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QUE PUIS-JE SAVOIR ?

Penser ce qui se passe et ce qui nous arrive, pour faire grandir

La spectacularisation du trauma

Publié le 5 Septembre 2026 par Hélène Romano dans Journalisme

Je partage ce post de Hélène Romano, Docteur en Psychopathologie-HDR, publié sur Linkedin.

La spectacularisation du trauma

Il y a dix ans, avec Boris Cyrulnik, nous avions écrit "Je suis victime – L’incroyable exploitation du trauma" pour alerter sur les dérives de la fascination morbide pour le traumatisme. L’été qui s’achève en offre une nouvelle illustration, particulièrement nauséabonde.

Incendies effroyables, tornades, crues meurtrières, villages détruits : à chaque catastrophe, ou presque, la même mécanique se met en place.

🚫 Des images sans fin au plus près du drame.

🚫 Des micros et des caméras braqués sur les victimes. La concurrence des images, l’urgence permanente, les chaînes d’information en continu, les réseaux sociaux, la course à l’émotion la plus forte, court-circuitent toute mesure. À peine la catastrophe a-t-elle eu lieu que le même rituel médiatique s’impose. Comme si la catastrophe ne suffisait pas. Il faudrait encore en faire un spectacle.

👉 On marche dans les décombres.

 👉 On filme les maisons éventrées.

 👉 On cadre les visages sidérés des rescapés. J’ai déjà consacré un post au "bystander effect" et, plus largement, à ces situations dans lesquelles des témoins restent comme figés derrière leur téléphone, filmant au lieu de fuir, de se protéger ou de porter secours. Ces comportements peuvent relever de conduites automatiques de survie, permettant une mise à distance de l’horreur. Il serait trop simple de les juger.

Mais pour les médias professionnels, la question est tout autre. Et cet été, catastrophe après catastrophe, la même intrusion s’est répétée : toujours plus près des victimes, toujours plus près de l’intime.

Avec, comme un relent mortifère, cette même question : « Qu’est-ce que vous ressentez ? » !!!

Il existe un droit à l’information. Mais de quel droit faire de la détresse de ces rescapés un spectacle public et les mettre en pâture médiatique ? Quand les victimes deviennent des contenus et des figurants de la catastrophe qu’elles viennent de subir, quand les survivants sont réduits à des supports d’audience, quand les morts deviennent des éléments de décor, quand la détresse humaine devient un produit d’appel -pour certains influenceurs, certaines chaînes d’information ou certains responsables politiques et institutionnels - alors quelque chose de profondément humain se perd.

🚨 Informer, ce n’est pas exhiber.

🚨 Informer, ce n’est pas arracher une émotion à quelqu’un qui n’a pas encore eu le temps de comprendre ce qui lui arrive.

🚨 Informer, ce n’est pas transformer la détresse humaine en spectacle.

🚨 Informer, ce n’est pas confondre proximité et intrusion.

🚨 Informer, ce n’est pas abolir la pudeur sous prétexte de montrer la réalité.

🚨 Informer, ce n’est pas justifier l’indécence au nom de la vérité des images.   Peut-être faudrait-il simplement rappeler ce que l’urgence des drames nous fait parfois oublier : la pudeur, la retenue, la dignité,  le respect, ne sont pas des précautions accessoires. Ces mots fondent notre humanité.

 

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