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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

La mère non barrée … quezako ?

Publié le 2 Janvier 2026 par Jean Mirguet

Puisque le début de la nouvelle année est celui des « bonnes résolutions », je vous invite à lire ce texte de Joelle Lanteri, psychanalyste.

Il peut faire office de vade-mecum pour les mères et les pères qui s’interrogent sur l’amour parental. Celui-ci demande d’accepter que l’on ne puisse pas « tout avoir » de l’autre, pas plus que l’on ne peut être « tout pour lui », à quoi s’associe la transmission de la loi qui permet de différencier le permis de l’interdit, d’apprendre que tout n’est pas possible, que nous ne sommes pas tous identiques et à la même place.

A l'aube de cette année nouvelle, je souhaite à chacune et à chacun de ne pas manquer de manque, supportable pour avoir de quoi alimenter le désir, de découvrir des trouvailles permettant de se débrouiller avec le réel et enfin, d’inventer des signifiants qui n'emmerdent pas excessivement l’existence.

Suffisamment bonne année 2026 !

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En psychanalyse, la figure de la mère non barrée ne désigne ni une mère pathologique au sens médical, ni une figure coupable au sens moral. Elle renvoie à une configuration psychique dans laquelle la fonction de séparation, de limite et de tiers symbolique n’a pas pu s’inscrire de manière suffisamment opérante.

Dire qu’une mère est « non barrée », au sens lacanien, signifie que rien ne vient limiter sa place dans l’économie psychique de l’enfant : ni la loi symbolique, ni l’altérité du père comme fonction, ni la reconnaissance d’un manque structurant. La mère devient alors toute, parfois aimante, parfois angoissée, parfois violente, mais toujours centrale, sans médiation possible.

Harold Searles, dans un autre registre théorique, permet de penser les effets de cette configuration en termes d’empreinte psychique. Il montre comment certaines relations précoces laissent une trace durable, non symbolisée, inscrite dans le corps, les affects et les modes relationnels. Lorsque la séparation n’a pas été possible, l’enfant reste marqué par une présence psychique envahissante, qui continue d’opérer bien après l’enfance.

L’articulation de ces deux apports — Lacan et Searles — permet de penser la mère non barrée non comme une étiquette, mais comme une empreinte relationnelle durable, dont les effets traversent la vie adulte, les liens amoureux, la parentalité, le rapport au corps, au désir et parfois à la transmission elle-même.

 

I. La mère non barrée : une mère sans limite symbolique

Dans la clinique, la mère non barrée apparaît souvent comme une mère très investie, émotionnellement centrale, incapable de se retirer, vivant l’autonomie de l’enfant comme une perte ou une menace.

L’enfant n’est pas reconnu comme un autre séparé, mais comme soutien narcissique, garant de stabilité, prolongement psychique, parfois réparateur d’une histoire douloureuse.

Chez Lacan, la barre renvoie à l’inscription du manque, à la possibilité pour le sujet d’échapper à l’emprise du désir maternel. Lorsque cette barre fait défaut, le sujet reste pris dans une relation où le désir de la mère fait loi, sans médiation.

 

II. Harold Searles et la notion d’empreinte psychique

Harold Searles a mis en lumière la manière dont certaines relations précoces produisent une empreinte psychique durable, qui ne relève pas du refoulement classique mais d’une inscription plus archaïque.

Cette empreinte se manifeste par une difficulté à se différencier, une hyper-responsabilité affective, un sentiment de dette permanente, une peur diffuse de détruire l’autre en se séparant.

Dans le cas de la mère non barrée, l’enfant intériorise une présence psychique qui ne s’efface jamais vraiment. Même adulte, il continue à vivre sous l’influence de cette relation première, souvent sans pouvoir la nommer.

 

III. Quand l’empreinte empêche la séparation

La conséquence majeure de cette empreinte est une difficulté à se séparer sans culpabilité. Se différencier, c’est risquer de trahir, d’abandonner, de faire mourir psychiquement la mère.

Beaucoup de patients décrivent un sentiment paradoxal : « Je vis ma vie, mais je n’y suis jamais complètement. »

Cette entrave à la séparation peut se traduire par des relations amoureuses fusionnelles ou impossibles, une difficulté à quitter, une incapacité à dire non, une angoisse intense face à l’autonomie des enfants.

 

IV. La mère non barrée et la clinique du corps

Lorsque la séparation psychique est impossible, le corps devient souvent le lieu d’expression du conflit : troubles psychosomatiques, addictions, épuisement, anesthésie affective ou au contraire hyper-sensibilité.

Dans certaines cliniques contemporaines — infertilité, addictions, troubles alimentaires — le corps peut fonctionner comme une butée, un lieu où quelque chose dit non là où le sujet ne peut encore parler.

Ce n’est pas une causalité mécanique, mais une logique clinique : le corps prend en charge ce que le symbolique n’a pas pu inscrire.

 

V. Transmission et répétition : le risque du tout maternel

La mère non barrée n’est pas seulement une figure du passé. Elle peut devenir une figure intérieure, que le sujet risque de reproduire à son tour.

Certaines femmes, prises dans cette empreinte, redoutent la maternité non par manque de désir, mais par peur de devenir cette mère-là : toute, envahissante, sans limite. D’autres deviennent mères en tentant de tout contrôler, reproduisant malgré elles ce qu’elles ont subi.

La répétition n’est jamais volontaire ; elle est la conséquence d’une absence de symbolisation.

 

VI. Le travail analytique : désabsolutiser sans disqualifier

Le travail analytique ne vise ni à accuser la mère réelle, ni à rompre les liens, ni à produire un récit de victimisation. Il vise à désabsolutiser la figure maternelle intérieure.

Cela passe par la mise en mots de l’empreinte, la reconnaissance de la dette imaginaire, l’introduction progressive d’un tiers symbolique, la possibilité de penser un manque sans effondrement.

Peu à peu, la mère cesse d’être toute. Elle redevient une femme, un sujet, un être séparé.

 

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