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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

Le confinement au jour le jour … ou presque J+41 : Présence de l’autre

Publié le 26 Avril 2020 par Jean Mirguet in Confinement

 

Celles et ceux qui se donnent la peine de lire mon blog sont moyennement nombreux. Entre soixante et soixante-dix, me disent les statistiques d’Overblog.

Parmi celles et ceux-là, il en est qui me font savoir leur plaisir à me lire. Je les remercie de leur gentillesse. Je ne veux pas le cacher : elle me réjouit, elle flatte le narcissique qui sommeille en moi et elle m’encourage à poursuivre !

De la plupart des autres lecteurs, j’ai rarement des retours sous forme de commentaires. Je les comprends : noyés sous le flot de publications, ils n’ont pas toujours le temps ni le loisir de faire part de leurs observations.

 

Alors, pourquoi continuer à tenir ce blog ? Pour qui ?

Je dois avouer que je le fais d’abord pour moi, pour ordonner mes idées. Rendre compte de la manière dont je digère ce que je lis, entends et vois me paraissant être une manière, pas plus bête qu’une autre, d’appréhender ce qui agite mes semblables, sous un angle que j’essaye d’être un peu différent de ce qu’on a coutume de lire, d’entendre ou de voir.

 

Avec la survenue du confinement, je me suis attelé, comme de nombreux autres, à tenir une sorte de  chronique des effets produits par ce huis clos étonnant puisqu’avec lui, l’omniprésence des autres autour de nous ne s’est jamais fait sentir aussi pressante ou peut-être même oppressante. 

Dans son article publié dans le n°24 de Tracts de crise  (Gallimard), la philosophe de France Culture, Adèle van Reeth fait ce même constat : « Quand je prends ma douche, écrit-elle,  désormais, je sais qu’ils sont tous là, derrière le mur, de l’autre côté de la rue, à l’autre bout de la ville, tous, chez eux, et d’imaginer autant de corps amassés au même endroit au même moment me met mal à l’aise. Ils sont là ! Tous ! Leurs corps sont soudain trop présents. Jamais je ne m’étais imaginée entourée de tant de personnes à la fois, seule dans ma baignoire ».

 

Cette profusion de présence est étonnante. 

Pourquoi cet excès ? Pour ne pas se laisser entraîner à tomber dans le vide ? Pour ne pas se perdre et risquer de se retrouver seul ? 

Si le trop de présence insiste tant, c’est peut-être aussi qu’il masque l’inquiétude voire l’angoisse de l’absence, de l’abandon … ou de la mort. On pense à Winnicott qui, à propos de la pure présence dit à son patient Harry Guntrip, vers la fin de sa première séance: « Je n’ai rien de particulier à dire maintenant, mais si je ne dis pas quelque chose, vous pourriez commencer à ressentir que je ne suis pas là ».

Quel oubli toute cette présence voudrait-elle faire oublier ? Aurions-nous peur d’être demain nous-mêmes oubliés ?

Il faut se cultiver, s’occuper, lire, regarder des films, faire du sport, dessiner, visiter des expos virtuelles, etc, etc… Aurions-nous si peur de n’être pas occupés, d’être confrontés à la vacuité de nos agendas, à l’ennui ? Sommes-nous devenus des sujets boulimiques, qu’il faut remplir d’une multitude d’objets de consommation, en quête d’une satisfaction impossible à trouver ? 

Il faut également savoir, vite, très vite, quitte à s’approprier le premier savoir readymade venu, circulant sur les réseaux sociaux : pour vaincre la peur de ne pas savoir ? pour triompher de la peur de l’incertitude ?

 

C’est quand l’Autre risque de venir à manquer que chacun de nous s’accroche encore davantage à lui.  Tout le monde écoute alors tout le monde et, tous ensemble, nous formons une vaste chaîne de connectés pour la vie.

L’expérience du confinement nous rappelle cette évidence : nous n’existons pas les uns sans les autres. Le Huis Clos de Sartre l’illustre symboliquement : chaque nom est relié métonymiquement à l’autre par ses dernières ou ses premières lettres. GarcIN n’existe pas sans INés, et InÉS forme avec EStelle un autre maillon de la chaîne. Huis Clos est une version métaphorique de l’existence où chacun fait l’expérience de l’aliénation et vit l’épreuve de sa finitude. 

 

Les nécessaires mesures de distanciation sociale, en mettant l’autre à distance, ne font que renforcer sa présence : quoiqu’il arrive,  elle sera toujours celle d’un modèle, d’un objet, d’un associé ou d’un adversaire, comme Freud le rappelle dans son « Introduction » à Psychologie collective et analyse du moi.

Cette pandémie modifiera-t-elle la nature de nos liens à autrui ? Rien n’est moins certain. 

A la fin de La Peste, alors que l’épidémie est terminée, Camus écrit du journaliste Rambert qu’il veut « faire comme tous ceux qui avaient l’air de croire, autour de lui, que la peste peut venir et repartir sans que le cœur des hommes en soit changé (…) Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celle que Rieux avait aimés et perdus, tous, morts ou coupables, étaient oubliés. Le vieux avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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M
Jean, Ton travail d'élaboration sur ce que nous traversons m'est précieux, pour éclairer différemment ou renforcer ,compléter mes pensées au jour le jour , sans compter celles qui visitent mes nuits...Tes références que je partage ou découvre ,offrent des relectures et aident à se caler dans une posture vivifiante. Trouver dans le peuple des mots un abri, si provisoire soit-il; celui que nous offre la poésie me va bien aussi ...."Les noces de la parole et du silence" disait GUILLEVIC Laisser les mots jouer les uns avec les autres.....A bientôt de te lire dans ton blog! Amicalement
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O
eh bien vous nous manquez !
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G
Merci M. MIRGUET pour vos articles que j'apprécie de lire (et qu'il m'arrive de partager) même si je ne prend pas le temps de les commenter ! Il m'arrive parfois d'écrire moi aussi pour me sentir mieux. Le télétravail me demande beaucoup d'énergie et pourrait faire l'objet d'un article ! Bonne continuation et à bientôt.
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