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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Tenter de percevoir les mouvements profonds qui décident de la marche de l’histoire.

1998 – 2018 : les individus historiques

Publié le 16 Juillet 2018 par Jean Mirguet dans Politique

Vingt ans après son exploit de 1998, l’équipe de France de foot réédite sa prouesse : elle est devenue championne du Monde de foot.

1998 – 2018 : deux dates, deux moments de l’histoire du sport voire de l’Histoire tout court. Il suffit d’écouter les supporters saluer ce lien pour se convaincre que, au-delà, du caractère sensationnel de ces performances, cet anniversaire célèbre quelque chose d’essentiel de ce qui fait exister notre société et sa culture : dans un article récent paru dans Le Débat, Marcel Gauchet écrit qu’une « société n’existe qu’à partir du moment où elle est capable d’assurer la continuité de sa culture et l’identité de son organisation au-delà du renouvellement de ses membres, qui naissent et meurent ». 

Autrement dit, pour garantir sa perpétuation, une société doit entrer dans l’histoire et savoir, comme l’indique Paul Ricoeur, « faire mémoire de toutes les traditions qui s’y sont sédimentées ». 

 

C’est pourquoi, je ne suis nullement choqué quand le Président de la République exulte avec les Bleus, contrairement aux anti-Macron habituels dont la mauvaise foi systématique leur fait voir une tentative de récupération (de quoi auraient-ils rendu Emmanuel Macron responsable si  nos valeureux joueurs avaient perdu ?). 

 

Alors que ces dernières années, l’histoire a été  politiquement prise en otage et instrumentalisée (cf. l’histoire procoloniale et celle de la repentance, l’histoire identitaire et celle multiculturelle, etc…), Macron n’a pas manqué de rappeler que le roman national n’a pas à être écrit (sous forme « réactionnaire » ou sous forme « progressiste ») par les pouvoirs exécutif ou législatif et qu’il revient au Président de la République de réconcilier les mémoires, dans le but de réunir les Français autour de grandes ambitions communes. 

C’est ce qui se passe dans les moments de circonstances exceptionnelles puisque c’est là, insiste Macron, que « tout devient possible » et que naissent, selon Hegel, « lesindividus historiques ».

« Les individus historiques  sont ceux qui ont dit les premiers ce que les hommes veulent. Il est difficile de savoir ce qu'on veut. On peut certes vouloir ceci ou cela, mais on reste dans le négatif et le mécontentement : la conscience de l'affirmatif peut fort bien faire défaut. Mais les grands hommes savent aussi que ce qu'ils veulent est l'affirmatif. C'est leur propre satisfaction qu'ils cherchent : ils n'agissent pas pour satisfaire les autres. S'ils voulaient satisfaire les autres, ils eussent eu beaucoup à faire parce que les autres ne savent pas ce que veut l'époque et ce qu'ils veulent eux-mêmes. Il serait vain de résister à ces personnalités historiques parce qu'elles sont irrésistiblement poussées à accomplir leur oeuvre. Il appert par la suite qu'ils ont eu raison, et que les autres, même s'ils ne croyaient  pas que c'était bien ce qu'ils voulaient, s'y attachent et laissent faire. Car l'oeuvre du grand homme exerce en eux et sur eux un pouvoir auquel ils ne peuvent pas résister, même s'ils le considèrent comme un pouvoir extérieur et étranger, même s'il va à l'encontre de ce qu'ils croient être leur volonté » (Hegel, cité par Brice Couturier, Macron, un président philosophe).

 

Je veux bien croire que, hier, dans les vestiaires des Bleus à Moscou, Macron et, autour de lui, les Deschamps, Mbappé, Griezmann, Pogba, Pavard, Umtiti, etc… n’ont pas oublié cette leçon de Hegel et deviendront, s’ils ne le sont déjà, ces individus Historiques hégéliens.

Et, peut-être, nous font-ils apercevoir, ce que serait le « nouveau monde » …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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