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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Edgar Morin, une icône ?

Publié le 3 Juin 2026 par Jean Mirguet dans Politique

Caroline Fourest consacre son éditorial du Franc-Tireur de cette semaine à Edgar Morin.

Dans le climat de Morinmania déclenché par la disparition du vénérable sage, son texte, intitulé « Sacré Edgar », déboulonne irrespectueusement la statue de celui qui, s’il fut souvent un inspirateur fécond des gauches européennes, fut également celui que le grand public, pas toujours regardant ou exigeant sur le contenu de ses interventions, vénérait.  

Dans les dernières années de son existence, ses discours sur la scène médiatique ont souvent entretenu l’engouement de ses admirateurs alors même que le vieux sage s’accrochait, de manière parfois pathétique, à son statut de penseur populaire.

Edgar Morin, militant de l’universalisme, nous a souvent bercé d'une humanité fraternelle où les frontières pourraient disparaître comme par enchantement. Etait-ce, comme l’avance Caroline Fourest, pour séduire la jeunesse décoloniale qui l’admirait pour son opposition à la guerre d’Algérie et la radicalité de ses critiques de l’État d’Israël ?

 

On pourra lire également l’article de  Jean Jacob, publié par le CAIRN, intitulé « Les effets pervers de la complexité morinienne » : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2013-1-page-131?lang=fr

 

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 3 juin 2026

Sacré Edgar

Il est de bon aloi, lorsqu’une personnalité décède, de ne retenir de sa biographie que les pages lumineuses. Et il y en a eu, nombreuses, dans la longue vie d’Edgar Morin. Est-il permis de dire que ses premières années paraissent plus éclairées que les dernières? Que sa trajectoire, la complaisance dont il a parfois bénéficié racontent aussi l’aveuglement? Libération le qualifie d’« éternel résistant ». Ce fut vrai au début de sa vie. Très jeune, Morin a su résister au nazisme qui voulait sa peau. Puis il a épousé toutes les causes de la gauche communiste l’ayant adopté comme militant avant de le glorifier comme intellectuel. Il a bénéficié du tampon PC nécessaire pour entrer dans ce club et a su le quitter à temps, juste à temps, avant que les chars de l’armée soviétique n’entrent dans Budapest.

À la fin des années 1960, quand l’antisémitisme n’était pas encore redevenu à la mode, il a publié La Rumeur d’Orléans : l’autopsie d’une rumeur attribuant la disparition de jeunes femmes à des notables pédocriminels via des cabines d’essayage tenues par des commerçants juifs. On y retrouve tous les ingrédients du complotisme QAnon et antisémite : la plaie de notre temps. Edgar Morin aurait pu éclairer notre époque à partir de cette œuvre salvatrice. Mais, comme Stéphane Hessel, il a préféré « rester dans le coup » et plaire jusqu’au bout à la jeunesse décoloniale, qui l’admirait pour son opposition à la guerre d’Algérie, et plus encore pour la violence de ses critiques envers Israël.

Autoproclamé théoricien d’une « pensée complexe » qui enchaînait en réalité les lapalissades, sa fameuse « méthode » n’avait pas la rigueur de Descartes... Sinon, l’humaniste revendiqué se serait moins fourvoyé. Lui qui a servi de caution intellectuelle aux élucubrations de Didier Raoult et, surtout, de dernier compagnon de route à Tariq Ramadan. Ils n’ont pas seulement coécrit deux livres ensemble, mais effectué la tournée des banlieues pour y célébrer le prédicateur-violeur des Frères musulmans, l’un des plus toxiques pour faire remonter le machisme religieux et le complotisme anti-Juifs.

Même quand des femmes ont parlé, Edgar Morin a pris son parti : « A-t-il violé trois femmes ou ont-elles violé trois fois la vérité ?» Il faut dire que, de toutes les causes de gauche à épouser, #MeToo est bien la seule que l’homme aura méprisée. Dans ses mémoires, Morin revendique fièrement avoir été un agresseur sexuel, qui adorait se frotter contre les femmes dans le métro : « À partir de 12-13 ans, je cherchais le contact d’une croupe féminine qui souvent ne réagissait pas, parce que condamnée à l’immobilité. » Il confie s’être si souvent frotté qu’il en a perdu son « bouton de braguette ». À partir de 16 ans, il allait plus loin : « Je m’enhardissais parfois à glisser ma main sur la croupe émouvante et commençais à caresser. »

Bizarrement, ces lignes, et d’autres aveuglements, ne figurent pas dans la page Wikipédia dithyrambique dont il bénéficie grâce au privilège d’être de la « bonne » gauche. Celle qui aboie et annule si l’on n’est pas de son camp, mais pardonne tout si on lui caresse la croupe.

 

 

 

 

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