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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

We remember .... et vous ?

Publié le 16 Janvier 2021 par Jean Mirguet

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Le narcissisme des petites différences

Publié le 14 Janvier 2021 par Jean Mirguet dans Politique

Que l’individualisme soit roi est devenu, de nos jours, un lieu commun.

Aujourd’hui, s’affirme une déification du spécifique, du particulier, de l’unique, portée par l’individu. En témoignent les effets de la pandémie sur le fonctionnement médiatique qui ont fortement amplifié ce mécanisme, à l’œuvre spécialement chez nombre de nos contemporains, pressés de venir exposer qui son analyse, qui son opinion sur les plateaux de télé, à la radio, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, l’argumentation consistant le plus souvent à critiquer le pouvoir politique et l’autorité des experts.

Ce phénomène culturel est porté par l’idée que chacun a le droit de définir sa vérité avec le corollaire que porter atteinte à la vision du réel tel que chacun le définit est devenu une atteinte à la personne elle-même.

C’est le principe de la cancel culture en pleine expansion aux Etats-Unis et qui infecte maintenant le continent européen. La cancel culture refuse les opinions contraires, elle se manifeste par des anathèmes répandus sur les réseaux sociaux d’où la contradiction est absente puisqu’on ridiculise en caricaturant ; elle stigmatise la personne et cible son employeur afin qu’elle ne puisse plus être employée ailleurs, la privant ainsi de sa capacité de travailler.

Le complotisme s’inscrit dans un courant proche de la cancel culture, alimenté par les nombreux scandales émaillant régulièrement la vie des pays démocratiques. Il produit un nouvel imaginaire paranoïaque mettant en scène une réalité camouflée d’un monde politique pourri par l’argent et le pouvoir. Comme l’exprime Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, « en ruinant toute possibilité d’un “monde commun“ dans lequel se confrontent les idées, le complotisme met la démocratie en péril ». Se présentant comme un savoir privilégié, une chimère cohérente et argumentée, il pervertit la liberté d’expression et anéantit la force de la vérité.

Le résultat, constate l’historien John Farrell, est qu’il n’est plus possible de trouver une autorité épistémique ou morale.

Autre effet de ce mouvement de contre-pouvoir : la montée croissante d’un relativisme culturel asservissant, nourrit par les thèses racialiste, décolonialiste et indigéniste (transférées des campus nord-américains), particulièrement au sein de l’Université.

En novembre dernier, une centaine d’universitaires dénonçait dans une tribune les ravages de ces idéologies communautaristes qui génèrent le conformisme intellectuel du politiquement correct, particulièrement menaçant pour l’Université et la démocratie.

On peut également consulter le récent Appel de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires signé par 76 universitaires :

http://decolonialisme.fr/?page_id=1000&fbclid=IwAR09YKcONC8OyTwhHBkv7FqbXbBfz_ZYL5gCPp4p9BCvlE976e-4t2xbmVo

Il suffirait donc de revendiquer un statut de victime pour avoir le droit d’en appeler à une autorité pour censurer des paroles, l’indignation morale se substituant aux arguments.

Ces doctrines réclament l’égalité tout en exacerbant la haine de la différence et sa revendication. C’est ainsi que, comme le montre Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct, la démocratie se détraque en accroissant la virulence du rejet de la différence à mesure que s’accroit l’égalité. Tocqueville avait déjà repéré ce paradoxe qui rend la vie en commun impossible.

A côté des motivations idéologiques, politiques qui habitent les partisans de ces thèses, ce qui les anime est également en rapport avec le désir de se faire remarquer, de voir son discours mis en relief et d’acquérir par ce moyen une forme de notoriété qui, autrement, leur ferait défaut.

En clouant les dirigeants du pays au pilori, leur vindicte produit son lot inévitable de polémiques dont on sait à quel point nombre de médias et de réseaux sociaux sont friands dés lors qu’il s’agit de faire entendre des discours agressifs visant tout ce qui ressemble à une institution. Ces propos se transforment très rapidement en tribune - quand ce n’est pas en tribunal -, permettant à leur auteur d’avoir la conviction qu’il sont dépositaires d’un savoir qui promet la vérité.

Ils franchissent ainsi une limite qui n’est autre que celle qui fonde une démocratie : un régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Camus le soulignait dans ses « Réflexions sur une démocratie sans catéchisme » : « Le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent ».

Il existe un fond commun à ces différentes réalités. C’est celui que Freud a nommé le « narcissisme des petites différences ». Par lui s’exacerbent l’ambivalence, plus particulièrement les haines inexplicables entre personnes, groupes ou collectivités proches et largement semblables, mais qui éprouvent le besoin narcissique de surinvestir leur différence par crainte de perdre leur identité.

La similitude, la proximité, le voisinage peuvent menacer notre identité du fait de la crainte de l’effraction par l’envahissement des autres. Nous pouvons être amenés à détester ce qui est proche de nous et nous ressemble quand la frontière imaginaire ou réelle qui nous sépare et nous différencie d’eux s’estompe ou s’efface. C’est alors que nous nous comportons affectivement les uns envers les autres comme les porcs épics transis de froid de la célèbre parabole de Schopenhauer : aucun ne supporte de l’autre un rapprochement trop intime. Aussi, les petites différences se traduisent-elles en sentiments d’hostilité entre les individus, en les protégeant de la menace qui porte sur leur identité. Celui qui nomme et définit la différence se pose ainsi en s’opposant à l’alter ego, en nourrissant des haines et des intolérances bien plus grandes à l’égard du proche que du lointain. L’intolérance au presque pareil constitue l’une des sources de l’illusion identitaire.

La vie politique fourmille d’exemples illustrant ce mécanisme : la contestation systématique des mesures prises par le gouvernement pour contrer la pandémie et les polémiques qui en découlent, la division de la gauche et la multitude des candidatures à la future élection présidentielle de 2022 : Mélanchon, Montebourg, Hidalgo, Jadot, Royal, etc, etc…

Les divisions actuelles viennent bien moins de querelles d’idées ou de sensibilités que d’une volonté de faire entendre sa petite musique perso ou celle de ceux que la presse appelle « les proches », ceux qui prétendent former une « identité » en travaillant, par exemple chez Montebourg, à former un nouveau parti politique « ayant vocation à faire émerger de nouveaux profils en s’adressant à tous les Français au-delà de la gauche ». Cette langue de bois dans laquelle la légitimation de l’identité l’emporte sur l’argumentation traverse tous les camps, tous les partis, toutes les sensibilités actuelles.

La notion introduite par Freud de « narcissisme des petites différences » décrit une structure politique ou une dynamique de groupe  bien davantage qu’un trait de caractère personnel.   Elle constitue l’une des sources de l’illusion identitaire qui consiste à revendiquer une différence de détail comme un trait identitaire.

« Toutes les fois que deux familles contractent alliance par mariage, écrit-il, chacune se considère comme supérieure à l’autre (…) ; deux villes voisines se font l’une à l’autre une concurrence jalouse ; chaque petit canton est plein de mépris pour le canton voisin. Des groupes ethniques étroitement apparentés se repoussent réciproquement : l’Allemand du Sud ne supporte pas l’Allemand du Nord, l’Anglais dit tout le mal possible de l’Ecossais, l’Espagnol méprise le Portugais » observe-t-il. C’est ce « narcissisme qui aspire à son auto-affirmation » qui conduit, comme dans la parabole de Schopenhauer sur les porcs épics à mal supporter un rapprochement trop intime avec ses semblables.

Le narcissisme des petites différences donne une telle importance aux différences de détails que celles-ci sont revendiquées comme des traits identitaires. Avec la polémique à propos de l’hydroxychloroquine, naîtront des groupes pro-Raoult comme naissent des groupes anti-vaccins ou des groupes complotistes qui font des « petits détails » agrégateurs d’infranchissables remparts.

Si le narcissisme des petites différences engendre des polémiques absurdes dans lesquelles les vitupérations et les caricatures sont légion - cas de figure qui constitue un moindre mal -, ces postures peuvent aussi conduire à des rejets et à des ostracismes violents, radicaux, faisant courir un péril à la démocratie. L’actuelle fin de présidence de D. Trump en fournit une belle illustration.

Si tel ou tel trait particulier nous permet de nous distinguer les uns des autres, c’est grâce à sa capacité à créer des écarts et une distance qui mettent au travail, en explorant ce qui est séparé. C’est ainsi qu’un jeu de relations peut vivre, qu’un commun de l’humain, pour reprendre une expression de François Jullien, peut naître, qu’une altérité peut exister.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Du big bang aux neurones.

Publié le 10 Janvier 2021 par Jean Mirguet dans Sciences

C’est à un dialogue passionnant que David Elbaz, astrophysicien et Alain Destexhe, directeur de recherches au CNRS, spécialiste des neurosciences nous proposent de prendre part. Merci à mon ami et collègue Michel Brun de me l’avoir fait découvrir (https://youtu.be/IiT7oZ67pbc ). Je vous invite à l’explorer à votre tour puis de lire son commentaire :
« Confirmation nous est donnée que la science ne progresse pas de manière linéaire comme on pourrait le croire, mais qu’elle a largement recours à l’intuition et à l’analogie comme ce fut le cas pour Newton lorsqu’il découvrit la loi universelle de la gravitation.
C’est ainsi que des chercheurs ont eu l’idée, particulièrement féconde, d’établir une comparaison entre la structure des galaxies et celle des neurones à l’intérieur du cerveau. Façon comme une autre de rajeunir l’un des fondamentaux de la pensée de l’Inde antique qui posait l’identité du microcosme ( l’être humain ) et du macrocosme (l’univers). Il y a environ 100 milliards de neurones dans un cerveau humain, chiffre similaire au nombre d’étoiles composant une galaxie. Et les analogies peuvent être poussées encore plus loin.
Pour ma part je me suis toujours demandé, si l’on retient l’hypothèse que la vie n’existe pas seulement sur terre, de quelle manière elle pourrait être distribuée dans l’univers. La nature est prodigue. Par exemple un chêne parvenu à maturité produit 50 000 glands. Un millilitre de sperme contient 100 millions de spermatozoïdes. De quoi donner sa chance à la vie, sachant que tous les chênes ou tous les hommes ne se reproduisent pas nécessairement. La distribution de la vie au cœur de l’univers est sans doute aléatoire car bien des conditions sont requises pour qu’elle puisse surgir. Mais la fécondité de la nature est telle que l’aléatoire se transforme en possible. La science nous donnera peut-être confirmation que notre planète bleue n’a pas été la seule à avoir été ensemencée. L’équation de Drake sur la probabilité de l’existence d’une vie extra-terrestre attend encore sa vérification expérimentale. Suspense...
 »

 

 

 

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