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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

LE CONFINEMENT AU JOUR LE JOUR J+5 : le choc

Publié le 21 Mars 2020 par Jean Mirguet

J+5

 

Premier week-end de confinement. 

Après quatre jours de confinement chauds et ensoleillés desquels se dégageait un sentiment d’irréalité : un soleil générateur de vie délivrant généreusement sa chaleur sur un monde où la mort rôde, le froid et la grisaille sont revenus. Je trouve que ça aide, la météo est davantage conforme à l’esprit du temps … mais, je sais qu’il n’en va pas ainsi pour toutes et tous.

Je relis La Peste … est-ce vraiment le moment pour relire ce chef d’œuvre ?? 

Dans les premières pages, Camus écrit que « nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions ».

Un mauvais rêve ou bientôt un cauchemar ? Le Covid-19 est-il entrain de barrer l’avenir ? On n’en sait rien, on voudrait savoir de quoi demain sera fait avec, comme l’écrit Camus « le désir déraisonnable de revenir en arrière ou au contraire de presser la marche du temps, ces flèches brûlantes de la mémoire ».

Les médias et leurs conseilleurs ne lésinent pas sur les conseils pour confinophiles : ils veulent rassurer et qui leur reprocherait ? Mais tout cela a une tonalité un peu puérile voire invite à une certaine régression, vous ne trouvez pas ? Ne sommes-nous pas pris pour de grands enfants, en attente d’être réconfortés par une bonne maman ? Une bonne maman, c’est un peu le contraire d’une « mère suffisamment bonne », ni trop ni pas assez, une good enough mother, comme l’exprimait le psychanalyste Winnicott : ni trop absente ni trop envahissante.

Quoiqu’il en soit, avec le Covid-19,  nous avons reçu un choc. Cet événement n’est pas quelque chose à quoi nous pouvons assister en spectateurs, nous sommes embarqués  et peut-être en serons-nous transformés subjectivement … pour notre bien ?

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M
Ma réponse se fera en poésie : Les Animaux malades de la peste - De Jean de la Fontaine<br /> Un mal qui répand la terreur,<br /> Mal que le Ciel en sa fureur<br /> Inventa pour punir les crimes de la terre,<br /> La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)<br /> Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,<br /> Faisait aux animaux la guerre.<br /> Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :<br /> On n'en voyait point d'occupés<br /> A chercher le soutien d'une mourante vie ;<br /> Nul mets n'excitait leur envie ;<br /> Ni Loups ni Renards n'épiaient<br /> La douce et l'innocente proie.<br /> Les Tourterelles se fuyaient :<br /> Plus d'amour, partant plus de joie.<br /> Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,<br /> Je crois que le Ciel a permis<br /> Pour nos péchés cette infortune ;<br /> Que le plus coupable de nous<br /> Se sacrifie aux traits du céleste courroux,<br /> Peut-être il obtiendra la guérison commune.<br /> L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents<br /> On fait de pareils dévouements :<br /> Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence<br /> L'état de notre conscience.<br /> Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons<br /> J'ai dévoré force moutons.<br /> Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :<br /> Même il m'est arrivé quelquefois de manger<br /> Le Berger.<br /> Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense<br /> Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :<br /> Car on doit souhaiter selon toute justice<br /> Que le plus coupable périsse.<br /> - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;<br /> Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;<br /> Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,<br /> Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur<br /> En les croquant beaucoup d'honneur.<br /> Et quant au Berger l'on peut dire<br /> Qu'il était digne de tous maux,<br /> Etant de ces gens-là qui sur les animaux<br /> Se font un chimérique empire.<br /> Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.<br /> On n'osa trop approfondir<br /> Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,<br /> Les moins pardonnables offenses.<br /> Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,<br /> Au dire de chacun, étaient de petits saints.<br /> L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance<br /> Qu'en un pré de Moines passant,<br /> La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense<br /> Quelque diable aussi me poussant,<br /> Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.<br /> Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.<br /> A ces mots on cria haro sur le baudet.<br /> Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue<br /> Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,<br /> Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.<br /> Sa peccadille fut jugée un cas pendable.<br /> Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !<br /> Rien que la mort n'était capable<br /> D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.<br /> Selon que vous serez puissant ou misérable,<br /> Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
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