Depuis que le président de la République a décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale, notre pays est confronté à un moment de vérité qui va décider de l'orientation des familles politiques qui y sont représentées. Mais, en l'espèce, il s’agit également d'une orientation morale. Le mot n'est pas de trop quand il s'agit de JL Mélenchon ou d’autres dirigeants de LFI, comme F. Ruffin qui, sur BFM TV, n’hésite à qualifier Emmanuel Macron de « taré » (sic ! ).
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A l’initiative du même Ruffin, un front de gauche s’autoproclamant « nouveau front populaire » s’est constitué en rassemblant PS, Verts, communistes, NPA, soutenu par la CGT et la CFDT.
Il n’est plus question de la NUPES, l'intitulé change, mais l'idée reste la même : l'union. Mais de quelle union s'agit-il ?
Si la gauche avait le sens de l’honneur, ce serait de ne pas se compromettre et d’avoir le courage de s’engager contre l’extrême-droite sans LFI et ses élus, dont on a pu vérifier à quel point élus ils bordélisent nos institutions et attisent les haines.
A l'heure où des compromissions faites d’alliances contre-nature se nouent à droite comme à gauche, il nous faut nous interroger sur l’essentiel.
Où est passée la gauche ? Où est passée la droite républicaine ? Que sont devenues les lignes rouges de la gauche, mon ancienne famille politique ? Où sont aujourd’hui ses valeurs, son honneur ?
Est-ce la gauche de Mitterrand, Rocard, Jospin, Valls qui tolère les pires dérapages de Mélenchon ? Est-ce cette gauche qui se compromet avec les Insoumis, le NPA, leur antisémitisme décomplexé, leurs sorties abjectes qui n'ont plus rien à envier au FN de Jean-Marie Le Pen ?
Je partage l’opinion du philosophe Raphaël Enthoven quand il déclare que l’alliance entre socialistes et Insoumis est une imposture. « C’est le regroupement de gens qui se détestent mais qui sont soudés par la peur de perdre leur siège et qui se cherchent le plus petit dénominateur commun pour sauver les meubles ». Héritiers des Munichois de 1938 et 1940, ils ont fait de leur revirement un devoir et « rendre, comme l’écrit Jankélévitch, le déshonneur supportable et même honorable ». « L’évidence de la honte n’est pas encore évidente pour tout le monde », poursuit-il dans son article « Dans l’honneur et la dignité » consacré à la période 1940-1944, avant d’ajouter que « si des Français n’ont pas cette sensibilité nationale immédiate, spontanée, infaillible et presque instinctive au déshonneur, s’il faut discuter interminablement avec eux pour leur faire comprendre que la compétence d’un gredin, si irremplaçable soit-il, est de peu d’importance auprès de sa gredinerie, on peut bien dire que le mal d’avilissement est sans remède ».
Le silence des sociaux-démocrates face à ces reniements est plus que troublant. Pourquoi l’indignation est-elle à sens unique ? Pourquoi ne réussit-on pas à construire une majorité composée des Républicains et des démocrates qui ne font pas le pari du chaos dans la rue et à l’Assemblée nationale ? Quid d’un sursaut républicain s’élevant contre le déshonneur ?
Quid de l’honneur, réel sujet d’actualité, dans notre pays ?
Le dictionnaire, grâce à l’ordre alphabétique, produit de surprenantes rencontres. C’est ainsi que dans le Dictionnaire historique de la langue française, on trouve honneur sur la page de gauche et juste en face honte. L’honneur et la honte.
Entre l’honneur et la honte, les liens sont étroits puisque l’absence de honte est corrélative d’une perte de l’honneur. Lacan s’exprimait en ce sens quand, dans la dernière leçon de son séminaire L’envers de la psychanalyse, en juin 1970, il dit que « mourir de honte est un effet rarement obtenu ». Autrement dit, il n’y a plus de honte. Il faut oublier la honte, la faire disparaître. En témoignent les multiples demandes de pardon, les repentirs, les regrets, les excuses. Il faut oublier la honte de la Shoah, celle du stalinisme, du retour de l’antisémitisme, etc…
On voit ce qui en résulte : le retour des intégrismes, des totalitarismes, des replis identitaires, avec le cynisme sans vergogne de ceux pour qui la loi du plus fort devient la seule ligne de conduite, qu’elle s’exerce en Ukraine, en Israël, à Gaza, au Soudan, en Syrie … la liste ne cesse de s’allonger.
Avec l’oubli de la honte, le pouvoir de l’honneur s’est évaporé.
Qu’est-ce que l’honneur ? Le mot honneur (longtemps au féminin) apparaît en ancien français à la fin du XIe siècle. En particulier dans la Chanson de Roland, avec les deux sens qu’il garda longtemps : une terre qui assure à son possesseur pouvoir, prestige et richesse ; une qualité, une dignité propre à tel ou tel individu, exprimant et soutenant sa réputation.
En somme, l’honneur est une réputation, un patrimoine symbolique, presque spirituel, qu’au Moyen-Age, tout chevalier se devait d’accroître pour ensuite le transmettre à son lignage. L’honneur est donc un bien moral qui se transmet après avoir été « conquis, comme l’écrit Erik Orsenna, dans la lutte et qui permet à la fois d’acquérir la considération d’autrui et de conserver sa propre estime ».
Pour Aristote, « l’honneur est la récompense de la vertu, accordée aux gens de bien » mais plusieurs siècles plus tard, l’honneur devient, sous la plume de Montesquieu, une demande, celle des préférences et des distinctions et rien ne s’oppose alors à ce que le vicieux l’obtienne, du moment que les conséquences sont heureuses pour la collectivité.
Deux versants de l’honneur donc, l’un reposant sur une conception humaniste au service d’un sujet, l’autre sur une conception utilitariste au service du politique.
Ces deux versants de l’honneur pourraient correspondre à l’opposition entre l’honneur des anciens et celui des modernes. L’honneur, dit-on, régnait chez les Grecs et les Romains; il fallait « mériter sa mort » comme l’écrit Tacite, alors qu’aujourd’hui, l’honneur des modernes consisterait plutôt à délivrer ces derniers des obligations de l’honneur : n’est-ce pas justement ce que, ces jours-ci, nous donnent à voir, avec indécence, nombre de dirigeants politiques ?
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