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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

Les nouveaux inquisiteurs

Publié le 17 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Alors qu’est célébré le quarantième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, de nouveaux murs se dressent, témoignant comme l’écrit Pierre Manent dans La Raison des nations. Réflexions sur la démocratie en Europe (cité par Alain Finkielkraut dans son récent A la première personne) de « l’impénétrabilité réciproque des communautés humaines en dépit de la prodigieuse et toujours croissante facilité des communications » : choc des cultures à l’intérieur des communautés nationales.

Un climat de clivages s’est installé ces derniers mois, répandant son lot de divisions,  d’excommunications, de rejets, de violence. Le dégagisme s’invite partout, qu’il soit celui des gilets jaunes ou celui de la volonté d’exclure la psychanalyse de la Cité.

En atteste le brûlot  de la réalisatrice Sophie Robert qui, dans une tribune récente de L’Obs et du Figaro, soutenue par de nombreux signataires psy, instruit contre la psychanalyse un véritable procès idéologique, aux forts relents d’inquisition : est exigée l’interdiction de son enseignement à l’Université, de sa présence dans les hôpitaux, partout où elle constitue une orientation de travail … en somme, il faudrait épurer ces différents lieux de la référence à l’invention freudienne.

 

Procédés inquisitoriaux

 

La psychanalyse n’est pas la seule à souffrir de ces procédés inquisitoriaux qui « tentent de s’imposer insidieusement dans notre République, comme l’exprime Elisabeth Badinter, tournant le dos à celle-ci, visant explicitement le séparatisme voire la sécession ».

Il est aisé d’en établir une série :

           - Déjà en 1988, le cinéma incendié à Saint-Michel par des intégristes catholiques en croisade contre La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorsese. 

            - Les attentats de 2015.

           - En mars de cette année, une représentation des Suppliantes d’Eschyle, dont la mise en scène était signée d’un universitaire réputé, avait été annulée à la suite des menaces de groupes selon lesquels cette mise en scène était « colonialiste, afrophobe et raciste ». La pièce a été représentée sans problème deux mois plus tard dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne.

          - En octobre, la Sorbonne suspendait un séminaire sur la radicalisation islamique, destiné à des fonctionnaires, des élus, des imams. Il était accusé par des associations islamistes et des syndicats gauchistes de professeurs et d’étudiants d’être une « stigmatisation des musulmans ».

         - Le même mois, l’université de Bordeaux annulait une conférence de Sylviane Agacinski, opposée à la GPA,  sur « l’être humain à l’époque de la reproductibilité technique ». Un communiqué, signé de Riposte Trans, Association des jeunes et étudiant-e-s LGBT de Bordeaux, Solidaires étudiant-e-s, Collectif étudiant-e-s anti-patriarcat, estimait que la conférencière était une « homophobe notoire » et menaçait de mettre tout en œuvre afin que cette conférence n’ait pas lieu. A la suite de nombreuses protestations, l’université annonçait fin octobre que cette conférence serait reprogrammée...

 

Comptables et responsables d’un domaine incessamment menacé

 

Dans une Tribune publiée dans Le Monde du 4 novembre, un collectif d’universitaires (dont Pierre Nora et Marcel Gauchet) indique que ces épisodes  ne sont que les plus notoires parmi d’autres pressions plus insidieuses ou qui tentent d’imposer par la force leurs convictions militantes, dans la tradition des manoeuvres totalitaires du XXe siècle.

Les menées anti psychanalyse s’inscrivent dans cette logique des revendications identitaires et d’exclusion. Il serait vain de croire que, face à ce problème politique, les réactions légitimes d’indignation des psychanalystes auront le moindre effet car ce qui est en jeu aujourd’hui va bien au-delà de l’avenir de la psychanalyse et du devenir des psychanalystes. 

Face à la multiplication des murs de censure, nous voici, psychanalystes et  non-psychanalystes, tirés brutalement de notre sommeil et confrontés à la conscience d’être, selon Péguy, « les héritiers et les administrateurs comptables et responsables d’un domaine incessamment menacé ». 

Alain Finkielkraut, dans le livre cité plus haut, l’écrit avec justesse : « L’identité dont nous nous sentons dépositaires n’est pas l’acceptation béate d’un déterminisme, c’est, dans la lignée de Péguy et, plus prés de nous, de Saint Exupéry, un certain arrangement qui demande d’autant plus de soin qu’il tient à un fil : « De ce que j’ai aimé, que restera-t-il ? » demande l’auteur de Terre des Hommes. Et il précise : « Autant que des Êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle (…) ». 

 

Le politiquement correct, une novlangue

 

Nostalgie du passé ? Mal du pays d’avant ? Mélancolie voire amertume de néo-conservateur ? On se tromperait en posant ce diagnostic car, à la vérité, il s’agit de l’inquiétude concernant la survivance de notre communauté historique d’appartenance qui voit certains de ses membres se prévaloir de l’autorité d’interdire et d’imposer ses croyances aux autres.

Cette pression s’exerce dans un contexte de passion de l’égalitarisme qui anime notre époque et qui se traduit dans le refus de toute forme de prééminence et d’élitisme, dans la négation de toute compétence spécialisée, dans le relativisme affirmé au nom des différences culturelles. Ce rejet des hiérarchies s’exprime dans la novlangue du Politiquement Correct dont Carlo Strenger, dans Le mépris civilisé, définit  les principes fondamentaux : égalité en droit de toutes les cultures, de tous les systèmes de croyance, de tous les modes d’existence et interdiction par principe de critiquer d’autres cultures du point de vue moral ou épistémologique. Toutes les opinions et toutes les formes de croyance doivent être respectées à parts égales, position devenue singulièrement dominante au sein de la gauche, « paralysée par la règle du politiquement correct où toute critique d’autres cultures est assimilée à un impérialisme euro centrique ».

Or, paradoxalement, en exacerbant simultanément la haine de la différence et sa revendication, le Politiquement Correct est devenu la maladie chronique de la démocratie. C’est la thèse soutenue par Isabelle Berbéris dans L’art du politiquement correct : à mesure que s’accroit l’égalité, la démocratie accroit la virulence du rejet de la différence. La différence est sacrifiée sur l’autel de l’égalité, revendiquée par les tenants du différentialisme qui réclament l’égalité, non pas au-delà des différences, mais dans l’affirmation exacerbée de ces dernières. Il y a là une réelle consanguinité qui risque de mener à ce qu’Orwell appelait le groupthink, « la pensée de groupe », quand ce qui prime est le désir d’unanimité.

Ce qui en résulte est l’impossibilité d’une vie en commun, d’où ces oukases, ces fatwas prononcés à l’encontre de la psychanalyse, de tel ou tel conférencier, de telle ou telle œuvre d’art.

 

Le mépris civilisé de Carlo Strenger

 

Au syntagme « politiquement correct », Carlo Strenger propose de substituer celui de « mépris civilisé » c’est-à-dire la capacité à s’inscrire en faux contre des credo, des comportements et des valeurs, dès lors qu’ils nous apparaissent irrationnels, immoraux, incohérents ou inhumains. 

Ce mépris est civilisé à la condition d’une part de reposer sur une argumentation fondée sur des connaissances précises, d’autre part d’être dirigé contre des opinions, credo ou valeurs, et jamais contre les individus qui les professent. 

Ce mépris fondé en raison n’a rien à voir avec l’Inquisition : mépris sans haine ni déshumanisation, il témoigne de notre dignité d’être civilisé, critique et libre face aux systèmes de croyance et de valeur que, raisonnablement, nous ne cautionnons pas.

Cette éthique est celle de la démocratie, régime conçu, créé et soutenu par des hommes qui savent qu’ils ne savent pas tout. Dans ses « Réflexions sur une démocratie sans catéchisme», Camus écrivait que « le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné, et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter ».

Force est de constater que, de nos jours, une nouvelle espèce de démocrate a vu le jour, composée de nouveaux bigots qui construisent une opposition du Bien contre le Mal en sortant du champ politique pour nous entraîner dans celui du religieux. C’est pourquoi, à la fin de son A la première personne, Alain Finkielkraut déplore que notre temps soit caractérisé non par l’évitement apeuré des querelles mais par la pratique féroce de l’excommunication dans laquelle les bien-pensants du politiquement correct « s’arrogent le monopole de la parole légitime ».

Se pourrait-il que les dangers encourus par la planète et les bouleversements climatiques qui les accompagnent produisent alors ce climat lourd, tendu, parfois irrespirable et stressant qui appauvrit et dessèche la pensée ??

 

 

 

 

 

 

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L’étoile jaune ne peut pas servir d’étendard contre l’islamophobie

Publié le 16 Novembre 2019 par Jean Mirguet dans Politique

Un collectif d’intellectuels s’indigne de l’utilisation, lors de la marche du 10 novembre, du signe distinctif que durent porter les juifs sous le nazisme

Tribune parue dans Le Monde du 15 novembre 2019 

 

Lors de la manifestation contre l’islamophobie qui s’est tenue dimanche 10 novembre à Paris, des manifestants, dont des enfants, arboraient sur leur manteau une étoile de David falsifiée, qui est en fait une étoile à cinq branches symbolisant les cinq piliers de l’Islam. Au centre de cette étoile on peut lire Muslim, et un croissant de lune est également attaché à l’une des branches. 

A ce sujet, Esther Benbassa déclare sur son compte Twitter à l’issue de la manifestation :
« Quant au port de cette étoile, et s’il n’était qu’un hommage aux souffrances passées des juifs et une mise en garde contre toute possible dérive ? (...) Que nos contemporains stigmatisés s’identifient à ces souffrances passées est tout à fait compréhensible. » 

Hommage aux millions de morts pendant la seconde guerre mondiale, assassinés parce que Juifs ? Et rappelons-le, contraints de porter l’étoile jaune sous peine d’être arrêtés et déportés ? 

L’étoile jaune (Judenstern « étoile des juifs » en allemand) est un signe de discrimination et de marquage imposé par l’Allemagne nazie aux juifs (à partir de l’âge de 6 ans) au cours de la seconde guerre mondiale et ce, dès 1941 en Allemagne. Elle devait être cousue en évidence sur le côté gauche du vêtement. 

Différencier les contextes 

Il nous paraît indispensable de différencier les contextes et les périodes afin d’éviter de propager un amalgame trompeur et dangereux, source de confusion pour le grand public et particulièrement pour nos jeunes dont, rappelons-le, 21 % disent n’avoir jamais entendu parler du génocide des juifs, selon un récent sondage réalisé par IFOP. L’étoile jaune arborée dans le contexte de cette manifestation connaît une véritable perte de sens. On gomme ainsi la politique de persécution qui a conduit à l’extermination des juifs. 

C’est une équivoque insupportable puisqu’elle incarne la pensée par slogans, en vogue depuis quelques années, selon laquelle les musulmans seraient les « nouveaux juifs ». C’est là présupposer une similitude entre le traitement des juifs sous le IIIe Reich et celui des musulmans dans une France accusée, de façon abusive, de pratiquer un « racisme d’Etat » et de voter des « lois liberticides ». Ose-t-on ainsi insinuer que les musulmans seraient aujourd’hui discriminés au même titre que l’ont été les Juifs pendant la Shoah ? 

Devons-nous rappeler ce qu’étaient la « solution finale » et les méthodes industrielles employées pour détruire les Juifs d’Europe ? Qui oserait affirmer sans rougir que la situation des musulmans dans la France contemporaine serait semblable à celle des Juifs qu’on menait à l’abattoir ? 

La photographie d’une enfant arborant, lors de cette manifestation, ce détournement symbolique de l’étoile jaune a soulevé, à juste titre, une vive émotion. Elle révèle un autre danger d’instrumentalisation, avec des conséquences imprévisibles lorsqu’elle pèse sur l’enfance. Nous appelons les organisateurs et les soutiens de cette manifestation à exprimer publiquement leur dénonciation de ce honteux détournement de signe. Leur silence serait tenu pour approbation. 

Nous souhaitons par ailleurs que le premier ministre, Edouard Philippe, et son gouvernement se montrent particulièrement vigilants face au risque d’embrigadement, quelle que soit la cause. 

 

Martine Benoit, référente racisme et antisémitisme, professeure d’études germaniques à l’université de Lille, directrice de la Maison européenne des sciences de l’homme et de la société ; Amine Benjelloun, pédopsychiatre, Casablanca (Maroc) ; Claire Brisset, ex- Défenseure des enfants ; Elie Buzyn, chirurgien retraité, ancien déporté d’Auschwitz Buchenwald ; Emmanuel Debono, historien ; Jacques Ehrenfreund, professeur d’histoire du judaïsme allemand à l’université de Lausanne ; Yana Grinshpun, maître de conférences en sciences du langage, université Sorbonne nouvelle ; Nathalie Heinich, sociologue, CNRS ; Gunther Jikeli, professeur à l’université d’Indiana, Etats-Unis ; Roselyne Koren, professeure des universités en sciences du langage au département de français de l’université Bar-Ilan, Israël ; Joël Kotek, professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles ; Smaïn Laacher, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg ; Jean-Pierre Lledo, cinéaste ; Claude Maillard, psychanalyste, médecin, écrivain ; Céline Masson, référente racisme et antisémitisme, professeure des universités, Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits, université de Picardie Jules-Verne ; Isabelle de Mecquenem, référente racisme et antisémitisme, professeure agrégée en Inspe, université de Reims-Champagne-Ardenne, membre du Conseil des sages de la laïcité ; Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale ; Ziva Postec, réalisatrice et chef monteuse du film « Shoah » ; Patricia Sitruk, directrice générale de l’Œuvre de secours aux enfants ; Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, CNRS 

 

 

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A propos du brûlot de Sophie Robert (complément)

Publié le 7 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Le nouvel Observateur soutient depuis le 22/10/2019 une diatribe contre la psychanalyse dans les institutions dont les motivations profondes échappent, y compris pour ce qui concerne la justice.



A l’heure où les tribunes dénonciatrices se multiplient, celle-ci, en ses diktats irrecevables, prône une illusion scientiste falsificatrice, alors même que désormais à l’EBM (Evidence Based Medecine) la science et la médecine associent une autre EBM (Experience Based Medecine).



Les progrès thérapeutiques et technologiques que l’on voit croissant aujourd’hui exigent encore et toujours de la part des soignants un compagnonnage différent avec les malades à tous les âges de la vie et avec leurs familles. La problématique ne fait que se diversifier et se sophistiquer avec les nouvelles façons de prévenir, de soigner et de guérir ainsi qu’avec la mondialisation de l’application des protocoles de soins.



La santé



Des colloques annuels se tiennent en France de façon bi-disciplinaire sur des thèmes d’actualité tels que l’annonce, le consentement, l’invasion du numérique dans les soins, dont on voit accroître l’impact sur le devenir des malades et sur leur qualité de vie. Pédiatres, cancérologues, généticiens, gynécologues obstétriciens échangent régulièrement sur ces questions avec des praticiens, psychanalystes, psychologues, psychiatres ainsi qu’avec des philosophes ou des anthropologues.



Il s’agit là d’une voie de transmission centrée sur l’expérience (E.B.M.) et sur la recherche qui se mène sur le terrain et qui, depuis une dizaine d’années, se fait de plus en plus exigeante et participative. La présence des psychanalystes aux côtés des soignants dans l’univers hospitalier se fonde sur le respect des patients et sur leur accompagnement face aux douloureux événements psychiques et somatiques que la vie parfois leur réserve.



Jeter le discrédit sur l’exercice de ces pratiques porte dès lors atteinte aux représentations de l’humain de notre patrimoine.



On peut dès lors estimer qu’en son fond, la tribune et ses signataires se réclament d’une rupture culturelle avec des valeurs, celles de la psychanalyse, qui sont inscrites dans celles qui font la démocratie depuis plus d’un siècle.



Danièle Brun (Pr. Emérite Paris-Diderot), Alain Vanier (Pr. Paris-Diderot), Franck Dugravier (pédiatre Bordeaux), Caroline Eliacheff (pédopsychiatre Paris), Michèle Lévy-Soussan (PH Pitié-Salpêtrière), Marie-Armelle Roquand, psychologue en cancérologie, Geneviève Wrobel (Psychologue en néonatalité, Paris), Nathan Wrobel (Gynécologue-obstétricien, Paris)

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Le point sur la réaction au brûlot de Sophie Robert contre la psychanalyse dans le"Nouvel Observateur », par Laurent Le Vaguerèse, site Oedipe.

Publié le 5 Novembre 2019 par Jean Mirguet

Soyons simple et pratique. Si l’on comprend bien le propos de Sophie Robert il parait urgent de bruler les livres de psychanalyse, d’exclure les psychanalystes des lieux d’enseignement et de tout autre lieux où ils pratiquent cette science perverse et dénuée de tout fondement et dans un deuxième temps de leur faire porter un signe d’infamie afin que chacun s’en tienne à l’écart.

 Bon, ça a le mérite de la simplicité et ça tient la route si l’on se réfère à l’histoire récente. Je ne sais pas ce que les psychanalystes ont fait ou pas à Sophie Robert parce que c’est en ce domaine, une récidiviste.  Pour ma part cette question de la scientificité de la psychanalyse m’a toujours laissé froid et je laisse à d’autres le soin d’y répondre. Ce que je sais, c’est que la lecture de Freud dans mon adolescence suivie de celle de bien d’autres psychanalystes, a profondément marqué ma réflexion, que mon expérience en tant qu’analysant m’a sorti d’une situation psychique dans laquelle je cherchai désespérément une issue, et qu’en tant que psychanalyste je retrouve à chaque rencontre à la fois des choses connues et des choses nouvelles qui enrichissent ma pensée et mon quotidien et aident je l’espère, mes patients comme je le fus par le passé.

S’agissant du Figaro, pas de surprise, encore que, mais pour ce qui concerne le Nouvel Observateur, qui le premier a choisi de publier ce brulot, je ne comprends toujours pas comment certains continuent à considérer cet hebdomadaire comme un journal de gauche et à s’abonner à sa lecture. J’y ai pour ma part renoncé depuis le départ de Michel Cournot de la rubrique cinéma et cela fait donc plus de 40 ans.

 

Mes amis du SIUEERPP ( ce sont les enseignants de l’université) m’ont invité à publier leur réponse. Elle me parait à la fois juste et concise: (https://www.nouvelobs.com/justice/20191101.OBS20581/la-psychanalyse-exclue-de-la-cite.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20191101)   et je m’associe évidemment à leur démarche ainsi qu’à la pétition qu’ils ont mis en place même si j’aurai préféré qu’elle passe par le site oedipe puisqu’il est fait pour cela, qu’il est sans visée mercantile ce qui n’est pas forcément le cas pour celui choisi. Voilà pour ce retour de vacances de Toussaint. Business as usual.

Laurent Le Vaguerèse

Pétition

 

Contre l’exclusion de la psychanalyse

Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins

Un appel à la pensée

 

http://chng.it/VsrmkfJjjX

 

La « contre tribune »

 

Contre l'exclusion de la psychanalyse / Pour la diversité des recherches et des soins

Le SIUEERPP a lancé cette pétition adressée à Assemblée nationale / Sénat / Ministère de l'enseignement supérieur / de la santé / de la justice

                                Contre l’exclusion de la psychanalyse

                Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins

                                         Un appel à la pensée

 

  « On » veut exclure la psychanalyse de la cité.

           

Cette volonté n’est pas nouvelle. Elle reprend un procédé déjà utilisé en 2004 lors de la publication d’un rapport sur l’évaluation des psychothérapies, lequel avait été le support d’une demande d’éviction de la psychanalyse en tous points similaire. (Précisons pour ceux qui l’ignoreraient que les biais méthodologiques grossiers de ce rapport ont aussitôt été démontrés et ses conclusions – si tant est qu’elles aient pu justifier quoi que ce soit – depuis longtemps rejetées, y compris par ce que mettent en lumière les études les plus récentes.)

            Un procédé également utilisé en attribuant régulièrement aux psychanalystes des discours et des positions ineptes (entre autres à propos de l’autisme), positions qui ne sont pas les leurs et n’ont pour autre fonction que celle de les stigmatiser.

            Et un procédé, enfin, employé au nom d’une autorité scientifique que certains croient être seuls à détenir, laquelle leur donnerait le droit de manier l’injure et le mépris (« obscurantisme », « sectarisme », « leur diplôme – quand ils en ont ») envers ceux dont ils méconnaissent pourtant si manifestement les travaux.

 

            Que répondre ? Qu’un tel discours et un tel procédé, qui se donnent la science pour caution, sont tout sauf scientifiques puisqu’ils ne cherchent pas le débat mais instruisent un procès idéologique aux forts relents d’inquisition. Puisqu’ils cherchent simplement à condamner, à exclure et à obtenir ce qu’il faut bien appeler une forme d’épuration. Puisqu’ils ne sont, en définitive, qu’injures à la pensée et à la raison.

            Comment se fait-il que l’on puisse s’en faire le relai ? Est-ce là un signe des temps ? Le signe que l’on peut désormais confondre impunément propos idéologique et rigueur scientifique ?

             Et de quelle haine profonde tout ceci est-il la marque ? Celle-ci a déjà été maintes fois explorée, n’y revenons pas. Sinon pour souligner que chaque retour du discours qui la met en scène est également l’indice d’un enjeu précis. Dans le cas présent, celui des jeux de force au sein de la section « psychologie » du Conseil National des Universités (CNU). Enjeu scientifique, alors ? Non, hélas. Et, à vrai dire, même pas politique non plus. Enjeu purement tactique, tout simplement…

 

             Cette dimension n’est pas la bonne, évidemment. Il importe de ne pas s’y laisser piéger. De ne pas accepter que des questions sociales essentielles se voient ainsi réduites à de pures manœuvres de pouvoir. Invoquer le devoir moral, comme il est fait dans cette tribune du 22 octobre, doit avoir ce corollaire : respecter soi-même une certaine éthique. En l’occurrence, ne pas appeler inconsidérément à une chasse aux sorcières là où la modestie s’impose, là où la diversité des savoirs et des pratiques constitue pour chacun, patients, familles et proches, la meilleure garantie de soins ou d’expertises.

              S’ériger en gardien de la science et de la santé implique en retour que l’on n’ignore pas le devoir de réserve auquel on est tenu par ses fonctions. Que l’on ne se fasse pas à la fois juge et partie. Et que l’on ne prêche pas aussi légèrement l’excommunication.

 

On peut lire l’article du Nouvel Observateur dans son intégralité sur: https://www.nouvelobs.com/justice/20191022.OBS20163/tribune-pourquoi-les-psychanalystes-doivent-etre-exclus-des-tribunaux.html

Une tribune signée par soixante psychiatres et psychologues appelle à exclure l’approche freudienne des expertises judiciaires et de l’enseignement à l’université.

 

 

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