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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

DE L’INTIME À L’OBSCÈNE

Publié le 11 Juin 2025 par Michel Brun

Qu’est-ce qui se joue comme trame idéologique dans l’improbable interface entre l’intime et l’obscène, entre le secret et le donner à voir ? La publicité a son mot à dire lorsqu’elle vend du sexe en prenant prétexte d’un banal lubrifiant. Et la marque Durex y excelle.

 

Passé le premier choc de l’image publicitaire, surgit une question brûlante pouvant interpeler autant les partisans que les adversaires du wokisme : est-ce ce que la promotion par la société Durex, et via Facebook, de la sodomie homosexuelle interraciale doit ou non être considérée comme une avancée sociale et éthique sans précédent ?

À chacun d’y répondre depuis son point de vue…

Par ailleurs, vu le contenu de cette affiche publicitaire, il est clair qu’elle a valeur d’argumentaire et qu’elle participe à sa manière à l’instrumentalisation idéologique du corps. Allant dans le sens du vent, en wokisant ici la complémentarité du Yin et du Yang, du noir et du blanc.

Prendre le corps en otage n’est pas une nouveauté, cela procède d’une facilité, celle d’un discours qui entend s’épargner tout effort de pensée. Un seul exemple suffira à l’illustrer : souvenons-nous de l’antithèse entre le corps glorieux des purs Aryens, fantasmé par le nazisme, et celui des juifs, considéré comme dégénéré, comme un déchet, et de ce fait voué au crématoire.

Ajoutons qu’il ne s’agit pas seulement dans ce contexte d’une simple mise en scène consumériste de l’empire des sens, mais de l’exposition sans médiation, “sans voile”, de la jouissance, court-circuitant la polyphonie des mots qui adoucissent la crudité du réel, du sexe et de la mort.

Et dans le droit fil de ce qui précède on peut s’interroger sur ce qu’est devenue aujourd’hui cette valeur intemporelle qu’est la pudeur, juste contrepoint de l’obscène. Pudeur qui préserve l’inaliénabilité du corps humain, et par conséquent sa dignité. 

En faisant usage d’une rhétorique de l’image et d'un texte très explicite, Durex met en représentation ce qui fut jusqu’à aujourd’hui la plus taboue des pratiques sexuelles, la sodomie, jouant sur les registres combinés de la transgression et de la transfrontalité raciale, dans le but manifeste de provoquer un choc psychologique à des fins commerciales. L’argent n’a pas d’odeur et l’éthique s’efface devant la logique du profit !

Le secret de l’intimité sexuelle et de ses multiples facettes appartient à chacun. Et il n’est pas à moraliser. Mais il est ici comme fracturé par l’agressivité de l’image et de sa violence exhibitionniste.

L’intime de la pratique sexuelle est dévoilé. Il est mis à mal par l’hubris publicitaire, littéralement donné en pâture aux multiples regards d’une foule virtuelle, complice à son insu du développement de la pornocratie, autre nom de l’envahissement tentaculaire de la jouissance au cœur du social.

À rappeler que pour la psychanalyse la jouissance est ce qui de la pulsion, en ne tolérant aucune limite, met en échec la fonction humanisante, régularisante et contenante du registre symbolique.

À ce titre, il est de plus en plus fréquent que les débordements de la sémantique publicitaire soient l’un des symptômes, et non des moindres, d’une société malade de ses excès et du ratage de l’amour.

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