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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

cinema

La cérémonie des Césars, une exhibition des "eaux dormantes et pourries de l’âme »

Publié le 21 Mars 2021 par Jean Mirguet dans Cinéma

Symbole de rêve et de partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste, analyse dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Beaucoup ont parlé de naufrage, voire de suicide collectif, après la cérémonie des Césars qui a eu lieu il y a une semaine à l’Olympia : vulgarité, nombrilisme, arrogance. Yann Barthès a résumé l’affaire dans son émission « Quotidien », sur TMC : vivement que les cinémas rouvrent pour oublier ce qu’il a vu. Soyons indulgent : la pandémie a de quoi rendre fou. Ce qui s’est passé vendredi 12 mars traduit une radicalité qui gagne le cinéma, la culture et l’époque. Une radicalité qui se vérifie dans ce basculement : de rêve et partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste. Le glissement n’a rien de nouveau, mais il s’exacerbe autour de la notion d’exception culturelle. Ce beau principe, porté par le slogan « l’art n’est pas une marchandise », a permis à la France, mieux que tout autre pays, de sauver son cinéma, ses librairies, sa créativité. Mais quand il est brandi à tout bout de champ, le monde culturel peut donner l’impression qu’il vit dans un monde à part. Ce n’est pas le meilleur moyen de fédérer le public – l’audience de cette édition fut la pire depuis dix ans. Le danger est de fragiliser les liens avec la société, qui voit moins la vitalité de la création que permet l’exception culturelle que les subventions conséquentes qui sont versées. 

Sans nuance ni légèreté

La détresse, la frustration et l’injustice qu’exprime la culture depuis la fermeture des cinémas ou théâtres sont légitimes. Ces sentiments furent répétés aux Césars. Mais sans nuance ni légèreté, sans un mot ou presque pour les personnels soignants ou les malades, beaucoup pour moquer la ministre Roselyne Bachelot. Le discours ambiant dans la bulle de l’Olympia, comme celui en cours dans des théâtres occupés, est surtout déconnecté de ce qui se passe dehors : des variants qui galopent et bouleversent le paysage de la pandémie. Admettons que les lieux culturels ne soient pas « dangereux ». Quel responsable politique prendrait le risque d’ouvrir cinémas ou lieux de spectacles ? Et puis le monde culturel sait qu’une réouverture dans des conditions draconiennes fait surgir mille questions autour de la sécurité, de la viabilité économique, des œuvres à programmer. D’une ville à l’autre, d’une salle à l’autre, d’un spectacle à l’autre, d’un film à l’autre, le casse-tête serait rude. 

L’autre question que soulèvent les Césars est la façon dont la cérémonie a muté en plate-forme politique. Le discours est monopolisé par les marges, comme sur les réseaux sociaux. Il est à sens unique, dans un climat radical-chic, au sens gauchiste, pour reprendre l’expression de Tom Wolfe, tirée d’un texte fameux de 1970. L’écrivain y décrivait par le menu la réception donnée par le compositeur Leonard Bernstein dans son duplex de Park Avenue, à New York, afin de lever des fonds en faveur des Black Panthers, qui dévoraient des canapés présentés par des serveuses (blanches, heureusement).

Si au moins la scène des Césars était un peu égratignée, comme a pu le faire l’humoriste Ricky Gervais lors des cinq cérémonies des Golden Globes qu’il a animées aux Etats-Unis… Ce dernier « se payait » les stars d’Hollywood, non « parce que c’est une bande de gauchos. Je suis moi-même de gauche. Je me suis moqué d’eux parce qu’ils portent leur progressisme comme une médaille ».

Aux Césars, comme ailleurs dans la culture, les propos et cibles sont si attendus que ça en devient lassant. Gênant, parfois. Faisant référence au projet de réforme de l’assurance-chômage, l’actrice Jeanne Balibar a dit que l’ancienne ministre du travail, Muriel Pénicaud, et la nouvelle, Elisabeth Borne, « s’occupent essentiellement de détruire chaque jour un peu plus la société ». Qu’aucun autre pays au monde n’injecte autant de milliards dans la culture ne compte pas.

L’humoriste Vincent Dedienne a justifié la cancel culture (interdire des œuvres dont les auteurs ont eu des mots ou actes « inappropriés ») en citant quatre phrases d’Hitler qui s’apparentent à une ode à la culture. Comprenez : voilà à quelle absurdité on arrive si, comme certains le demandent, par exemple les défenseurs de Roman Polanski, on dissocie un homme de son œuvre.

Puisqu’il goûte la cancel culture, on aimerait savoir, parmi des dizaines d’exemples, ce que pense Vincent Dedienne de la déprogrammation, il y a quelques mois, de l’exposition du peintre Philip Guston par quatre musées parmi les plus importants au monde au motif que ses tableaux antiracistes sur le Ku Klux Klan pourraient blesser les Noirs. Et ce qu’il pense du fait que le très respecté Mark Godfrey, un des responsables de la Tate Modern de Londres, sanctionné par son musée pour avoir critiqué cette mesure, vient d’annoncer sa démission.

Les Césars ont été diffusés par la chaîne Canal+, de Vincent Bolloré, qui aurait peu goûté la cérémonie. Ce dernier peut pourtant s’estimer heureux d’avoir été épargné. Comme l’a relevé l’humoriste Sophia Aram, le 15 mars sur France Inter, le patron qui fait travailler Eric Zemmour, qui s’en prend au droit d’auteur ou qui a licencié un comédien osant critiquer une émission de son groupe télévisuel, a curieusement été épargné par la gauche radical chic. Mais Canal+ est le premier financeur du cinéma (150 millions en 2020), on ne dit mot contre celui qui vous nourrit.

Pas un mot non plus sur la menace de Canal+ de quitter la TNT pour gagner le statut de plate-forme de streaming, ce qui lui permettrait de couper sec dans ses millions pour le cinéma (comme l’annonçait Le Figaro du 10 mars). La menace sent le coup de bluff, sauf que 130 cinéastes français ont signé le 10 mars une tribune dans Le Monde pour s’en inquiéter, d’autant que les films sont moins stratégiques pour Canal+ depuis que la chaîne a récupéré les droits de diffusion du football. Pas un sujet pour les Césars, qui préfèrent s’en prendre aux autres, pas à la famille. C’est plus commode.

 

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Le ras-le-bol des acteurs arabes à Hollywood

Publié le 10 Octobre 2016 par Olivier Mirguet dans Cinéma

Le ras-le-bol des acteurs arabes à Hollywood

Les acteurs d'origine arabe élèvent la voix à Hollywood. Ils n'en peuvent plus d'êtres cantonnés à des rôles de terroristes dans les films. Ayman Samman qui a fui l'Egypte en 2011 refuse désormais ce qu'il appelle les "Allahu Akbar movies", qui mettent en scène des kamikazes. Mais les choses avancent doucement. Ayman Samman tente de se rendre à des castings réservés aux "caucasiens", ce qu'il n'envisageait même pas il y a quelques années. Rencontre.

​Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Info.

http://info.arte.tv/fr/le-ras-le-bol-des-acteurs-arabes-hollywood

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Cinéma : un Mustang au galop

Publié le 18 Décembre 2015 par Jean Mirguet dans Cinéma

Mustang est un film dramatique germano-franco-turc réalisé par Deniz Gamze Ergüven. Il raconte l’histoire de cinq soeurs turques défendant leur liberté contre l’emprise d’un père étouffant. Il est en concurrence avec 80 films en compétition pour l’Oscar du meilleur film étranger. A quelques jours de l’annonce officielle de la pré-sélection, toute l'équipe du film s’est lancée dans la course aux Oscars, qui seront remis lors de la 88e cérémonie le 28 février prochain.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal

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Le Fils de Saul

Publié le 16 Décembre 2015 par Jean Mirguet dans Cinéma

2016 sera-t-elle l'année de la consécration pour Le Fils de Saul, film du hongrois Laszlo Nemes ? Déjà nominé pour les Golden Globes, il a été short-listé pour les Oscars, dans la catégorie du meilleur film étranger. Dans la lignée de Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah, le film hongrois pourrait bien surprendre Hollywood.

Un sujet d’Olivier Mirguet pour Arte Journal.

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Mississippi : le bayou au cinéma et "La conjuration des imbéciles"  de J.K. Toole

Publié le 25 Novembre 2013 par Jean Mirguet dans Cinéma, Littérature

De Nevada Smith en 1966 aux Bêtes du Sud sauvage qui reçut la Caméra d'or en 2012, l'imaginaire du bayou n'a cessé d'inspirer le cinéma. 
Retour sur ce paysage américain singulier qui regorge d’histoires extraordinaires.

Puis, à 14’50 du début de l’émission, regard sur La conjuration des imbéciles de J.K. Toole, un livre déjanté qui raconte l'aventure de Ignatius Reilly, un garçon odieux, génie et abruti complet qui se débat dans la Nouvelle-Orléans. Visite de la Nouvelle-Orléans dans les pas d’Ignatius, avec Joe Sanford qui a réalisé un documentaire sur la vie de Kennedy Toole.

Deux sujets d’Olivier Mirguet pour Personne ne bouge, Arte.

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La Vénus à la fourrure

Publié le 17 Novembre 2013 par Jean Mirguet dans Cinéma

Après la polémique suscitée par le projet de pénalisation des clients de prostituées et les échanges ubuesques auxquels elle a donné lieu concernant les rapports hommes–femmes, il convient d’applaudir la sortie de La Vénus à la fourrure, dernier film de Roman Polanski dont le titre reprend celui du roman de Léopold von Sacher-Masoch.

Thomas, metteur en scène auteur, rencontre Vanda son actrice devenue fétiche. Le grand scénario masochiste se déploie, qui va conduire Thomas vers le brasier de l’humiliation consentie. Comme le Séverin du roman de Sacher-Masoch, la crainte de Thomas à l’égard des femmes est à la mesure de l’inquiétant intérêt qu’il leur porte. L’intrusion de Vanda dans son monde va lui permettre d’explorer le champ troublant de ses désirs et de s’abandonner au vertige de sa tortionnaire.

Mais où est la victime, où est le bourreau quand le masochiste entraîne sa partenaire dans un scénario où la femme se retrouve sous la domination insidieuse (et illusoire ?) de l’homme qui la provoque à le battre ? Il se crée alors une troublante complicité entre l’une et l’autre, tour à tour maître et esclave.

Quant au metteur en scène, n’est-il pas une sorte de démiurge, capable comme Jupiter, de faire naître de sa cuisse où il l’a enfermé son enfant Dyonisos-Vanda ? De Vanda, femme fatale, il en fait sa déesse, mi-divine mi-humaine comme l’était Dyonisos, à la fois dieu et homme. Une des dernières scènes du film nous la montrera d’ailleurs, dansant autour de son créateur dans la tenue dyonisiaque d’une Ménade célébrant rituellement son dieu et faisant retentir l’air de ses hurlements barbares.

Parmi les multiples modalités de rencontres (qu’elles soient homos ou hétéros), celle qui nous est contée dans ce film démontre, si besoin était, que le rapport entre celui qui est dit homme et celle qui est dite femme n’est décidément jamais simple, n’en déplaise à la pudibonderie ambiante qui rêve de civiliser la sexualité humaine, autrement dit la normaliser.

La femme, peut-on lire dans le roman, « telle que la nature l'a faite, et telle qu'elle attire l'homme de nos jours, est son ennemie et ne saurait être que son esclave ou bien son tyran, mais jamais sa compagne ».

N’y-a-t-il pas lieu de reconnaître dans cette affirmation radicale une version de l’aphorisme lacanien du non-rapport sexuel : dans l’inconscient, il n’y a pas de rapport entre les sexes qui soit programmé et la croyance dévote à des temps harmonieux dans les rapports hommes-femmes, bien que largement partagée, est assurément illusoire.

La Vénus à la fourrure
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Randy Moore s’attaque à Disneyworld

Publié le 14 Novembre 2013 par Olivier Mirguet dans Cinéma

Escape from tomorrow est sorti aux USA et sur tous les supports numériques. Un premier film réalisé par Randy Moore et qui fait sensation aux Etats-Unis. Cette histoire de père de famille en virée à Disneyworld avec femme et enfants et qui devient fou, a été tournée en cachette dans les parcs Disney, sans aucune autorisation. Rencontre avec Randy Moore sur la jetée de Santa Monica et son petit parc d’attraction.

Un reportage d’Olivier Mirguet pour Arte Journal.

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Hollywood et les nazis

Publié le 4 Novembre 2013 par Jean Mirguet dans Cinéma

Hollywood était-elle à la solde des nazis ?

Pour Hollywood, le marché allemand du cinéma était vital durant l'entre-deux-guerres puisque dans les années 30, l'Allemagne possédait le plus grand nombre de cinémas en Europe. Mais l'industrie américaine du cinéma a-t-elle fait des concessions à Hitler pour conserver ses entrées en Allemagne ? C'est la question dérangeante et polémique qu'aborde un livre publié aux Etats Unis, "The Collaboration" de Ben Urwand aux éditions Harvard University Press. Eléments de réponse avec le reportage d'Olivier Mirguet à Los Angeles, pour Arte Journal.

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The Big Lebowski

Publié le 27 Mai 2013 par Olivier Mirguet dans Cinéma

Il est LE loser. Quasiment l'inventeur à lui tout seul d'une catégorie de personnage : celui qui foire tout et avec qui, pourtant, on voudrait aller faire un bowling. Depuis 1998, "le Dude" est vénéré dans le monde entier : une parodie de religion, le dudéisme, lui est consacrée ; un festival se tient tous les ans à Los Angeles et les gens se sont même mis à boire des russes blancs !
Reportage au festival et portrait d'un film culte dans « Personne ne bouge ».

 

Un sujet d'Olivier Mirguet pour Personne ne bouge, Arte (début du sujet à 1'42")

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"Mon nom est Personne", un western spaghetti pas si nanar que ça, par Michel Brun

Publié le 21 Mai 2013 par Michel Brun dans Cinéma

Mon nom est personne"Mon nom est Personne" est un western spaghetti de Tonino Valerii, sorti à l'écran en 1973 sur une musique d'Ennio Morricone. Les interprètes principaux en sont Henry Fonda dans le rôle de Jack Beauregard et Terence Hill dans celui de "Personne". Programmé à l'occasion du lundi de Pentecôte sur France 2, ce film était probablement destiné à jouer le rôle de bouche-trou à une heure de faible audience télévisuelle.

Considéré comme un nanar, ce film a dans l'ensemble fait l'objet d'assez mauvaises critiques. Or, pour pouvoir l'apprécier il convient de le regarder au deuxième, voire au troisième degré. Et c'est alors que l'on découvre un petit bijou. Pour ceux qui s'intéresseraient au détails de l'histoire  le mieux est de revoir le film, ou à défaut d'en lire le récit sur Wikipédia.

Il s'agit de la rencontre entre un jeune aventurier (Terence Hill), se présentant sous le pseudonyme de "Personne", et Jack Beauregard (Henry Fonda), que "Personne" a toujours considéré depuis son enfance comme son héros. Beauregard fut un justicier hors pair, célèbre dans toute la région en raison du nombre impressionnant  de ses  exploits. 

"Personne" rêve de voir son héros vieillissant accomplir un dernier fait d'armes : affronter à lui seul la "Horde sauvage", bande qui sème la terrreur sur l'ensemble du territoire, afin qu'il entre définitivement "dans les livres d'Histoire".

Le fin du scénario est une mise en scène, jubilatoire, de ce sans nom qu' est "Personne" à la recherche de sa propre identité, grâce à l'élection de celui qu'il va considérer comme son père symbolique. Le script se présente comme une sorte d'épopée tragi-comique, où le héros, par sa mort finale, doit rejoindre le monde des ancêtres glorieux et des dieux. Bien entendu, Beauregard n'en veut rien savoir, espérant seulement se rendre à la Nouvelle Orléans et s'embarquer vers l'Europe pour y vivre une paisible retraite. C'est compter sans l'obstination de "Personne" qui va tout faire pour que Beauregard affronte malgré lui la Horde sauvage. Mais cela n'est pas suffisant, car pour entrer dans la légende Beauregard doit mourir. A la fin du film Beauregard est donc tué par "Personne" devant la foule assemblée, au cours d'un spectaculaire duel au   revolver.

Son destin est accompli. Il est enfin devenu une légende, matérialisée par une tombe érigée à sa gloire. Mais en fait le duel entre les deux protagonistes est truqué. Il n'est qu'un semblant permettant à "Personne" d'aller jusqu'au bout de son rêve. Et cette mort fictive présente à terme l'avantage de maintenir vivant l'amour qui s'est progressivement instauré entre les deux hommes, "Personne" ayant trouvé un père, Beauregard s'étant découvert un fils.

Freud aurait eu sans doute son mot à dire à propos de cette fable : les rapports du fils au père sont toujours pris dans l"ambivalence entre l'amour  et la haine. Quant au père symbolique, le père du nom, on sait depuis "Totem et Tabou" que c'est le père mort.

 

 

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