
Soyons simple et pratique. Si l’on comprend bien le propos de Sophie Robert il parait urgent de bruler les livres de psychanalyse, d’exclure les psychanalystes des lieux d’enseignement et de tout autre lieux où ils pratiquent cette science perverse et dénuée de tout fondement et dans un deuxième temps de leur faire porter un signe d’infamie afin que chacun s’en tienne à l’écart.
Bon, ça a le mérite de la simplicité et ça tient la route si l’on se réfère à l’histoire récente. Je ne sais pas ce que les psychanalystes ont fait ou pas à Sophie Robert parce que c’est en ce domaine, une récidiviste. Pour ma part cette question de la scientificité de la psychanalyse m’a toujours laissé froid et je laisse à d’autres le soin d’y répondre. Ce que je sais, c’est que la lecture de Freud dans mon adolescence suivie de celle de bien d’autres psychanalystes, a profondément marqué ma réflexion, que mon expérience en tant qu’analysant m’a sorti d’une situation psychique dans laquelle je cherchai désespérément une issue, et qu’en tant que psychanalyste je retrouve à chaque rencontre à la fois des choses connues et des choses nouvelles qui enrichissent ma pensée et mon quotidien et aident je l’espère, mes patients comme je le fus par le passé.
S’agissant du Figaro, pas de surprise, encore que, mais pour ce qui concerne le Nouvel Observateur, qui le premier a choisi de publier ce brulot, je ne comprends toujours pas comment certains continuent à considérer cet hebdomadaire comme un journal de gauche et à s’abonner à sa lecture. J’y ai pour ma part renoncé depuis le départ de Michel Cournot de la rubrique cinéma et cela fait donc plus de 40 ans.
Mes amis du SIUEERPP ( ce sont les enseignants de l’université) m’ont invité à publier leur réponse. Elle me parait à la fois juste et concise: (https://www.nouvelobs.com/justice/20191101.OBS20581/la-psychanalyse-exclue-de-la-cite.html?cm_mmc=Acqui_MNR-_-NO-_-WelcomeMedia-_-edito&from=wm#xtor=EREC-10-[WM]-20191101) et je m’associe évidemment à leur démarche ainsi qu’à la pétition qu’ils ont mis en place même si j’aurai préféré qu’elle passe par le site oedipe puisqu’il est fait pour cela, qu’il est sans visée mercantile ce qui n’est pas forcément le cas pour celui choisi. Voilà pour ce retour de vacances de Toussaint. Business as usual.
Laurent Le Vaguerèse
Pétition
Contre l’exclusion de la psychanalyse
Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins
Un appel à la pensée
La « contre tribune »
Contre l'exclusion de la psychanalyse / Pour la diversité des recherches et des soins
Le SIUEERPP a lancé cette pétition adressée à Assemblée nationale / Sénat / Ministère de l'enseignement supérieur / de la santé / de la justice
Contre l’exclusion de la psychanalyse
Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins
Un appel à la pensée
« On » veut exclure la psychanalyse de la cité.
Cette volonté n’est pas nouvelle. Elle reprend un procédé déjà utilisé en 2004 lors de la publication d’un rapport sur l’évaluation des psychothérapies, lequel avait été le support d’une demande d’éviction de la psychanalyse en tous points similaire. (Précisons pour ceux qui l’ignoreraient que les biais méthodologiques grossiers de ce rapport ont aussitôt été démontrés et ses conclusions – si tant est qu’elles aient pu justifier quoi que ce soit – depuis longtemps rejetées, y compris par ce que mettent en lumière les études les plus récentes.)
Un procédé également utilisé en attribuant régulièrement aux psychanalystes des discours et des positions ineptes (entre autres à propos de l’autisme), positions qui ne sont pas les leurs et n’ont pour autre fonction que celle de les stigmatiser.
Et un procédé, enfin, employé au nom d’une autorité scientifique que certains croient être seuls à détenir, laquelle leur donnerait le droit de manier l’injure et le mépris (« obscurantisme », « sectarisme », « leur diplôme – quand ils en ont ») envers ceux dont ils méconnaissent pourtant si manifestement les travaux.
Que répondre ? Qu’un tel discours et un tel procédé, qui se donnent la science pour caution, sont tout sauf scientifiques puisqu’ils ne cherchent pas le débat mais instruisent un procès idéologique aux forts relents d’inquisition. Puisqu’ils cherchent simplement à condamner, à exclure et à obtenir ce qu’il faut bien appeler une forme d’épuration. Puisqu’ils ne sont, en définitive, qu’injures à la pensée et à la raison.
Comment se fait-il que l’on puisse s’en faire le relai ? Est-ce là un signe des temps ? Le signe que l’on peut désormais confondre impunément propos idéologique et rigueur scientifique ?
Et de quelle haine profonde tout ceci est-il la marque ? Celle-ci a déjà été maintes fois explorée, n’y revenons pas. Sinon pour souligner que chaque retour du discours qui la met en scène est également l’indice d’un enjeu précis. Dans le cas présent, celui des jeux de force au sein de la section « psychologie » du Conseil National des Universités (CNU). Enjeu scientifique, alors ? Non, hélas. Et, à vrai dire, même pas politique non plus. Enjeu purement tactique, tout simplement…
Cette dimension n’est pas la bonne, évidemment. Il importe de ne pas s’y laisser piéger. De ne pas accepter que des questions sociales essentielles se voient ainsi réduites à de pures manœuvres de pouvoir. Invoquer le devoir moral, comme il est fait dans cette tribune du 22 octobre, doit avoir ce corollaire : respecter soi-même une certaine éthique. En l’occurrence, ne pas appeler inconsidérément à une chasse aux sorcières là où la modestie s’impose, là où la diversité des savoirs et des pratiques constitue pour chacun, patients, familles et proches, la meilleure garantie de soins ou d’expertises.
S’ériger en gardien de la science et de la santé implique en retour que l’on n’ignore pas le devoir de réserve auquel on est tenu par ses fonctions. Que l’on ne se fasse pas à la fois juge et partie. Et que l’on ne prêche pas aussi légèrement l’excommunication.
On peut lire l’article du Nouvel Observateur dans son intégralité sur: https://www.nouvelobs.com/justice/20191022.OBS20163/tribune-pourquoi-les-psychanalystes-doivent-etre-exclus-des-tribunaux.html
Une tribune signée par soixante psychiatres et psychologues appelle à exclure l’approche freudienne des expertises judiciaires et de l’enseignement à l’université.
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