Les récits d'anticipation apocalyptique peuvent-ils nous aider ? C’est la question que pose le journaliste Guillaume Ledit sur le site Slate.
Depuis le début de la pandémie, Contagion de Steven Soderbergh (2011) est devenu un des films les plus téléchargés (illégalement). Il évoque le destin de plusieurs personnages frappés par un virus mortel.
Les confinés que nous sommes devenus joueraient-ils à se faire peur ou, grâce à l’effet cathartique produit, serait-ce-ce un moyen de traiter les angoisses produites par le traumatisme du Covid-19 ?
Jean-Paul Engélibert, professeur de littérature comparée et auteur de Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d'apocalypse, précise que ces dernières permettent de «mettre à distance pour ne pas céder à la panique» et «nous donnent des modèles d'action en nous permettant de penser collectivement ce qui nous arrive».
«Lire ou regarder ce type d'œuvres nous décale de l'évidence du quotidien en décadrant notre perception » complète-t-il. C'est ce besoin de sortir de l'urgence du quotidien qui ferait que beaucoup se sont mis à relire La Peste de Camus.
«Tout ce qu'on vit aujourd'hui, on a l'impression de l'avoir déjà vu, déjà lu. Se plonger dans une fiction permet de dégonfler certaines peurs irrationnelles», affirme-t-il. Il ajoute que «les fictions d'apocalypse nous apprennent qu'il ne sert à rien de céder à la panique et de réveiller les tentations du chacun pour soi. Parce qu'on peut tous avoir des réflexes survivalistes, et que c'est cela qu'il faut désamorcer. Lire ou regarder ces fictions peut nous encourager à ne pas vivre nos précautions sur un mode égoïste et sécuritaire, mais à nous montrer plus solidaires et partageurs.»
«Il n'y a pas de territoire protégé, pas de manière absolument sûre de se prémunir des risques. Les risques, ce sont les autres, et on ne peut pas vivre sans eux. La réclusion absolue n'existe pas. Ce que disent les fictions apocalyptiques, c'est que la solidarité est plus productive que le repli individualiste», analyse Jean-Paul Engélibert
«Penser la catastrophe dès maintenant nous oblige à agir pour prévenir celle de demain. Si l'on pense que l'apocalypse surviendra de toute façon, c'est paralysant, décourageant. Alors que penser que la catastrophe est déjà présente nous permet de nous donner les moyens pour prévenir ce qu'elle peut devenir demain. Et on a, grâce aux fictions d'apocalypse, une alternative !»
Si vous avez envie de vous plonger dans une atmosphère apocalyptique, quelques idées de fiction :
Le Décaméron de Boccace, qui date du XIVe siècle.
Le Journal de l'année de la peste de Daniel Defoe, publié en 1721
Le Dernier Homme, de la romancière Margaret Atwood, publié en 2003,
L'Aveuglement (1995) de José Saramago.
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