirguet dans Le malaise

Récemment, je publiais le « Manifeste des 343 salauds », initié par le mensuel Causeur pour protester contre le projet de loi pénalisant les clients de prostituées.

On connaît les effets de ce manifeste dans les heures qui ont suivi sa publication : un tombereau d’insultes et de vociférations indignées tombant sur les auteurs du Manifeste et les signataires de la pétition « Touche pas à ma pute », coupables d’avoir commis le sacrilège de se référer au « Manifeste des 343 salopes ». « Outrage aux bonnes meufs », aurait conclu Philippe Muray.

A juste titre, Elisabeth Lévy, directrice de la publication, relève que personne ne semble s’être inquiété de l’intolérance fanatique de ces détracteurs et de leurs ligues de vertu aux propos sentencieux.

C’est par un procédé voisin qu’il y a quelques mois, Charlie Hebdo était la cible d’une accusation du même ordre, le délit de blasphème, à propos des caricatures de Mahomet.

Et, last but not least, c’est Christiane Taubira, Ministre de la justice, qui cristallisant les haines, s’étonne, la semaine passée, qu’aucune « belle et haute voix ne se soit levée » pour dénoncer les attaques racistes qui lui étaient adressées… « Quel silence devant le racisme ordinaire », constate tristement Marie-Georges Buffet dans son interpellation à un Président de la République resté muet pendant de longs jours.

Ces événements font série. Ils fédèrent sous une commune bannière racistes et puritains rêvant d’un monde dans lequel régnerait le parti du Bien, où les différences seraient abolies et où l’extinction de l’altérité mettrait fin au désordre des dissidences.

Au premier rang de la dissidence se trouvent celles qui sont dites femmes et leur lien supposé privilégié au sexe. Putains, noires, voilées, elles sont l’objet de la polémique suscitée par Causeur, de la haine raciste, de l’intégrisme religieux de nombre de pays musulmans : ravalées, mises à mal comme symbole de ce qui se met en travers du discours de la norme, la norme mâle s’entend, ce qu’elles ont en propre, le féminin, n’y est pensé qu’à l’aune de ce qui vaut pour les hommes. Ces mêmes hommes qui, comme le journaliste et écrivain Dominique Simonnet (cf. Le Monde du 8 novembre), nous exhortent à ouvrir les yeux pour voir que, « au XXIe siècle la sexualité humaine n’est toujours pas civilisée » (sic !!).

Heureusement, en contrepoint de cette agitation, une bonne nouvelle est arrivée aujourd’hui : Marie Darrieussecq est la lauréate du prix Médicis pour Il faut beaucoup aimer les hommes. Soyons reconnaissant à ce que l’actualité a de contingent : elle fait se rencontrer des événements imprévisibles tributaires de circonstances fortuites. N’est-ce pas, précisément, ce qui caractérise la rencontre amoureuse, y compris celle qui se paye?

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Frèrocité

Publié le 18 Octobre 2013 par Jean Mirguet dans Le malaise

A l'appui de mon précédent article qui implique que, dans un Etat laïque, respectueux des règles de droit, il n'y a pas de définition de la vie bonne qui ait droit de cité, pas de vérité qui doit gouverner et qu'il revient à chacun, en lien avec les autres, de conduire son existence à la lumière de ses propres choix de conscience, je propose à votre lecture ce passage du livre d'Alain Finkielkraut, L'identité malheureuse (Stock, octobre 2013).

" Dans nos sociétés, le vivre-ensemble est le contraire d'un vivre ensemble. Ce n'est pas un vivre à l'unisson mais un vivre à distance, chacun selon ses convictions (...) Telle est la liberté des Modernes, cette "jouissance paisible de l'indépendance privée", comme dit encore Benjamin Constant. Un telle jouissance, il est vrai, ne va pas sans frustration ni amertume. La dispersion des individus est bien loin, en effet, de satisfaire toutes les aspirations individuelles. Elle nourrit même la nostalgie d'une modalité de vie à plusieurs plus riche, plus intense, plus conviviale. Plongé dans l'anomie, on rêve d'harmonie et de chaleur enveloppante. Mais nous le savons (ou nous devrions le savoir), en voulant abolir la distance entre les êtres et remédier à la solitude du quant-à-soi par l'institutionnalisation de la fraternité et de la transparence, le communisme n'a pas ouvert aux hommes le chemin du paradis, il a construit méthodiquement l'enfer sur terre : s'il est sûr qu'une société d'où serait banni l'esprit de fraternité tomberait dans la férocité sans phrase du struggle for life, il n'est pas moins avéré que les utopies fusionnelles sont vouées, aussitôt entrées dans l'histoire, à devenir totalitaires (...) Le règne de Big Brother peut commencer. "

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