Pendant combien de temps encore va-t-on entendre cette affirmation, faute contre la pensée, erreur de jugement consistant à affirmer que l’Islam n’a rien à voir dans le déferlement de barbarie et de mort qui, chaque jour, nous pète à la gueule, ici et ailleurs.
Il se trouve que, par profession, j’invite souvent, ceux qui viennent me parler de leur malaise, à s’interroger sur la part qu’ils prennent dans ce dont ils se plaignent. C’est un questionnement qui s’impose à quiconque se veut sujet donc responsable du bon comme du mauvais qui animent son existence.
S’il est vrai que cette interrogation est salubre voire salvatrice pour ceux que leurs choix de vie tourmentent, pourquoi ne la serait-elle pas pour ceux dont les choix philosophiques, religieux ou politiques sèment la haine et la mort de par le monde?
Pourquoi une religion s’exonérerait-elle de cette démarche critique?
Pourquoi ne faudrait-il pas (se) demander quelle part prend l’Islam (pour autant que cette dénomination unifiante soit justifiée) dans le retour à l’obscurantisme et à la barbarie caractérisant ce début de XXIe siècle ?
Qu’est-ce qui dans l’essence même de cette religion provoque de tels effets conduisant à une dictature des pulsions de mort sur les pulsions de vie ?
Pourquoi cette question est-elle refoulée voire forclose et génère-t-elle autant d’oukases, d’insultes en direction de ceux qui la posent et qui tentent d’y répondre ?
Pourquoi, les Musulmans - en tous cas une majorité d’entre eux - l’évitent-ils malgré les appels ou les témoignages de personnalités comme le réalisateur marocain Abdellah Taïa, le philosophe Abdennour Bidar, le président de l’Egypte Abdel Fattah al-Sissi, le blogueur palestinien Waleed Al-Husseini ou encore l’anthropologue Malek Chebel ?
Pourquoi la foi religieuse radicale devient-elle une prison pour ceux qui, cédant à la passion de l’ignorance, se mettent à l’abri d’un « n’en rien vouloir savoir » ?
L’écrivain et poète allemand Zafer Senocak, d’origine turque, avait publié dans Die Welt, en 2007, une tribune intitulée « La terreur vient du cœur même de l’Islam ». A nouveau, il exhorte les élites musulmanes à « créer une alternative libérale crédible » (Le Monde du 20 janvier), leur reprochant de ne pas être parvenues à concilier les sources traditionnelles de la foi islamique et le monde contemporain et à les engager dans un face-à-face qui aurait entraîné un débat fécond.
Il rappelle que le gouvernement turc, d’inspiration islamique, a récemment supprimé l’enseignement de la philosophie dans les écoles destinées aux futurs imams et que, ce faisant, les responsables de cet amaigrissement de la culture islamique ne sont pas moins dangereux que ceux qui transforment leur foi en arme à feu. Tirant leur supériorité de l’ignorance et de la paresse intellectuelle des musulmans paisibles et modérés, ils participent activement à l’étiolement de la doctrine islamique.
Il ne suffit plus aux musulmans de condamner la terreur exercée en leur nom, écrit-il. Il est temps que les questions portant sur les valeurs de la civilisation, sur l’avenir de la coexistence dans un monde globalisé entrent dans leurs univers existentiels.
A nous, non-musulmans, croyants d’autres religions, athées, agnostiques de les y aider et de nous trouver à leur côté dans cette immense tâche.
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