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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

Le confinement au jour le jour … ou presque J+44 : Les Shadoks et la maladie mystérieuse

Publié le 30 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

« Hommage" des Shadoks à tous ces « informés » qui à la télé, à la radio, dans les journaux palabrent, jacassent, pérorent ou pontifient en donnant leur opinion sur tout, alors qu’ils ne savent à peu près rien, que les données manquent, que la variation d’un paramètre peut tout changer.

Ils tournent en rond, comme dans les réseaux sociaux, quintessence de la com conformiste et panurgique...

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Le confinement au jour le jour … ou presque J+41 : Présence de l’autre

Publié le 26 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

 

Celles et ceux qui se donnent la peine de lire mon blog sont moyennement nombreux. Entre soixante et soixante-dix, me disent les statistiques d’Overblog.

Parmi celles et ceux-là, il en est qui me font savoir leur plaisir à me lire. Je les remercie de leur gentillesse. Je ne veux pas le cacher : elle me réjouit, elle flatte le narcissique qui sommeille en moi et elle m’encourage à poursuivre !

De la plupart des autres lecteurs, j’ai rarement des retours sous forme de commentaires. Je les comprends : noyés sous le flot de publications, ils n’ont pas toujours le temps ni le loisir de faire part de leurs observations.

 

Alors, pourquoi continuer à tenir ce blog ? Pour qui ?

Je dois avouer que je le fais d’abord pour moi, pour ordonner mes idées. Rendre compte de la manière dont je digère ce que je lis, entends et vois me paraissant être une manière, pas plus bête qu’une autre, d’appréhender ce qui agite mes semblables, sous un angle que j’essaye d’être un peu différent de ce qu’on a coutume de lire, d’entendre ou de voir.

 

Avec la survenue du confinement, je me suis attelé, comme de nombreux autres, à tenir une sorte de  chronique des effets produits par ce huis clos étonnant puisqu’avec lui, l’omniprésence des autres autour de nous ne s’est jamais fait sentir aussi pressante ou peut-être même oppressante. 

Dans son article publié dans le n°24 de Tracts de crise  (Gallimard), la philosophe de France Culture, Adèle van Reeth fait ce même constat : « Quand je prends ma douche, écrit-elle,  désormais, je sais qu’ils sont tous là, derrière le mur, de l’autre côté de la rue, à l’autre bout de la ville, tous, chez eux, et d’imaginer autant de corps amassés au même endroit au même moment me met mal à l’aise. Ils sont là ! Tous ! Leurs corps sont soudain trop présents. Jamais je ne m’étais imaginée entourée de tant de personnes à la fois, seule dans ma baignoire ».

 

Cette profusion de présence est étonnante. 

Pourquoi cet excès ? Pour ne pas se laisser entraîner à tomber dans le vide ? Pour ne pas se perdre et risquer de se retrouver seul ? 

Si le trop de présence insiste tant, c’est peut-être aussi qu’il masque l’inquiétude voire l’angoisse de l’absence, de l’abandon … ou de la mort. On pense à Winnicott qui, à propos de la pure présence dit à son patient Harry Guntrip, vers la fin de sa première séance: « Je n’ai rien de particulier à dire maintenant, mais si je ne dis pas quelque chose, vous pourriez commencer à ressentir que je ne suis pas là ».

Quel oubli toute cette présence voudrait-elle faire oublier ? Aurions-nous peur d’être demain nous-mêmes oubliés ?

Il faut se cultiver, s’occuper, lire, regarder des films, faire du sport, dessiner, visiter des expos virtuelles, etc, etc… Aurions-nous si peur de n’être pas occupés, d’être confrontés à la vacuité de nos agendas, à l’ennui ? Sommes-nous devenus des sujets boulimiques, qu’il faut remplir d’une multitude d’objets de consommation, en quête d’une satisfaction impossible à trouver ? 

Il faut également savoir, vite, très vite, quitte à s’approprier le premier savoir readymade venu, circulant sur les réseaux sociaux : pour vaincre la peur de ne pas savoir ? pour triompher de la peur de l’incertitude ?

 

C’est quand l’Autre risque de venir à manquer que chacun de nous s’accroche encore davantage à lui.  Tout le monde écoute alors tout le monde et, tous ensemble, nous formons une vaste chaîne de connectés pour la vie.

L’expérience du confinement nous rappelle cette évidence : nous n’existons pas les uns sans les autres. Le Huis Clos de Sartre l’illustre symboliquement : chaque nom est relié métonymiquement à l’autre par ses dernières ou ses premières lettres. GarcIN n’existe pas sans INés, et InÉS forme avec EStelle un autre maillon de la chaîne. Huis Clos est une version métaphorique de l’existence où chacun fait l’expérience de l’aliénation et vit l’épreuve de sa finitude. 

 

Les nécessaires mesures de distanciation sociale, en mettant l’autre à distance, ne font que renforcer sa présence : quoiqu’il arrive,  elle sera toujours celle d’un modèle, d’un objet, d’un associé ou d’un adversaire, comme Freud le rappelle dans son « Introduction » à Psychologie collective et analyse du moi.

Cette pandémie modifiera-t-elle la nature de nos liens à autrui ? Rien n’est moins certain. 

A la fin de La Peste, alors que l’épidémie est terminée, Camus écrit du journaliste Rambert qu’il veut « faire comme tous ceux qui avaient l’air de croire, autour de lui, que la peste peut venir et repartir sans que le cœur des hommes en soit changé (…) Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celle que Rieux avait aimés et perdus, tous, morts ou coupables, étaient oubliés. Le vieux avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le confinement au jour le jour … ou presque J+38 : Autoportraits de confinement

Publié le 23 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

Marie-Florence Artaux est art-thérapeute à l’ITEP de Méhon à Lunéville. Elle a publié Entre l’enfant et l’élève, L’écriture de soi, PUN, 1999 et La maison sur la têteÉcriture et position clinique en art-thérapie, L’Harmattan, 2015.

Les "Autoportraits de confinement" ont été publiés dans le petit journal du confinement de l’Itep. Photos de Gérard Franchetto.  

 

1-Refuge de confinement :

Choisis un endroit que tu adores chez toi et prends une position « confinée » avec un masque si tu en as ou un foulard. Demande à quelqu’un de te photographier.

 

 

 

 

 

 

2-Technotrombines de confinement :

Choisis des objets de la nature ou des objets que tu aimes (portable, souris d’ordinateur, fourchette ….) Sur un fond noir ou de couleur, compose ton autoportrait avec un masque de confinement ou un foulard. Prends une photo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-Inventaires de confinement

 

Choisis une ou deux listes parmi ces inventaires à la manière de Seî Shonagon et énumère les choses importantes pour toi ou demande à quelqu’un de les écrire pour toi

 Choses que tu adores faire en étant confiné chez toi

 Choses extraordinaires vues et entendues en période de confinement

 Choses ordinaires qui distraient dans les moments d’ennui

 Choses et objets les plus précieux que tu garderais avec toi dans un confinement très long

 Choses que tu ne voudrais plus faire après le temps de confinement

 Choses qui remplissent d’angoisse

 Choses qui font battre le coeur

 

Inventaire de M-Florence

Choses extraordinaires vues et entendues en période de confinement

3 chevreuils dans mon jardin

Des caddys remplis de papier WC

La rue pleine de chats qui dorment

Les bravos de fenêtre à fenêtre et de colline à colline à 20h pour les soignants

Nancy désert

Les professeurs du collège qui téléphonent à la maison et font des groupes WhatsApp

Des ordinateurs partout dans la maison pour le télétravail

Des messages qui rassurent

 

Enfants et adultes, si vous jouez le jeu, merci d’envoyer vos oeuvres de confinement : refuge, autoportraits et vos inventaires au journal de Méhon. Merci par avance… Nous devions recevoir une intervenante photographe. Peut-être pourrons-nous faire avec son aide, plus tard, un livre avec tous vos autoportraits de confinés ?

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Le chant d’une enfant, Sabine Pocard, artiste plasticienne

Publié le 16 Avril 2020 par Sabine Pocard dans Peinture

Sabine Pocard, Le chant d’une enfant, coll. privée

"La peinture ordonne en moi quelque chose de perdu. On y trouve plusieurs visions imbriquées et répétitives que je traduis là,  sous une forme narrative" .

 

Le chant d’une enfant.

 

Des géantes tournent en rond comme sur un manège dans une maison sans mur et à ciel ouvert. 

Des chaises et une table apparaissent et disparaissent.

Des fleurs, à leur tour, sont prises dans le tourbillon. 

Il faut les prendre une par une : les tiges se cassent, les pétales s’accumulent, se collent, tombent sur les robes de mes géantes.

Elles s’envolent vers le ciel, retombent sur les chaises ou sur le sol. 

Les géantes tournent de plus en plus vite tandis que les chaises attendent, très sages. 

Les fleurs poussent vers le ciel et la terre recueille celles qui sont tombées et qui jonchent le sol.

Les robes tournent,

 je m’assois sur une chaise et je regarde : quand cela va-t-il s’arrêter ? 

Ce sont maintenant des robes de mariées sans tête et sans mariés qui passent. 

Les pétales éclaboussent les  robes.

Des petits oursons abandonnés gisent par terre et l’on entend une voix  de petite fille qui chante…

Ce sont, à présent, des bicyclettes qui tournent, 

ailleurs dans un autre temps...

Une petite fille attendait son père sur sa bicyclette, mais il n’est jamais revenu…

Cette petite fille a mille ans.

Elle est debout… dans une attente éternelle.

Les géantes passent. Une nappe blanche couvre la table ronde, des coupes de champagne attendent les convives.

Une robe de mariée passe  et d’autres encore…

L’herbe est très verte sur le sol. 

Les chaises sont toujours vides.

Les fleurs poussent. La cendre tombe du ciel.

Les bicyclettes ne tournent plus.

Les géantes s’arrêtent aussi : elles sont noires de cendre… 

Tout s’arrête. La lumière diminue...

Et puis on entend de la musique, les robes tournent de nouveau, cette fois comme au bal. 

On attend quelque chose.

On entend une explosion :

c’est terminé, il ne reste plus rien. Juste le chant d’une enfant…

 

Des oursons sous les fleurs jonchent le sol.

 

https://www.sabine-pocard.com

 

 

 

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Le confinement au jour le jour ... ou presque, J 29 : Le savoir confiné

Publié le 13 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

L’inflation de la communication sur Internet est étourdissante. Tout et son contraire peuvent se dire, avis autorisés comme opinions infondées, jugements définitifs basés sur son seul ressenti comme énoncés scientifiques rigoureux. La parole, objet d’échange et de vitalité, déferle et comme l’exprime Régis Debray dans Le dire et le faire (Tracts de crise Gallimard n°44, 11/04/2020), elle « prolifère en même temps que le virus (...),  tout se vaut et rien ne vaut, ce tourbillon de propos plus ou moins autorisés fait perdre la tête et le sens des choses ». L’usage démocratique du Net permet à chacun de donner son opinion sur tout, d’avoir un avis sur tout, y compris sur ce qu’il ignore ou fait mine d’ignorer. 

Se savoir ignorant et se donner les allures du savant sont devenus compatibles. Croire savoir et savoir sont confondus, comme si la différence de nature entre l’ignorance et le savoir se trouvait sacrifiée sur l’autel de l’égalitarisme, maladie chronique de la démocratie dans laquelle domine le « tout à l’ego », selon la formule percutante de Régis Debray. « Croire savoir alors même qu’on sait ne pas savoir, telle me semble être devenue la véritable pathologie du savoir », écrit Etienne Klein (« Je ne suis pas médecin, mais je… », Tracts de crise Gallimard n°25, 31/03/2020)

Il n’est pas nécessaire d’être passé par la psychanalyse pour avoir appris que savoir, c’est aussi ne pas savoir, ne pas être dépositaire d’un tout savoir. Tout chercheur, tout scientifique sait reconnaître ce qui fait trou dans ses connaissances, ce qui implique une forme d’humilité et de modestie compétente qu’on aimerait trouver plus souvent dans le foisonnement de ce qui circule sur Internet. Si la science est science, c’est que, par nature, elle n’affirme jamais rien définitivement, qu’elle est sujet à contestation, à dispute, à controverse : ni objet de foi, ni objet de croyance.

Dans un récent Lacan Quotidien (n°879), Caroline Doucet émet l’hypothèse que ce déchaînement de paroles pourrait bien être consécutif à la levée de refoulement provoquée par le confinement : parole libérée, parole décomplexée dont les médias nous ont tant vanté les mérites depuis le mouvement des gilets jaunes, il y a 18 mois … Parole à tout va qui, depuis quelques décennies, alimente un processus critique d’affaiblissement du crédit accordé aux discours scientifiques et de suspicion de plus en plus marquée à l’endroit des formes d’expressions institutionnelles. C’est le déclin de l’homme public au profit de l’homme privé. 

En conclusion de son article, Etienne Klein se demande si, « en la matière, la catastrophe sanitaire que nous traversons pourrait changer la donne ? Cela n’a rien de certain, mais par son ampleur et sa radicalité, la pandémie en cours éclairera sans doute d’une lumière neuve les relations ambivalentes que notre société entretient avec les sciences et la recherche. Dans Le Théâtre et son double, Antonin Artaud faisait remarquer que la peste a ceci de commun avec le théâtre qu’elle pousse les humains à se voir tels qu’ils sont : « Elle fait tomber le masque (sic !), écrivait-il, elle découvre le mensonge, la veulerie, la bassesse, la tartufferie. » En marge des ravages qu’il a déjà faits et qu’il va continuer à répandre, le petit coronavirus nous poussera-t-il à relativiser notre relativisme ? À considérer que tous les discours ne se valent pas, que certains sont moins vrais que d’autres ? Allons-nous finir grâce à lui par gommer en nos esprits l’idée que les connaissances scientifiques seraient toujours superficielles et arbitraires, de simples opinions collectives d’une communauté particulière, sans le moindre lien avec la réalité ? ».

 

 

 

 

 

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Le confinement au jour le jour ... ou presque, J 20 : le partage, un autre langage

Publié le 5 Avril 2020 par Jean Mirguet dans Confinement

Celles et ceux qui fréquentent les réseaux sociaux, Facebook en particulier, auront certainement noté l’inflation du nombre de partages réalisés par les Internautes depuis le début du confinement.

Les contenus partagés sont d’une variété infinie et couvrent tous les champs du savoir, du plus pointu à l’ignorance la plus crasse. C’est tantôt une vidéo, tantôt un article, parfois une pétition, de temps en temps des photos de son plat préféré. On y trouve de tout, des belles découvertes, des magnifiques trouvailles comme de crapuleuses fake news et des posts nauséabonds.

Chacun peut trouver son compte dans cette sorte de mutualisation des savoirs voire de don distribué et mis en commun. Mais, quelles sont nos motivations à partager du contenu  et quelles conséquences attendons-nous de la publication d’un contenu ?

 

Qui partage ?

Beaucoup de personnes partagent du contenu, mais pour des raisons différentes. Une étude nous apprend que, dans 48% des cas, le partage d’un contenu est fait pour divertir et intéresser ses contacts. 17% de nos contacts publient dans le but d’attirer notre attention sur un sujet qui leur tient à coeur. Pour 13% des utilisateurs, le but recherché est avant tout de transmettre un sentiment (joie, tristesse, colère).

Plus de la moitié (55%) des personnes qui partagent du contenu sur Facebook le font avec un but altruiste. Ils se sentent concernés par le côté utile qu’apporte leur publication à leurs amis.

D’une manière générale, les femmes ont tendance à plus partager que les hommes (26%). 18% des utilisateurs partagent du contenu plus d’une fois par jour, et 5% plus de quatre fois par jour. Cette dernière tranche tend à être plus audacieuse dans le choix des contenus puisqu’ils ont moins tendance à éviter les controverses (43%) et encore moins les sujets politiques (90%). En revanche, 42% des utilisateurs Facebook font attention à leur image lorsqu’ils partagent contre 31% de la population.

 

Cette pratique révèle les intérêts, les goûts de l’Internaute partageur. Elle donne également une indication concernant son rapport au monde voire même sa subjectivité.

Lorsqu’on partage un contenu, on délègue à un autre, l’auteur initial du contenu, le soin de communiquer à ses correspondants une opinion, un jugement, une perception, un choix esthétique, musical, etc… auquel on s’identifie ou qu’on s’est approprié comme quelque chose qui nous représente, qui nous reflète.

En prélevant une partie de ce qu’on possède pour en faire don à quelqu’un d’autre, le partage opère un transfert ou une transmission dans l’intention, avouée ou non, d’avoir une relation avec d’autres.

Ce qui motive ce don  est un double intérêt : l’intérêt pour soi et l’intérêt pour l’autre. Ce qui amène l’essayiste Etienne Autant à écrire dans son article, « Le partage, un nouveau paradigme » (Revue du Mauss, n°35), que « nous sommes là en présence de l’ambiguïté des motivations qui poussent les hommes et les peuples à entrer en relation, pour le meilleur quand ils font preuve de bienveillance et décident de s’associer et de partager, pour le pire quand ils font preuve de malveillance et cherchent à se détruire : à tout moment, ils peuvent basculer de l’un à l’autre ».

 

Enfin, le contenu partagé est un artifice voire quelque chose comme un camouflage, qui permet de transmettre un message sans avoir à parler en son nom propre tout en disant quelque chose de soi. Le partage se présente donc comme un langage dont le décryptage nécessite le passage par un autre langage.

 

 

 

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